La culture du figuier autofertile en petit terrain et en montagne : Un art de la résilience et de la gourmandise

Le figuier, un arbre fruitier ancestral et emblématique du bassin méditerranéen, s'est adapté au fil des millénaires à diverses conditions climatiques et géographiques. Introduit en France depuis des millénaires, il appartient à la famille des Moracées et est un petit arbre caduc et vigoureux, souvent considéré comme le plus beau fruitier. Loin d'être réservé aux pays méditerranéens, le figuier, avec la vigne et l'olivier, fait partie des plantes mythiques de notre civilisation. Originaire d'Asie Mineure, sa culture était déjà bien connue dès 3000 ans avant notre ère par les Égyptiens, qui voyaient dans la figue un présent des dieux. Dans les jardins de Babylone, les figuiers côtoyaient les mûriers, palmiers, dattiers, grenadiers et jujubiers. Aujourd'hui, grâce à des variétés autofertiles et résistantes, il est possible de cultiver cet arbre généreux même dans des espaces restreints ou des régions plus froides, y compris en montagne.

Plantation d'un jeune figuier en pot

Comprendre le figuier : Un faux-fruit aux mille saveurs

Le figuier, ou Ficus carica, est un arbre original en cela qu’il réunit dans sa production les fleurs, les fruits et les graines. Ce que nous appelons communément « fruit », la figue, est en réalité une inflorescence arrondie et évasée, contenue dans un sycone, attaché à la branche par son plus petit côté. L’inflorescence est « ouverte » par un « œil » à l’opposé de l’accroche. À l’intérieur de ce sycone en creux, se trouvent les fleurs unisexuées du figuier. Les fleurs mâles sont proches de l’œil, tandis que les femelles sont plus profondément installées. Ce sont ces fleurs qui produisent les petits grains, appelés akènes, que l'on retrouve également chez les fraises. Cette inflorescence évoluera pendant toute la période de végétation, certains « fruits » mûriront quand d’autres resteront petits, à l’état d’embryons. Sur le plan botanique, la figue n’est donc pas un fruit mais une inflorescence contenue dans de faux fruits, sortes de petites urnes piriformes.

Les feuilles du figuier sont lobées et font environ 20 cm de longueur. Elles sont très décoratives et comportent entre 3 et 5 lobes arrondis. Les fruits ont une forme de petite poire, dont la couleur varie selon la variété : brune, verte, violette, blanche, jaune, grise ou rouge. Leur taille peut aller de celle d’un œuf de pigeon à celle d’un œuf de cane.

Le figuier et ses figues !

L'importance de l'autofertilité et la distinction unifère/bifère

Pourquoi choisir une variété autofertile ? La pollinisation du figuier nécessite l’intervention d’un insecte pollinisateur spécifique, le blastophage, présent uniquement dans le sud de la France. C’est pourquoi, dans les régions situées au nord de la Loire, il est indispensable de choisir une variété autofertile. À l’exception du Ficus carica, le figuier est un arbre autofertile, ce qui signifie qu’il produit des fruits en se fécondant lui-même. Vous n’aurez donc pas besoin de plantes à proximité pour favoriser sa pollinisation dans ce cas. Pour ce qui est du Ficus carica, sa fécondation se fait par le biais du blastophage, le seul insecte pouvant le féconder. Aucune plante ne peut attirer le blastophage, car ce dernier ne se reproduit que dans les fruits du figuier. Les figuiers mâles, aussi appelés « caprifiguiers », produisent des fruits non-comestibles. Les figuiers femelles communs sont autofertiles ; la pollinisation n’est donc pas nécessaire pour obtenir des figues.

La distinction entre figuier unifère et bifère est également cruciale. Le figuier unifère donne des fruits une fois par an, généralement de septembre à novembre, tandis que le bifère donne deux récoltes, l’une à partir de juin et la seconde entre août et les premières gelées. Certaines variétés sont bifères (elles donnent deux fois dans l'année en été et à l'automne) et les autres sont unifères (elles donnent seulement abondamment à l'automne). Dans les climats chauds, les variétés bifères sont à privilégier, car elles offrent des « figues-fleurs » en été, moins sucrées que les fruits d’automne mais tout aussi délicieuses, et des figues en automne. Au nord de la Loire, seule la récolte qui se forme avant l’hiver parviendra à maturité au cours de l’été suivant.

