
Le noisetier, connu scientifiquement sous le nom de Corylus avellana, est bien plus qu'un simple arbuste à noisettes. Présent dans notre partie du globe dès le Tertiaire, une ère géologique s'étendant de 66 millions à 2,5 millions d'années avant notre ère, il était déjà bien établi avant même l'apparition de l'espèce humaine. Les découvertes archéologiques de noisettes dans les restes de repas préhistoriques témoignent de son importance comme source de nourriture pour les hommes du Paléolithique. Aujourd'hui, cet arbuste convivial et humble, qui atteint généralement 3 à 4 mètres de haut mais peut culminer à 8 mètres, est une plante des forêts de feuillus au sous-bois clair, des lisières, des clairières et des haies. Il contribue également à la recolonisation des terrains abandonnés par l'agriculture, appréciant la lumière tout en supportant l'ombre. Souvent, de multiples tiges partent d'une souche commune, car le noisetier est capable d’émettre de nombreux rejets à partir de la souche ou des bourgeons des racines. Son écorce est brune, lisse et porte des lenticelles horizontales blanchâtres, tandis que ses feuilles alternes, arrondies, partent à la base du pétiole en forme de cœur et finissent en pointe aiguë. Elles sont doublement dentées, avec un pourtour présentant de grandes dents elles-mêmes finement dentées. En retournant une feuille, on observe que le dessous est plus clair, plus blanc, que le dessus et que les nervures sont saillantes de ce côté, souvent plus velu que le dessus. Cet article explore les multiples usages du noisetier, en se concentrant particulièrement sur la comestibilité de ses feuilles, leurs bienfaits pour la santé, et leur place dans la culture et la médecine traditionnelle.
Les feuilles de noisetier : Une découverte culinaire surprenante
Les feuilles de noisetier, souvent ignorées, sont en réalité comestibles et offrent une saveur douce, légèrement noisettée. Elles peuvent être utilisées de plusieurs façons en cuisine, que ce soit fraîches ou séchées. Les jeunes feuilles de noisetier, cueillies au printemps ou en début d'été, sont tendres et peuvent être ajoutées crues à des salades, apportant une nouvelle dimension à votre cuisine. En effet, dès que les feuilles sortent de leurs bourgeons, quand elles sont encore tendres, on peut les ramasser pour les utiliser, hachées, en salade. Elles se cuisinent également avec d’autres feuilles en quiche, farce, dans les soupes ou les pistous. Il est possible de les blanchir, c’est-à-dire de les plonger quelques instants dans de l’eau bouillante, et de farcir chaque feuille. Une farce à base de fromage frais à la ciboulette et aux noisettes grillées pourrait être exquise, une cuillerée sur chaque feuille que l’on roule et que l’on fait tenir si besoin avec un cure-dent.
Pour la récolte, les jeunes feuilles sont les meilleures pour la consommation, car elles sont plus tendres et moins amères que les feuilles plus âgées. Il est important de choisir des feuilles saines, sans taches ni signes de maladie. Pour conserver les feuilles de noisetier, faites-les sécher dans un endroit bien aéré et à l'abri de la lumière directe du soleil. Une fois séchées, elles peuvent être utilisées comme un aromate pour parfumer des soupes, des ragoûts, ou des plats mijotés. Elles peuvent aussi servir à préparer une infusion en infusant environ 1 cuillère à soupe de feuilles séchées dans une tasse d'eau chaude pendant 5 à 10 minutes.

Le noisetier est une plante monoïque, ce qui signifie qu'il porte des fleurs mâles et femelles distinctes sur le même pied. Dès le mois de janvier et jusqu’en mars, il se met à fleurir. De loin, on distingue ses chatons mâles, regroupés par 2 à 4, qui retombent des rameaux. Ils sont bruns-gris au départ pour devenir jaunes, remplis de pollen. Sur le même arbuste, il faut regarder de près pour apercevoir les fleurs femelles, cachées dans des enveloppes écailleuses et se distinguant des bourgeons des feuilles uniquement par les stigmates rouges qui dépassent. Les fleurs mâles et femelles apparaissent bien avant les feuilles, et les chatons se sont déjà formés l’été d’avant. Les chatons sont riches en protéines (jusqu’à 20%), calcium, magnésium, silicium, phosphore, potassium, vitamines B1, B2 et E, acide salicylique (l’aspirine en est un dérivé) et acides gras essentiels. En hiver, ils peuvent apporter un peu de fantaisie à nos assiettes : trempés dans du chocolat, ils donnent de bonnes friandises. On peut également mettre à profit leur haute teneur en protéines en les faisant sécher et réduire en poudre.
