Une exploration historique du jardinage : des origines aux pratiques contemporaines

Le jardinage, bien plus qu'une simple activité, est une pratique ancestrale qui a façonné les paysages, influencé les cultures et évolué au gré des civilisations et des avancées techniques. Des premières parcelles cultivées pour la subsistance aux jardins d'agrément sophistiqués, son histoire est riche et témoigne de la relation complexe entre l'homme et la nature. Cette exploration nous mènera à travers les époques et les continents, révélant les différentes facettes de cet art millénaire.

Les jardins de l'Antiquité : utilité, agrément et symbolisme

L'histoire du jardinage remonte à 10 mille ans avant J.-C., lorsque l’homme est devenu sédentaire et a commencé à cultiver la terre. Cette période marque le début d'une transformation profonde de l'interaction humaine avec son environnement, passant de la cueillette à la production organisée.

Chronologie du développement des jardins anciens

L'Égypte ancienne : des oasis de vie au cœur du désert

Dès 2600 av. J.-C., les jardins égyptiens sont attestés, principalement grâce à des témoignages picturaux découverts dans des tombes. Ces représentations murales, comme le fragment de peinture murale de la tombe de Nebamon datant de 1350 av. J.-C., nous offrent un aperçu détaillé de ces aménagements. Les jardins égyptiens étaient à la fois des espaces d'utilité et d'agrément, conçus de forme régulière. Ils étaient protégés du sable et des crues du Nil par de hauts murs, élément essentiel pour assurer leur pérennité dans un environnement souvent hostile. Un bassin en leur centre constituait une caractéristique récurrente, non seulement pour l'irrigation mais aussi pour l'embellissement et la fraîcheur qu'il apportait. Les jardins aménagés sous les Ptolémées à Alexandrie, notamment, ont exercé une influence significative sur les jardins romains, démontrant une continuité et une transmission des savoir-faire et des esthétiques jardinières à travers les civilisations méditerranéennes.

La Grèce antique : l'émergence des concepts et des fonctions

En Grèce, dès le IVe siècle avant J.-C., la présence de jardins est également attestée. Les Grecs ont introduit une notion fondamentale : celle du Bois sacré. Il s'agissait d'un lieu naturel, non entretenu par l’homme, mais consacré à un dieu ou à un héros. Cette conception du jardin comme espace sacré et intouché par la main humaine marque une distinction notable avec les jardins égyptiens. À l’origine, les jardins grecs étaient composés principalement d’un potager et de vergers, soulignant leur fonction première de production alimentaire, comme en témoigne le traité de Marcus Porcius Cato, De agri cultura, qui, bien que romain, reflète des pratiques agricoles héritées.

La Perse : les "paradis" et l'ordre cosmique

Vers 546 avant J.-C., la Perse a vu l'émergence des « paradis », des jardins clos qui incarnaient une vision du monde et de l'ordre cosmique. Réalisés sur le modèle du jardin du roi Cyrus à Pasargades, ces jardins étaient des lieux d’agrément réguliers. Ils se distinguaient par leur composition en quatre parties, organisées autour de canaux en forme de croix, symbolisant les quatre fleuves du paradis. Les miniatures persanes illustrent parfaitement cette structure harmonieuse et ordonnée. Ces jardins persans étaient des modèles de sophistication et de symbolisme, influençant par la suite de nombreuses traditions jardinières.

Schéma d'un jardin persan typique avec ses quatre sections et canaux

Rome antique : l'apogée des jardins d'agrément et l'influence grecque et égyptienne

Au Ier siècle avant J.-C., les écrits de personnalités telles que Varro, Pline l’Ancien, Columelle ou Virgile dépeignent des maisons de campagne, des « villas », où les jardins d’agrément étaient devenus particulièrement sophistiqués. Des exemples remarquables de ces aménagements subsistent à Pompéi ou Herculanum, offrant des témoignages précieux de l'art du jardinage romain. La villa Hadriana à Tivoli, que l’empereur Hadrien fit aménager entre 118 et 134 après J.-C., représente un summum de cette sophistication, intégrant des éléments architecturaux et paysagers innovants. L'influence des jardins aménagés sous les Ptolémées à Alexandrie est clairement perceptible dans ces créations romaines, démontrant une circulation des idées et des techniques à travers le bassin méditerranéen.

Le jardinage au Moyen Âge : entre spiritualité et plaisir terrestre

Le Moyen Âge a apporté de nouvelles significations et fonctions aux jardins, oscillant entre des aspirations spirituelles et la recherche de plaisirs plus terrestres.