Sélection des variétés adaptées aux petits espaces et climats froids

La culture du figuier n'est pas réservée aux grands jardins des régions méditerranéennes. Il peut être très productif, même jusque dans le nord du pays, à condition d’être planté dans un endroit ensoleillé et abrité, par exemple contre un mur orienté plein sud. Pour la culture en pot ou dans un petit terrain en montagne, le choix de la variété est primordial. Il faut privilégier les figuiers à faible développement et ceux qui présentent une bonne rusticité.

Variétés à faible développement, idéales pour la culture en pot ou petit espace

  • Figuier ‘Goutte d'or' : Cette variété originaire de France a un faible développement. C'est l'arbuste idéal pour la culture en pot ou dans un petit espace. Son fruit a la peau jaune doré et sa chair est juteuse et sucrée. Cette variété est bifère : elle produit des fruits deux fois par an.
  • ‘Pastillère' : Également un figuier à faible développement, parfait pour la culture en pot. Son fruit, à la peau bleue voire presque noire et à la chair sucrée et parfumée, pousse une fois par an, début août.
  • Autres variétés à petit développement et adaptées à la culture en pot : Il existe de nombreuses variétés comme ‘Dalmatie', ‘Longue d'août', ‘Négronne', qui sont également bien adaptées.

Variétés de figues colorées

Variétés résistantes au froid, pour les régions de montagne

Certaines variétés sont bien adaptées à la culture dans le nord de la France, en Angleterre ou en Belgique, et par extension, dans les régions de montagne où les températures hivernales peuvent être rigoureuses.

  • ‘Brown Turkey' : C'est une variété très résistante au froid. Autofertile et bifère, ce figuier produit à partir de fin juillet, puis en septembre. Rustique, ce figuier résiste aux températures allant jusqu'à -15°C. Malgré cette résistance, le ‘Brown Turkey' doit être placé au soleil, dans une terre plutôt fraîche.
  • ‘Ronde de Bordeaux' : Originaire du Sud-Ouest, cette variété est précoce et unifère, produisant d'août à octobre. Son fruit de petite taille se caractérise par une peau noir-violet et une chair très gustative. La ‘Ronde de Bordeaux' s'adapte à de nombreuses régions, mais préfère les zones abritées et ensoleillées. Vigoureuse, elle peut résister jusqu'à -12°C. Il est déconseillé de trop tailler la ‘Ronde de Bordeaux' à cause de son bois creux.
  • ‘Noire de Caromb' : Variété originaire d'Italie, c'est un figuier vigoureux et productif. Le figuier ‘Noire de Caromb' est autofertile et bifère. Son fruit a une peau bleu violacé et une chair juteuse et sucrée. Il peut résister jusqu'à -15°C.
  • Autres variétés résistantes au froid : ‘Madeleine des deux Saisons', ‘Brunswick' ou ‘Angélique' sont également reconnues pour leur bonne rusticité.

Conditions de culture optimales en petit terrain et en montagne

Le figuier est un arbre qui pousse facilement, mais il ne prospère qu'en situation chaude et abritée. Lorsque la température descend au-dessous de -12°C, le bois de l’année peut geler entièrement. En dessous de -17°C, toute la partie aérienne est concernée. Il est donc crucial de recréer les conditions idéales pour sa croissance, même en milieu plus contraignant.

Le sol et l'emplacement

Le figuier s’adapte à tout type de sols, mais préfère tout de même les sols sableux et calcaires. Il supporte les sols secs, de préférence calcaire avec un terreau léger, car il pousse généralement dans peu de terre. Il faut l’installer dans un sol bien drainé entre des cailloux. Un sol riche favorisera une croissance rapide de l'arbre, mais ce n'est pas indispensable. Choisissez une situation abritée des vents du Nord, sèche et très ensoleillée. Un mur orienté plein sud est idéal, car il emmagasine la chaleur et la restitue la nuit, créant un microclimat favorable.