Les vertus médicinales des feuilles de noisetier
Les feuilles de noisetier ne sont pas seulement un ingrédient culinaire intéressant ; elles sont aussi depuis longtemps reconnues en médecine traditionnelle pour leurs bienfaits pour la santé. Riches en tanins et flavonoïdes, elles peuvent être consommées en infusion pour apaiser les inflammations, favoriser une bonne circulation sanguine ou améliorer la digestion. Les tanins présents dans les feuilles de noisetier peuvent aider à réduire les inflammations et à apaiser les irritations cutanées. Grâce à leur richesse en flavonoïdes, elles protègent les cellules contre les effets néfastes des radicaux libres, agissant comme de puissants antioxydants.
Préparer une tisane à base de feuilles de noisetier est simple et rapide. Après avoir fait sécher les feuilles à l'air libre ou au déshydrateur, infusez-les : couvrez la tasse ou la théière et laissez infuser pendant 10 à 15 minutes. Filtrez les feuilles avant de consommer la tisane, et pour une infusion plus légère, réduisez le temps d'infusion à 5 minutes.
Le noisetier, comestible et bon pour le système veineux
En herboristerie traditionnelle, l'écorce et les feuilles du noisetier sont toutes deux utilisées pour leurs propriétés. Ces organes sont relativement riches en tanins, dont l’astringence contribue à resserrer les tissus des muqueuses et de la peau. Ainsi, ils sont très adaptés à un usage externe, pour leurs propriétés cicatrisantes, anti-inflammatoires, anti-œdémateuses et antimicrobiennes. Par exemple, les bains de siège à partir de décoction de l’écorce peuvent être utiles en cas d’hémorroïdes, tandis que la décoction des feuilles en gargarisme peut aider à soulager les douleurs d’une angine.
Grâce à ses composants, le noisetier est surtout considéré comme un excellent veinotonique, au même titre que l’hamamélis, auquel il peut se substituer. Il est donc tout indiqué si vous souffrez d’insuffisance veineuse, se manifestant notamment par une sensation de jambes lourdes, des varices ou des œdèmes des membres inférieurs. Dans ce cas, les feuilles de noisetier pourront être employées sous forme d’infusion, en complément de la vigne rouge, à consommer 3 fois par jour en cure de 21 jours renouvelables. Il n’existe généralement aucune contre-indication à l’emploi du noisetier sous cette forme, sauf en cas d’allergie à son pollen ou aux noisettes.
Le bourgeon de noisetier : Un puissant régénérant en gemmothérapie

Parmi tous les remèdes que propose la gemmothérapie, une branche de la phytothérapie consacrée à l’usage des bourgeons, le bourgeon de noisetier tient une place de choix. Celui-ci est principalement reconnu comme un puissant régénérant des tissus pulmonaires. Ainsi, le bourgeon de noisetier est particulièrement indiqué en cas de troubles respiratoires tels que l’asthme, la bronchite aiguë ou chronique, ainsi que les allergies et même l’emphysème pulmonaire.
Comme les organes cités précédemment, le bourgeon de noisetier aide également à résorber les œdèmes des membres inférieurs, lutter contre les troubles circulatoires et les thromboses. Il est aussi anticoagulant, rééquilibrant nerveux et hépato-protecteur, ce qui le rend utile en cas de stéatose ou cirrhose hépatique. De manière générale, le bourgeon de noisetier agit sur les fibroses des organes, usés à force d’inflammations répétées. C'est l’idéal pour régénérer les tissus et faire place nette. L’usage des élixirs de bourgeons est simple et facilité par la galénique, qui se présente sous la forme d’une alcoolature liquide : le macérat glycériné, à diluer dans de l’eau. Une aubaine pour profiter pleinement et sans tracas de tous les bienfaits du noisetier pour votre santé. L’élixir de noisetier peut être employé seul pour lutter contre tous les troubles cités précédemment. Néanmoins, il est souvent utile de mélanger les plantes entre elles pour obtenir des synergies, plus ciblées et efficaces. La gemmothérapie ne dérogeant pas à cette règle, des synergies peuvent être utiles pour lutter contre les stases circulatoires (ulcères, jambes lourdes, thromboses), plus fréquentes durant l’été. Il est important de noter que les bourgeons ont une action profonde sur les organes et les tissus, mais ils sont d’action lente.
