Guide complet sur la fertilisation potassique et la conduite du ray-grass d'Italie en dérobée

Le ray-grass d’Italie est la graminée fourragère la plus semée en France. Plutôt adapté aux contextes climatiques frais, le ray-grass d’Italie a malgré tout sa place dans la majorité des situations. Depuis les années 1960, le travail des sélectionneurs a permis d’élargir et de diversifier la gamme des ray-grass d’Italie en proposant des types et des variétés bien distincts. Avec aujourd’hui près de 80 références, les éleveurs disposent d’un large choix pour implanter une variété qui va répondre à leur besoin.

Champ de ray-grass d'Italie en phase de croissance active

Stratégies de sélection et types variétaux

Selon la place de la prairie de ray-grass d’Italie dans le système fourrager et dans la rotation, l’éleveur peut choisir des variétés plus ou moins pérennes. Les variétés alternatives ont une durée de vie assez courte (12 à 18 mois) mais elles sont légèrement plus pérennes que les variétés à courte durée de vie (6 à 12 mois) qui seront-elles, principalement utilisées en dérobé. Un des objectifs majeurs pour les sélectionneurs, la productivité a été nettement améliorée au fil des années. Si les rendements mesurés lors des premières coupes sont assez proches (conditions optimales), c’est sur les secondes exploitations et sur les rendements annuels que les écarts vont être observés.

Pour chaque type variétal de ray-grass d’Italie, il existe des variétés diploïdes et des variétés tétraploïdes. Avec un nombre de chromosomes doublé, les plantes tétraploïdes présentent des cellules plus riches en eau. L’appétence de la plante est améliorée mais en revanche, le séchage ou la réalisation d’ensilage peut s’avérer délicat. Seule la sélection variétale permet de lutter contre cette maladie. Les variétés résistantes à la rouille permettent de conserver la productivité de la prairie plus longtemps et surtout de maintenir la qualité du fourrage. Malgré un port très dressé du ray-grass d’Italie, certaines variétés sont particulièrement résistantes à la verse.

Techniques d'implantation et densité de semis

Le ray-grass d’Italie est la graminée fourragère la plus facile à installer. Sa levée très rapide et vigoureuse ainsi que son agressivité le rend très compétitif vis-à-vis des adventices en exerçant sur elles un effet “étouffant”. Il tolère une préparation du sol assez sommaire et est adapté au semis direct. Les semis de ray-grass d’Italie peuvent être envisagés presque toute l’année sauf bien entendu à l’approche des périodes de sécheresse et de froid. Cependant, en fonction de l’objectif recherché et du type variétal utilisé, le semis peut être réalisé au printemps ou en fin d’été.

C’est grâce à une germination et une levée très rapide que les ray-grass d’Italie peuvent se contenter d’une préparation de sol assez sommaire. En effet, ils atteignent en peu de temps le stade “tallage“ et leurs racines se développent abondamment pour apporter à la plante les éléments nécessaires pour une pousse rapide et productive. Avec les éléments semeurs relevés, le semoir à céréales s’avère idéal pour réaliser un semis de type “à la volée“ qui convient particulièrement bien aux graminées fourragères. Le semis doit être superficiel avec une profondeur optimale de 1 cm. Une petite herse légère à l’arrière du semoir et un passage de rouleau de type cultipacker ou un crosskill permettront d’obtenir la profondeur recherchée tout en assurant un bon contact sol/graine qui favorisera la germination et la levée.

Les variétés tétraploïdes sont plus lourdes que les variétés diploïdes donc la dose de semis devra être majorée pour obtenir un bon peuplement. Pour les diploïdes, la dose est de 15 à 20 kg/ha alors que pour les tétraploïdes, la dose est de 20 à 25 kg/ha. La réussite de l’implantation du RGI passe par la maîtrise de quelques paramètres essentiels comme la profondeur ou la date de semis, mais aussi par une bonne préparation de sol ainsi que la maitrise des ravageurs et des adventices. Une bonne préparation du lit de semence permettra au RGI d’être suffisamment dense, régulier et bien enraciné. Le sol devra être bien ressuyé lors de la préparation pour pouvoir le rappuyer et obtenir une structure sans discontinuité. Il faut rechercher une densité de 500 plantes au m². Pour l’obtenir, on pourra semer jusqu’a 1000 graines par m².

Schéma illustrant la profondeur idéale de semis pour les graminées

Gestion de la fertilisation phospho-potassique

Dans le cadre d’un conseil de fertilisation, les besoins en phosphore (P) et en potassium (K) de la prairie sont généralement déterminés sur base d’une analyse de sol. On tient le même raisonnement que celui développé pour l’azote. Les besoins dépendent du niveau de rendement visé. Les recommandations de fertilisation phospho-potassique sont établies sur base d’une exportation de 10 tonnes de MS/ha, que ce soit par la fauche ou par le pâturage. Il faut donc les adapter au rendement recherché. Les besoins sont plus ou moins couverts par les réserves du sol selon son état de richesse.

