Les mystères des feuilles trouées du rhododendron : causes, diagnostics et traitements

Le rhododendron, cet arbuste ornemental aux floraisons spectaculaires, est généralement robuste et résistant aux maladies. Cependant, il peut arriver que son feuillage présente des signes de détresse, parmi lesquels des feuilles trouées. Ces perforations, souvent source d'inquiétude pour les jardiniers, peuvent avoir diverses origines, allant des attaques de parasites aux maladies fongiques, en passant par des carences nutritionnelles. Il est essentiel de comprendre les causes sous-jacentes pour appliquer les traitements appropriés et préserver la santé de cet arbuste emblématique.

La chlorose : un jaunissement caractéristique du feuillage

Parmi les problèmes de santé affectant le rhododendron, la chlorose est une maladie courante dont le symptôme principal est le jaunissement des feuilles. Cette décoloration se manifeste de manière très spécifique, car les nervures elles-mêmes restent bien vertes, contrastant avec le limbe jauni. Dans les cas les plus graves, les feuilles peuvent finir par se nécroser et tomber. Un autre symptôme, moins visible et très progressif, est un étiolement de la plante, une perte de vigueur et un ralentissement de la croissance. À terme, une chlorose non soignée peut malheureusement entraîner la mort du rhododendron.

feuille de rhododendron chlorosée avec nervures vertes

La chlorose est principalement provoquée par des carences en macro-éléments et en oligo-éléments, notamment en fer, mais aussi en potassium, magnésium, zinc, bore, et autres. Ces éléments sont indispensables à la formation de la chlorophylle grâce au processus de photosynthèse, et sont absorbés par la plante via son système racinaire qui les puise dans le sol avec l'eau, formant ce que l'on appelle la "solution du sol" (eau + éléments nutritifs).

Un sol trop calcaire peut expliquer une carence en fer chez la plante, car le calcium joue un rôle significatif sur ses capacités d'assimilation en freinant l'absorption de l'eau. Le rhododendron étant une plante de terre de bruyère (calcifuge, c'est-à-dire qui ne supporte pas un excès de calcium), il est impératif de le planter dans un sol acide, possédant un pH inférieur à 7.

D'autres éléments peuvent contrarier l'assimilation du fer, comme un excès de phosphore, de potassium ou encore de manganèse. Ces excès peuvent être engendrés par une fertilisation déséquilibrée. Cependant, cette carence peut également être due à une mauvaise assimilation du fer par la plante touchée. Généralement, c'est à cause d'un sol trop sec (par manque d'eau ou trop compact) que les racines ne parviennent pas à se nourrir convenablement. Les rhododendrons sont particulièrement sensibles car leur système racinaire, très dense, ne descend pas en profondeur dans le sol, restant près de la surface. Une humidité stagnante peut également provoquer des carences. Des arrosages avec une eau très calcaire peuvent aussi expliquer cette carence, le plus souvent chez les plantes en pot, mais pas obligatoirement.

Distinguer la chlorose d'autres problèmes du feuillage

Il est important de ne pas confondre le jaunissement des feuilles lié à la chlorose avec d'autres pathologies, des feuilles qui jaunissent n'étant pas toujours synonymes de chlorose.

L'armillaire, un champignon, peut être une cause de jaunissement des feuilles du rhododendron. Cependant, les feuilles montrent également un flétrissement et s'enroulent sur elles-mêmes, et ce sont souvent toutes les feuilles d'un même rameau qui sont touchées. Le jaunissement est de plus global, sur la feuille entière, y compris ses nervures. Ce champignon touche toute la plante à partir de ses racines et nécessite son arrachage et sa destruction car il n'existe pas de traitement. Il se développe profondément dans le sol et il peut être visible en début d'automne au pied de la plante.

Le phytophthora, également un champignon, provoque une décoloration des feuilles au début de son attaque, mais celles-ci montrent un affaissement tout à fait typique, pendant systématiquement vers le sol. Il entraîne une mort rapide du sujet atteint. Présent à l'état latent dans le sol, il provoque le pourrissement des racines et du collet. Le phytophthora cinnamomi représente la maladie la plus grave des rhododendrons. Ce champignon du sol attaque les racines et provoque un dépérissement rapide de la plante. L'écorce au niveau du collet brunit et perd son aspect luisant. Cette maladie du rhododendron se développe particulièrement dans les sols mal drainés où l'eau stagne. En cas d'infection avérée, il faut arracher et brûler la plante atteinte. La désinfection du sol et des outils devient alors nécessaire, ainsi qu'une quarantaine de trois mois dans un rayon de dix mètres. Le Phytophthora cactorum, quant à lui, montre les mêmes symptômes au niveau des parties aériennes, mais s'introduit dans les cellules de la plante par ces mêmes parties et non par les racines. Il est nettement moins dangereux, l'infection pouvant parfois s'arrêter d'elle-même lorsque les pousses sont aoûtées. Par contre ses spores sont rémanents et peuvent rester longtemps dans le sol.