L'hortus conclusus : un espace de contemplation et de rédemption

Vers le IVe siècle, l’établissement des premières règles monastiques chrétiennes a donné naissance à une nouvelle vision du jardin. Celui-ci est devenu un lieu de contemplation, de purification et de rédemption : l’hortus conclusus, ou jardin clos. Ce type de jardin, souvent ceint de murs, symbolisait la pureté et l'isolement du monde extérieur, propice à la méditation. Un des plus beaux représentants de cette conception est le jardin de l’abbaye bénédictine de Saint-Gall (Suisse) au IXe siècle, dont le plan détaillé nous est parvenu, révélant une organisation rigoureuse des espaces dédiés aux plantes médicinales, aux légumes et aux herbes.

L'hortus deliciarum : les jardins de plaisir

Lorsque le château a progressivement perdu son caractère purement défensif, un autre type de jardin s'est développé : l’hortus deliciarum, ou jardin paradisiaque. Ce jardin, source des plaisirs terrestres, était conçu pour la détente et l'agrément. Un exemple notable est celui d'Hesdin (Pas-de-Calais), aménagé vers 1295 par Robert II d’Artois et malheureusement détruit à l'époque moderne. Ces jardins de plaisir étaient souvent le théâtre de jeux, de fêtes et de rencontres. En Occident, le célèbre Roman de la Rose (1225-1278) a eu une influence considérable sur l'imaginaire et la conception des jardins médiévaux, en les dépeignant comme des lieux idéalisés, peuplés de symboles et de significations profondes.

Comment les jardins médiévaux pouvaient-ils être si productifs ?

L'influence islamique : une nouvelle esthétique en Europe

Les premiers jardins islamiques ont fait leur apparition en Europe dès le VIIIe siècle, au moment de la conquête arabe de l’Espagne, et en Sicile vers 880. Ces jardins ont introduit une esthétique et des techniques nouvelles, caractérisées par l'importance de l'eau, des agrumes, des plantes aromatiques et des patios ombragés, contrastant avec les jardins européens de l'époque. Ils ont laissé une empreinte durable sur l'art des jardins, notamment en Espagne.

La Renaissance et l'âge classique : la recherche de l'ordre et de la majesté

La Renaissance a marqué un renouveau de l'intérêt pour les formes classiques et une structuration plus prononcée des jardins. L’époque moderne verra ensuite l'émergence de styles distincts et influents.

Le jardin à la française : une expression de la puissance et de la raison

C'est un jardin qui date de la Renaissance, caractérisé par sa géométrie, sa symétrie et ses lignes parfaites. En France, alors que le contexte politique se stabilise sous Henri IV, les progrès techniques et scientifiques en matière de géométrie, d’optique, d’hydraulique et de topographie ont permis de profonds changements dans la conception des jardins. L’utilisation de nouveaux instruments de mesure a autorisé des compositions plus complexes, où la perspective et l’anamorphose ont joué un rôle essentiel. Le « jardin à la française » est devenu le centre d’un territoire organisé et une représentation manifeste du pouvoir. Dans la première moitié du XVIIe siècle, la nouvelle classe des financiers, désireuse d'afficher sa réussite, a fait aménager des jardins grandioses en faisant appel à des architectes de renom comme François Mansart, qui concevait à la fois les bâtiments et les jardins. Parmi ses réalisations notables, on compte le château de Balleroy vers 1630 pour Jean de Choisy, conseiller de Louis XIII, et le château de Maisons vers 1642 pour René de Longueil, ministre des finances. Ces jardins, avec leurs parterres brodés, leurs bassins, leurs statues et leurs allées rectilignes, sont devenus des symboles de la grandeur française.

Plan du jardin de Versailles, exemple emblématique du jardin à la française

Le jardin à l'italienne : symétrie et théâtralité

Datant lui aussi de la Renaissance, le jardin à l'italienne est tout le contraire du jardin à la française en termes de développement historique, mais partage des principes de symétrie et de théâtralité. Il se caractérise par des terrasses étagées, des jeux d'eau spectaculaires, des statues et une végétation architecturée. Inspiré des jardins de l'Antiquité, il privilégie les points de vue et les surprises, créant une atmosphère de raffinement et de magnificence.

