
Défier la gravité, c'est sa spécialité. Dans les salles d'escalade parisiennes et franciliennes, Fanny Gibert passe presque inaperçue. Et pourtant, cette grimpeuse, également ingénieure à la RATP, est une championne multimédaillée, dont le parcours force l'admiration. Depuis plus de 10 ans, Fanny Gibert est une figure incontournable de l'escalade de compétition en France, et elle ne semble pas prête de s'arrêter ! Son engagement et sa détermination, tant en bloc qu'en difficulté, font d'elle une athlète hors pair qui continue d'inspirer les générations.
Les Racines d'une Championne : Un Parcours Mosaïque
Née d'une passion dévorante pour l'escalade, Fanny Gibert a su, au fil des années, construire un palmarès impressionnant. Avec un très beau palmarès de 6 fois championne de France de bloc et 7 médailles en Coupe du Monde, elle s'est imposée comme une athlète de référence. Son quotidien est un véritable jonglage entre ses entraînements intensifs, les compétitions exigeantes et son travail d'ingénieure à la RATP. Cette dualité lui permet de répartir ses journées de travail comme elle le souhaite, lui offrant la flexibilité nécessaire pour concilier ses différentes activités. Les jours sans entraînement sont d'ailleurs ceux où elle travaille, témoignant de son engagement sans faille dans chaque domaine de sa vie.
Son expérience, acquise sur des années de pratique, est un atout majeur. Elle a assisté à un boom de l'escalade, notamment en région parisienne, où la possibilité de se challenger avec les autres est un moteur constant. La diversité des salles parisiennes et franciliennes lui permet de faire face à des blocs différents, stimulant ainsi sa capacité d'adaptation et sa créativité dans la résolution des problèmes.
Sur la Scène Mondiale : Des Performances Éclatantes

Fanny Gibert a brillé lors des Coupes du Monde 2018 et 2019, prouvant sa capacité à rivaliser avec les meilleures grimpeuses du monde. Son talent et sa détermination la mènent régulièrement sur les podiums internationaux. Les demi-finales de la Coupe du Monde de bloc de Moscou en sont un exemple frappant. La France a été représentée en finale grâce à la superbe performance de Fanny Gibert ce matin. La française prenait la première place des qualifications, signant un circuit quasiment parfait. En demi-finale, dans un circuit où la moitié des grimpeuses ne sont pas sorties plus d'un bloc, Fanny a validé le premier bloc à vue, puis le deuxième en 3 essais avant de faire qu'une bouchée de la dalle en équilibre du dernier bloc, qu'elle a enchaîné en deux essais. Elle était la seule grimpeuse à enchaîner tous les blocs d'une façon impressionnante, laissant tout le monde bouche bée face à sa prestation. Les blocs, si durs pour l'ensemble des demi-finalistes, semblaient ne pas lui poser de problèmes.
Sa capacité à rester calme et concentrée sous pression est une de ses forces. Par exemple, lors de la Coupe du monde de Serre Chevalier - Briançon, le 22 août, Fanny Gibert a décroché le bronze au terme d’un run d’une maîtrise et d’une rapidité exceptionnelle. La Réunionnaise s'était glissée de justesse en finale, en prenant la 8e place du classement provisoire, et avait alors confié rêver d’atteindre le rétablissement de ce mur de Briançon. Au pied de la voie de finale, elle affichait un air déterminé. Dès les premières prises, le rythme était lancé et la Française avançait sans faire d’erreur de méthode. Soudain, elle a zippé d’un pied très haut placé et a pris un puissant ballant. La foule a tremblé, mais la compétitrice a serré les prises et ses deux mains sont restées bien accrochées. Puis immédiatement, Fanny Gibert a recollé ses pieds, a soufflé un instant et a repris son rythme jusqu’à ce fameux rétablissement dans le profil de la voie où elle est parvenue à trouver un repos avec un placement de bassin dont elle a le secret. Elle est repartie alors avec une belle lucidité, toujours sans erreur avant de chuter, à cinq mouvements du top de la voie. Laurent Lagarrigue, entraîneur national, s'est réjoui de la capacité de Fanny à reprendre immédiatement le fil de sa grimpe après son zippe, soulignant qu'elle avait vraiment su optimiser ses points forts de bloqueuse, bien qu'elle ne soit pas spécialiste de cette discipline. Fanny Gibert, la voix tremblante d’émotion, a confié ne pas bien comprendre ce qu'il lui était arrivé, que tout s’était passé si vite. Elle a avoué que la lecture de la voie lui avait plu d’emblée, avec moins de réglettes et bien plus de mouvements d’engagement que dans les voies précédentes. Elle a senti qu’elle pouvait vraiment prendre du plaisir à grimper dans ce style et est partie sereine. Elle ne se souvenait plus de ce qui s’était passé dans son run, elle était sur un nuage. Elle savait juste qu’arrivée au niveau du rétablissement, elle s’était sentie complètement boostée et s’était dit qu’elle allait arracher les prises. Une fois au sol, elle s'est retrouvée dans le leader corner à regarder la suite de la compétition sans bien comprendre ce qui se passait jusqu’à ce que Janja Garnbret lui saute dans les bras pour la féliciter : elle était sur le podium.
