Le lierre commun (Hedera helix), également appelé lierre anglais, lierre grimpant ou lierre européen, est une plante d’intérieur plutôt inhabituelle. La plupart des végétaux que nous cultivons dans nos maisons sont des plantes tropicales et ne tolèrent aucun froid, mais le lierre commun vient d’un climat tempéré, soit de l’Eurasie : de l’Irlande et du Portugal à l’ouest jusqu’à l’Iran et la Turquie à l’est. Ainsi, il est adapté aux hivers modérément froids. Le lierre commun appartient à la famille des Araliacées, la famille du ginseng. Les deux noms botaniques du lierre - Hedera helix - viennent du grec ancien : Hedera de haerere pour « être attaché » et helix d’élix pour « spirale », donc « la plante qui s’attache en s’enroulant en spirales ».

Les caractéristiques biologiques du lierre
Dans la nature, le lierre commun prend généralement le port d’un arbuste grimpant. Typiquement, le lierre commun germe au sol et commence sa vie comme plante rampante. C’est son stade juvénile. Il porte alors de petites feuilles vert foncé à cinq lobes et forme une longue tige de jusqu’à 30 m de hauteur, ce qui lui permet de se hisser au sommet de son arbre hôte. Sans support, il peut quand même ramper sur une très bonne longueur - jusqu’à 100 m ! À maturité, le lierre commun change complètement de port et commence à produire des fleurs et des baies. Le lierre est une plante hétérophylle, et ceci n’a absolument rien à voir avec ses préférences sexuelles. Les feuilles des rameaux stériles (sans fleurs), qu’ils soient rampant ou grimpant, sont ordinairement divisées en 3 à 5 lobes. Ces formes à 3 ou 5 lobes auraient pour but d’augmenter la surface foliaire, et donc de capter plus de lumière dans les zones à l’ombre.
Lorsque le lierre atteint sa maturité, généralement dans la couronne d’un arbre, il change radicalement d’apparence. Il arrête de grimper et commence à produire des branches plus épaisses et robustes, dressées ou arquées et sans racines aériennes. Les feuilles produites au stade adulte changent aussi, étant maintenant plus grandes et plus épaisses et sans lobes, généralement en forme de cœur. Ce n’est qu’à ce stade que le lierre fleurit, produisant des ombelles de fleurs jaune verdâtre suivies de petites baies rondes pourpre-noir. Les oiseaux se gavent des baies et distribuent les graines de lierre un peu partout dans leurs fientes.
Symbolique et mythologie à travers les âges
Dans la mythologie grecque, le lierre est la plante de Dionysos (Bacchus dans la mythologie romaine), le dieu du vin et de ses excès ainsi que de la semence. Ainsi, la couronne de lierre est devenue le symbole de la victoire et du pouvoir humain. Le lierre est aussi le symbole de la longévité et de l’amour constant. Depuis l’Antiquité, les gens avaient remarqué que le lierre avait une durée remarquable, atteignant facilement l’âge de 100 ans et plus, voire parfois plus de 1000 ans si son hôte aussi est très longévif ! De plus, c’était une plante sacrée pour les druides qui reliaient quelquefois les poignets des mariés avec une liane de lierre dans le but de renforcer leur amour.

