Le figuier (Ficus carica) est bien plus qu'un simple arbre fruitier ; c'est un symbole ancré dans l'histoire et la culture méditerranéenne, un compagnon généreux qui offre son ombre bienvenue et ses fruits sucrés, gorgés de soleil, depuis des millénaires. Ses feuilles larges et rugueuses, découpées en lobes gracieux, bruissent au moindre souffle de vent, libérant un parfum envoûtant. Bienvenue dans l’univers de cet arbre fascinant.

Un Héritage Millénaire
Originaire du bassin méditerranéen et plus précisément d’Asie Mineure, le figuier s’est répandu dans toute la région bien avant l’écriture. Il y est très répandu et cultivé depuis des millénaires, devenant un symbole de prospérité, de connaissance et même de sacré. Dans la mythologie grecque, il était associé à Dionysos, dieu du vin et de la fête, tandis que dans la Bible, ses feuilles servirent de premier vêtement à Adam et Ève. Les Égyptiens l’utilisaient pour momifier leurs morts, et les Romains en faisaient un emblème de paix et d’abondance. Depuis l'Antiquité, la figue est également le symbole des attributs sexuels et de la fertilité, présente dans la Bible à de nombreuses reprises, notamment dans la parabole du figuier stérile : "Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. "Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n'en trouve pas. Coupe-le. "Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas". On retrouve aussi dans la Bible : "Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connurent qu'ils étaient nus ; et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures. Et ils entendirent la voix de l’éternel Dieu qui se promenait dans le jardin au frais du jour."
Aujourd’hui encore, il trône fièrement dans les jardins, les cours des maisons provençales ou les oliveraies, offrant ombre et fruits sucrés à qui sait l’apprivoiser.
Caractéristiques Botaniques et Adaptabilité
Le figuier est un arbre magnifique, se distinguant par son tronc tordu, ses branches courant près du sol et ses grandes feuilles lobées. Le plus souvent de petite taille, en moyenne 4 m de haut, il affiche un tronc très tortueux et ramifié, voire un port buissonnant lorsqu’il pousse en cépée, sa forme la plus spontanée. Il montre également une silhouette assez étalée et proche du sol. L'arbre est de développement moyen (5-6 mètres de diamètre) et présente un feuillage caduc, vert franc, brillant, virant au jaune à l'automne, aux nervures plus claires, épais, rugueux, au revers velouté, aux nervures saillantes, plus claires et recouvertes de courts poils.
Comme toute plante méditerranéenne qui se respecte, le figuier avoue une préférence pour les sols perméables et profonds, plutôt sableux et fertiles et une exposition chaude et ensoleillée. Il tolère les sols acides même s’il se sent mieux en terre calcaire. Il est important d'éviter les sols trop lourds, collants, qui retiennent l'eau en hiver. Il peut être planté dans les régions continentales mais il est alors recommandé de le placer près d’un mur exposé au sud, à l’abri du vent. Il résiste généralement bien au froid, jusqu’à -10 ou -15°, voire un peu plus pour les figuiers plus âgés. Les parties aériennes peuvent geler, notamment les rameaux de l’année, mais la souche repartira si elle a été bien protégée. Il demande peu de soins, hormis un paillage autour du tronc en cas d’hivers rigoureux et d’une taille d’entretien régulière. Dans le Midi, surtout sur la côte méditerranéenne, il sera conduit de façon à rester près du sol pour éviter la déshydratation. Le figuier est assez rustique et résistant aux maladies. La fumure s'effectue à l'aplomb du feuillage et non aux abords du tronc.

Le Mystère de la Figue : Un Faux Fruit Fascinant
Les figues sont, d'un point de vue botanique, des faux fruits. Il s'agit en fait d'un réceptacle charnu contenant à l'intérieur les vrais fruits, de petits grains appelés akènes, qui croquent sous la dent. Ces "faux fruits" sont constitués par un réceptacle charnu de 1000 fleurs femelles. Le pédoncule, à la coupe, exsude un latex visqueux, qui s'oxyde au contact de l'air. Ce latex peut provoquer chez certaines personnes des dermites de contact et des réactions photosensibilisantes ; il est donc recommandé de porter des gants pour cueillir les figues. La sève du figuier est phototoxique, ce qui signifie qu'un contact plus ou moins prolongé avec le feuillage, qui contient entre autres du psoralène, suivi d'une exposition au soleil, peut provoquer une réaction cutanée (phyto-photodermatose) avec des symptômes importants comme des brûlures au deuxième degré (rougeurs, enflures et cloques).