Plantation et arrosage

Pour la plantation, que ce soit en pot ou en pleine terre, effectuez-la au printemps dans les régions plus froides, ou en automne ou en hiver dans les régions sans gel. Faites un trou bien plus large que la motte (au moins deux fois sa taille) et ajoutez au sol du compost bien mûr. La première année après la plantation, arrosez abondamment, surtout pour un figuier en pot. Le figuier supporte des moments de sécheresse grâce à ses radicelles très développées, mais un arrosage régulier durant les deux premières années, ainsi qu'un bon apport d'engrais sans trop d'azote, sont essentiels pour son enracinement et sa fructification. En période sèche, si le figuier manque d’eau, sa fructification sera limitée.

Protection hivernale en montagne

En climat froid ou si l’hiver s’annonce rigoureux, il est impératif de protéger votre figuier. Recouvrez la base du tronc d’une protection : buttage de terre, couche de paille, paillasson ou film géotextile. Les fruits qui naissent au cours de l’automne sont particulièrement fragiles durant les périodes de grand froid. Ils résistent à des gels de -5°C à -10°C, mais pas au-delà. On peut les encapuchonner dans des chaussettes ou des sacs tenus par des pinces à linge pour les protéger des gelées précoces. Pour les figuiers en pot, en hiver s’il fait très froid, il faut les rentrer dans un endroit hors gel ou les protéger avec plusieurs couches de voiles d'hivernage en matière synthétique pour laisser passer l'air.

Protection hivernale d'un jeune figuier

Taille et entretien pour une production optimale

Le figuier grandit très vite. Il faut le tailler régulièrement pour limiter la production de trop longues pousses et éclaircir la ramure afin de donner plus de soleil aux fruits.

Techniques de taille

  • Taille d'entretien : On peut couper plusieurs fois par an les branches trop longues et retirer les vieilles branches qui ont déjà porté des fruits.
  • Taille de formation : Elle est à faire pendant le repos végétatif du figuier, sur les 2 ou 3 premières années. Elle peut être différente selon les variétés et les régions. Dans le sud, la taille est habituellement effectuée pendant le repos végétatif. Pour les petits jardins, ou si l'on souhaite réduire l'encombrement, la taille en éventail est intéressante. Les branches charpentières et sous-charpentières sont conduites en oblique de manière à couvrir la surface que forme l’éventail en végétation pour une belle répartition des fruits et une récolte facilitée.
  • Taille spécifique pour la fructification :
    1. Au mois de mai, supprimez toutes les nouvelles pousses sur les rameaux, en dehors de la première, celle qui se trouve le plus près de la base de la branche.
    2. Après une nouvelle récolte, coupez les premiers rameaux originels, juste au-dessus de ceux qu’on a faits se développer à la base des branches.

Il est important de noter que trop tailler la ‘Ronde de Bordeaux' est déconseillé à cause de son bois creux.

Multiplier son figuier

Le bouturage est une méthode efficace et simple pour multiplier le figuier. Il s'effectue de novembre à février. Prélevez de jeunes rameaux (pas plus de 2 ans d'âge) et placez vos rameaux sectionnés dans un mélange de sable humide. Quelques mois plus tard (courant mars généralement), quand les racines sont apparues, repiquez vos boutures dans un mélange composé pour moitié de terreau et de sable. Les semis ne donnent pas toujours de bons résultats, notamment car ils produiront autant d’arbres mâles (qui ne produiront pas de figue) que d’arbres femelles. La greffe et le marcottage sont également possibles.

Lutte contre les maladies et ravageurs

Le figuier est un arbre très facile à vivre et productif, souvent décrit comme l'arbre de l'autonomie alimentaire car il est très résistant aux maladies et ne subit pas d'attaques majeures. Cependant, quelques problèmes peuvent survenir :