Le jardin japonais : sérénité et harmonie

Le jardin japonais est le reflet de la sérénité et du calme de l’Orient. On y retrouve beaucoup d’éléments verts ainsi que de l’eau, symboles de la nature et de la purification. Ces jardins, qu'ils soient secs (karensansui) ou avec de l'eau, sont conçus comme des paysages miniatures, invitant à la contemplation et à l'introspection. Ils mettent en scène les rochers, les mousses, les arbres taillés avec soin et les chemins sinueux pour créer une atmosphère propice à la méditation.

L'émergence des styles paysagers : retour à la nature et innovations

Les XVIIIe et XIXe siècles ont vu un mouvement de balancier s'opérer, privilégiant des formes plus naturelles et moins contraintes.

Le jardin à l'anglaise : pittoresque et liberté

Datant du XVIIIe siècle, le jardin à l'anglaise est à l'opposé du jardin à la française par son originalité et son irrégularité. Le climat politique de l’Angleterre, ouverte aux idées libérales, la redécouverte de l’Antiquité grâce à l’archéologie, et de l’Orient, l’influence de la peinture de paysage classique et la diffusion d’œuvres littéraires et poétiques (Joseph Addison, Alexander Pope, William Shenstone) ont incité les grands propriétaires ruraux à paysager leurs terres en y installant des fabriques. Ces domaines sont également devenus des lieux d’expérimentations agricoles sous l’influence des physiocrates. Les paysagistes qui prônaient un retour à la nature et à ses matériaux, et qui ont créé ces jardins à l'anglaise, parcs pittoresques ou paysagers, incluent des figures marquantes telles que William Kent, Charles Bridgeman, Lancelot Brown dit Capability Brown, et Humphrey Repton. Les principales réalisations de cette période sont les parcs de Studley Royal (1730) et Stowe (1735), conçu par Charles Bridgeman et où travaillèrent les grands jardiniers de l'époque : John Vanbrugh, William Kent et Capability Brown. Ces jardins se caractérisent par des courbes douces, des lacs sinueux, des bosquets d'arbres et des perspectives ouvertes, cherchant à imiter une nature idéalisée.

Le changement s’est opéré en France dans les années 1770, sous l’influence des écrits de Jean-Jacques Rousseau et des tableaux d’Hubert Robert. Les compositions reflétaient essentiellement une mise en scène du paysage, sans connotations littéraires ou artistiques prononcées, mais avec un travail des masses végétales, une alternance de parties boisées et de prairies, et un choix de végétaux exotiques. Le modèle paysager était adaptable aussi bien à la ville qu’à la campagne, aux petits et aux grands domaines, comme le montre le traité de Gabriel Thouin en 1820.

Les parcs publics : le jardinage au service de la collectivité

Au XIXe siècle, sous Napoléon III et sous l’influence d’Haussmann, sont nés les parcs publics. Ces espaces verts, accessibles à tous, témoignaient d'une nouvelle conception du jardinage comme enjeu de société. Ils étaient créés pour un public urbain, répondant au besoin croissant de nature en ville dû à l'urbanisation rapide. Ces parcs, tels que le Bois de Boulogne ou le Parc des Buttes-Chaumont, sont devenus des lieux de promenade, de loisirs et de socialisation, marquant une démocratisation de l'accès aux jardins.

Innovations et évolutions contemporaines du jardinage

Le jardinage a continué à évoluer, intégrant les progrès technologiques et répondant aux préoccupations environnementales et sociales.

L'essor des plantes d'intérieur et des jardineries

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, avec l'urbanisation croissante, est apparu le besoin de placer un peu de nature dans son intérieur. C'est l'avènement des plantes d'intérieur, et les femmes ont été les premières adeptes de ce nouveau produit. Cette tendance a ouvert la voie à un marché florissant pour les horticulteurs et les commerçants spécialisés.

Depuis 1824, Truffaut accompagne ses clients, d'abord comme horticulteur, puis comme commerçant, avec la création de jardineries. L'École d’Horticulture, qui perpétue la tradition des fruits et légumes forcés de l’ancien Potager du Roi, offre un contexte favorable pour produire des plantes d'exception, destinées à la bourgeoisie parisienne (ananas, fraises…). La technique de forçage restait très empirique à l'époque. Sa plus célèbre obtention est la Reine-Marguerite Pyramidale.