La Floraison Cachée et la Pollinisation
La floraison du figuier a lieu au printemps, courant mai, et se caractérise par des inflorescences en forme de bourse piriforme, appelées sycones. Ces sycones sont pourvues à l'extrémité d'une ouverture (ostiole) par laquelle pénètre l'insecte vecteur de la parthénogenèse. Avez-vous déjà vu les fleurs du figuier ? Non, et c'est normal, elles sont cachées à l'intérieur du réceptacle que forme la figue, attendant d'être fécondées par de petits insectes : les blastophages. C'est la pollinisation, indispensable pour avoir des figues. Sur le caprifiguier (le figuier mâle), les rameaux de l'année précédente portent les mammes, dont des fleurs femelles brévistyles qui se transforment en galles, après les pontes des blastophages et des figues fécondables (profichis). La caprification des figuiers mâles est toujours pratiquée en Turquie, en Grèce et en Afrique du Nord, en installant dans les figueraies, des chapelets de 4 à 5 caprifigues (profichis), dans les ramures. Au verger, si l'on souhaite profiter des figues d'automne, il faut compter un caprifiguier pour une vingtaine de sujets femelles.
Variétés de Figuiers : Une Diversité Remarquable
Le figuier n’est pas un arbre unique, il est multiple, se déclinant en plusieurs centaines de variétés pour la plupart fort anciennes. Cette diversité permet une adaptation à des climats variés et offre une gamme étendue de saveurs et de textures.
Variétés Unifères (une récolte par an)
Ces variétés produisent une seule récolte par an, généralement en fin d'été ou en automne.
‘Blanche marseillaise’ (syn. ‘Marseillaise’, ‘Blanquette’, ‘Petite Grise’, ‘Couille du pape’, ‘Athènes’) : Ce figuier autofertile est très productif à petit ou moyen développement. Son port est d'abord érigé, s'étalant avec l'âge. Ses fruits de petite taille sont très doux et savoureux, à chair rosée sucrée et parfumée, à la fois ferme et fondante. La peau est jaune vert, jaune à maturité, avec un petit pédoncule épais, elle se fend facilement si le temps est humide. Les figues se cueillent vers la mi-août et peuvent se manger fraîches, séchées (c’est la variété utilisée séchée pour les fameux 13 desserts de Noël), ou en confiture. Son seuil de résistance est de -12°. Il est à cultiver de préférence en climat méditerranéen ou atlantique. Une variété auto-fertile très répandue dans le sud, avec de petites figues d'un jaune verdâtre à peau fine et chair rose pâle très sucrée.
‘Violette de Solliès’ (syn. ‘Bourjassotte noire’, ‘Solliès’, ‘Parisienne’, ‘Barnisotte’) : Sa production est très tardive, entre la mi-août et fin octobre, ce qui la rend mieux adaptée aux régions du Midi. Ses fruits bleu noir sont gros et aplatis, avec un pédoncule court. Ils offrent une chair rouge et sucrée, parfumée, de bonne conservation, à consommer frais. L’arbre, autofertile, a un développement important, avec un système racinaire puissant et très étendu. Cette variété est très appréciée et possède d’ailleurs une AOP. C'est une excellente figue, remarquable par sa qualité gustative. Sa très bonne tenue aux intempéries est due à une peau épaisse.
‘Sucre vert’ (syn. ‘Figue Reine’, ‘Mussega’, ‘Cougourdane’, ‘Higo Blanco’) : Ses fruits arrivent tard, entre septembre et novembre. Ils sont de bonne taille, avec une peau verte qui se pique de brun lorsqu’ils arrivent à maturité. Leur chair vert pâle est de très bonne qualité, mielleuse et bien sucrée. Elle se déguste fraîche, séchée ou en confiture. L’arbre a un développement moyen, environ 3,5 m de hauteur et un port compact avec un feuillage extrêmement dense. Il sera cultivé dans les régions du sud de la France ou sur la façade atlantique.
‘Ronde de Bordeaux’ : Ce figuier autofertile, unifère et précoce affiche un développement important. Très productif, ses figues d’automne sont à maturité dès la fin juillet. Petites, à peau noire, elles sont bien sucrées et se dégustent sous toutes les formes : fraîches, séchées, en confiture. Elles se tiennent bien à la cuisson. L’arbre est vigoureux et très rustique. Il s'agit d'une variété unifère donnant courant août des figues irrégulières de taille moyenne, un peu aplaties, d'un beau noir violet velouté et pruineux, avec une pulpe rose soutenue, assez peu sucrée.
