
La bineuse est un outil de désherbage mécanique de plus en plus populaire, essentiel pour les agriculteurs soucieux de la gestion des adventices et de la préparation du sol. Cet équipement permet d'ameublir la couche supérieure du sol avant les semis et de gérer l’inter-rang par arrachage et recouvrement des adventices. Utilisable sur tous types de cultures et de sols, la bineuse offre une alternative ou un complément aux méthodes de désherbage chimique. Le binage consiste précisément à ameublir la couche superficielle du sol autour des plantes cultivées. En pénétrant dans le sol, les socs ou étoiles sectionnent les adventices présentes entre les rangs, assurant ainsi la propreté des cultures.
Principes de fonctionnement et avantages du binage
Le binage est une technique agronomique qui repose sur l'action mécanique d'outils équipés de dents et de socs pour travailler le sol à la profondeur désirée. Les socs larges, par exemple, permettent un travail peu profond qui coupe les mauvaises herbes à 2 ou 3 cm sous la surface du sol, au niveau de leurs racines, ce qui est suffisant pour les détruire. En effet, si le temps est sec, les adventices, n'étant plus alimentées en eau, meurent en quelques heures à quelques jours. Il est important de noter que si la pluie revient, certaines mauvaises herbes peuvent à nouveau ancrer leurs racines dans le sol et reprendre leur développement.
Contrairement à la herse étrille et à la houe rotative, la bineuse ne travaille pas en plein. Elle est spécifiquement conçue pour désherber les inter-rangs de cultures en ligne à écartements plus ou moins grands, selon la précision du guidage. Parmi les cultures adaptées à l'utilisation de la bineuse, on retrouve le blé, le tournesol, le sorgho, le maïs, l'orge, le soja, le colza et diverses cultures porte-graine. Cette spécificité permet une bonne sélectivité pour la culture en place, car elle ne travaille que l’inter-rang.
Bineuse
Certains outils de binage sont réglables ou équipés de pièces permettant un buttage du rang de la culture d'intérêt. Cette action de buttage permet de recouvrir les mauvaises herbes peu développées situées sur ou à proximité du rang, contribuant ainsi à leur destruction. Cependant, afin de préserver la culture en place, il est crucial de maintenir l'outil dans l'inter-rangs sous peine d'endommager les plants. C'est pourquoi différents systèmes de guidage ont été mis en place pour assurer cette précision.
L'efficacité de la bineuse est notable sur les adventices développées, agissant sur des plantes ayant jusqu'à 3 à 6 feuilles, avec un taux d'efficacité variant de 70 à 100%. Cela rend la bineuse appropriée pour des passages plus avancés dans le cycle de la culture, comme à partir du tallage pour les céréales. Cependant, la bineuse n’est pas efficace sur les vivaces, et son action de scalpage peut même conduire au bouturage des rhizomes de ces dernières, ce qui représente une limite à son utilisation.
Les différents éléments travaillants de la bineuse
Les différents éléments bineurs, un par inter-rang, sont fixés à une poutre centrale, mais sont indépendants et peuvent être réglés à différents écartements. Ces éléments comportent généralement une à cinq pièces travaillantes, dont le type de soc détermine l’action sur le sol et les adventices. L’augmentation du nombre de pièces peut parfois entraîner une efficacité irrégulière sur les différents inter-rangs. La profondeur de travail de la bineuse peut varier de 2 à 10 cm, en fonction du type de sol. L’agressivité de la bineuse est influencée par la rigidité des dents sur lesquelles sont fixés les socs. Des dents rigides augmentent la pénétration dans le sol. Il existe plusieurs types de dents : des dents rigides type betteravière, des dents mixtes ou demi-rigides (les plus utilisées), et des dents souples de vibroculteurs.
Types de socs et leur action spécifique
Le choix du soc est crucial pour adapter la bineuse aux spécificités de chaque culture et condition de sol :
- Socs plats : Ces socs permettent un travail en profondeur constant et un effet scalpant. Ils sont souvent préconisés pour leur action de sarclage, qui ne tend pas à creuser le sol. Le conseiller David Bouvier de la chambre d'agriculture de Bretagne recommande la configuration "dent droite et soc plat" dans la grande majorité des cas.
- Socs patte d’oie (triangulaires) : Avec leurs bords biseautés, ces socs scalpent près des rangs et remontent les mottes en surface. Ils travaillent à environ 5 cm de profondeur et permettent une bonne pénétration dans le sol s’ils ne sont pas plats. Ils peuvent également avoir une action de buttage pour étouffer les adventices sur le rang. Cependant, pour les cultures fragiles où l'on ne vise pas d'action de buttage, il existe des demi-socs qui permettent un scalpage proche du rang sans générer de buttage ou de recouvrement. Les socs triangulaires peuvent être plats (et donc parallèles au sol).
