Les potagers scolaires ont de plus en plus la cote. Auparavant, ces jardins étaient traditionnellement utilisés pour étudier les sciences agronomiques, à des fins de formation professionnelle agricole ou pour procurer des revenus à l’école. Quels rôles peuvent jouer les potagers scolaires dans la société, en Belgique mais aussi dans les pays dits « du Sud », où la sécurité alimentaire reste un enjeu central ? Dans quelle mesure cet outil peut-il contribuer à la protection de l’environnement ainsi qu’à l’amélioration de la nutrition voire des moyens d’existence sur le long terme ? Quels sont les défis auxquels il fait face et les conditions de son succès ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre.

Un espace de pédagogie active et transversale
Un jardin scolaire est un espace situé dans une école primaire ou secondaire, ou à proximité. Il permet aux élèves et professeurs de cultiver des légumes, des fruits et des herbes aromatiques à des fins pédagogiques. Une des vocations premières des jardins scolaires est de servir de support éducatif pour les élèves. Partout dans le monde, ces potagers favorisent les apprentissages, à différents niveaux. Le potager est donc un excellent angle d’approche pour aborder le thème de l’alimentation durable, à travers une pédagogie active. Mais il permet également de traiter d’autres thèmes et d’autres matières comme les sciences, les mathématiques, la géométrie, la géographie ou encore la compréhension à la lecture. Le jardin est alors utilisé comme un laboratoire d’expériences pratiques, dans lequel l’élève devient acteur de ses apprentissages.
On constate, par ailleurs, que le potager à l’école peut être particulièrement bénéfique pour les élèves en difficulté scolaire. L’organisation « The Edible Schoolyard » illustre bien cet objectif pédagogique des potagers scolaires. A l’origine du projet, un potager créé en 1995 dans une école californienne, en collaboration avec la cheffe d’un restaurant renommé. Ce jardin scolaire avait la particularité d’être totalement intégré à l’enseignement dispensé dans l’école.
Ethel Ernoux, enseignante à l’école Saint-Joseph à Spy, souligne l’intérêt pédagogique du potager pour apprendre l’origine des aliments, que les enfants connaissent de moins en moins, constate-t-elle, y compris en milieu rural. Par ailleurs, ajoute Ethel, « il y a moyen de relier le potager à toutes les matières. Tout ce qui est parcelles, carrés potagers, etc., on peut en faire de la géométrie, on peut calculer les espacements entre les graines, on peut faire du savoir-écrire pour relater ce qu’on a fait ou pour faire des listes de ce qu’il y a à faire, on peut faire des sciences… On peut le raccrocher au programme sans problème, même au cours de citoyenneté ».
Vecteur de savoir-être et de lien social
A côté des nombreux savoirs et savoir-faire que le potager permet de développer, il est également vecteur de savoir-être. Mener un projet commun favorise les liens sociaux, l’esprit de collaboration et l’entraide entre les enfants, ainsi qu’avec les différents acteurs scolaires ou extérieurs à l’école. Ethel Ernoux met cet aspect en évidence : « Le potager crée des liens avec les autres. Quand on récolte quelque chose, on fait une recette […] et on la fait gouter aux autres classes. De plus, entretenir un jardin, c’est l’occasion de sortir de la classe, de pratiquer une activité physique et de reconnecter les enfants et les jeunes à une nature dont ils sont souvent de plus en plus éloignés. »
Le jardinage encourage aussi la coopération, la communication et le partage au sein des classes. Le travail collectif apprend aux élèves à résoudre des conflits et à prendre des décisions ensemble, tout en leur enseignant la patience et la persévérance. Il est en effet envisageable de développer des projets sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Les jardins partagés peuvent également servir de levier pour renforcer la collaboration entre enseignants et parents. Des organisations comme le Fonds mondial pour la nature (WWF) et des collectivités locales soutiennent ces initiatives. Les espaces verts peuvent ainsi être entretenus par les élèves durant la semaine, et par des parents le week-end ou lors des vacances.
Ecole : la pédagogie par la nature, de nombreux bienfaits pour les enfants
Nutrition, santé et sécurité alimentaire
Les potagers scolaires ne peuvent pas à eux seuls améliorer la santé des élèves et de leur famille, ni remplacer les repas scolaires. Dans le monde, les besoins en termes de nutrition sont énormes : en 2021, près de 10 % de la population mondiale souffraient de la faim. En Belgique, environ la moitié de la population est en surpoids ou obèse, un chiffre qui s’élève à 20 % chez les enfants.