Ce type de performance est d'autant plus remarquable que la concurrence est rude. Nous sommes habitués à voir une multitude de grimpeurs japonais en demi-finale et finale. Mais cette fois-ci, lors de cette Coupe du Monde, le Japon n'a pas été la nation la plus représentée lors des finales. En effet, depuis le début de la saison, les Slovènes répondent présent. Par exemple, Domen Skofic a confirmé sa forme du moment et était pour la deuxième fois consécutive en finale de cette Coupe du Monde de bloc, aux côtés de son compatriote de 22 ans Gregor Vezonik, qui s’est surpassé en demi-finale, passant de la 50ème place mondiale l'année dernière à une 51ème place la semaine précédente. Du côté japonais, Miho Nonaka, vainqueur de la semaine dernière, a pris la 4ème place des demi-finales avec 2 blocs et 4 zones. Akiyo Noguchi, déjà finaliste le week-end dernier, a récidivé. Une fois n’est pas coutume, Jongwon Chon a pris la première place des demi-finales, devançant l’italien Gabriele Moroni, décidément très en forme. Ces exemples illustrent le niveau d'excellence requis pour briller sur la scène mondiale, un défi que Fanny Gibert relève avec brio.
Championne de France : Une Maîtrise Inégalée
Fanny Gibert détient le titre de championne de France de bloc à six reprises (2015, 2017, 2018, 2019, 2020 et la 5e consécutive !), démontrant une longévité et une constance exceptionnelles dans cette discipline. Son âme de guerrière a toujours parlé, et c'est en s'appuyant sur un mental d'acier qu'elle a coupé net les ambitions de ses jeunes concurrentes au titre.
Le week-end des 26 et 27 février, à Plougoumelen, a marqué le retour tant attendu des Championnats de France d’escalade de bloc seniors. La crise sanitaire avait empêché la tenue de l’édition 2021. Les meilleurs grimpeurs et grimpeuses tricolores pouvaient à nouveau se retrouver pour tenter de décrocher le premier titre très convoité de champion de la nouvelle saison nationale d’escalade. Les qualifications H et F se sont déroulées le samedi, réunissant les meilleurs bloqueurs français pour une première journée spectaculaire. Dans le tableau féminin, 67 grimpeuses se sont présentées au départ de la compétition, toutes avec le rêve de devenir la nouvelle championne de France de bloc. Réparties en 2 groupes, elles devaient finir parmi les 10 meilleures de leur groupe pour rallier les demies, avec un total de 5 blocs à enchaîner. Fanny Gibert et Oriane Bertone, ont répondu présentes pour leur entrée en lice, en topant chacune leurs cinq blocs de qualifs. Une performance égalée par leurs concurrentes Selma Elhadj Mimoune et Clothilde Morin. Elia Blondeau a également impressionné en prenant une belle 13ème place. Oriane, après son passage en qualifications, s'est dite vraiment heureuse d’être là pour ses premiers Championnats de France de bloc au niveau seniors, soulignant que ce titre national est un accomplissement que toutes rêvent d’atteindre un jour dans leur carrière. Elle a trouvé le niveau des blocs plus difficile que ce qu'elle avait imaginé, avec beaucoup de profils physiques qui contrastaient avec la verticalité et le profil dalleux du mur. Le scénario a été cruel pour Nolwenn Arc, dont le parcours s’est arrêté net aux portes des demi-finales, se contentant d’une 21e place.