- Lames : Les lames sont plates et leur travail se fait parallèlement au sol. Elles permettent de scalper l'inter-rang sur toute sa largeur, mais nécessitent une conduite très précise (binage à l'avant ou sur porte-outil) ou un système de guidage avancé. La lame Lelièvre est par exemple intéressante pour approcher du rang.
- Socs de vibroculteurs : Ces socs sont étroits, facilitent la pénétration dans le sol et donnent lieu à un travail assez profond. Leur étroitesse ne permet pas un recouvrement complet du travail des différents socs. Ils peuvent être combinés avec des socs plats ou à pattes d'oie.
- Doigts rotatifs : Il s'agit de disques en plastique inclinés à 45° par rapport au sol. Ces roues étoilées arrachent les adventices et les recouvrent de terre. Elles peuvent parfois remplacer l’ensemble dent + soc. Hervé Masserot et David Bouvier s'intéressent particulièrement à l'ajout de dents étrilles à l'arrière de la machine, comme un système simple et complémentaire de la dent dure.
- Doigts souples (ou doigts Kress) : Placés sur les éléments bineurs, ils permettent de biner directement sur le rang sans nécessiter un système de reconnaissance des plants. Cependant, la famille Gaidoz, engagée dans la conversion au bio, a par exemple supprimé les doigts Kress de leur équipement.
L’angle de pénétration du soc joue également un rôle crucial sur l’agressivité de l'outil. S’il est faible, le soc tend à être parallèle au sol et effectue un travail de sectionnement de surface. S’il est élevé, le soc tend à pénétrer le sol verticalement. Dans ce cas, le travail est plus profond, davantage de terre est remuée, ce qui peut avoir une action favorable sur la croûte de battance.
Guidage et précision de la bineuse
La précision du binage est primordiale pour éviter d'endommager la culture en place. Pour cela, différents systèmes de guidage ont été développés.
Systèmes de guidage
- Guidage manuel : Ce mode de guidage implique deux opérateurs : un conducteur de tracteur et une personne qui ajuste la position de la bineuse par rapport aux rangs. Ce système présente l'inconvénient d'un temps de réaction lent et de vitesses de travail limitées.
- Guidage par GPS : Installé sur le système de guidage du tracteur, le guidage par GPS permet une intervention à tout moment, y compris avant la levée de la culture. Le RTK (Real Time Kinematic) permet un semis droit, ce qui facilite grandement le guidage ultérieur. Des systèmes RTK traceur + bineuse sont très intéressants, mais représentent un investissement important.
- Guidage par caméra : Ce système permet de suivre les rangs dès que la culture est levée. Il est cependant moins efficace s’il y a beaucoup de mauvaises herbes. Les bineuses modernes, comme celle utilisée par la famille Gaidoz à Warmeriville, peuvent être de véritables "monstres de technologie". Elles portent sur leurs extrémités des caméras analysant 30 fois par seconde l’image de la parcelle. En différenciant les nuances de vert de la culture de celles du sol ou des adventices, leur électronique calcule la position des rangs et corrige celle des pièces travaillantes en agissant sur des vérins de décalage.
- Guidage frontal : Possible si le tracteur est équipé d'un relevage avant.
- Systèmes à reconnaissance individuelle des plants : Pour un binage encore plus précis sur le rang, certaines bineuses sont équipées de systèmes de reconnaissance individuelle des plants via des caméras. Des pales, situées de part et d’autre du rang, binent entre les plants en se rejoignant et s’écartent chaque fois que la caméra repère un pied. Chaque élément de binage sur le rang dispose de sa propre caméra et d'un moteur électrique qui imprime aux dents un mouvement circulaire autour de chaque plant, avec une commande pas à pas très précise de la vitesse de rotation pour éviter d'endommager la culture.
- Guidage passif : L'auto-pilotage est un guidage actif, où des systèmes positionnés sur un châssis intermédiaire détectent la position du rang puis corrigent la position de la bineuse.
L'utilisation d'un système de guidage (par caméra, cellule photoélectrique, capteurs ou GPS) permettra une meilleure précision et évitera que les éléments bineurs n’endommagent la culture en place. Pour une bonne sélectivité, il est également essentiel que la culture soit suffisamment développée et donc moins vulnérable à l'action de la bineuse.
Réglages et optimisation de l'utilisation de la bineuse

Réussir ses récoltes grâce à la bineuse dépend grandement d'un réglage précis et professionnel. Il est important de prendre son temps pour ajuster l'outil. En principe, le succès futur du binage commence par un semis précis. Il est également important de n’utiliser qu’un seul balancier pour chaque rang de culture et de ne pas le monter directement sur l’élément de binage, mais sur la poutre de la bineuse elle-même.
