
Le melon, ce fruit juteux et sucré, est traditionnellement connu pour s'étendre généreusement sur le sol de nos potagers. Cependant, une méthode de culture de plus en plus prisée consiste à le faire grimper, offrant une multitude d'avantages aux jardiniers soucieux d'optimiser leur espace et d'améliorer la santé de leurs plants. Cette approche, bien que nécessitant une structure adéquate, permet de transformer la culture de cette cucurbitacée.
Pourquoi opter pour la culture verticale des melons ?
La culture verticale des melons présente plusieurs avantages pratiques et agronomiques indéniables. Premièrement, les melons sont naturellement équipés pour grimper grâce à leurs vrilles. Au niveau de chaque nœud, où les feuilles s'insèrent sur les tiges, se développent des vrilles qui s'enroulent autour de supports fins dès qu'ils en ont l'occasion. Certes, les melons ont des tiges rampantes qui peuvent être facilement enroulées autour d'un tuteur, mais leurs vrilles sont un atout majeur pour cette méthode.
En les encourageant à croître en hauteur, vous gagnez de l’espace dans votre jardin ou votre serre. Les melons sont des cucurbitacées coureuses, au même titre que les potimarrons, et peuvent s'étaler sur plus de 1,50 mètre. Une culture rampante implique donc d'avoir de la place dans le potager, place que l'on n'a pas toujours. C'est d'autant plus vrai si votre climat vous impose une culture sous serre, où l'espace est encore plus limité. Le palissage permet de dégager la surface au sol, offrant ainsi un gain de place considérable.
De plus, cette méthode améliore l’exposition des feuilles et des fruits au soleil. Les légumes, parfois cachés sous les nombreuses ramifications, bénéficient d'une meilleure lumière. Les melons cultivés de manière grimpante s’accrochent au bout de leur pédoncule à mesure qu’ils grossissent. Le pédoncule se renforce pour supporter leur poids.
La circulation de l’air entre les feuilles est également favorisée, réduisant ainsi les risques de maladies telles que l’oïdium et le mildiou. Les fruits sont préservés de l'humidité et des salissures du sol, et sont éloignés de l’appétit des limaces et fourmis. Enfin, cela évite de marcher sur les tiges rampantes et facilite la circulation du jardinier entre les rangs, rendant la récolte bien plus aisée. Il est clair que le plaisir de voir grossir les fruits suspendus est aussi un facteur de motivation pour de nombreux jardiniers.
Le poids des melons : un défi à relever

Une question légitime se pose concernant le poids des melons : ne sont-ils pas trop lourds pour être palissés ? Les melons cultivés « grimpants » (palissés ou tuteurés) pendent au bout de leur pédoncule lorsqu'ils se développent et prennent du poids. Heureusement, la nature est bien faite : le pédoncule s’épaissit et durcit afin de pouvoir supporter plusieurs kilos sans casser.
Toutefois, la plante reste fragile et toute manipulation (de palissage ou de taille) doit être effectuée avec une infime précaution. Un bémol est à considérer si vous cultivez des variétés de melons « gros calibre », ou si la culture est réalisée en plein air, exposant les melons à des chocs ou secousses potentielles. Dans ces cas, il est toujours possible d'emballer et de soutenir chaque melon avec un filet. Ce filet peut être confectionné avec un sac à pommes de terre ou un filet de protection contre les oiseaux, et sera accroché à la structure de palissage. Un jardinier a d'ailleurs partagé son expérience où il a remplacé le filet par ce qu'il avait sous la main, montrant l'adaptabilité de cette solution. Certains jardiniers, comme flopinette, se sont déjà interrogés sur le poids des melons, et dcmoi a observé des courges muscades accrochées au grillage chez un voisin, prouvant la faisabilité de cette méthode pour des fruits potentiellement lourds.
Choisir et installer le support adéquat
La structure accueillant les tiges grimpantes du melon doit être suffisamment solide pour supporter le poids de tous les melons. Mais elle doit également comporter des tuteurs suffisamment fins pour que les vrilles puissent s'y accrocher. Différentes solutions existent pour faire grimper vos légumes. Vous pouvez opter pour une palissade, une clôture, un mur, un treillis, une pergola, ou un filet bien tendu. Tous types de support peuvent convenir tant qu'il est un minimum solide pour supporter le poids de vos légumes.
