Dans le vaste monde des graminées, deux noms reviennent souvent, créant parfois une confusion pour les jardiniers : le "Faux Kikuyu" et le "Gazon Kikuyu". Bien que leurs noms puissent suggérer une parenté étroite, il s'agit en réalité de deux espèces distinctes avec des caractéristiques, des exigences et des usages bien spécifiques. Cet article se propose d'explorer en détail ces deux plantes, de démystifier leurs appellations et de fournir les informations nécessaires pour choisir celle qui conviendra le mieux à votre projet d'aménagement paysager, en particulier si l'on envisage une association avec des plantes grasses.
Stenotaphrum secundatum : L'Herbe de Saint Augustin, ou le "Faux Kikuyu"
L'Herbe de Saint Augustin, scientifiquement connue sous le nom de Stenotaphrum secundatum, est fréquemment désignée comme le "Faux Kikuyu" en raison de sa ressemblance superficielle avec le véritable gazon Kikuyu (Pennisetum clandestinum). Cette graminée vivace persistante est originaire des régions tropicales et subtropicales d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, ce qui explique sa faible tolérance aux climats froids.

Caractéristiques Botaniques et Morphologiques
Le port de l'Herbe de Saint Augustin est prostré, avec des tiges rampantes, ramifiées, rigides et aplaties, qui s'enracinent au niveau des nœuds. Ces rhizomes vigoureux se propagent aisément, formant un matelas épais et supportant un piétinement intensif. Les feuilles, persistantes et d'un vert à vert bleuté, sont oblongues, plates ou repliées, linéaires et engainées à la base, pouvant atteindre jusqu'à 15 cm de long. Leur texture est coriace et plate. En été, de juin à août, la plante développe des épis brun vert, aplatis et de moins de 10 cm de long, formant des grappes qui produisent rarement des graines ovoïdes et brunes. Lorsque la fructification a lieu, les graines sont véhiculées et dispersées par les pluies, les cours d'eau et les courants océaniques.
Exigences Climatiques et Sol
Le Stenotaphrum secundatum est idéalement adapté aux climats doux, nécessitant une température minimale de 5°C pour son développement optimal. En dessous de cette température, son feuillage jaunit, et la plante peut périr en cas d'hiver trop rigoureux. Il jaunit à partir de -2°C à -4°C et brunit si les températures sont vraiment trop froides, sa rusticité étant limitée à -6°C à -8°C pour les rhizomes. Les jeunes plantations sont un peu plus sensibles au froid.
Il se cultive au soleil ou à mi-ombre dans un sol ordinaire, léger, calcaire, sablonneux et bien drainé. Il est particulièrement résistant aux embruns et à la salinité des bords de mer, ce qui en fait un excellent choix pour les jardins côtiers. On le trouve naturellement dans les prairies, pelouses, berges de rivières, marécages, bords de chemins et dans les zones côtières des Caraïbes, de certaines parties de l'Amérique latine, et dans certaines régions du sud-est des États-Unis ainsi que de l'est et du centre de l'Afrique en zones chaudes et humides. Il a été introduit et largement cultivé dans les jardins des zones tropicales humides et subtropicales d'Asie du Sud-Est (dont Hong Kong, Singapour et Thaïlande), dans les îles du Pacifique, en Australie et Nouvelle-Zélande, à Madère, en Espagne et aux îles Canaries, au Portugal et au Maroc.
Culture et Entretien
La plantation du Faux Kikuyu se fait au printemps ou en automne, à raison de 4 pieds par mètre carré pour une couverture en un an. Il est conseillé d'arroser abondamment la zone avant de planter, et l'eau doit bien s'imprégner sans rester à la surface du sol. Des boutures ou des morceaux de rhizomes peuvent être utilisés pour la multiplication.
La première année, des arrosages réguliers et un désherbage sont nécessaires pour permettre au Faux Kikuyu de bien s'établir et de prendre l'avantage sur les adventices. Pour le garder vert, des arrosages pas trop espacés sont requis, bien que la moindre averse suffise à le faire reverdir temporairement s'il a jauni. Un arrosage en profondeur une fois par semaine en été, équivalent à 15 litres par mètre carré (15 mm de pluviométrie), est généralement suffisant dans les régions de la Côte d'Azur ou de Perpignan. Les années suivantes, un désherbage manuel occasionnel (2 à 3 fois par an) est nécessaire, ainsi qu'un apport d'engrais une à deux fois par an (type engrais gazon à libération lente).