Après avoir travaillé avec son père Armand-Albert, Georges Truffaut (1872 - 1948) fonde son propre établissement. Tout en conservant l'activité de production de plantes et de graines, il fait entrer le monde du jardin dans l'ère industrielle. Très rapidement, il se retrouve à l'étroit dans ses locaux et déménage au 90 bis rue de Paris à Versailles, où il dispose de 29 000 m² pour développer son activité. Prenant modèle sur ses confrères britanniques et belges, il développe sa communication en créant la revue JARDINAGE, qui sera publiée à plus de 50 000 exemplaires jusqu'en 1939. Plus qu'une revue de conseils en jardinage, c'est une publication qui s'adresse à toute la famille, proposant des conseils de culture et d'entretien du jardin, une rubrique de recettes de cuisine, et des pages dédiées aux femmes. Il n'oubliait pas, bien sûr, de faire la promotion de ses produits, intégrant un bon de commande à l'intérieur de la revue. Féru de photographie, il utilisait ce moyen de communication moderne pour illustrer sa revue.

Georges Truffaut a également créé les jardins d'expérience à partir de 1912. Quatre types de jardins étaient montrés en exemple : une roseraie, un jardin naturel, un jardin de plantes vivaces, et un jardin de plantes de rocaille. Des visites étaient organisées régulièrement pour le public. Prolongeant sa démarche pédagogique d'accompagnement de ses clients, Georges Truffaut a publié l'encyclopédie Comment on soigne son jardin.

Pendant la Première Guerre mondiale, la mauvaise alimentation des soldats a été dénoncée. Pour la plupart paysans d'origine, ils étaient habitués à manger des légumes, mais on ne leur offrait que de la viande et du pain. Plusieurs initiatives ont été lancées en France pour produire les légumes qui faisaient défaut. Georges Truffaut, qui s'était rendu en Angleterre pour voir comment les Anglais avaient contourné le blocus allemand en créant des jardins potagers, a réussi à remettre en culture les terres des anciennes pépinières de Trianon, à Versailles. Des produits étaient déjà proposés à la vente dans l'encyclopédie et dans la revue.

L'année 1924 marque l'apogée de la dynastie Truffaut, avec la célébration de son centenaire. Armand Albert et ses deux fils Georges et Ferdinand Albert ont organisé une grande fête dans la roseraie pour rappeler le parcours de la famille depuis 1824. En novembre 1924, Georges Truffaut a rendu hommage à Claude Monet, dans JARDINAGE, en publiant un article où il témoignait son admiration pour le sens des couleurs du peintre, autant dans ses peintures que dans son jardin.

En 1926, Georges Truffaut a cherché à faciliter l'accès à ses produits tout en réduisant les coûts de transport pour ses clients. Il a créé deux nouvelles usines à Avignon pour le sud et à Longpré pour la région nord. Pour ses clients parisiens, il leur a évité de prendre le train à destination de Versailles en ouvrant son premier magasin, au 24 avenue Victoria, derrière le théâtre du Châtelet.

Georges Truffaut est décédé de manière subite, sans enfant pour prendre sa suite. Ses pairs et confrères lui ont rendu des témoignages poignants. Jusqu'au décès de sa femme Marguerite, des administrateurs ont perpétué la mission qu'il s'était donnée. Les anciens terrains de culture du Chesnay ont été utilisés pour construire le premier Garden Center français. Les Établissements Truffaut ont intégré le groupe grainetier Clause. Suite au décès de Marguerite Truffaut (épouse de Georges) en 1965, les établissements ont quitté les locaux historiques pour un bâtiment plus moderne, lui aussi construit sur les terrains du Chesnay. L'entreprise est sortie de la lignée familiale et a intégré le groupe grainetier Clause. Truffaut a lancé une série de guides, au format revue, pour donner des conseils à ses clients. L'encyclopédie a fait peau neuve pour répondre aux besoins des nouveaux jardiniers. L'installation du siège administratif à la ferme des Folies, à Lisses (91), un site bâti au XVIIème siècle et réhabilité en espace de bureaux, a marqué une nouvelle étape. Le lancement du premier site internet de l'enseigne, qui n'était pas un site de vente à l'origine, a suivi. Après la publication des Guides, Truffaut s'est doté d'un nouvel opus trimestriel : 'TRUFFAUT magazine'.