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Deux solutions sont particulièrement recommandées :
- Le grillage : Il peut prendre la forme d'un filet à ramer acheté dans le commerce, d'un grillage à mouton ou d'un treillis soudé en fer à béton. Il doit être tendu verticalement entre deux piquets solides le long du rang de melons. Cette option est très appréciée pour sa robustesse.
- Les ficelles : Idéales pour la culture sous serre, les ficelles sont fixées sur la structure de la serre (au point le plus haut), au-dessus de chaque plant de melon. Lorsque la tige principale des melons est suffisamment développée (entre 40 et 50 cm de long), on y enroule le bas des ficelles. Les ficelles peuvent être alors fixées au sol par des sardines ou bien retenues par un nœud lâche fait à la base des tiges. Ensuite, au fur et à mesure que les tiges se développent, on enroule la ficelle au-dessus des nouvelles feuilles. Le suivi du tuteurage doit être régulier pour éviter que la plante ne se casse sous le poids des melons. Pour ceux qui ont peu de place, comme titeufounet qui fait grimper des concombres et des potimarrons, cette méthode est très efficace.
Vous pouvez également opter pour la structure en pyramide. Celle-ci consiste à disposer quatre tuteurs en carrés, avec un plant au pied de chaque tuteur, et à les ficeler sur le dessus.
La taille des melons palissés : une étape cruciale
Quel que soit le support utilisé, la taille est une étape indispensable, en particulier pour les variétés traditionnelles (non hybrides), afin d'obtenir plus vite des fleurs femelles et de maximiser la fructification.
Pour les melons palissés, il est essentiel d'éliminer les premiers bourgeons sur les 40 premiers centimètres de la plante. Ensuite, pour la taille des melons grimpant sur une ficelle, il est conseillé de conduire vos melons sur une seule tige. Si vous optez pour deux tiges principales, il suffit de rajouter une ficelle.
La taille traditionnelle du melon est une étape incontournable. Quand le plant a développé 4 véritables feuilles, coupez (ou pincez avec les ongles) la tige principale après la deuxième feuille. Une fois que les rameaux porteront chacun 5 feuilles, taillez-les ou procédez à un pincement après la troisième feuille. De nouveaux rameaux secondaires vont apparaître. Si des fleurs femelles sont apparues, laissez pousser le plant. Les rameaux de troisième génération ont désormais poussé et des fleurs femelles s’y sont sans doute développées.
En général, les variétés de melons ne nécessitant pas trop d'être taillées peuvent être encouragées à grimper, comme le suggère flopinette. La taille est également facilitée car on ne conserve qu'une seule tige, ce qui n'a pas été fait par roling, qui a vu ses melons envahir un côté de sa serre et a juste accroché quelques tiges aux fils de fer. Il a promis de faire mieux l'an prochain, soulignant l'importance de cette étape.
Les soins spécifiques au melon grimpant
La culture du melon, qu'il soit palissé ou non, requiert une attention particulière.
Arrosage et nutrition
Le sol dégagé sous le melon palissé est davantage exposé aux rayons asséchants du soleil. Aussi, veillez à arroser vos plants régulièrement, afin de maintenir le terre fraîche (sans la détremper). Le melon est une plante qui nécessite de gros apports en eau et apprécie les arrosages fréquents et réguliers. Pour réduire l’évaporation et limiter les arrosages, un paillage végétal pourra être disposé au pied de vos plants.
Les melons sont très sensibles au pourrissement du collet (la base de la tige). Pour éviter cela, une source conseille de planter le melon sur un petit monticule de terre et de creuser un trou sur le côté de ce monticule pour y verser l’eau, permettant ainsi une irrigation sans contact direct avec le collet.
Le melon a des besoins importants en éléments nutritifs. Dès la plantation et si les jeunes plants de melon peinent à se développer, incorporez du purin d’ortie pour un bon apport en azote. En cours de culture, le melon aura davantage besoin de potasse mais aussi d’oligoéléments comme le bore et le molybdène. Des carences conduiront à un mauvais développement racinaire et par un aspect anormal des feuilles. Le melon exige une terre riche en humus ou argileuse mais bien drainée. Un sol trop sableux ou sablonneux conduira à des melons qui manquent de saveur.
Pollinisation : un enjeu crucial
Seules les fleurs fécondées donneront un melon, et jusqu’à 80% de ces fleurs fécondées avorteront. La fécondation des fleurs est donc une étape critique de la culture des melons, généralement effectuée par des insectes pollinisateurs comme les abeilles ou les bourdons. Mais, fait étonnant, une fleur femelle ne reste ouverte pas plus d’une journée, il arrive donc que les insectes ne viennent tout simplement pas butiner les fleurs faute de les voir ! Le plus souvent, l’absence de butineurs est due à la météo (les insectes volants détestent la pluie).