  • La teigne : Cette chenille particulièrement vorace peut venir à bout de votre figuier s'il est mal en point, sinon, il y a peu de risque.
  • Le chancre : Ce champignon s'attaque à l'arbre lorsque celui-ci est affaibli par des opérations de taille ou des plaies.
  • La mouche de la figue : Dans les régions aux hivers doux, la mouche pond ses œufs dans les figues en pleine croissance, encore vertes. Ces dernières finissent par changer prématurément de couleur et tomber.
  • Les psylles : Ces insectes, de la même famille que les pucerons, se nourrissent de la sève de larve et produisent une « cire » et du miellat, pouvant entraîner l'apparition de fumagine. Les larves sont très voraces et dangereuses pour l'arbre, provoquant des feuilles piquées, recouvertes de miellat et déformées. Pour y remédier, nettoyez le feuillage au jet d’eau puis pulvérisez un mélange d’eau et de savon noir. En cas d’invasion importante, traitez avec un insecticide bio.
  • L'oïdium : Cette maladie cryptogamique (champignon) nuit au développement de l’arbre. Les attaques interviennent lors des périodes chaudes et par manque d’eau. Les signes sont des feuilles déformées, recouvertes de poudre blanche. Sur le figuier, des « pustules » peuvent apparaître sur les branches principales et secondaires. Coupez les parties atteintes en prenant de la marge.

Le figuier et ses figues !

Récolte et utilisation des figues

Les figues se dégustent mûres, c'est le moment où elles libèrent toutes leurs saveurs. Leur peau, fragile, de plus en plus fine au fur et à mesure qu'elles mûrissent, se fissure. Ce n’est pas grave, cela ne nuit pas au goût, et surtout c’est normal, c’est justement l’un des signes qu’il faut les cueillir, et en aucun cas qu’il est trop tard. Une figue mûre se détache facilement et a une peau souple et moelleuse au toucher.

Quand récolter ?

Pour les variétés bifères, la première récolte (figues-fleurs) a lieu à partir de juin, et la seconde (figues d'automne) entre août et les premières gelées. Les figues-fleurs sont moins sucrées que les fruits d’automne et ne durent pas longtemps, il faut vite en profiter. Elles sont plus grosses que les figues, plus molles également, et les grains sont quasiment imperceptibles en bouche. Pour les variétés unifères, la récolte a lieu de septembre à novembre.

Comment les consommer ?

Consommées fraîches et fondantes, les figues apportent les saveurs de leur chair juteuse et miellée. Elles sont très digestes, nutritives et reconstituantes car riches en sucres et en minéraux (potassium, calcium, magnésium, vitamines B et C).

Les figues peuvent être dégustées de multiples façons :

  • Fraîches : Simplement à la croque, elles sont un délice.
  • En cuisine salée : Juteuses et sucrées, les figues conviennent très bien aux plats salés, comme les tajines, ou rôties au four et farcies d’un fromage frais. En Italie du Sud, la figue-fleur est servie avec de l’huile d’olive ou une tapenade.
  • En cuisine sucrée : Elles sont parfaites pour les confitures.
  • Séchées : Sèches, elles gardent toutes leurs qualités. Vous pouvez faire sécher les figues au four, les mettre en conserve ou bien les congeler. Le figuier « Smyrne » est unifère et est utilisé plus particulièrement pour la production de figues séchées.

Le figuier à travers l'histoire et les régions

Le figuier, Ficus carica, appartient à la famille des Moracées et au genre Ficus. C'est un arbre fruitier qui peut atteindre une dizaine de mètres de haut dans sa région d’origine. On ne s’en souvient plus tellement, le figuier a été cultivé pendant très longtemps notamment en banlieue Parisienne, certaines variétés en portent d’ailleurs le nom, c’est le cas de la figue blanche d’Argenteuil ou Blanche de Versailles, dont les fruits sont plus précoces. Ils arrivent à maturité au mois de juillet plutôt qu’en août-septembre comme c’est plus souvent le cas pour les récoltes de figues rouges.

Le roi Louis XIV avait un goût particulier pour les figues. Son jardinier, La Quintinie, inventa un ingénieux procédé pour produire des figues pendant presque la moitié de l’année. Certains de ses figuiers étaient productifs dès mi-juin, grâce à un système compliqué d’engrais, de jardin en creux, d’arbres en caisses et de verrières. D’autres figuiers, plantés en terre, produisaient leurs délicats trésors de septembre à mi-octobre. Cela témoigne de l'ingéniosité humaine pour adapter la culture du figuier à des climats moins cléments.

Même si le figuier est cultivé le plus souvent dans un large sud de la France, il peut l’être ailleurs. Il peut d’ailleurs être très productif, même jusque dans le Nord du pays, à condition, d’être planté dans un endroit ensoleillé et abrité, par exemple contre un mur orienté plein sud.

Murier, Olivier et Figuier

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