‘Bourjassotte blanche’ : Figuier unifère à fort développement. Il produit courant septembre des figues de taille moyenne, à peau épaisse vert jaune. Leur chair rouge est bien sucrée. Les fruits ont une peau légèrement pruineuse et assez résistante, un placenta blanc peu épais, et une pulpe rouge. L'arbre est de très grande dimension et étalé.
‘Dottato’ : Ce figuier d’origine italienne sera cultivé en régions chaudes et sèches. Ses figues d’automne à peau jaune à maturité sont de très bonne qualité et se conservent bien. Leur chair est ambrée, excellente à sécher, avec très peu de grains, miellée et douce. De grande qualité, elles bénéficient d’AOP en Italie et se conservent très bien. L’arbre est de vigueur moyenne et très rustique. Il est remarquable pour sa chair de très belle couleur ambre, d'un goût très fin, avec peu de graines.
Récolte des figues: Peut-on faire mûrir des figues après récolte ?
Variétés Bifères (deux récoltes par an)
Ces variétés offrent deux récoltes : les "figues-fleurs" (ou brebas) en fin de printemps, et les "figues d'automne" en fin d'été ou en automne.
‘Sultane’ (syn. ‘Noire de Bellone’) : Ce figuier très précoce est particulièrement productif. Il est rustique mais sera plutôt cultivé en climat doux où il pourra former un arbre bien développé de 7 m de hauteur. Cette variété autofertile n’aura pas besoin d’un autre figuier à proximité pour fructifier. Ses figues piriformes et violettes sont de taille moyenne, les figues-fleurs étant plus rebondies mais en quantité moindre que celles d’automne. Leur chair rouge, parfumée et sucrée se déguste aussi bien fraîche que séchée. Les fruits ont une chair rouge foncé, douce et fruitée, sucrée, fondante quand le fruit est bien mûr.
‘Longue d’août’ (syn. ‘Figue banane’, ‘Figue poire’, ‘Jérusalem’) : Elle produit en début et fin d’été de grosses figues allongées qui deviennent jaune brun à maturité. Ses figues-fleurs sont assez grosses, avec une peau légèrement bosselée, un pédoncule assez long et une chair rosée à blanc vert. Les figues d’automne, bien plus petites, montrent des côtes saillantes. Elles se consomment fraîches, en confitures et peuvent se sécher à condition d’avoir été cultivées en terrain bien drainé. Cette variété de figuier bifère autofertile résiste très bien aux gelées et les fruits sont résistants à l’humidité. Il affiche un développement moyen et un port étalé.
‘Grise de Tarascon’ (syn. ‘Dauphine’, ‘Rouge d’Argenteuil’, ‘Grosse de Juillet’, ‘Boule d’or’) : Ce figuier vigoureux et autofertile produit de très grosses figues fleurs rondes à peau gris violet. En régions tempérées, la quantité de figues-fleurs est importante, au mois de juillet. La seconde récolte se fait en septembre-octobre. La chair rose est juteuse, charnue et sucrée, avec peu de graines ; elle se consomme fraîche et en confiture. L’arbre rustique affiche un beau port retombant et il tend à drageonner. La figue-fleur fait 8-9 cm. Un défaut est qu'elle a tendance à s'ouvrir à maturité.
‘Goutte d’or’ (syn. ‘Dorée’, ‘Figue d’or’, ‘Goutte d’or de Carpentras’) : Cette variété ancienne autofertile à petit développement est idéale pour les petits jardins ou la culture en bac, et présente un port étalé. Elle est bifère et donne quelques petites figues-fleurs au mois de juillet, puis des grosses figues d’automne (mi-août) à la peau fine prompte à fissurer. Elles ont une chair rosée douce, juteuse et sucrée et une peau jaune violet. Ces figues se mangent fraîches, très mûres, ou préparées en confiture. Les fruits sont de 40 grammes pour les figues fleurs, 35 à 40 grammes pour les figues d’automne.