Les tontes n'ont pas besoin d'être aussi fréquentes qu'un gazon classique, environ une tonte tous les quinze jours au printemps et en été pour conserver un tapis bien ras. Une scarification au début du printemps est également bienvenue. Le Faux Kikuyu n'est généralement pas sujet aux maladies ni aux attaques de parasites.
Usages et Inconvénients
Le Faux Kikuyu crée un gazon grossier, mais résistant au piétinement, qui empêche la prolifération des adventices. Il est à réserver aux régions aux hivers très doux, comme la Côte d'Azur, où il se développe bien près des plages, des lagunes et des marais. Cependant, son aspect n'est pas aussi agréable qu'un gazon classique ou même que le gazon Kikuyu, et il peut devenir très envahissant selon les régions, comme c'est déjà le cas dans les Pyrénées Atlantiques. Une barrière anti-rhizomes ou une bordure maçonnée peut être utile pour limiter son développement latéral.
Cultivars du Stenotaphrum secundatum
Le genre Stenotaphrum compte six espèces, mais Stenotaphrum secundatum est celle que l'on trouve le plus couramment en jardinerie, avec des cultivars tels que Stenotaphrum secundatum 'Variegatum', aux feuilles vert pâle striées de crème, ou le cultivar 'Palmetto Saint-Augustin' de 1990.
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Pennisetum clandestinum : Le Véritable Gazon Kikuyu
Le Gazon Kikuyu, connu sous le nom scientifique Pennisetum clandestinum, tire son nom de la tribu des Kikuyus, en Afrique de l'Est, où il trouve son origine. Cette graminée herbacée est particulièrement appréciée dans les zones méditerranéennes comme gazon ornemental, offrant un tapis d'un vert vif, très doux sous les pieds et résistant aux piétinements.

Caractéristiques Botaniques et Morphologiques
Le Kikuyu est une graminée prostrée et plus que traçante. Il produit de puissants rhizomes horizontaux et des stolons, dont chaque nœud peut s'enraciner profondément (jusqu'à 60 cm avec le temps), formant un réticule de racines qui peut être utile pour retenir le sol ou améliorer sa texture. De ces stolons s'élèvent de courtes tiges feuillées, certaines fertiles produisant de petits épis brunâtres avec peu de graines, et d'autres stériles. Les feuilles sont enroulées jeunes, puis s'aplatissent, atteignant environ 30 cm de long pour 6 à 7 mm de largeur.
Exigences Climatiques et Sol
Originaire d'un climat subtropical d'Afrique de l'Est, le Kikuyu est relativement rustique pour une plante tropicale. Ses rhizomes résistent jusqu'à -9°C, mais ses feuilles sont détruites à partir de -2°C. Pour une croissance optimale, il préfère une température entre 16°C et 21°C ; au-delà ou en deçà, sa croissance ralentit considérablement. C'est pourquoi il est particulièrement conseillé pour les climats méditerranéens.
Il supporte bien le manque d'eau, du moment que la sécheresse n'excède pas quatre mois, mais tolère également un arrosage excessif et même une inondation d'une semaine. Bien qu'il soit très tolérant, un arrosage régulier lui est plus profitable. Le Kikuyu est également tolérant à la salinité et est idéal pour les jardins de bord de mer. Il est largement implanté dans tous les pays et s'épanouit principalement autour du bassin méditerranéen.
Culture et Entretien
Le Kikuyu peut être implanté par semis au printemps ou par repiquage de touffes. Les graines, difficiles à récolter, sont chères. Elles peuvent éventuellement être mélangées avec de la fétuque, qui disparaîtra peu à peu pour laisser la place au Kikuyu. Il est recommandé d'arroser légèrement tous les jours après les semis jusqu'à la levée, et de bien niveler le sol avant de semer les graines.
La première année, un désherbage soigneux est indispensable pour éviter que les adventices ne concurrencent le Kikuyu. Une fois bien établi, l'entretien est sommaire. Les tontes sont beaucoup moins fréquentes qu'avec une pelouse classique et ne doivent pas être trop rases (10 centimètres minimum). Cette graminée peut se passer d'arrosage une fois sa croissance terminée, bien qu'un apport d'engrais organique une fois par an soit bénéfique.
Usages et Inconvénients
Le Gazon Kikuyu, grâce à sa forte longévité et sa résistance aux sécheresses importantes et à la salinité, constitue une excellente alternative à la pelouse sous les climats secs et dans les jardins de bord de mer. Il ne nécessite ni arrosage ni tontes fréquentes une fois établi. Il joue également un rôle écologique important en luttant contre l'érosion grâce à son enracinement profond qui décompacte les sols.