Le noisetier et la recherche d'alternatives au tabac
Alors que la lutte contre le tabagisme prend de l'ampleur, de nombreuses personnes cherchent des alternatives plus saines au tabac traditionnel. La feuille de noisetier à fumer est de plus en plus prisée comme une alternative naturelle au tabac, sans nicotine. Il est bien connu que le tabagisme est lié à une multitude de problèmes de santé, notamment les maladies cardiovasculaires, les troubles respiratoires et même le cancer. Cependant, arrêter de fumer est souvent plus facile à dire qu'à faire, en partie à cause de la dépendance à la nicotine. Séchées, les feuilles servaient autrefois à couper le tabac.
Pour ceux qui préfèrent éviter la combustion, la vaporisation est une autre méthode qui trouve de plus en plus d'adeptes. Toutefois, il est important de noter que toute fumée inhalée, même provenant de plantes non toxiques, peut irriter les poumons et les voies respiratoires.
Les noisettes : Un concentré de nutriments et de saveurs
Ce qui est le plus connu du noisetier, ce sont bien sûr ses fruits qui mûrissent dès le mois de septembre : les noisettes. Qui n’aime pas les noisettes ?! Le fruit est protégé, avant maturité complète, par une enveloppe de petites feuilles incisées en forme de cloche : l’involucre de bractées, que l'on peut imaginer comme un casque sur la tête de la noisette. C’est sûrement l’image qu’a eue celui qui a donné son nom latin au noisetier : « Corylus » vient de corys, casque en grec. Le nom d’espèce « avellana » évoque la région montagneuse d’Aveline où abonde le noisetier. Le noisetier est aussi appelé coudrier, des noms de lieux-dits comme « Coudray » témoignent de leur présence.

Preuve de la grande importance de la noisette : le mot huile, ol (oil en anglais, Öl en allemand) vient de olanier qui veut dire noisetier en occitan. En effet, on extrait des noisettes une excellente huile, utilisée en cuisine, en cosmétique et qui servait jadis de vermifuge. La noisette n’est pas uniquement excellente au goût, c’est une petite bombe nutritive. Elle contient autour de 60% de lipides, et cela sous forme de « bonnes huiles ». En effet, elle ne contient que peu d’acides gras saturés mais surtout des acides gras monoinsaturés et même quelques acides gras poly-insaturés. Elle contient, de plus, 14-16 % de protéines, ce qui est beaucoup, ainsi que des quantités assez importantes de minéraux et oligoéléments : cuivre, manganèse, magnésium, phosphore, fer, zinc, potassium, calcium. Elle est également riche en vitamines E et B1. Un profil très intéressant donc pour prendre soin de sa santé tout en se faisant plaisir !
Les noisettes sont de véritables concentrés de nutriments essentiels pour notre organisme. Elles sont particulièrement riches en acides gras insaturés, tels que l’acide oléique (oméga-9). Ces « bonnes graisses » contribuent à préserver notre santé cardiovasculaire en réduisant le taux de mauvais cholestérol (LDL) et en augmentant le bon cholestérol (HDL). Les noisettes sont aussi riches en vitamines A et C, en vitamines du groupe B et surtout en vitamine E, dont le fort pouvoir antioxydant contribue à protéger nos membranes cellulaires du vieillissement prématuré. Elles renferment également de nombreux minéraux dont le magnésium, important pour les muscles et pour mieux gérer le stress, ainsi que du potassium, du phosphore, du fer et du zinc, tous essentiels pour le bon fonctionnement de l’organisme. Pour finir, les noisettes sont aussi bien pourvues en protéines (entre 10 à 16 % selon les variétés) et en fibres, importantes et utiles pour augmenter la sensation de satiété et aider au contrôle du poids. De plus, il est aisé d’ajouter la noisette à son alimentation, sous forme de poudre notamment, en remplacement d’une partie de la farine.