‘Madeleine des deux saisons’ (syn. ‘Angélique’, ‘Early lemon’, ‘Madeleine des 4 saisons’) : C’est une variété bifère et autofertile qui donne des figues-fleurs d’environ 100 g vers juin-juillet et des figues d’automne à la forme un peu aplatie et plus petites entre la mi-août et septembre. Elles sont d’une teinte marron jaune avec une chair rosée et juteuse, un pédoncule quasi inexistant. Elles se préparent en confitures ou se mangent fraîches. Ce figuier moyennement vigoureux affiche un port assez érigé, d’une hauteur de 2,5 à 4 m. Il est résistant au froid, parfait pour des zones où la température ne baisse pas sous les -15°. Il est peu résistant aux mouches du fruit et aux carpophilus.
‘Blanche de Versailles’ (syn. ‘Blanche d’Argenteuil’) : Il peut être planté dans des régions très froides, supportant jusqu’à -25°. Bifère, cette variété offre des fruits très sucrés, à la peau verte et fine, à chair blanche ambrée, dense et de bonne qualité gustative. Les figues d'un jaune verdâtre à chair blanche sont très sucrées.
‘Brown Turkey’ (syn. Negro Largo, Common blue, Brown Naples, Aubique noire, English brown turkey) : Ce figuier bifère et autofertile résiste au gel jusqu’à -30°, il est très cultivé dans le nord-est. Ses fruits sont de taille moyenne en été et de petite taille en automne. Leur peau est brun rouge avec une chair goûteuse qui peut être cuisinée, préparée en confitures ou mangée fraîche. De taille moyenne, il affiche un port buissonnant et compact que le prête à la culture en bac. Les fruits sont de taille moyenne en été et de petite taille en automne. Leur peau est brun rouge avec une chair goûteuse qui peut être cuisinée, préparée en confitures ou mangée fraîche.
‘Brunswick’ (syn. Magnolia, Castle Kennedy, Madonna) : Figuier autofertile et bifère à faible développement, il donne de grosses figues-fleurs en juillet, puis des plus petites en septembre-octobre avec une récolte abondante. Leur peau est brun rouge clair à maturité. Très rustique, il est également résistant face à la sécheresse.
‘Hardy Chicago’ : Cette variété bifère est particulièrement résistante au froid. Elle a été découverte assez récemment (années 1980) dans la ville de Chicago, démontrant l'adaptabilité surprenante du figuier. L'arbre est productif, rustique, vigoureux, de taille moyenne à grande, à port semis érigé. Ses feuilles sont très rondes et peu découpées de 3 à 5 lobes.
Variétés Adaptées à la Culture en Pot
Certaines variétés, grâce à leur développement plus compact, sont idéales pour une culture en pot ou dans de petits jardins.
‘Rouge de Bordeaux’ (syn. ‘Pastilière’, ‘Hirta du Japon’, ‘Pastelière’) : Figuier autofertile et unifère d’origine japonaise de taille petite à moyenne, environ 3 m, et port très compact. Cette variété est idéale pour une culture en pot ou pour de petits jardins. Ses figues-fleurs tombent facilement par contre il offre une bonne et précoce (début du mois d’août) production de figues d’été de taille moyenne et de teinte noir violet. Leur chair rose dorée montre peu de grains avec une saveur douce et sucrée. Ce figuier se montre rustique mais assez sensible aux maladies et ses fruits se fendent facilement. Le fruit a la chair rosée, d’une très bonne qualité gustative. La texture et le goût sont très fins.
‘Précoce de Dalmatie’ (syn. ‘Dalmatie’, ‘San Pietro’) : Figuier autofertile et bifère à petit développement. Son feuillage est relativement clairsemé et l’arbre est peu ramifié. Ses figues-fleurs sont à maturité en juillet et ses figues d’automne entre la fin août et octobre. De taille exceptionnelle (100 à 120 grammes pour les figues fleurs, 60 grammes pour les figues d’automne), elles affichent une peau jaune vert et une chair très sucrée et charnue. Ce figuier résiste très bien au froid (-15°) et ses fruits résistent bien à la pluie. Il est particulièrement intéressant pour les petits jardins.
‘Black Jack’ : Ce figuier unifère et productif à petit développement offre de grosses figues noires à chair rouge orangé clair. Elles supportent bien l’humidité et leur maturité peut se prolonger jusqu’aux premières gelées. Ces figues peuvent être séchées.
Autres Variétés Notables
‘Blanche de Salerne’ : Une variété à la peau fine, qui remonte au 16e siècle, donnant de hâtives figues blanches, globuleuses et fondantes, à la chair rose et sucrée, excellentes lorsqu'elles sont sèches. Une deuxième récolte à la mi-août à mi-septembre offre des figons qui, juste mûrs et fermes, sont recherchés par les confiseurs. Cependant, la pluie leur est très nuisible car l'eau pénétrant facilement à l'intérieur par l'œil, qui est très ouvert, les pourrit en peu de temps.