Le tétranyque tisserand, ou araignée rouge, est un minuscule acarien qui pique les feuilles pour se nourrir de la sève. Ces piqûres sont visibles sous forme de petites taches argentées qui peuvent recouvrir entièrement la feuille et donner alors l'impression d'une décoloration. Ces petits acariens aiment la chaleur et la sécheresse. On peut parfois observer de minuscules toiles au revers des feuilles.

Tuto : Nos conseils pour lutter contre la chlorose

Les perforations et grignotages du feuillage : l'œuvre de divers agresseurs

Lorsque les feuilles du rhododendron présentent des trous ou des grignotages, plusieurs coupables peuvent être identifiés, chacun laissant des traces caractéristiques.

L'otiorhynque : un charançon dévastateur

Les feuilles ont souvent les bords grignotés de manière irrégulière, comme dentelées. Le coupable est l'otiorhynque, un petit charançon noir d'environ 1 cm de long. Il attaque les feuilles par leur bord, créant des sortes d'encoches irrégulières qui prennent alors un aspect caractéristique de dentelle découpée. L'otiorhynque ne possédant pas de solides mandibules, il ne commence jamais par faire un trou dans le limbe et la nervure centrale, étant une trop grosse difficulté pour lui. La nervure centrale n'est par conséquent JAMAIS attaquée.

feuille de rhododendron grignotée par l'otiorhynque

Cependant, ce n'est pas tant l'adulte qui est à craindre, mais ses larves. Les larves d'otiorhynque sont des asticots blancs d'environ un centimètre de long avec une tête marron. Elles sont beaucoup plus dangereuses car elles se nourrissent des racines et de la partie vivante de la base des troncs. Elles peuvent manger jusqu'à l'écorce des rhododendrons à plusieurs centimètres au-dessus du collet après avoir consommé toutes les radicelles qui ont leur préférence. Quand les dégâts sont visibles sur les feuilles, il est souvent judicieux de creuser avec une pelle autour de la plante sur une profondeur de 5 à 10 cm où se trouvent les larves. Si elles sont trop nombreuses, elles peuvent tuer le rhododendron.

Les dégâts sont souvent plus importants dans les containers qu'en pleine terre. Leur milieu de culture léger facilite les déplacements des larves pour chercher de nouvelles racines à manger, et les racines sont concentrées dans un faible volume. En pleine terre, elles sont plus largement dispersées et de plus, dans un milieu qui gêne les déplacements des larves. La culture en conteneur favorise également l'éclosion d'un plus grand nombre d'œufs. Le champ d'action des larves se situe jusqu'à 10 cm de profondeur (dans les conteneurs), le plus souvent elles ne sont qu'à 5 cm. Une raison supplémentaire qui explique que les grands rhododendrons ne craignent pas grand-chose, la plupart de leurs racines étant hors d'atteinte.

Pour lutter contre les adultes et les empêcher de monter, on peut badigeonner le tronc de glu arboricole ou installer des bandelettes engluées au bas du tronc et en haut juste avant les branches charpentières (les branches principales). Pour une lutte biologique contre les larves, les nématodes spécifiques (Heterorhabditis bacteriophora) sont très efficaces. Ces petits organismes vermiformes parasitent les larves d'otiorhynques. Il suffit d'en mettre dans un grand volume d'eau et d'arroser le sol avec ces nématodes autour du pied du végétal touché. Les conditions sont importantes : le sol doit être bien mouillé en profondeur, à une température supérieure à 12°C, et la journée nuageuse, car les nématodes sont sensibles aux UV. Il convient de continuer les apports d'eau pendant une semaine après le traitement.

Le stephanitis : le "tigre du rhododendron"

Si les feuilles du rhododendron se couvrent de minuscules taches jaunes, le coupable est probablement le stephanitis, aussi appelé "tigre du rhododendron". Cette jolie petite mouche aux ailes semblables à de la dentelle noire et blanche craint le soleil et se tient donc souvent sur le revers des feuilles qu'il constelle de ses excréments. Le dessus des feuilles se tache de multiples et minuscules taches jaunes, puis elles peuvent prendre une inquiétante couleur grise. Bien que pas dangereux en soi, c'est leur nombre qui est dangereux pour la plante.

Pour le remède, il est recommandé de traiter le revers des feuilles jusqu'à la disparition totale des insectes à l'aide d'un insecticide végétal, tel que le purin d'ortie, la décoction d'ail ou le pyrèthre.