Face à cette situation, les jardins scolaires ont un rôle à jouer. Tout d’abord, les potagers au sein des écoles peuvent avoir un véritable effet sur le régime alimentaire, à condition que le jardinage soit accompagné d’un bon apprentissage sur la nutrition. En effet, la recherche a permis de démontrer l’efficacité de l’éducation nutritionnelle via la production du jardin : les enfants et les jeunes qui cultivent des légumes et des fruits en milieu scolaire mangent davantage ces aliments.
Par ailleurs, les jardins scolaires peuvent servir de modèles pour les potagers familiaux. Le projet « Potagers du Monde » d’Iles de Paix implique les parents et grands-parents des élèves, à la fois en Belgique et au Bénin. Alex Laleye, animateur pour ce projet au Bénin, souligne : « Grâce aux sensibilisations dans les écoles, les enfants ont répliqué les jardins potagers à la maison. Les parents ayant vu l’approche, la production maraichère agroécologique, ont aussi adopté ces techniques-là. » Au Bénin, les légumes des potagers ont largement contribué à la réalisation de la sauce aux légumes des cantines scolaires, améliorant leur qualité nutritionnelle et entraînant une réduction des taux de déscolarisation.
Enjeux climatiques et entrepreneuriat agricole
Dans le contexte des changements climatiques, il est essentiel de sensibiliser les plus jeunes aux enjeux liés à la production de l’alimentation et aux alternatives à leur portée pour protéger l’environnement. Les jardins scolaires représentent une manière concrète d’expliquer aux élèves que manger des fruits et légumes produits localement et de manière respectueuse de l’environnement contribue non seulement à améliorer leur santé mais aussi à la sauvegarde de notre planète.
Dans les économies dépendantes de l’agriculture, comme dans la région de l’Atacora au Bénin, les potagers scolaires sont un outil important pour valoriser le savoir-faire agricole et donner envie aux jeunes générations d’innover. Alex Laleye met en avant ce rôle : « Les potagers scolaires peuvent susciter le goût entrepreneurial chez les enfants. Nous avons mis en place des outils de gestion, des cahiers, et lors de la vente des légumes, ce sont les enfants qui les remplissent eux-mêmes. Si l’enfant, dès le bas âge, apprend des actions de ce genre, cela peut susciter le goût de l’entreprenariat plus tard chez l’enfant. »

Défis logistiques et conditions de réussite
Les potagers demandent un entretien régulier en période scolaire mais également pendant les vacances. Les enseignants doivent donc disposer de connaissances, d’expérience, d’aide technique et de formations. Ethel Ernoux souligne cette contrainte : « Une énorme difficulté des jardins potagers scolaires c’est que la plupart des légumes arrivent en juillet-août. Donc nous on fait beaucoup de plantes aromatiques ou des légumes qui arrivent tôt dans la saison. »
Il importe également de pouvoir compter sur le soutien des familles et de la communauté pour faire vivre le projet. Par ailleurs, l’accès à un terrain, à l’eau et aux intrants appropriés, comme les semences ou le compost, ainsi qu’aux outils nécessaires n’est pas toujours évident. « Pour semer, il faut acheter des graines et un minimum d’outils, or les écoles n’ont pas d’argent », relate Ethel Ernoux.
Pour réussir, il est conseillé de contacter l’Inspecteur de l'Education Nationale (I.E.N.) de circonscription ou le conseiller pédagogique dès que le périmètre du projet est défini. La municipalité (service des espaces verts et service des affaires scolaires) constitue également un soutien de poids pour limiter les opérations lourdes comme le terrassement ou l'installation d'un point d'eau. La participation des services municipaux est souvent un gage de réussite.
Enfin, il est nécessaire d’être vigilant sur la sécurité. Le jardinage induit des contraintes physiques (positions accroupies, port d'outils, risques de coupures). Il est indispensable de veiller à une bonne organisation, à des consignes de travail précises et au respect des règles d’hygiène. Une trousse de secours régulièrement contrôlée doit être disponible. Pour les élèves présentant des besoins éducatifs particuliers, notamment les maladies chroniques ou allergies, il convient de se référer aux Projets d'Accueil Individualisé (PAI) pour adapter les activités tout en évitant la stigmatisation.
tags: #experiences #de #jardinages #dans #etablissements #scolaires