Le banian est un arbre à part. Que ce soit par sa forme, sa croissance et sa symbolique, il a acquis dans la culture bouddhiste une place unique. C’est un arbre sacré, que chacun se doit de respecter et d’honorer. Sans lui, l’Éveil du Bouddha n’aurait eu lieu. Le banian, ou Ficus benghalensis, est un arbre majestueux, véritable symbole de longévité et d’éternité. Originaire des régions tropicales de l’Inde et d’Asie du Sud, cet arbre n’est pas commun dans nos jardins, mais il suscite une fascination unique grâce à sa capacité à se développer de manière spectaculaire.

Une présence spirituelle et culturelle omniprésente
Il n’est pas rare de voir en ville comme à la campagne, en Asie, des arbres entourés d’écharpes de couleurs (des khatas), avec à leur pied des mini-temples et dans les racines ou coincées sur les branches de petites statues de personnages mythiques. Les khatas symbolisent la bonté, la compassion et la chance. Ils sont généralement placés sur une catégorie précise d’arbre, celle des figuiers sauvages ou de la grande famille des ficus. Leur meilleur représentant est sans aucun doute le banian ou banyan.
Cet arbre est d’une grande importance dans l’Hindouisme et le Bouddhisme. Il porte plusieurs noms : arbre de Bodhi, arbre de la sagesse, arbre de la connaissance. Il est l’arbre qui a accueilli Siddhârta qui le protégea du soleil grâce à sa large canopée. C’est sous ses feuilles (qui sont souvent un motif classique dans les temples) que Bouddha a connu l’Éveil. Ce qui rend le banian encore plus fascinant, c'est son rôle symbolique dans la culture indienne. Le mot "bagnat" désignait autrefois les marchands qui se rassemblaient sous cet arbre pour échanger leurs biens. Il était au cœur des échanges commerciaux et spirituels.
L’hindouisme croit que la feuille du banian est le lieu de repos du dieu Krishna et est l’arbre d’immortalité et de la fertilité. Il symbolise le Trimurti : Vishnu représente l’écorce, Brahma les racines et Shiva les branches. On dit que le banyan aurait nourri l’humanité avec "son lait" bien avant l’arrivée de toute autre forme de nourriture. Lorsqu’un banian a ses racines qui viennent puiser dans la terre il devient alors sacré, on érige alors à proximité un petit autel dont la base est recouverte de tissu à damier blanc et noir (le poleng) qui rappelle l’opposition entre le bien et le mal. Si un jour nous devons couper un banian, nous devons avant tout procéder à une cérémonie spéciale pour s’excuser auprès des esprits du banian et les déplacer.
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Un développement biologique unique : le figuier étrangleur
Au-delà de l’histoire sacrée, le banian est en plus un arbre intriguant : pour se développer, il a besoin d’un autre arbre. Ce dernier va lui servir de tuteur et, peu à peu, il va l’entourer et le faire totalement disparaître. D’où son autre nom en Inde de figuier étrangleur. Le banian commence comme épiphyte d’un autre arbre. Une graine emportée par le vent ou les oiseaux phagocyte un arbre, des branches poussent horizontalement et retombent en racine qui se replantent. Elles se multiplient, s’entrelacent, se soudent et rapidement l’arbre initial est étranglé, privé de lumière et se décompose.
Le banian a acquis alors suffisamment de solidité pour se tenir seul. Il peut prendre ses aises, se développer sur de très grandes surfaces grâce notamment à une spécificité : celle de développer des racines de par ses branches. La branche fait une racine et la racine consolide la branche. On ne sait si c’est les racines qui vont vers le haut ou si c’est les branches qui pointent vers le bas. Symboliquement, à nouveau, on peut y voir un lien entre le monde céleste et le monde terrestre, l’arbre permettant d’unir le tout.
Une croissance effrénée et une longévité impressionnante
Mais au-delà de toutes ces caractéristiques symboliques et pratiques, le banian demeure un arbre avec une croissance extraordinaire. On peut ainsi voir des banians de très grande taille envahir peu à peu des espaces et manger totalement les barrières, murets, bicoques, temples, etc. Cela explique aussi son surnom, en Amérique du Sud, d’arbre qui marche. Il peut ainsi développer plusieurs troncs (parfois des centaines) et atteindre des circonvolutions à faire pâlir tous les jardiniers de la planète.
Le plus gros banian se trouve à Calcutta et fait une circonférence de plus de 400 mètres. L’un des plus anciens spécimens, situé dans le temple Banyan Tree Temple en Inde, est âgé de plus de 200 ans et couvre une superficie de quatre hectares. Ses racines aériennes forment une véritable structure vivante, un réseau d’arbres interconnectés qui témoignent de la force et de la longévité de cet arbre sacré. Ce phénomène est un véritable exploit de la nature, où chaque racine qui touche le sol crée un nouveau tronc, et l’arbre devient un véritable écosystème à part entière.