‘Grise Ronde’ : Variété unifère (production tardive, fin septembre) offrant des figues rondes savoureuses, avec un épiderme fin et jaune gerçuré à maturité, et une chair d'un brun rosé.
‘Noire de Barbentane’ (syn. Boulbon) : L'arbre est de grande dimension, avec un port érigé à tendance décorative. Cette variété est très intéressante du point de vue commercial, avec une excellente qualité gustative. C'est un cultivar de la figue Noire de Caromb, possédant toutes ses qualités gustatives.
‘Petrovac’ : Originaire des Balkans, cette variété offre une très bonne tenue et une saveur similaire à la Noire de Caromb.
‘Ravin de Calce’ : Une variété de figue exceptionnelle. L'arbre a de très belles feuilles lobées et des côtes lourdes.
‘Grisette’ : Ce fruit de taille moyenne à petite (40 grammes) est de couleur verte, jaunissant à maturité. Il offre une très bonne résistance en climat humide, ce qui le rend recommandé dans les régions à pluviométrie importante. Il est à consommer frais ou en confiture.
‘San Piero’ : Une variété provenant des travaux de I. Condit, mise sur le marché en 1975. L'arbre est de développement moyen à grand, se développant en forme de boule. Le fruit est de taille moyenne (50 à 60 grammes pour les figues fleurs, 40 à 50 grammes pour les figues d’automne). Il est de très bonne qualité gustative.
Phénomènes Observés et Explications
Des observations surprenantes peuvent parfois affecter les figuiers, comme la malformation de figues. Un phénomène étonnant a été constaté sur un figuier, où un pourcentage relativement important de figues présentait des anomalies. Ces figues incomplètement formées étaient réparties sur la totalité de l'arbre, des branches les plus basses aux branches les plus hautes, sans que leur développement ne semble affecté outre mesure.
Ce phénomène se distingue des observations de François Drouet, qui a documenté un groupe de trois petites figues immatures à l'aisselle d'une même feuille, une disposition inhabituelle et unique sur son arbre. La différence majeure réside dans le stade de développement des figues affectées : immatures dans le cas de Drouet, et développées, souvent parvenues à maturité, dans le cas présent. Cependant, un point commun notable est que, dans les deux phénomènes, l'ouverture du sycone conduit à laisser les fleurs et les fruits (fleurs transformées) se développer à ciel ouvert.
Le figuier observé, dont l'origine et la variété sont inconnues, était déjà grand lors de l'acquisition de la propriété fin 2006. Il est situé en fond de parcelle, à cheval sur une clôture et en compétition avec un cognassier côté sud, ainsi qu'un sureau plus grand que lui. Sa hauteur est d'environ 5 m et sa circonférence est de l'ordre de 7 m. En se fiant à la longueur des nouvelles pousses annuelles, ce figuier peut être qualifié de très vigoureux, produisant peu de bois mort comparé à d'autres figuiers. Après arrachage du lierre enchevêtré qui cachait la base de l'arbre, le plus gros des troncs mesurait 18 cm de diamètre (soit 57 cm de circonférence) à 0,40 m du sol. Un tas de compost (tontes, mauvaises herbes…) avait été installé il y a quelques années sous environ un tiers de la ramure. D'après les photographies et les mesures, l'âge du figuier est estimé à environ 20 ans, en tenant compte de sa pousse vigoureuse.
Caractéristiques des Figues Malformées
Après étude approfondie des photographies en haute résolution, des observations précises ont été faites :
- Pourtour de l'ouverture : Le pourtour de l'ouverture anormale est souvent évasé. Sur certaines figues, la malformation prend des formes différentes d'un ovale régulier.
- Ostiole : Malgré l'ampleur de la malformation, l'ostiole est le plus souvent très bien formée. Elle apparaît durcie et craquelée, avec des plaques grisâtres.
- Relief écailleux : En y regardant de plus près, on constate la présence d'un relief écailleux aux deux points de jonction du pourtour de l'ouverture avec la zone craquelée et durcie. Ce relief semble faire le tour de cette dernière en s'adoucissant.