Dans le tableau masculin, 78 grimpeurs étaient annoncés pour cet événement national. Tout comme leurs compatriotes féminines, ils ont été répartis en deux groupes de qualification et avaient pour mission de terminer parmi les 10 premiers de leur groupe pour sortir des qualifs. La jeune génération a fait parler la poudre. Sam Avezou a pris la première place de son groupe en étant le seul homme à cocher les 5 blocs du circuit. Louison Burtin, fraîchement sacré vice-champion de France chez les U20 en bloc, a pris la tête du second groupe. Manu Cornu, Léo Favot, Mejdi Schalck et Micka Mawem ont fait le nécessaire pour rester dans la course pour les demies.
Les 20 meilleures grimpeuses et les 20 meilleurs grimpeurs se sont retrouvés lors de demi-finales qui promettaient des combats engagés et décisifs pour valider leur ticket en finale. Oriane Bertone, qui allait fêter ses 17 ans la semaine suivante, a survolé sa demie en enchaînant 4 blocs en 8 essais. Clothilde Morin n'a réalisé qu’un seul top, suffisant pour rejoindre les autres finalistes. Chez les hommes, les demies ont été mouvementées et loin d’être de tout repos. Contre toute attente, c’est Hugo Parmentier qui a créé la surprise en étant le premier qualifié en finale, et de quelle manière ! Celui qui avait pris la 9ème place à l’issue des qualifs a effectué une remontada sortie d’ailleurs pour finir leader de sa demie avec 4 blocs sur 4 topés. Paul Jenft l'a talonné avec 3 tops, tout comme ses concurrents Adrien Lemaire, Arthur Ternant et Pierre Le Cerf. Avec 2 tops, Manu Cornu et Sam Avezou ont terminé sixièmes ex-aequo et ont défendu tous deux leurs chances lors du dernier acte de ces Championnats, ce qui a donné un formal de finale inédit, avec 7 finalistes au lieu des 6 habituels.
C’est dans une ambiance incroyable que les finalistes ont fait leur apparition. Fanny Gibert a su trouver les ressources pour remporter le sixième titre national de sa carrière. Après avoir été couronnée en 2015, 2017, 2018, 2019 et 2020, notre grimpeuse est devenue championne de France pour la 6e fois. La capitaine de l’équipe de France d’escalade est la seule des 6 finalistes à toper les 4 blocs, synonyme d’un nouveau sacre. Fanny a fondu en larmes après son 6e titre national en bloc, exprimant qu'elle ne réalisait pas, que c’était extraordinaire et qu'elle n'avait pas de mots. Elle a souligné que cette année, le niveau était très élevé, plus que les années précédentes, mais qu'elle n'avait jamais douté de ses capacités et avait su tirer son épingle du jeu au moment clé de la finale. Fanny Gibert, Oriane Bertone et Zélia Avezou se sont retrouvées toutes trois sur le quatrième bloc qui allait les départager, et c’est donc Fanny qui a fait la différence. Pourtant en tête devant Fanny avec 7 essais de moins sur les 3 premiers blocs, Oriane Bertone a coincé sur ce dernier bloc, perturbée par son aspect physique. La jeune Réunionnaise a grimpé sur la deuxième place du podium. Après sa finale, Oriane a déclaré que sur les 3 premiers blocs, elle s’était sentie flotter, que tout se passait comme elle le voulait et que sa confiance ne faisait que monter en flèche. Malheureusement, l’obstacle ultime lui a fait défaut, et elle était consciente que la finale pouvait se jouer sur ce dernier bloc physique.
Le podium masculin a été totalement inédit. Paul Jenft (Chambéry Escalade) est devenu champion de France de bloc pour la première fois, à 18 ans. Dans un final époustouflant, où ils étaient 4 à jouer le titre dans le dernier bloc, c’est Paul Jenft qui a été le meilleur, à la faveur d’une zone de plus que ses adversaires, obtenue intelligemment dans le bloc 2. Dauphin de Paul, Adrien Lemaire s’est emparé de la médaille d’argent, et Hugo Parmentier a décroché une médaille de bronze amplement méritée, récompensé de sa surprenante régularité.
Fontainebleau : Le Terrain de Jeu Naturel

Fanny Gibert n'oublie pas le milieu naturel, comme en témoignent ses sorties et réalisations remarquées à Fontainebleau, dont on peut suivre les exploits sur son compte YouTube. Il y a quelques jours, Fanny a réalisé « Trafic », magnifique traversée des Bois des Hauts de Milly, connue pour être le premier 8B traversée féminin en forêt de Fontainebleau, par Cathy Miquel en 2002. C'est la 4ème réalisation féminine du passage après Cathy, Caroline Sinno en 2018 et Oriane Bertone.