Valorisation du fourrage : fauche et pâturage

Un port dressé, une aptitude à refaire des épis après une exploitation (remontaison) et une productivité importante, le ray-grass d’Italie est sans conteste une plante avant tout destinée à la fauche. Sélectionnée pour une utilisation en foin ou en ensilage, cette plante permet de constituer des stocks de fourrage très rapidement et de bonne valeur alimentaire. En conditions normales, la récolte peut avoir lieu 50 à 80 jours après le semis. Du fait de la hauteur de la plante lors de l’épiaison, le rendement peut sembler important mais ce qui est primordial pour une récolte abondante et de qualité, c’est surtout le rapport feuilles sur tiges. Les tiges conditionnent une partie du rendement mais ce sont surtout les feuilles qui vont apporter la qualité.

Au printemps, le ray-grass d’Italie est la graminée qui démarre le plus rapidement en végétation. En règle générale, le ray-grass d’Italie est assez sensible à la sécheresse mais le comportement estival est très lié à l’âge de la plante en fonction de son potentiel de pérennité. Semée au printemps, la plante se comportera correctement en été (quand la sécheresse n’est pas excessive) mais si elle a déjà produit depuis le début de l’année, son développement estival sera moindre. Le ray-grass d’Italie non alternatif est un type plus pérenne qui permet de bénéficier de multiples coupes pendant la durée de vie de la prairie. Semé en fin d’été, une exploitation est possible avant l’hiver et il produira également pendant les 2 années suivantes, avec une date d’épiaison vers mi-mai. On peut alors espérer un rendement de 8 à 14 tonnes de matière sèche dès le printemps suivant le semis.

Gestion durable du ray-grass en grandes cultures : zoom sur l’essai Cap de Boigneville - ARVALIS.fr

Associations et interactions agronomiques

Aussi agressif et de même pérennité que le ray-grass d’Italie, le trèfle incarnat est le partenaire idéal en association pour les prairies de fauche de courte durée. A raison de 10 à 12 kg/ha, il améliore la qualité de la ration en apportant des protéines dans le fourrage récolté. S’il est semé trop tôt en fin d’été et que les boutons floraux apparaissent alors qu’il est exploité avant l’hiver, il ne remontera pas au printemps suivant. Il est multicoupe à conditions de l’exploiter à un stade jeune. Avec les types non alternatifs, le trèfle violet s’accordera parfaitement à la dose de 8 à 10 kg/ha. Remontant et plus pérenne que le trèfle incarnat, il améliorera nettement la productivité et la qualité de la prairie.

Le ray-grass d’Italie consommé en vert permet une excellente production laitière pour autant qu’on ne dépasse pas le stade “ début montaison “. Passé ce stade, les teneurs en Matière Azotée Totale et en protéines chutent très rapidement. Une association avec une légumineuse permet donc de limiter cette perte en protéines et en MAT. Avec un ray-grass d’Italie semé au printemps, les pousses exclusivement feuillues la première année présentent une très bonne valeur alimentaire.

Enjeux de structure du sol et déséquilibres minéraux

La composition du sol joue un rôle majeur dans la réussite de la culture. Une mauvaise structure du sol (prise en masse, battance, compaction, travail du sol régulier, possible manque de CaCO3 et/ou de matière organique) peut être liée à une perte des argiles, un détachement des ions calcium et donc un taux de calcaire actif trop faible. Ces facteurs sont renforcés par le travail du sol qui déstabilise la structure du sol. Un déséquilibre minéral, notamment un ratio K/Mg supérieur à 2, peut être favorable à la prolifération du ray-grass sauvage en tant qu'adventice. À court terme, un apport de magnésium peut être envisagé. Il est conseillé de corriger l'équilibre minéral avec des apports de magnésium (Dolomie, Carbonate ou Oxyde de magnésium).

Graphique montrant l'influence du ratio K/Mg sur le développement des graminées

Gestion des adventices et résistance

Le Ray-gras est une graminée problématique dans les systèmes céréaliers. La lutte chimique repose sur un programme regroupant trois matières actives : le flufenacet, le prosulfocarbe et le chlortoluron. Ces matières actives sont essentiellement racinaires et ne nécessitent donc pas l’utilisation d’un adjuvant spécifique. Les ray-grass résistants s’imposent dans les milieux ultra favorables. Une réflexion menée avec des agronomes brésiliens, basée sur l’hypothèse suivante « rien de mieux qu’une graminée pour lutter contre les graminées », suggère que contre les phénomènes de résistance du ray-grass sauvage, semer un couvert de ray-grass italien peut permettre d’accompagner le sol dans la phase de restructuration. À combiner avec un apport de carbonate de magnésium pour relever le niveau (1 à 2 t/ha).

Le passage du Chlortholuron est possible jusqu’au 28/02 et au stade tallage des plantes. Pour avoir une bonne sélectivité, il est impératif d’avoir une graine bien enterrée (au moins 2 cm) et donc un semis régulier. Les doses de produits sont à moduler selon les types de sol. En terre lourde, des doses plus importantes peuvent être utilisées. En évitant de perturber la terre, on diminue leur levée, ainsi la vitesse de semis devra être adaptée pour éviter de trop foisonner la terre (6 km/h ou moins). Un semoir permettant le semis direct est nécessaire. En France, les surfaces en herbe représentent 11 millions d’hectares dont le quart est en prairie temporaire ou artificielle. La particularité du ray-grass d’Italie est de produire une grande quantité de fourrage dans un laps de temps très court. Environ 25 nouvelles variétés sont inscrites par an, témoignant d'une sélection active pour répondre aux défis climatiques et agronomiques des éleveurs.

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