- Fruits à ciel ouvert : Le caractère spectaculaire des fruits (fleurs transformées) mis à ciel ouvert par l'ouverture anormale du sycone est frappant. La première impression est que les fruits sont surdimensionnés, comme si l'absence de paroi pour les contenir avait favorisé un développement plus libre et donc plus important que celui des fleurs et fruits contraints à un espace réduit à l'intérieur d'un sycone parfait.
- Structure des fruits : Au stade de développement des figues observées, ce ne sont pas des fleurs, mais des fruits. L'ensemble des fruits attachés à la paroi intérieure du sycone par un pédoncule assez long constitue une infrutescence, qui a remplacé l'inflorescence initiale. Chaque fruit est une drupe (avec un noyau au sens botanique, appelé communément graine) résultant d'une fleur. Le fruit a conservé la structure générale de la fleur femelle, toutefois légèrement déformée et nettement ramollie. La couleur est passée du blanc (fleurs) au jaune rougeâtre (fruits).
- Détails microscopiques : Sur les photographies détaillées, on distingue nettement, pour les fruits du haut, la partie terminale du pédoncule avec les sépales ouverts qui entourent l'ovaire gonflé contenant une graine et qui porte un style allongé et terminé par la zone noire des stigmates (deux stigmates, ici non visibles individuellement). Il n'existe pas de pétales dans la fleur du figuier.
- Fleurs mâles : Les fleurs mâles (pourvues de filets mais dépourvues d'anthères), qui ne se sont pas transformées en fruits, sont situées dans la zone de l'ostiole. Elles sont impossibles à voir car l'ouverture anormale se situe généralement trop loin de l'ostiole et elles sont de toute façon très difficilement identifiables dans la masse ramollie de l'infrutescence à maturité.
Hypothèses sur le Phénomène
Plusieurs hypothèses ont été envisagées pour expliquer ce curieux phénomène :
- Rongeurs : L'aspect du pourtour de l'ouverture des sycones a rappelé une mésaventure avec des grenadiers, où des rongeurs avaient vidé les grenades de leur pulpe. Cependant, des rongeurs sur un figuier auraient mangé l'intérieur des figues et les parties rongées n'auraient pas eu un pourtour régulier comme celui observé. De même, si des oiseaux étaient en cause, les fruits à l'intérieur du sycone n'auraient pas été épargnés.
- Éclatement dû à un excès d'eau : Une explication qui vient immédiatement à l'esprit est un éclatement banal des figues dû à un excès d'eau (fortes pluies, en particulier). La pluviométrie dans la région a été nettement supérieure aux normales saisonnières. Cependant, cette hypothèse ne résiste pas à une observation attentive. Dans le cas d'éclatement, le sycone s'ouvre au niveau de l'ostiole comme les doigts de la main, mais il reste complet : les morceaux de sycone éclaté reconstituent entièrement le sycone si on les referme. Dans le phénomène observé, il manque une partie du sycone, parfois la moitié. De plus, dans le cas d'éclatement, le pourtour des morceaux est d'aspect normal et de couleur blanche sur l'épaisseur, signe d'une rupture brutale et récente. Dans le phénomène observé, le pourtour de l'ouverture du sycone est noirâtre, durci et desséché ; il est "âgé". L'éclatement ne concerne pas que les figues mûres ou proches de l'être. Les figues éclatées par excès d'eau ne tiennent pas sur l'arbre et chutent rapidement (deux ou trois jours) après avoir éclaté. De même, les figues fissurées ne continuent pas leur évolution et pourrissent par la fissure.
- Micro-fissuration génétique : L'hypothèse avancée est celle d'une micro-fissuration initiale du sycone, malformation d'origine génétique, qui se transforme en une ouverture s'allongeant et s'élargissant progressivement en ovale au fur et à mesure du développement de la figue (avec épaississement et dessèchement des bords de l’ouverture). Le processus se termine pour certaines figues par une ouverture quasi complète. Dans certains cas, la fissure prend naissance très près de l'ostiole et s’étend dans le sens de la longueur jusqu'à celui-ci, l'élargissant progressivement jusqu’à ce qu'il présente deux moitiés formant un angle de 180 degrés l’une par rapport à l’autre. L'observation d'un nombre croissant de figues malformées sur l'arbre sur une courte période, ainsi que l'apparition de déchirures blanches sur le pourtour des ouvertures, confirment cette idée. Ces déchirures sont dues à une tension qui n'a pas pu être absorbée par un accroissement de l'ouverture et qui provoque une rupture dans son pourtour, signe du processus normal d'accroissement de volume de la figue à l'approche de la maturité. Les figues de ce figuier ont en effet une peau fine et fragile à maturité. La phase de maturité augmente le volume global de la figue malformée, mais n'accroît pas l'ouverture anormale du sycone de façon significative.