Les pucerons : déformations et miellat collant

Lorsque les jeunes feuilles se tordent, se recroquevillent et sont déformées, les pucerons sont souvent en cause. On peut repérer sur les feuilles touchées des petits lambeaux blancs, qui sont les mues des pucerons. Un grand nombre de fourmis au pied du rhododendron et sur son tronc est également un indicateur fiable de leur présence, car les pucerons sécrètent un miellat sucré dont les fourmis raffolent. Les pucerons du rhododendron forment des colonies vertes, jaunes ou roses sur les jeunes pousses et les boutons floraux. Les feuilles collantes résultent généralement de la présence de pucerons ou de cicadelles qui sécrètent ce miellat sucré. Après une attaque, les feuilles du rhododendron collent souvent et sont couvertes d'un miellat noir et visqueux.

feuilles de rhododendron avec pucerons et miellat

Pour traiter les pucerons, des pulvérisations de savon noir mélangé à de l'eau sont efficaces et totalement inoffensives pour la plante et pour le sol. Il est important d'éviter les pulvérisations lorsque la plante est au soleil, car cela pourrait brûler les feuilles. Il est préférable d'agir en fin de journée ou par temps gris. Il faut renouveler les pulvérisations jusqu'à la disparition des parasites. L'huile de colza pulvérisée sur le feuillage constitue une alternative naturelle.

Les taches foliaires : l'œuvre des champignons

Plusieurs champignons peuvent provoquer des taches sur les feuilles du rhododendron.

Le pestalozzia est un champignon microscopique qui cause des taches grises sur les feuilles. Il s'attaque principalement aux rhododendrons affaiblis par un manque ou un excès d'eau, ou bien qui ne sont pas assez aérés. Le remède consiste à supprimer les feuilles touchées et à les brûler. Il faut ensuite arroser de manière adaptée et, si possible, desserrer les plantations de manière à ce que le champignon ne revienne pas. Au printemps suivant, des pulvérisations d'un antifongique peuvent être réalisées en prévention.

L'oïdium se manifeste par un feutrage blanc ou gris sur les feuilles et les tiges des rhododendrons. Des taches circulaires blanches poudreuses ou jaunâtres sur les feuilles sont également un signe. On connaît bien cette farine blanche sur les feuillages touchés par l'oïdium, mais celui-ci peut prendre plusieurs formes. Ces taches indiquent que le champignon agit à l'intérieur et attaque les cellules, la production de chlorophylle en étant altérée. Les feuilles vont se dessécher et tomber. Les pousses seront normales au printemps suivant puis les mêmes symptômes reviendront, la maladie est là et le rhododendron pourra mourir en quelques années. Un emplacement bien aéré et l'élagage des branches trop denses préviennent son apparition. Il est utile d'agir préventivement, en traitant les rhododendrons au tout début de l'été à l'aide de fongicides ou d'eau mélangée à du lait écrémé. Le soufre, le bicarbonate de soude ou le lait dilué constituent des traitements naturels contre l'oïdium.

Le bud blast : une menace pour les boutons floraux

Le bud blast, causé par le champignon Pycnostysanus azaleae, dessèche et noircit les boutons floraux du rhododendron. On peut observer sur le bouton comme des sortes d'épines noires dressées avec une "tête" à leur extrémité, qui sont les spores du champignon. Cette maladie apparaît après la piqûre de cicadelles (Graphocephala coccinea). Ce petit insecte d'un centimètre de long, ressemble à une sauterelle vert fluo et porte des rayures orange sur ses ailes en forme de V. La cicadelle femelle pond ses œufs dans les écailles des boutons de fleurs en fin d'été, ouvrant la porte aux attaques du champignon.

Contre les champignons, il convient de couper et brûler les boutons atteints dès leur apparition pour ralentir la propagation de la maladie par les spores. En prévention, la bouillie bordelaise appliquée limite les risques d'infection. Pour un traitement bio compatible, du purin de prêle peut être utilisé. Contre les cicadelles, un premier traitement au savon noir en été peut être effectué pour lutter contre les adultes, et un second en hiver, à l'huile de colza, pour étouffer les œufs de la cicadelle.

boutons de rhododendron atteints de bud blast

Problèmes liés à l'environnement et aux conditions de culture

Au-delà des parasites et des maladies, des conditions de culture inadéquates peuvent également entraîner des problèmes de feuillage, y compris des feuilles trouées ou endommagées.