Sous serre de jardin, le risque que les butineurs « ratent » les fleurs est encore plus élevé. Veillez donc à laisser grandes ouvertes les portes et les fenêtres de votre serre de jardin. Aérer une serre est impératif. Les professionnels installent généralement des ruches à proximité de leurs cultures de melon pour augmenter les chances de pollinisation.
Parfois, la seule solution consiste à féconder les fleurs à la main. Repérez les fleurs mâles, celles qui sont dépourvues de renflement à leur base, et prélevez le pollen qui se trouve sur l’étamine à l’aide d’un pinceau. Dans un souci de diversité génétique, évitez l’autofécondation, c’est-à-dire de féconder une fleur femelle avec une fleur mâle d’un même pied. La fécondation croisée d’un pied à un autre est toujours à privilégier. Prélevez le pollen d’un plan et appliquez-le sur une fleur femelle du plan d’à-côté. Évitez par contre de croiser des variétés de melon de types différents entre elles (par exemple un Cantaloup charentais avec un melon Galia). Vous conserverez ainsi les propriétés génétiques propres à cette variété et diminuerez les risques d’avortement (les fleurs auront moins de chances de « couler » comme disent les spécialistes).
Pour maximiser la récolte sur un seul plant, il est conseillé de ne pas polliniser la toute première fleur femelle qui apparaît, mais d’attendre que quatre fleurs femelles soient ouvertes le même jour sur le plant pour les polliniser simultanément.
La récolte des melons grimpants
Placés en hauteur, vos melons sont bien plus faciles à récolter ! À moins de les cultiver sous serre, préférez cueillir les fruits après une bonne période d’ensoleillement. Ils seront ainsi bien plus sucrés qu’après une période de pluie.
La dernière étape avant la récolte doit amener les melons à parfaite maturation. Pour cela, un bon ensoleillement est indispensable. Pour favoriser encore cet ensoleillement, n’hésitez pas à glisser des tuiles ou des morceaux de planche sous les melons qui reposent sur le sol ou qui sont soutenus par un filet. Un melon cueilli trop tôt mûrira mal une fois coupé. Son taux de sucre n’augmentera plus.
Pour reconnaître ce moment parfait, surveillez la couleur des fruits. Un melon changera légèrement de couleur lorsqu’il sera mûr. Le pédoncule, c’est-à-dire la queue du melon (aussi appelée pécou) doit être craquelée ou se décoller légèrement. Le melon doit être lourd, signe qu’il est gorgé de sucre. Le meilleur signe de maturation : le melon mûr à point doit sentir bon. C’est particulièrement vrai chez le cantaloup charentais, la variété qui représente l’essentiel des melons disponibles sur les marchés.

Prévention et gestion des maladies et ravageurs
La serre étant un milieu fermé, la culture du melon dans cet environnement clos est plus sensible aux maladies et ravageurs. Comme la plupart des cucurbitacées, les melons sont plutôt sensibles à la chaleur. Bien que vos fruits risquent moins le coup de soleil sous serre, les faces exposées au soleil pourraient conduire à un phénomène de décoloration due à une déshydratation de surface.
Les pucerons
Les pucerons, surtout l’espèce Aphis gossypii mais aussi Myzus persicae, sont très friands de la sève du melon comme de toutes les cucurbitacées. Vous reconnaîtrez les conséquences de leur présence à la déformation et l’enroulement des feuilles. Pour vous débarrasser des pucerons, commencez par supprimer les feuilles touchées puis pulvérisez une solution répulsive de purin d’ortie ou de savon noir. Pour les éliminer complètement, faites appel aux auxiliaires prédateurs des pucerons. Le plus connu de ces prédateurs restant la coccinelle, capable de dévorer plusieurs dizaines de pucerons.
Le tétranyque tisserand
L’espèce d’acariens la plus dommageable pour le melon est le tétranyque tisserand, nommé ainsi pour les toiles qu’il forme sur les feuilles. Long de moins d’un millimètre, il touche particulièrement les cultures en atmosphère chaude (plus de 27°C) comme c’est le cas sous serre de jardin. Sa présence se révèle par de petites taches sur les feuilles. Ses attaques conduisent au jaunissement du feuillage et son dessèchement. Pour prévenir les attaques, l’aération de votre serre et une aspersion de savon noir dilué peut se révéler efficace, tout comme le traitement avec des huiles blanches (paraffine ou colza) diluées à 1%.