Vous avez sûrement déjà souvent utilisé les noisettes dans votre cuisine : entières ou en poudre, fraîches ou grillées, sous forme de purée ou même en boisson végétale. On trouve les noisettes dans les gâteaux, des pains, même dans des saucissons, dans le pralin de pâtisseries et de desserts, dans des glaces, le chocolat, dans des pâtes à tartiner. Un ami prépare une liqueur de noisettes maison, avec des noisettes cueillies, décortiquées et grillées par lui-même, un vrai bonbon.
Le noisetier dans les traditions et la culture
Le noisetier a longtemps été mis en lien avec la fertilité, le plaisir et la puissance sexuelle, une année pleine de noisettes étant censée annoncer une année pleine d’enfants. Avec l’arrivée du christianisme, ce genre de considération est devenue tabou.
Dans de nombreuses cultures européennes, le noisetier était considéré comme un arbre magique et protecteur. On croyait que les feuilles de noisetier, lorsqu'elles étaient placées sous l'oreiller, pouvaient éloigner les mauvais esprits et les cauchemars. Chez les Celtes, le noisetier était un symbole de sagesse et d'inspiration poétique. On raconte que les anciens bardes et poètes celtes utilisaient des feuilles de noisetier lors de leurs cérémonies pour invoquer l'inspiration et la clarté mentale. Une ancienne croyance en Europe de l'Est affirmait que le noisetier pouvait protéger contre les serpents. Les villageois plaçaient des branches et des feuilles de noisetier autour de leurs maisons et dans leurs jardins pour éloigner ces créatures. Les baguettes des sourciers sont la plupart du temps taillées dans des branches de noisetier, celles-ci agiraient d’ailleurs comme paratonnerre.

Le noisetier a un bois souple et résistant. Les rameaux sont utilisés en vannerie pour confectionner des paniers. On en fabrique des piquets, des cercles de tonneaux, des manches d’outils et des arcs. Cet arbuste est également appréciable pour son côté polyvalent : de ses branches à ses chatons en passant par ses feuilles, tout est utilisable chez le noisetier.
Où trouver et acheter des produits à base de noisetier
Si vous souhaitez intégrer les feuilles de noisetier ou d'autres parties de l'arbuste à votre quotidien, de nombreuses options s'offrent à vous. Des herboristeries proposent un conditionnement en sachet kraft de 100 à 200 grammes, avec des conseils personnalisés si vous les appelez ou venez dans leur boutique. Il est également facile d'acheter du noisetier en ligne grâce à une livraison rapide et un paiement sécurisé.
Il est important de se rappeler que les informations fournies sur les produits à base de noisetier sont données à titre informatif et reposent sur des traditions et usages traditionnels en herboristerie. Elles ne doivent pas être interprétées comme des conseils médicaux ni remplacer une prescription ou un avis médical. La cueillette sauvage comporte des risques, et il est recommandé de se former en ligne sérieusement sur ces sujets.
Autres feuilles comestibles à découvrir
Le monde végétal regorge de feuilles comestibles, au-delà du noisetier, qui peuvent enrichir notre alimentation et nos connaissances des plantes.
Le tilleul (Tilia sp.) est l’un des meilleurs arbres pour la consommation de jeunes feuilles. Cependant, les identifier uniquement grâce aux feuilles peut être difficile. Les feuilles de tilleul sont cordées, en forme de cœur, et présentent de petites touffes de poils sous les nervures. Elles sont douces, sans amertume, digestes, et prennent le goût de vos sauces. Le tilleul est aussi connu pour ses propriétés médicinales : la tisane de fleurs apaise le stress, favorise le sommeil et adoucit les muqueuses grâce à ses mucilages. Les fleurs du tilleul peuvent aromatiser laits, crèmes, glaces, limonades.

Les jeunes feuilles de chêne se mangent lorsqu’elles sont toutes tendres, au début du printemps. Leur goût rappelle celui des noix fraîches. Les feuilles de chêne sont lobées.
L’érable plane, abondant et commun, produit des jeunes feuilles comestibles au printemps.
Le micocoulier de Provence est un arbre aux feuilles dentées, asymétriques et à son écorce lisse et grise. Ses jeunes feuilles et jeunes fruits verts, ressemblant à des petits pois, sont comestibles.
En vous lançant dans la découverte de ces trésors verts, n'oubliez jamais de procéder avec prudence, d'identifier correctement les plantes et, si vous avez des doutes, de vous abstenir de consommer.
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