Le lierre dans l'écosystème : Mythes et réalités
S’il est vrai qu’il pousse rapidement et donne parfois l’impression de parasiter les arbres sur lesquels il s’agrippe, le lierre n’affecte en réalité pas leur croissance, car il a ses propres racines et réalise sa propre photosynthèse. Le lierre grimpe pour capter la lumière, ce qui lui permet de développer ses fleurs et donc de se reproduire. Ce faisant, il fait concurrence aux feuilles des arbres auxquels il s’agrippe pour la lumière, mais il s’agit de son seul impact sur ceux-ci. Contrairement à une idée reçue tenace, le lierre, ou Hedera helix, n’est pas une plante parasite. Il ne puise pas la sève de l’arbre qui lui sert de support. Ses racines, dites crampons, lui permettent seulement de s’accrocher pour chercher la lumière.
Le Muséum national d’Histoire naturelle souligne son rôle écologique majeur. Sa floraison tardive, entre septembre et octobre, offre une source de nectar et de pollen vitale pour de nombreux insectes, comme les abeilles ou les syrphes, à une période où les fleurs se font rares. De plus, son feuillage persistant offre un abri toute l’année. Des études scientifiques ont montré que loin d’étouffer les arbres, leur présence augmenterait la croissance de ces derniers ! C’est assez logique en fin de compte : le lierre grimpant pour trouver la lumière, il va pousser l’arbre à grandir plus vite pour conserver son propre accès aux photons lumineux.
Culture en intérieur et entretien domestique
En nos appartements, le lierre commun conserve sa forme juvénile (tiges minces sans tonus, petites feuilles, etc.) et ne fleurit jamais. Il est alors cultivé strictement comme plante verte. Pour l'éclairage, donnez-lui un éclairage modéré, comme près d’une fenêtre est ou ouest ou même d’une fenêtre nord, car il tolère un certain degré d’ombre. Empêchez le lierre commun de se dessécher en arrosant abondamment lorsque son mélange de croissance est sec au toucher. Arrosez le lierre commun en appliquant la règle d’or de l’arrosage, soit arroser en profondeur, suffisamment pour humidifier toute la motte, puis laisser sécher le terreau avant d’arroser à nouveau.
Comment s'occuper du lierre? - capsule horticole
Gardez votre lierre commun dans un endroit frais en hiver, si vous le pouvez. Le lierre commun s’adapte bien aux températures intérieures, mais préfère les températures plus fraîches en hiver. Pour l'humidité atmosphérique, une bonne humidité est importante, surtout en hiver. Le lierre commun préférerait une humidité élevée (60% et plus), mais peut tolérer une humidité relative de 40%. Placer le lierre sur un plateau humidifiant permettra de maintenir une humidité bienfaisante… et d’éloigner les araignées rouges !
Gestion et taille dans le jardin
La taille régulière du lierre est essentielle pour maintenir sa forme, sa santé et sa beauté. N’hésitez pas à rabattre les branches rebelles à tout moment et à pincer celles qui menacent de trop s’allonger. La taille se pratique essentiellement pour limiter la végétation ou étoffer un jeune sujet en l'incitant à se ramifier. Elle se pratique à tout moment de l'année hors période de gel. Si une intervention est justifiée, l’automne est une période propice. Ciblez la base : munissez-vous d’un sécateur ou d’une petite scie et coupez les tiges principales du lierre à la base du tronc, sur une hauteur de 20 à 30 centimètres. Laissez sécher : n’essayez surtout pas d’arracher le lierre encore vert. Vous risqueriez d’endommager l’écorce et les branches de l’arbre.
Multiplication et propagation
Le lierre est facile à multiplier par des boutures de tige insérées dans un terreau humide (aucune hormone d’enracinement n’est nécessaire, sinon pour les variétés arbustives, très difficiles à faire enraciner) et cultivées à l’étouffée (sous un revêtement en plastique transparent pour maintenir une forte humidité ambiante). On peut aussi bouturer une tige de lierre dans un verre d’eau, mais le taux de succès est moindre. Le lierre peut également être multiplié par marcottage (en fixant une tige rampante sur le terreau d’un pot voisin) ou même par greffage sur un autre lierre ou sur un lierre arborescent (× Fatshedera lizei).

Variétés et diversité horticole
Il existe environ 500 cultivars de lierre commun, dont beaucoup ont des feuilles panachées de blanc, jaune ou gris. Le port varie également. Certaines variétés ont de longues branches retombantes, peu portées à se ramifier : c’est le port le plus près de celui du lierre sauvage. Deux autres espèces de lierre sont couramment cultivées à l’intérieur : le lierre d’Algérie (H. algeriensis) et le lierre des Canaries (H. canariensis). Ils sont de très proches parents et ont des feuilles beaucoup plus grandes et luisantes que le lierre commun avec des lobes moins profonds. Enfin, il y a aussi un parent hybride : × Fatshedera lizei, appelé lierre arborescent ou aralie-lierre, qui est une des très rares plantes intergénériques, le résultat du croisement entre le lierre commun (H. helix), grimpant, et un grand arbuste aux grandes feuilles palmées, l’aralie du Japon (Fatsia japonica).
Défis phytosanitaires
Mis à part un arrosage excessif ou insuffisant et peut-être trop de soleil, le principal problème du lierre commun est un acarien : l’araignée rouge ou tétranyque à deux points (Tetranychus urticae). Ce petit arthropode semble sortir de nulle part à la fin de l’automne ou en hiver (en fait, il y a toujours des araignées rouges sur les plantes d’intérieur, mais tant que leur nombre est bas, elles ne causent aucun souci) et s’empare littéralement de la plante, proliférant abondamment en seulement quelques semaines. Vous remarquerez d’abord sur le feuillage de minuscules « poussières », mais des poussières qui bougent. Puis, quand elles sont nombreuses, des fils rappelant des fils d’araignée se forment entre les feuilles et le long des tiges. Les araignées rouges nuisent à la plante en perçant les feuilles et en aspirant leur sève, ce qui fait d’abord jaunir le feuillage, puis l’assèche. Vous n’aurez aucun problème avec les araignées rouges si vous conservez la plante au frais et sous une bonne humidité en hiver.