La relation entre l'humain et le cheval est souvent empreinte de fascination, nourrie par le contraste saisissant entre la force maîtrisée de l'animal et une douceur presque surnaturelle. Pourtant, cette interaction comporte des risques inhérents qu'il est crucial de comprendre. Lorsqu'un cheval manifeste des comportements dangereux, il ne « fait pas du cinéma » et ne cherche pas à nous tromper par calcul humain ; il réagit selon son instinct de survie.
L'instinct de survie comme moteur comportemental
Il est essentiel de considérer qu'un cheval est avant tout un cheval. Ses motivations ne sont pas celles d'un être humain. Lorsque nous interprétons ses actions comme étant liées à son « ego » ou à une volonté de domination, nous faisons fausse route. En réalité, lorsqu'un cheval agit dangereusement, c'est qu'il veut se protéger. Il cherche désespérément à retrouver le confort et la sécurité.

Nous pouvons parfois nous retrouver dans une situation où nous sommes, aux yeux du cheval, un obstacle entre lui et sa sécurité. Si le cheval n'a pas confiance en nous et qu'il pense que sa sécurité est en cause, alors il fuira sans considération pour nous. Si on est au sol, il pourra nous piétiner. Si la fuite n'est pas possible ou suffisante, il pourra se cabrer ou ruer. Si on monte, la chute est probable, et dans un cabré, le cheval peut même se retourner sur nous.
Le mécanisme de la douleur et de l'inconfort
Un cheval apprend de ses expériences. Par exemple, un cheval qui a des dents de loup peut souffrir quand on utilise les rênes et que le mors entre en contact avec ces dents. S'il se cabre et que l'on tombe, il retrouve le confort, puisqu'on a lâché les rênes. Le cheval apprend que se cabrer permet d'échapper à une douleur dans sa bouche. Il suffit de quelques fois pour que le cheval reproduise le comportement à chaque occasion similaire.
Si on pense que le cheval qui a un comportement dangereux ne fait que se moquer de nous, alors au lieu de l'aider, on cherchera à le « mater ». Alors que le cheval est déjà dans l'inconfort et dans l'insécurité, on augmentera par nos actions cet inconfort et cette insécurité. Peut-être qu'on peut combattre la peur par une plus grande peur, mais à quel prix ? Si, au contraire, on reconnaît l'instinct de survie du cheval et si on comprend comment cet instinct se manifeste, alors on aura une explication correcte du comportement.
L'équitation : une pratique en question
Les problèmes liés au sport hippique ne sont un secret pour personne : les performances exceptionnelles que l’on attend des animaux dans ce contexte vont souvent de pair avec des sévices et des douleurs. Ce dont bon nombre d’amis des animaux n’ont pas conscience, c’est que même pratiquée comme simple loisir, l’équitation peut être néfaste.
L’équitation a beau procurer au cavalier un sentiment de liberté, le cheval, lui, souffre des sollicitations répétées et des conséquences des mouvements non naturels qu’on lui impose. Que ce soit avec ou sans équipement, l’équitation provoque toujours les mêmes dégâts aux tissus. Le frottement permanent de la selle entraîne des nécroses. Celles-ci apparaissent d’abord sur l’os et s’étendent ensuite sous la forme, par exemple, de taches blanches à la hauteur de la selle. S’ajoutent à cela des problèmes aux articulations et sur le squelette, lorsque le dressage des chevaux est entamé avant la fin de leur croissance.
Comprendre la biomécanique du cheval #horse #cheval
Certains, comme Katharina Stäheli, ont choisi de ne plus monter par amour pour les chevaux. Cette démarche découle de la conviction que le cheval est l’animal le plus exploité de l’histoire de l’humanité. Pour ces personnes, la construction d’une relation consciente et respectueuse passe par des jeux, un travail au sol libre et des balades à pied, car elles considèrent que l'équitation et le bien-être total du cheval sont souvent incompatibles.
Zones de danger et signaux de communication
Un cheval énervé peut être effrayant. Lorsqu'il donne des coups de sabot, se cabre, bouscule une personne ou charge un congénère, la scène est impressionnante. Le cheval est un animal social qui n'agresse pas sans raison. Son agressivité représente un signal visant à faire passer un message : mal-être, peur, compétition, maladie.
- Derrière un cheval : Attention aux coups de pied et aux ruades. Le coup de pied est le geste d’agression le plus fréquent.
- Devant un cheval : Attention aux cabrés et aux morsures. Un cheval qui se cabre se dresse de toute sa hauteur et a les deux antérieurs libres pour « boxer ».
- À côté d'un cheval : Attention aux écrasements. Placé entre un mur et le cheval, l'humain risque d'être coincé en cas de réaction brusque de l'animal.
Le cheval communique graduellement. Si ses premiers messages ne sont pas entendus, il intensifie ses signaux, devenant plus menaçant. Il est primordial de comprendre ces signaux pour ne pas aggraver la situation par des réponses inadaptées. La punition est déconseillée et la violence totalement proscrite, sans quoi le stress de l'animal augmentera.
Gérer les comportements indésirables : vers une approche éducative
Lorsqu'un cheval manifeste des comportements comme monter sur ses congénères ou se montrer agressif, il est nécessaire de redoubler de vigilance. Un cheval qui ne respecte pas les autres chevaux, ni le piéton, ni le cavalier, nécessite un encadrement professionnel. Il faut parfois re-considérer l'animal comme un jeune cheval au débourrage et tout reprendre à zéro, en commençant par établir les bases de la communication gestuelle.

Le renforcement positif, qui consiste à récompenser une bonne action, est la meilleure approche. Si un cheval a appris à reproduire un comportement dangereux, il ne suffira pas d'offrir du confort. Il faudra aussi causer de l'inconfort quand il a le « mauvais » comportement. Il s'agit toujours de ce principe : rendre facile la bonne chose et rendre difficile la mauvaise chose.
Il est recommandé de :
- Porter un casque homologué pour se protéger des chutes.
- Choisir un endroit calme et dégagé pour les séances de travail.
- Ne jamais monter si l'on est soi-même stressé ou fatigué.
- Encourager la socialisation du cheval avec ses semblables pour éviter les frustrations liées à l'isolement.
- Faire appel à un professionnel du comportement équin si l'agressivité persiste.
En conclusion, la sécurité dépend de notre capacité à lire l'animal. Manipuler un cheval éduqué et manipuler un cheval « vert » (peu ou pas manipulé) est totalement différent. Le second ne possède pas de langage commun avec l'humain et est confronté à l'inconnu. Avant d'entreprendre tout travail, il est indispensable de laisser le cheval s'apaiser et se familiariser avec son environnement. La patience, la justesse dans les réponses et le respect de la nature profonde du cheval sont les seuls garants d'une cohabitation sécurisée et harmonieuse.