L'oïdium et le mildiou
L’oïdium est un champignon qui apparaît lorsque les feuilles du melon sont mouillées. Comme l’oïdium, le mildiou est une maladie due à un champignon. Il se repère aux taches jaunes ou de couleur rouille sur le feuillage. Là encore bien souvent son apparition est le signe d’un mauvais arrosage et d’une trop grande humidité dans votre serre de jardin. Difficile à éradiquer, le mildiou doit surtout être prévenu en aérant correctement et en laissant suffisamment d’espace entre les plants de melon. Le traitement le plus efficace consiste à pulvériser du bicarbonate de soude sur les feuilles touchées.
Les limaces et escargots
En nombre limité, limaces et escargots ne causent pas de dégâts trop importants dans les jardins et sont même bénéfiques à la bonne santé de votre potager. Il faut cependant veiller à ce que les limaces ne se multiplient pas pour que vos plantations ne soient pas détruites. L’important est de garder un équilibre naturel, en favorisant l’épanouissement de la faune et de la flore de votre jardin. Le but n’est donc pas d’éradiquer complètement les limaces ou les escargots. La culture verticale contribue à éloigner les fruits de leur appétit.
L'environnement idéal pour le melon
Pour pousser dans des conditions favorables et avoir un maximum de goût, le melon a besoin de chaleur et de beaucoup de soleil. Si vous résidez au nord de la Loire, une serre se révélera incontournable. Pour ce qui est du « voisinage » du melon, évitez de cultiver en même temps d’autres cucurbitacées sous votre serre. Les courges, concombres et autres courgettes risqueraient de priver vos melons de précieux éléments nutritifs.
Le melon est exigeant sur le plan climatique. Le moindre écart de température pourra complètement ruiner vos semis. Une difficulté qui explique pourquoi beaucoup de jardiniers amateurs s’orientent vers l’achat de pieds de melon « prêts à planter ». Mais si vous avez la chance de posséder une serre de jardin, pourquoi ne pas tenter les semis ? Il n’y a rien de plus simple que de planter des graines de melon. Tassez la terre et arrosez en pluie fine délicatement. Les pieds de melon que vous avez obtenus après semis seront repiqués environ 25 à 30 jours plus tard. La plantation aura lieu entre la mi-mai et début juin, une fois que le risque de gelées sera écarté et que la température sous votre serre sera d’au moins 12°C la nuit.
Si vous souhaitez acheter vos plants en jardinerie, sélectionnez les plus sains et vigoureux, généralement ceux dotés d’un feuillage bien vert et développé. Vous aurez pris soin de préparer votre sol avant le repiquage par un apport en compost (comptez environ 4kg de fumier mûr par m²). Creusez des trous de plantation de 40cm de profondeur à environ 1m d’intervalle (les melons s’étalent et risquent de se faire concurrence si vous les placez trop près les uns des autres).
En France, où l’on dénombre entre 250 et 300 variétés de melons, 98% sont de type charentais. Notre pays compte pas moins de trois IGP (indication géographique protégée) : le melon du Haut-Poitou, le melon du Quercy et le melon de Guadeloupe. Notez que la plupart des variétés cultivées sont désormais des hybrides, plus aisées à cultiver car plus résistantes aux maladies. Les semences que vous trouverez en jardinerie sont toutes des hybrides (de type F1 c’est-à-dire de 1ère génération).
Le melon est une plante différente des autres sur le plan sexuel. Contrairement à la plupart des végétaux qui possèdent des fleurs bisexuées (hermaphrodites), le melon est unisexué et possède à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles. On parle de fleurs « monoïques », incapables de se féconder seules sans l’aide d’insectes pollinisateurs. C’est pour accélérer l’apparition des fleurs femelles, donc la fructification, que tailler le melon est une étape incontournable.

Cette année, la météo ne sera peut-être pas de votre côté et malgré tout le soin apporté à vos melons, la réussite n'est pas toujours au rendez-vous. Pas de panique, cela arrive même aux professionnels. L'essentiel est de persévérer et d'apprendre de chaque expérience pour cultiver des melons magnifiques, comme ceux que Gilbert a partagés avec les autres jardiniers, récoltant admiration et encouragements.