Cependant, Pennisetum clandestinum est considéré comme une plante agressive, étouffant et tuant ses voisines, comparable au chiendent. Il est parfois classé comme envahissant dans de nombreuses régions où il a été introduit. De plus, les résidus de Kikuyu dans le sol, même après destruction par désherbant chimique, peuvent empêcher le semis d'autres graminées et de certaines autres familles de plantes, bien qu'il n'ait pas d'effet sur les Fabacées et un effet moindre sur les plantes repiquées. Il n'est pas recommandé si l'on souhaite créer une pelouse ornementale et toute en finesse, car le Kikuyu ne s'y prête pas.
Variétés du Pennisetum clandestinum
Seule l'espèce type de Pennisetum clandestinum est couramment cultivée. Cependant, le genre Pennisetum contient 120 espèces. La variété "Améliorée Kikuyu AZ1" a été citée comme étant très satisfaisante par certains utilisateurs.
Faux Kikuyu et Plante Grasse : Une Association à Considérer
L'idée d'associer le Faux Kikuyu ou le Gazon Kikuyu avec des plantes grasses présente des défis et des opportunités. Les plantes grasses, ou succulentes, sont reconnues pour leur capacité à stocker l'eau, les rendant idéales pour les climats arides et les jardins nécessitant peu d'arrosage.

Complémentarité des Exigences
Les deux types de "Kikuyu" partagent avec les plantes grasses une excellente tolérance à la sécheresse et à la salinité, en faisant des candidats intéressants pour les jardins méditerranéens ou côtiers où les ressources en eau sont limitées. Leurs exigences en sol léger, calcaire et bien drainé sont également souvent compatibles avec celles de nombreuses succulentes.
Défis d'Association
Le principal défi réside dans la nature envahissante du Faux Kikuyu (Stenotaphrum secundatum) et du Gazon Kikuyu (Pennisetum clandestinum). Leur propagation rapide et agressive par rhizomes et stolons peut rapidement étouffer les plantes grasses plus petites ou moins vigoureuses. Une planification minutieuse est donc essentielle.
Stratégies d'Intégration
- Barrières anti-rhizomes : L'utilisation de barrières physiques enterrées peut aider à contenir la propagation du Kikuyu et à protéger les zones dédiées aux plantes grasses.
- Contenants : Planter les succulentes dans des contenants (pots, jardinières) intégrés dans le gazon peut être une solution efficace pour les isoler de la concurrence.
- Zones dédiées : Créer des massifs surélevés ou des rocailles spécifiquement conçus pour les plantes grasses, avec une bordure maçonnée ou d'autres délimitations, peut empêcher le Kikuyu de les envahir.
- Choix des espèces : Opter pour des plantes grasses de plus grande taille ou à forte croissance qui peuvent rivaliser avec le Kikuyu peut également être une option.
- Espacement adéquat : Un espacement suffisant entre le Kikuyu et les plantes grasses permettra à ces dernières de bénéficier de l'air et de la lumière nécessaires sans être submergées.
Exemples d'Associations Potentielles
Dans un jardin méditerranéen où l'eau est précieuse, on pourrait imaginer des tapis de Faux Kikuyu servant de couvre-sol robuste, entrecoupés de massifs de succulentes tolérantes à la sécheresse comme les Agaves, les Opuntias (cactus raquettes), les Sedums rampants ou certains genres de Crassula. Le contraste des textures et des formes entre la graminée douce et les silhouettes sculpturales des plantes grasses peut créer un paysage visuellement intéressant et résilient.
Pour les amateurs de jardins secs, le Dichondra repens, une petite herbe ronde qui se propage par stolons et ne nécessite pas de tonte, a été mentionnée comme une alternative encore plus esthétique et moins envahissante dans le sud, surtout si l'on recherche une pelouse fine et ornementale. Combiner le Dichondra avec des succulentes permettrait de créer un jardin à faible entretien et visuellement harmonieux, évitant les problèmes d'envahissement des Kikuyu.

En somme, bien que les "Faux Kikuyu" et le "Gazon Kikuyu" soient des options robustes pour les climats chauds et secs, leur caractère envahissant exige une gestion attentive lors de l'intégration avec des plantes grasses. Avec une planification adéquate et des stratégies de confinement, il est tout à fait possible de créer un jardin résilient et esthétique combinant ces graminées avec la diversité fascinante des succulentes.