L'évolution des techniques et des mentalités : vers un jardinage plus durable

Les parcs et les jardins sont des enjeux de société, ils sont publics et créés pour un public urbain, ils témoignent des progrès technologiques notamment en matière d’écologie. Les réalisations reconnues sont la High Line de New York, les parcs de Peter Latz dans la Ruhr, l’aménagement des bords du Rhône à Lyon, ou la réserve Costanera Sur à Buenos Aires. Ces exemples illustrent une nouvelle approche du paysagisme, intégrant la réhabilitation urbaine et la biodiversité. Depuis 1992, le Festival International des Jardins de Chaumont est un laboratoire de la création contemporaine dans le domaine des jardins et de la création paysagère dans le monde. En 2022, le Festival a fêté ses 30 ans sur le thème du jardin idéal, démontrant la vitalité et l'innovation constante dans ce domaine.

Photo du Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire

Dès l'an 2000, Truffaut a cherché à réduire l'impact de ses produits sur la nature en lançant une gamme de produits de traitement utilisables en agriculture biologique. Truffaut a étendu sa démarche écoresponsable en publiant son premier rapport de Développement Durable. En septembre 2022, les jardineries Truffaut sont entrées dans la communauté des entreprises labélisées B Corp. C’est la reconnaissance, entre autres, des actions de la fondation d’entreprise Georges Truffaut, de l’utilité des chantiers nature, de la démarche anti-gaspi en partenariat avec Phénix. Cette évolution témoigne d'une prise de conscience collective et d'un engagement croissant des acteurs du jardinage en faveur de la durabilité. Nous sommes convaincus que la Nature est une source inouïe de richesses et de joies. Depuis 200 ans, cette idée motive notre travail au quotidien. En 200 ans, nous avons traversé les périodes historiques en nous adaptant aux besoins du moment de nos clients. Nous avons publié des revues et des catalogues, rédigé des conseils, tourné des vidéos.

Comment les jardins médiévaux pouvaient-ils être si productifs ?

La transmission du savoir-faire et l'importance des fiches pratiques

Que vous soyez débutant ou expert, il y a toujours quelque chose à savoir sur le jardinage. Vous suivez régulièrement les conseils de Christian, bénévole passionné qui partage ses conseils de jardinage dans notre magazine La vie du Jardin ? Dans cet article, nous vous donnons quelques pistes pour créer votre propre carnet de culture et préparer votre potager printanier. Que vous soyez très organisé(e) au jardin ou plutôt du genre à jardiner au jour le jour, tenir un carnet de culture et d’observation vous servira de mémento à la saison prochaine. Ainsi, vous comprendrez comment éviter de reproduire certaines erreurs et retrouverez “vos recettes” pour des semis et plantations réussis ! Utilisez cette fiche comme repère. Par exemple, pour une rotation sur quatre ans, divisez votre parcelle en quatre planches de cultures ou bacs. À chaque nouvelle année, vous modifierez le plan de votre jardin pour effectuer une rotation : vous remplacerez les variétés très gourmandes par celles moyennement gourmandes, qui seront elles-mêmes remplacées par les peu gourmandes, et ainsi de suite ! Vous pouvez bien entendu diviser votre parcelle en autant de planches de cultures ou bacs potagers que vous le souhaitez : pensez à tout noter pour vous y retrouver ! Vous tenez déjà un carnet d’observation du jardin ? Et pour vous aider à sauter le pas, retrouvez nos fiches pratiques de jardinage à imprimer sur la page ressources : elles sont gratuites !

Ce type de ressource, comme les fiches pratiques de Jardinot, est essentiel pour l'apprentissage et le partage des connaissances en jardinage. L'idée pourrait être de compléter les fiches d'aujardin par l'expérience et les photos de chacun. De fait la base est là, elle peut compléter simplement. Il est maintenant possible de compléter les fiches encyclopédiques et les fiches de la partie info du site. Il est crucial que les forumeurs aient les moyens de proposer et de compléter la FAQ présente dans les fiches, afin de créer un guide pratique du jardinage collectif basé sur nos expériences à tous et qui serait l'aboutissement finalement des échanges sur le forum. Je pense tout simplement au même système que Wikipedia, avec un éditeur spécifique en ligne. Un système de "super-rédacteurs", en nombre très restreint, pourrait être mis en place pour la structure, l'organisation et pour garantir une homogénéité globale.