Conseils de réglage
- Angle d’attaque : Cet aspect est crucial et doit faire l'objet d'une attention particulière. L'angle d’angle de pénétration du soc joue un rôle sur l’agressivité : s’il est faible, le soc tend à être parallèle au sol et effectue un travail de sectionnement de surface ; s’il est élevé, le soc tend à pénétrer le sol verticalement, pour un travail plus profond et un meilleur ameublissement.
- Profondeur de réglage : La règle générale est d'aller "aussi profond que nécessaire, aussi plat que possible". La profondeur de travail optimale se situe généralement entre 2 et 10 cm, en fonction du type de sol.
- Parallélogramme : En position de travail, le parallélogramme doit être parallèle au sol ou légèrement incliné vers le sol.
- Bineuses à doigts : Ces bineuses doivent être réglées avec un écart d’environ 2 cm.
- Ressort de pénétration : Le ressort de pénétration est essentiel pour garantir la pénétration des socs, même sur des sols fortement battants.
- Stabilisateurs de bras inférieurs : Lors du montage d’une bineuse sans guidage par caméra et avec guidage par 3e point, les stabilisateurs latéraux des bras inférieurs doivent être ouverts.
Il n’existe aucun réglage identique pour toutes les conditions ou toutes les plantes. Une bineuse doit être adaptée à la culture, à sa taille, au sol et aux conditions météorologiques. L’expérience rendra le binage plus facile et précis.
Conditions optimales et vitesse de travail
Pour une bonne réussite du binage, il faut en amont soigner la préparation du sol et prévoir un grand écartement (au moins 40 cm). Il est également préférable d'exclure les parcelles à gros cailloux. Le sol doit être ressuyé, et le temps séchant les jours suivants est idéal pour éviter que les mauvaises herbes ne se repiquent. Plusieurs binages par temps séchant peuvent être envisagés pour une meilleure efficacité. Il faut alors adapter la profondeur de travail, le choix des dents et socs au comportement du sol.
La vitesse de binage peut varier de 3 à 10 km/h, augmentant au fur et à mesure du développement de la culture, mais cela dépend aussi du matériel de guidage.
Témoignages d'agriculteurs
La famille Gaidoz, exploitant agricole à Warmeriville dans la Marne, utilise la bineuse depuis des années, notamment pour la culture de la betterave sucrière. Initialement, l'outil servait de soutien aux désherbages chimiques conventionnels. Cependant, depuis leur conversion au bio, le binage est devenu la première ligne de leur stratégie de lutte contre les adventices. Leur bineuse de 12 rangs, équipée d'un système de guidage par caméra et capable de travailler entre les plants grâce à des caméras individuelles par rang et des moteurs électriques, est perçue comme un "monstre de technologie". Cette machine est capable de travailler sur près de 200 ha par an, effectuant un ou deux passages par culture. Hervé Gaidoz apprécie particulièrement sa capacité à biner "en plus de biner sur le rang, elle est capable de travailler entre les plants". L’assolement de leur exploitation est savamment planifié, incluant des cultures comme la luzerne pour favoriser la fertilité des sols et maîtriser le salissement des parcelles.
Étienne Richard, dont la cuma Douar ha deur pratique le binage depuis longtemps, a également fait évoluer son équipement vers le guidage par caméra, tout en supprimant les doigts Kress. Ces exemples illustrent l'évolution des pratiques et l'intégration de technologies avancées pour optimiser le binage.
Pièces détachées et personnalisation de la bineuse
Toutes les pièces détachées de bineuse, qu'elles soient d'origine constructeur ou de qualité équivalente, sont disponibles sur des sites spécialisés. Cela permet aux agriculteurs de maintenir leur équipement en parfait état de fonctionnement et de l'adapter à leurs besoins spécifiques.

Les idées de customisation de la bineuse ne manquent pas. L’ajout d’un semoir, par exemple, peut permettre de déposer la semence d’un couvert végétal lors du dernier passage d’outil avant la récolte. Cependant, l’expérience montre que pour des cultures à plus faible valeur ajoutée comme le maïs, le cultivateur aura souvent du mal à en tirer un réel bénéfice économique.
En matière d'investissement, David Bouvier conseille de s’intéresser à la facilité de réglage pour approcher du rang, tandis qu'Hervé Masserot souligne l'importance du système de guidage, malgré son coût supplémentaire non négligeable. Enfin, un élément clé pour la réussite d’une activité de binage identifié par les conseillers cuma est d’avoir un tracteur dédié.