Le début du développement de la figue est marqué par son apparition visible entre les deux bractées, avec un diamètre de sycone de 2 millimètres. La petite figue verte se développe ensuite pendant 6 à 7 semaines, atteignant un diamètre de 2 à 4 centimètres, stade qui constitue un palier assez long dans le développement du sycone, dit palier de maturation. Le début de ce palier correspond à la nouaison : la figue tient sur le rameau et les fleurs femelles commencent à se transformer en fruits à l'intérieur du sycone (par suite de fécondation ou par parthénocarpie). Pendant le palier de maturation, qui dure environ 6 semaines, le volume de la figue, dont les fruits mûrissent à l'intérieur bien que son extérieur reste vert, demeure à peu près stable (très légère augmentation du diamètre du sycone). L'ouverture maximale du sycone des figues malformées est atteinte au stade du palier de maturation. Pendant cette période, le volume du sycone n'évoluant pratiquement pas, l'ouverture anormale ne s'agrandit pas. L'augmentation de la taille de l'ouverture est limitée par l'apparition de déchirures sur son pourtour et par l'intensification.

Usages et Bienfaits du Figuier
Le figuier est un arbre apprécié pour ses figues sucrées et savoureuses, ainsi que pour son feuillage ornemental. Capable de s’adapter à des sols pauvres et secs, il trouve sa place aussi bien dans les vergers que dans les jardins d’ornement.
Bienfaits pour la Santé
La figue se révèle riche en fibres, potassium et sels minéraux. Les gargarismes de décoction de figues (100 g de figues sèches par litre d’eau) se révèlent très efficaces contre les inflammations et les abcès dentaires. Les feuilles de figuier contiennent des composés anti-inflammatoires, antioxydants et hypoglycémiants, faisant d’elles un remède naturel précieux. Dioscoride, le plus grand pharmacologue de l'Antiquité, prescrivait des figues rôties et cuisinées avec de la chair de vipère comme antidote aux poisons et aux morsures. Il était également de coutume, avant un bon repas, d'offrir aux convives des figues fraîches pour soulager les troubles digestifs. Riches en fibres et en ficine (enzymes végétales), elles stimulent le transit intestinal, mais sont à consommer sans excès car elles peuvent être laxatives. Fraîche, sa valeur énergétique se situe entre 48 et 57 kcalories/100 g, sa teneur en glucides entre 13 et 18 g/100 g, en protéines ± 0,90 et en lipides 0,20.
Utilisation Culinaire
La meilleure figue est celle qui vient d'être cueillie avec, à l'ostiole, la petite goutte dorée qui perle, promettant qu'elle est mûre à point et bien sucrée. Elles se consomment sèches ou fraîches, en accompagnement d'une assiette de charcuterie ou de fromages, ou bien encore cuites, rôties en accompagnement des viandes (sautés de porc, magret, tajines d'agneau). Elles entrent dans la confection de confitures, marmelades, compotes associées à d'autres fruits frais ou secs (noix), clafoutis, gratins, tartes, pains et viennoiseries, en coulis, chutney épicés, jus frais, sirops, vins, vinaigres et apéritifs.
En Provence, les figues séchées font partie des "treize desserts de Noël", une tradition où l'on trouve les quatre mythiques mendiants (les pachichòis en provençal) qui sont les amandes, les figues, les noix et les raisins secs. À cela s'ajoutent les deux nougats (noir et blanc) et la pompe à l’huile d'olive et à la fleur d'oranger.
Autres Usages
Le latex du figuier, une sève laiteuse, a servi de présure pour faire cailler le lait bien avant l’invention des ferments industriels. Les paysans l’utilisaient aussi pour soigner les verrues ou les irritations de la peau, bien avant que la science ne découvre ses propriétés cicatrisantes.
La Culture du Figuier
La plantation du figuier s'effectue au printemps. Il faut prévoir un diamètre de 3 à 6 mètres entre les rangées au verger, et ± 7 m. Il est crucial de bien choisir son emplacement, car avec son type d'enracinement, il n'aime pas être déplacé. Arrosez-le le premier été et paillez. Les petites variétés de figuiers peuvent être cultivées en bac, une bonne idée si vous manquez de place au jardin. Le figuier est étonnant, et s’adapte à bien plus d’environnements que l’on pourrait le croire. Venant de pays méditerranéens chauds et secs, présent au Maroc, en Grèce, en Asie Mineure, certaines variétés de figuier ne voient pourtant aucun problème à subir des froids quasi polaires. La zone de rusticité idéale est 8-10, avec une résistance au froid jusqu'à -15 °C selon la variété. Ailleurs, une protection avec des paillons est à prévoir. Il tolère aisément les embruns et l'irrigation avec des eaux légèrement saumâtres.