Les outils de l'information : bases de données et revues spécialisées

Depuis 2013, l’Institut Européen des Jardins & Paysages s’emploie à collecter des données d’inventaires privés ou publics. Pour chaque jardin dont les données sont disponibles, la fiche fournit des informations sur l’histoire du site, une description du jardin/parc, des éléments botaniques, ainsi que des photographies offrant une découverte visuelle du lieu. Ce travail est mené depuis 2013 grâce à la collaboration avec le Pôle Document Numérique, pôle pluridisciplinaire et une plateforme d’ingénierie de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (CNRS/Université de Caen Normandie). Vaste source d’informations, ces bases de données sont des outils de travail pour les professionnels du secteur des parcs et jardins, mais aussi pour les historiens et les nombreux amateurs de jardins. Le but premier est d’en faire une référence, tant par la richesse des informations qu’il contient que dans son accès à celles-ci. Les inventaires sont régulièrement mis à jour, les contenus sont enrichis et augmentés (nouveaux jardins, clés d’indexation, géolocalisations, etc.).

Pour suivre l’évolution des pratiques de jardinage, nous nous sommes plongées dans les archives des Jardins de France disponibles à la bibliothèque de la SNHF. Après deux ans d’articles consacrés aux professionnels de l’horticulture, la revue s’ouvre en 1949 aux jardiniers amateurs. Une partie des articles leur est dédiée. Après lecture de plus de quarante articles s’étalant de 1949 à 2022, nous avons retenu trois thèmes d’évolution des pratiques de jardinage en lien avec l’activité du pôle JardinerAutrement de la SNHF : l’utilisation de produits phytosanitaires issus de la chimie, le travail du sol et la prise en compte de l’environnement.

L'évolution des pratiques : du chimique au biologique

L'histoire du jardinage moderne est aussi celle d'une prise de conscience progressive de l'impact des pratiques sur l'environnement.

Les avancées de la chimie au service du jardinier

Des années 1950 jusqu’aux années 1970, le jardin était un lieu qui devait être agréable à regarder et jouer un rôle d’extension de la maison. Le gazon était déjà un sujet qui passionnait les jardiniers dès les années 1950. En effet, une pelouse homogène, composée exclusivement de graminées et régulièrement tondue, constituait le principal critère d’un jardin esthétique. « Une pelouse, par sa régularité et sa douceur, met en valeur les coloris et les formes, rehaussant l’éclat des fleurs et l’élégance des arbres et des arbustes. » (Les gazons, J. Dujardin, Jardins de France, mai 1955).

Un gazon parfait passait par l’élimination des plantes spontanées. Celles-ci étaient présentées comme un véritable désagrément pour le jardinier (elles hébergent les ravageurs, exercent une concurrence pour les plantes potagères, sont allergisantes…). Ainsi, le désherbage était au cœur de leurs préoccupations. « Une pelouse, par sa régularité et sa douceur, met en valeur les coloris et les formes, rehaussant l’éclat des fleurs et l’élégance des arbres et des arbustes. » (Les désherbants au jardin d’amateur, P. Cuisance, Jardins de France, mars 1959).

Avec l’essor de la chimie, une multitude de désherbants sont devenus accessibles pour le jardinier amateur. Depuis l’utilisation du 2-4D (acide 2,4-dichlorophénoxyacétique), premier désherbant sélectif efficace contre les dicotylédones, la gamme des désherbants sélectifs s’est développée, proposant ainsi des solutions de désherbage sur tous les types d’espèces potagères, de gazons et d’ornementales. Du fait de leur faible coût et de leur efficacité quasi immédiate, l’utilisation des désherbants chimiques est devenue systématique, à l’instar du désherbage manuel. « Une pelouse, par sa régularité et sa douceur, met en valeur les coloris et les formes, rehaussant l’éclat des fleurs et l’élégance des arbres et des arbustes. » (L’emploi de désherbant en jardin amateur, M. Fromage, Jardins de France, mars 1963).

En 1940, la découverte du DDT (dichlorodiphényltrichloro-éthane), suivie par celle de nombreux autres insecticides organiques de synthèse, a bouleversé les méthodes de lutte anti-parasitaire. Pour la plupart des ravageurs, une solution chimique était proposée. Le développement de formulations sous différentes présentations adaptées aux jardiniers (poudre mouillable, aérosol, émulsion…) a justifié un fort engouement dans les années 1950. « Une pelouse, par sa régularité et sa douceur, met en valeur les coloris et les formes, rehaussant l’éclat des fleurs et l’élégance des arbres et des arbustes. » (Les insecticides organiques de synthèse, J. Dujardin, Jardins de France, mars 1955).

