La culture des plantes grasses, qu'il s'agisse de cactées ou de succulentes, est une pratique horticole passionnante qui allie patience et observation. Ces végétaux, caractérisés par leur capacité à stocker l'eau dans leurs tissus charnus, offrent une diversité morphologique extraordinaire. Pour les amateurs souhaitant étoffer leur collection, la multiplication par bouturage ou la création de nouveaux sujets par hybridation représente une opportunité de découvrir les mécanismes fondamentaux de la vie végétale.

Comprendre la physiologie des succulentes
Avant d'entreprendre toute multiplication, il est essentiel de comprendre comment ces plantes fonctionnent. Pour la responsable de la serre à cactus du Jardin botanique de Roscoff, le bouturage des tiges permet d'obtenir rapidement un nouveau plant. Ces végétaux se caractérisent par la présence d’eau (leurs réserves) dans les feuilles et les tiges. Ils sont reconnaissables à leurs aréoles (points blancs) sur les côtes, d’où partent des faisceaux d’épines ou de poils.
À cause de la chaleur, les stomates (orifices consacrés au passage des gaz) des plantes grasses s’ouvrent le soir et limitent ainsi l’évaporation d’eau. Cette adaptation fascinante explique pourquoi elles sont si robustes en intérieur. Les cactus, quant à eux, ont perdu leurs feuilles au moment du réchauffement climatique, se concentrant sur leurs tiges pour la photosynthèse.
Les techniques de bouturage : de la feuille à la tige
Le bouturage est l’une des méthodes pour multiplier un végétal. Il consiste à couper une partie de la plante, selon diverses techniques, et à l’installer selon l’espèce en pleine terre, dans un godet de culture ou encore dans l’eau. Installée dans un environnement adéquat à la variété en termes de température, hygrométrie et substrat, la bouture produit après un certain temps des racines.
Bouturage de feuilles ou d'articles
Cette technique est idéale pour les Crassulacées comme l'Echeveria, aux feuilles argentées et épaisses qui lui servent à stocker de l’eau. Pour une bouture à partir d'une feuille, il suffit de détacher délicatement la base d'une feuille de son pied mère. Laissez sécher celle-ci 3 jours puis plantez-la dans le substrat de bouture, à fleur de surface. Avec un couteau, vous pouvez ouvrir de petits trous dans le substrat et enfoncer légèrement une feuille dans chacun.
Dans le cas de plantes dont les tiges sont divisées en plusieurs éléments, comme les Opuntias et leurs diverses raquettes ou le Schlumbergera (cactus de Noël), on parle de bouture d’articles. Il s’agit alors de prélever un article complet en coupant à la jointure.
Bouturage de tiges et de segments
Le bouturage de tiges s’opère sur des variétés comme l'arbre de Jade (Crassula ovata), les cactus cierges ou les succulentes rampantes comme le Senecio. Pour faire une bouture d'Aeonium, par exemple, il convient de couper des tiges de 10 à 15 cm de longueur au maximum.
Il faut laisser sécher les tiges prélevées pendant 1 semaine pour l’aéonium, parfois 15 jours pour d’autres espèces, et compter jusqu'à deux mois pour les gros cactus. Il est impératif de les placer debout dans un support. Pour les variétés plus charnues et qui ont de plus longues tiges, choisissez une tige d’environ 10 cm, retirez les feuilles du bas pour ne laisser que celles à l’extrémité et plantez-la dans le terreau. N’allez pas en profondeur, environ 2 cm, pour ne pas qu’elle pourrisse.
Comment faire une bouture de plante grasse
Préparation du substrat et conditions de culture
Pour se développer, les cactées et les succulentes n'ont pas besoin d'un grand espace. Elles s'adaptent facilement à la culture en appartement, à condition de respecter leur régime austère. Le substrat doit être bien drainant, un mélange de 1/4 de terreau et 3/4 de sable par exemple, l’humidité stagnante étant le grand ennemi des plantes grasses.
Amendez avec un peu de poudre de charbon de bois, la même poudre dont vous badigeonnerez également la plaie sur la plante mère et sur la partie prélevée afin de prévenir l’apparition de maladies cryptogamiques favorisées par l’humidité. Lors du rempotage, creusez un trou de la taille du conteneur de la plante. Retirez le pot en plastique puis, à l’aide d’une griffe, grattez les racines de la motte pour les aérer et les aider à bien s’installer. Tassez et arrosez, sans laisser d’eau stagnante dans la soucoupe.
La patience, clé de la réussite
Il arrive que certaines boutures ne s’enracinent jamais, ou meurent en cours de route. C’est normal, et cela arrive à tout le monde ! La patience est de mise pendant cette étape : elle peut durer plusieurs semaines voire plusieurs mois selon la période de l’année.
Afin d’hydrater vos boutures et inciter les racines à se développer, il est conseillé de vaporiser régulièrement la surface du terreau. Si vous vivez dans un climat chaud, ou en été, vous pouvez préférer un arrosage en fine pluie de temps à autre, en laissant sécher le terreau entre chaque apport. Une fois que les racines de votre bouture sont devenues assez longues (2-3 centimètres au moins), vous pouvez enfin l’extraire de votre « pépinière » et la planter dans son pot définitif.

Vers l'hybridation : créer ses propres variétés
Grâce à de simples opérations de pollinisations artificielles, il est possible de croiser vos fleurs préférées pour en faire le sujet parfait dont vous rêvez. Le croisement permet en théorie d'obtenir une plante ayant les caractéristiques des deux parents. Si vous croisez une plante dont vous aimez particulièrement la forme ou la couleur de sa fleur avec une autre dont vous appréciez le feuillage, il y a une chance pour que vous retrouviez ces caractéristiques sur une seule et même plante, mais la réussite n'est pas toujours au rendez-vous et les surprises peuvent être de taille.
Pour croiser deux plantes, il faut attendre le bon moment et agir avec précision. Attendez que les deux fleurs commencent à s'ouvrir. Dirigez-vous vers la seconde fleur avec vos étamines maintenues par la pince à épiler. Fermez le sachet autour de la tige à l'aide du raphia. Une fois la fleur pollinisée, il faudra attendre qu'elle produise des graines que vous sèmerez à maturité dans un mélange léger. Conservez vos plants à l'abri et soyez patients car certaines plantes mettent parfois plusieurs années à fleurir.
Diversité des genres : des rosettes aux colonnes
Le monde des succulentes est vaste. Les Aeonium, originaires des Canaries, sont des plantes en rosettes impressionnantes portées par des tiges dressées. Les Crassula forment de jolis buissons, tandis que les Echeveria ressemblent à de petits choux en rosettes très graphiques. Les Kalanchoe, très appréciés, offrent une grande variété, allant de variétés à fleurs doubles aux espèces plus originales comme le Kalanchoe daigremontiana, ou « Mère de milliers », qui produit sur le bord de ses feuilles des dizaines de plantules qui s’enracinent dès qu’elles tombent au pied de la plante.
Les Agaves, souvent épineuses, et les Aloe, originaires d’Afrique du Sud et de Madagascar, complètent cette palette. Enfin, les Stapelia, qui ressemblent à de petites touffes de cactus en cierges dressés, duveteux et sans épines, montrent que la diversité des plantes grasses ne se limite pas à la présence d'épines. Adopter des plantes grasses est une excellente façon d’apporter une touche naturelle et apaisante à votre intérieur, sans nécessiter trop d’efforts. Des classiques comme l’aloé vera ou l’echeveria, aux variétés plus originales, chaque plante grasse offre des formes et des couleurs uniques qui embelliront n'importe quel espace.