Problèmes Courants et Solutions
Il arrive fréquemment que les figues ne mûrissent pas sur le figuier. Cela peut être dû à plusieurs facteurs :
- Jeunesse de l'arbre : Le figuier n’a pas encore suffisamment de racines pour aller chercher les éléments dont il a besoin dans le sol. Il est peut-être trop jeune (3 à 5 ans).
- Conditions environnementales : L'emplacement n'est peut-être pas idéal, avec trop de vent ou pas assez de chaleur, ou l'arbre est trop à l'ombre.
- Taille excessive : Une taille trop sévère peut également affecter la maturation des fruits.
- Excès d'eau, manque de soleil ou carence en potassium : Ces facteurs peuvent tous contribuer à un mauvais développement des figues.
Le figuier peut être sujet aux cochenilles (scale insects), cicadelles Metcalfa pruinosa (frosted moth-bug), et subir les piqûres des mouches de la figue Aristella longhaea qui, par l'ostiole, viennent y pondre entre 10 et 30 larves par figue, provoquant ainsi son pourrissement avant maturité, car il devient véreux. Les larves se nourrissent de la pulpe de la figue qui s’altère. Une mouche de la figue peut être à l'origine de 2 à 8 générations chaque année.
Le Figuier dans le Monde
De nos jours, les plus gros producteurs de figues sont la Turquie, la Grèce, l'Italie et le Portugal. Ces pays bénéficient d'un climat idéal pour la culture de cet arbre emblématique. En France, des régions comme les Cévennes, avec le verger conservatoire de Vézénobres, œuvrent à la préservation de la diversité des variétés, réunissant une centaine de variétés sur 2 hectares depuis l'an 2000. Ce conservatoire accueille notamment une partie de la collection de Porquerolles.

Glossaire Botanique
- Dioscoride : Dioscoride d'Anazarbe le persan, médecin d'origine grec (Ier siècle avant J.-C.), fut le plus grand pharmacologue de l'Antiquité, influençant la pharmacopée durant plusieurs siècles avec ses écrits. Le médecin botaniste siennois Pietro Andrea Matthioli (1501-1577) est resté célèbre pour ses Commentaires sur l'œuvre de Dioscoride, une œuvre qui durant 15 siècles fut l'une des principales références médicinales, illustrée de 500 gravures sur bois.
- Gasp : Abréviation botanique pour l'anatomiste, embryologiste et botaniste italien Guglielmo Gasparrini (1803-1866).
- L. : Abréviation botanique pour le botaniste-naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778), à qui l'on doit la classification des végétaux, des minéraux et des animaux ainsi que la nomenclature binominale.
- Sycone : L'inflorescence charnue et creuse du figuier, qui contient les fleurs et se transforme en ce que nous appelons la figue.
- Ostiole : Petite ouverture située à l'extrémité du sycone, par laquelle les blastophages (petites guêpes) pénètrent pour polliniser les fleurs.
- Blastophage : Petit insecte, une sorte de guêpe, indispensable à la pollinisation de la plupart des variétés de figuiers.
- Caprification : Processus de pollinisation artificielle ou naturelle des figuiers femelles par les caprifiguiers (figuiers mâles) à l'aide des blastophages.
- Unifère : Se dit d'un figuier qui produit une seule récolte de figues par an.
- Bifère : Se dit d'un figuier qui produit deux récoltes de figues par an (figues-fleurs et figues d'automne).
- Parthénocarpie : Développement d'un fruit sans fécondation.
- Infrutescence : Ensemble des fruits issus d'une seule inflorescence, comme la figue.
- Akène : Petit fruit sec à une seule graine, non soudée au péricarpe (les "grains" croquants de la figue).
- Drupe : Fruit charnu à noyau, comme la cerise ou l'olive, dont chaque akène de la figue est un exemple.
- Phyto-photodermatose : Réaction cutanée inflammatoire provoquée par le contact avec certaines plantes (comme le figuier) suivi d'une exposition au soleil.