Quelques précautions concernant l’utilisation de ces produits phytosanitaires étaient signalées. Ainsi, pour les désherbants, une certaine distance était à respecter vis-à-vis des plantes ornementales non ciblées. En revanche, leurs effets néfastes sur la faune auxiliaire n’étaient pas cités, contrairement aux insecticides dont la dangerosité vis-à-vis des « butineurs » et « des parasites naturels des plantes » était mise en avant (1955 J. Dujardin). Il était aussi conseillé de porter des vêtements exclusivement réservés aux travaux d’épandage et de les laver périodiquement. Les jardiniers étaient aussi mis en garde sur le fait de ne pas fumer en traitant avec certains produits particulièrement inflammables comme le chlorate de soude (1959, Cuisance).

Vers des solutions plus naturelles et respectueuses de l'environnement

En 1960, les effets de l’utilisation de pesticides ont été pointés : forte toxicité pour l’homme et les animaux, rupture d’équilibre biologique qui favorise une recrudescence des insectes nuisibles, émergence de résistances des ravageurs face aux produits chimiques. Des solutions naturelles ont été proposées, comme la lutte biologique par utilisation des insectes entomophages ou de micro-organismes pathogènes, sans toutefois mettre le chimique de côté. « Une pelouse, par sa régularité et sa douceur, met en valeur les coloris et les formes, rehaussant l’éclat des fleurs et l’élégance des arbres et des arbustes. » (Moyens naturels de lutte antiparasitaire, P. Grison et D. Martouret, Jardins de France, mars 1960). En 1964, l’article de G. Ghys alertait sur les effets toxiques des insecticides et insistait sur les précautions à observer.

Le travail du sol : la base du jardinier

Dès 1949, la nature du sol était une notion importante. Sa composition physique était différenciée de sa composition chimique. D’après M. Valin, s’il était facile d’agir sur la seconde avec des fumures et autres fertilisants, la première avait un rôle prépondérant, sur lequel il était difficile d’agir.

En 1959, trois techniques d’entretien du sol dans un verger étaient présentées. Bien que le labour des sols fût la plus usuelle, deux autres techniques de sol couvert étaient présentées : le sol engazonné par des graminées ou bien par de la luzerne, et la technique du mulching avec de la paille. La composition initiale du sol était prise en compte avant de choisir l’une de ces techniques, en particulier pour les cultures fruitières. « Une pelouse, par sa régularité et sa douceur, met en valeur les coloris et les formes, rehaussant l’éclat des fleurs et l’élégance des arbres et des arbustes. » (Comment entretenir la surface du sol au jardin fruitier, A. Louis, Jardins de France, janvier 1959).

En 1949, l’utilisation des engrais verts était présentée comme une alternative à la fertilisation des sols par R. Delpech. Cette technique n’était cependant pas convaincante à l'époque. Les résultats d’expérimentations ne montraient pas une rentabilité économique et agronomique suffisante. La compétition vis-à-vis de l’eau entre les engrais verts et la culture était un inconvénient souvent cité ; il était recommandé de ne les utiliser qu’en climat suffisamment humide. Il a fallu attendre 1966 pour que cette technique fasse l’objet d’un nouvel article, notamment à cause de la difficulté de se procurer du fumier. En 1981, c’est l’aération des sols qui était préconisée par Marie-France Guignard en reprenant une nouvelle technique testée par des chercheurs de l’Institut pour le développement forestier et Dominique Soltner. L’article ne détaillait pas l’intérêt de cette technique. Si l’analyse de la nature et de la composition du sol avant plantation était un conseil récurrent, la préservation de la biodiversité de celui-ci, par le non-retournement du sol, ne faisait pas encore l’objet d’articles spécifiques.

La prise en considération de l’environnement

La protection biologique entamée à partir des années 1970 par les maraîchers professionnels s’est démocratisée dans le jardin des amateurs. En 1980, l’accent a été mis sur la diversification des espèces végétales que l’on implante au jardin. Ce choix se portait sur des espèces indigènes adaptées au climat local et implantées au bon endroit. « Une pelouse, par sa régularité et sa douceur, met en valeur les coloris et les formes, rehaussant l’éclat des fleurs et l’élégance des arbres et des arbustes. » (Pour un environnement plus naturel, M.-F. Guignard, Jardins de France, novembre 1981).