Des feuilles brûlées par le soleil sont un signe que le rhododendron est mal placé et reçoit directement un soleil trop fort. Ses feuilles se couvrent de larges taches marron qui correspondent à des brûlures. On observe souvent des groupes entiers de feuilles tachées. En prévention, il est essentiel de choisir un bon emplacement au moment de la plantation. Le rhododendron aime l'ombre des grands arbres ou une exposition à mi-ombre. Il faut également faire attention à ne pas le planter trop près d'un mur clair qui réfléchirait le soleil.

Le bout ou le pourtour des feuilles qui sèche peut indiquer un manque d'eau. La croissance du rhododendron est également plus lente, presque nulle. Les rhododendrons redoutent une ambiance trop sèche. Ils aiment garder une terre fraîche à leurs pieds, mais sans excès. En prévention, il est conseillé d'étaler une couche de paillage épaisse sur la terre, par exemple des aiguilles ou des écorces de pin afin de ralentir son dessèchement. Il faut aussi arroser très régulièrement l'arbuste l'année qui suit la plantation.

Conseils de traitement et de prévention générale

Pour traiter la chlorose du rhododendron, il est important de savoir d'où vient la carence. Si toutes les feuilles sont touchées, y compris les plus vieilles, il est probable que le sol est calcaire. Pour en avoir le cœur net, il est recommandé de réaliser une analyse du sol. Des kits peuvent être trouvés dans le commerce, et pour des résultats plus fiables, il est préférable d'envoyer un échantillon à un laboratoire. Une fois l'hypothèse validée, il est possible d'agir pour le rhododendron et les autres plantes de terre de bruyère en les installant dans des bacs ou en créant une fosse de plantation pour leur offrir un substrat adapté à leurs besoins. Cela implique de déplanter le rhododendron et de nettoyer ses racines, puis de remplir de terre de bruyère et de compost un grand bac ou un grand trou (le triple de la motte) creusé dans le sol et tapissé de feutre géotextile, avant d'installer le rhododendron.

Si par contre seules les jeunes feuilles se décolorent, il s'agit certainement d'un problème d'assimilation. On peut pulvériser un produit anti-chloroses sur le feuillage du rhododendron. Ces produits contiennent principalement du fer et de la magnésie, ainsi que du cuivre, du manganèse et quelques autres oligo-éléments. Ils ont subi un traitement qui les rend facilement assimilables par les plantes, le feuillage retrouvera donc très rapidement sa belle couleur verte. Du chélate de fer peut être apporté en le mettant directement dans l'eau d'arrosage. Il suffit d'ajouter 2 cuillères à soupe dans cette eau et de continuer le traitement jusqu'à amélioration (attention aux dallages clairs qui peuvent être tachés par ce produit). Des apports d'engrais pour plantes acidophiles (ou plantes de terre de bruyère) sont également possibles, qui offriront tous les éléments nécessaires au rhododendron.

Cependant, la solution la plus durable et la plus "naturelle" est tout simplement d'arroser le pied du rhododendron afin que ses racines puissent subvenir seules aux besoins de la plante. Il faut garder le sol toujours frais, un paillage épais est pour ce faire très efficace, mais il est aussi tout à fait envisageable de planter des vivaces au pied de la plante qui aideront au maintien de l'humidité. Il est préférable d'arroser à l'eau de pluie plutôt qu'avec l'eau du réseau. De nombreux jardiniers mettent des vieux clous rouillés dans leur arrosoir pour arroser rhododendrons et autres plantes acidophiles. Le purin d'ortie apporte lui aussi du fer en plus de l'azote.

Tuto : Nos conseils pour lutter contre la chlorose

Pour permettre au rhododendron de bien repartir après une grosse carence, il peut être judicieux de le rabattre en dessous du feuillage touché (il faut tâcher de ne pas tailler le vieux bois, il repartira difficilement dans ce cas). Il convient d'appliquer un cicatrisant sur toutes les coupes et de suivre attentivement ses arrosages jusqu'à sa reprise.

La prévention des maladies du rhododendron repose sur le respect de ses besoins spécifiques. Ces arbustes ornementaux prospèrent dans un sol acide, bien drainé et riche en matière organique. L'apport régulier de terre de bruyère maintient l'acidité du sol nécessaire à leur bon développement. Un paillage épais avec des écorces de pin conserve l'humidité et nourrit progressivement le sol. La surveillance régulière du feuillage permet de détecter rapidement l'apparition de symptômes. Le retrait des feuilles mortes et des fleurs fanées limite les risques d'infection. Il est important de désinfecter les outils entre chaque coupe pour éviter la propagation des maladies. Les traitements préventifs s'appliquent au printemps avant l'apparition des symptômes et en automne pour préparer l'hiver.

En cas de rhododendron en pot, il est important de surveiller attentivement, car les jeunes arbres en pot peuvent être plus vulnérables.

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