Une omniprésence urbaine et rurale
Le plus surprenant est aussi le fait que l’on en trouve un peu partout dans les villes, au milieu d’une route, entre deux immeubles, dans une ruelle, sur un parking, dans des zones urbaines en friche, etc. En fait, malgré un urbanisme sauvage, de nombreux projets évitent de toucher à cet arbre. La sacralité de l’arbre et son pouvoir symbolique demeurent toujours aujourd’hui, entretenus quotidiennement par des riverains qui viennent déposer quelques présents ou faire des actions de grâce. En Guadeloupe, on le découvre principalement dans les ruines, d’où son nom de figuier maudit. De nombreux anciens moulins, usines, habitations sont envahis par cet arbre et même si le spectacle est impressionnant et parfois magique, les dégâts sont importants et souvent irréversibles.
Propriétés médicinales et pharmacopée ayurvédique
On peut noter que le banian entre dans la composition de nombreux remèdes dans la médecine ayurvédique. On utilise autant sa sève que ses feuilles ou que son écorce pour faire des décoctions, tisanes, baumes et divers autres traitements thérapeutiques. Les feuilles et l’écorce du banian sont utilisées pour traiter la diarrhée, la dysenterie et les saignements de nez. Le latex, comme celui d’autres espèces de ficus, est appliqué sur les hémorroïdes, les verrues et les articulations douloureuses. Le fruit est laxatif et l’on mâche les racines pour prévenir les gingivites. En Inde, on utilise l’écorce pour traiter le diabète. Des études ont révélé que les extraits de feuilles agissaient contre la diarrhée. En effet, en abaissant le taux de sucre sanguin, les glucosides du banian sont efficaces contre ce trouble.
Culture en intérieur : le Ficus benghalensis sous nos latitudes
Sous nos latitudes, il ne peut être cultivé qu’en pot et en intérieur ce qui réduit son expansion et supprime le phénomène d’étranglement ; nulle inquiétude à avoir, il ne s’attaquera pas à vos autres plantes ! Cultivé en appartement, il atteint une taille de 2 m de hauteur tout au plus. Il est apprécié pour ses grandes feuilles vert sombre, ovales, coriaces et nervurées de vert très pâle pouvant atteindre 25 cm de longueur pour 15 de largeur.
Amateur d’humidité, de chaleur, et d’une bonne luminosité, ce ficus se plaît en véranda, en jardin d’hiver, en serre ou dans une pièce lumineuse. Plante dépolluante, il absorbe le COV et assainit l’atmosphère de la pièce qu’il occupe. Pour sa culture, choisissez un grand pot ou un bac percé en son fond et ajoutez un lit de billes d’argile pour assurer un bon drainage. Arrosez copieusement deux à trois fois par semaine lorsqu’il fait chaud en été, le substrat ne doit jamais sécher complètement entre deux arrosages en période de croissance. En hiver, arrosez une fois par semaine. Cette plante d’origine tropicale a besoin d’un environnement humide, brumisez deux fois par jour le feuillage avec de l’eau non calcaire.

Classification et diversité des espèces
Le banian est une espèce de ficus de la famille des Moracées (Ficus benghalensis). En Asie du Sud-Est et dans la zone Pacifique, sa place est considérable dans la littérature orale, dans la toponymie, les religions et les paysages. Avec le temps, la désignation banian se généralise à tous les figuiers étrangleurs : les espèces de banians comprennent essentiellement le Ficus microcarpa qui est originaire du Pakistan, de l’Inde, du Népal, du Bangladesh, du Bhoutan, du Sri Lanka, de la Chine, de Taïwan, de l’archipel malais, de l’Asie du Sud-Est continentale et insulaire, de la Nouvelle-Guinée et de l’Australie.
Le banian se caractérise par sa multitude de racines aériennes, pouvant avec le temps s’imbriquer sur le tronc principal, ses hauteurs sont couramment recouvertes d’épiphytes. Les racines aériennes se transforment en troncs épais et ligneux pouvant devenir indiscernables du tronc primaire. Comme les autres espèces de figuiers, les banians portent leurs fruits sous la forme d’une structure désignée de syconium. Les syconiums fournissent un abri et de la nourriture aux guêpes des figues, les arbres dépendant des guêpes pour la pollinisation. Les oiseaux frugivores dispersent les graines, cependant, de nombreuses semences tombent sur les branches d’autres arbres ou sur des édifices humains comme des temples, et lorsqu’elles germent, développent des racines vers le sol pouvant ainsi envelopper une partie de l’arbre ou de l’édifice-hôte.
Perspectives mythologiques locales
Les Cau Maa’, des minoritaires proto-indochinois du sud Vietnam, les nomment les jriis et leurs attribuent une âme complexe. D’après les légendes locales, les jriis fournissent les membres de l’homme, des jriis sortent quelques-uns des premiers hommes, d’autres fournissent des métaux, d’autres sont le siège de puissances néfastes : ils prennent, en les enlaçant puis en les étouffant, la vie d’autres arbres, ils dévorent les âmes. Nuitamment, ils auraient le pouvoir d’étirer leurs racines, de les diriger vers villages et hameaux, de rentrer dans des maisonnées et d’y ravir l’âme de certains dormeurs. Le bouddhisme aborde sa nature épiphyte, comparant le fait que le banian supplante un arbre-hôte à la manière dont le désir sensuel (kama) prend parfois le dessus sur les humains. Dans le cadre de la construction de certains sites, comme à Angkor, les banians animent avec mystère et beauté, plusieurs sites, témoignant de l’interaction séculaire entre la pierre bâtie et la puissance végétale.