Dès les années 2000, la biodiversité est devenue un sujet d’inquiétude s’inscrivant dans les préoccupations environnementales. Pour préserver celle-ci, de nouvelles ou anciennes techniques horticoles ont été mises en avant, comme la rotation des cultures et la conservation des sols. Conscients des effets néfastes pour la santé et l’environnement, les produits phytosanitaires de synthèse sont de moins en moins utilisés par les jardiniers amateurs. Cette prise de conscience collective s’est concrétisée, en 2019, par l’interdiction d’utiliser des pesticides de synthèse (loi Labbé). De nouveaux termes sont apparus dans le jargon du jardinier : auxiliaire, biocontrôle, lutte biologique intégrée, BRF (bois raméal fragmenté), autant de termes que de pratiques qu’il faut assimiler. L’analyse de soixante-quinze ans de pratiques du point de vue de Jardins de France a révélé une multitude d’articles très divers mais d’une grande précision scientifique, permettant d’appréhender les préoccupations des différentes époques.

Jean-Marc Muller, par exemple, a commencé à cultiver son potager en 1978 sur une parcelle de 250 m² à Larchant (Seine-et-Marne). Il jardinait avec son beau-père en se posant peu de questions sur les effets des produits qu’il utilisait au jardin. En 1989, il est devenu directeur commercial pour une entreprise mettant en marché la première gamme de produits phytosanitaires d’origine 100 % naturelle. Il y a découvert qu’il était totalement possible de cultiver sans produits chimiques de synthèse et a arrêté leur utilisation en 1990. Ses habitudes ont changé. Alors qu’auparavant, il disposait d’un produit de synthèse répondant à un problème, il a vu dorénavant le jardin dans sa globalité, où toutes les composantes interagissent. Un changement de pratique s’est alors opéré dans son potager. Au niveau du travail du sol, Jean-Marc favorise un travail en surface sans retournement profond pour conserver la vie du sol. Son sol n’est jamais nu, il est soit cultivé, soit paillé. Jean-Marc accorde une grande place à l’observation afin de déterminer les travaux à effectuer et agir en cas d’infestation de ravageurs ou de maladie. Ce témoignage illustre parfaitement le passage d'une approche réactive et chimique à une approche préventive et globale, respectueuse de la biodiversité.

Les potagers et jardins collectifs : une réponse aux besoins urbains

Le jardinage n’a pas qu’un aspect décoratif. Il fait également référence aux potagers. Les potagers au sens propre du terme sont généralement des parcelles servant à cultiver des fruits et légumes pour une consommation personnelle. Dans les zones urbaines, on retrouve notamment des jardins collectifs/partagés pour les personnes n’ayant pas la possibilité de cultiver chez eux. Pour ceux qui n’ont pas de jardin ou qui ne souhaitent pas avoir de jardin ou potager, on retrouve de nombreuses plantes, en pot ou en jardinières. Ces plantes sont généralement des fleurs, mais peuvent également être des arbustes, fruitiers ou non (par exemple, le citronnier), qu’on peut planter par la suite.

Les techniques d'arrosage : efficacité et économie d'eau

L'arrosage est une composante essentielle du jardinage, et les techniques ont évolué pour optimiser l'utilisation de l'eau. Les gens utilisent souvent l’eau du robinet pour arroser leurs plantes, que ce soit directement à l’évier ou avec une bouteille. Attention toutefois car l’eau du robinet peut contenir du chlore et du calcaire qui peut nuire à vos plantes. De plus, il faut bien gérer la température de l’eau. Avec un système de goutte à goutte, les systèmes de goutte à goutte sont utiles à la fois pour les personnes qui n’ont pas la main verte ou lors d’absences prolongées. C’est un système pratique qui ne nécessite qu’un pied goutteur et une bouteille d’eau. Certains jardiniers arrosent leur potager à l’arrosoir ou au tuyau. Cette technique peut s’avérer contraignante et pas forcément économe en eau. Avec un système d’irrigation, il existe de nombreux systèmes d’irrigation pour éviter aux jardiniers la contrainte de l’arrosage à la main.

Infographie comparant différentes méthodes d'arrosage

L'association des plantes : une stratégie bénéfique

Toutes les plantes qui se trouvent dans votre jardin doivent être placées de manière réfléchie afin de prendre en compte ses besoins et sa production. L’idée est donc de placer ensemble des plantes qui sont bénéfiques entre elles (par exemple, les courges, les haricots et le maïs), ou au contraire d’éloigner celles qui sont nocives pour les autres. Cette pratique, connue sous le nom de compagnonnage végétal, est une stratégie écologique qui favorise la biodiversité et la santé des cultures.

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