Interrogée sur le temps que cela lui a pris, Fanny a expliqué qu'elle avait fait une séance en septembre, calé tous les mouvements mais sans faire d'essais en raison d’une gêne au coude qui l’empêchait de monter en rési. Cela lui semblait faisable rapidement, mais elle y est retournée très longtemps après, un mardi. Elle a recalé les mouvements et à son premier run, elle était hyper bien et a zippé à la fin, pareil au 2ème run où elle a zippé bêtement en délayant, et elle a fait la croix à son 3ème essai, bien entamée par ses précédents essais et se battant. Concernant son appréciation de cette traversée, elle a choisi ce bloc car les mouvements étaient sympas et ça donnait envie. Elle trouve cette trav’ hyper classe, dégagée, avec des prises hyper sympas et des mouvements très variés. Elle a adoré cette partie de la forêt, qu'elle trouve hyper belle, et a passé un bon moment dehors sur ces deux séances qu'elle a faites.
Fanny Gibert avait laissé tomber ses projets à Bleau cet hiver car elle avait des gênes sur les mouvements de compression et les doigts qui tiraient, mais elle se sent maintenant mieux et peut retourner dehors. Un projet qu'elle aimerait concrétiser est « Saruman » (8B), mais elle ne sait pas si elle pourra y retourner tout de suite, cela dépendra de l’état de forme et du temps qu'elle a avant les compétitions. Elle espère pouvoir y retourner ! Elle a aussi pas mal de blocs dans le 8 qu'elle a essayé une séance ou deux et où elle aimerait aussi retourner, mais le seul projet où elle a vraiment passé du temps c'est « Saruman ».
Équilibre et Stratégie : Les Clés du Succès

Fanny Gibert a récemment pris la décision de ne pas défendre son titre de championne de France de bloc pour se consacrer à ses entraînements pour les Coupes du Monde. Elle a détaillé cette décision stratégique, expliquant qu'elle a décidé de ne pas participer au championnat de France pour s’entraîner car la saison précédente a été très longue, jusqu’à octobre avec la compétition de combiné à Laval. La période hivernale n’a donc pas été optimale pour s’entraîner et, en vue de 2024 et du combiné, elle s’entraîne aussi en difficulté, ce qui laisse peu de temps. Du coup, stratégiquement, elle a décidé de ne pas faire les championnats de France pour plutôt s’entraîner et être au taquet sur les toutes premières Coupes du Monde en avril. L’objectif est de refaire finale et d’accrocher les podiums en bloc, de faire finale ou rentrer dans le top 10 en difficulté, et la qualification aux JO 2024, ce qui passe par marquer des points sur les Coupes du Monde 2023. Cette approche révèle une planification méticuleuse et une vision à long terme de sa carrière.
La question de la fréquentation massive de la forêt ces dernières années est également une préoccupation pour Fanny. Elle a exprimé que c’est sûr que cela fait un peu peur, et qu'elle se pose des questions en effet. Oui, on a envie de partager ce sport avec le plus grand nombre parce qu'elle est convaincue que c’est un sport génial et elle a envie que tout le monde puisse en profiter. Mais à la fois, elle a à l’idée que le rocher n’est pas éternel et la forêt inépuisable. Du coup, quand on voit l’affluence, c’est sûr que cela fait réfléchir sur comment envisager une pratique sereine et pérenne dans le temps, mais elle n’a pas la solution. Cette réflexion souligne la conscience environnementale de Fanny Gibert et son attachement à la préservation des sites naturels d'escalade.
Son état d'esprit est un facteur clé de son succès. Ce week-end, la championne de France en titre était dans un bon état d’esprit et abordait les blocs avec toute l’énergie nécessaire pour en venir à bout. Elle a la capacité de m'évader de cette pratique qui est très prenante d’un point de vue mental, lui permettant de maintenir un équilibre essentiel à sa performance.
Fanny Gibert incarne l'excellence dans l'escalade, alliant talent inné, travail acharné, et une intelligence stratégique qui lui permet de naviguer avec succès entre les exigences de la compétition et son amour pour la nature. Son parcours est une source d'inspiration pour tous les passionnés d'escalade, qu'ils soient débutants ou professionnels.