L’Hortithérapie : Guide complet pour la formation et l’inclusion par le végétal

Trouver sa place dans la société et y apporter sa pierre, cela peut passer par les plantes. L’hortithérapie, ou l’utilisation thérapeutique du jardinage, représente bien plus qu’une simple activité de loisir. C’est un levier puissant d’insertion sociale et d’épanouissement personnel pour les personnes en situation de handicap. En transformant le jardin en un lieu de transmission et de responsabilité, on offre aux individus un cadre où leurs compétences sont valorisées et où le vivant devient le miroir de leur propre potentiel.

Un jardin thérapeutique aménagé avec des platebandes surélevées pour faciliter l'accès à tous les publics.

Le jardin comme espace de citoyenneté et d'apprentissage

Le jardin, ce n’est pas uniquement l’occasion d’entrer en contact avec la nature. Pour de nombreuses personnes présentant une déficience mentale, c’est un lieu de vie où elles veillent à ce que les lieux fonctionnent bien et gardent fière allure, et à ce que les plantes prospèrent. Ils sont 20, tous perçus comme les véritables gardiens des lieux. Cette mission leur confère un rôle social essentiel, transformant le statut de "bénéficiaire de soins" en celui d'acteur du quotidien.

Apprendre à cultiver, à préparer des conserves, du compost… Le jardin Huerta de Montecarmelo est un lieu de transmission. Ces apprentissages techniques renforcent la confiance en soi et permettent de développer des compétences transférables dans la vie de tous les jours. De plus, l’ouverture sur l’extérieur est cruciale : une fois par mois, c’est un marché qui prend place au jardin. Ce rendez-vous régulier permet de confronter le fruit de leur travail au regard des autres, validant ainsi leur utilité sociale.

Concevoir un programme d’horticulture adaptée : l’expérience du terrain

La mise en place d'un tel programme nécessite une expertise pointue. Sandra Diehl, une thérapeute horticole dont le profil est fermement ancré dans l’horticulture, illustre parfaitement cette exigence. Paysagiste pendant 20 ans, elle a aussi été fleuriste et a géré une pépinière. Quand on lui propose de s’occuper d’un programme d’horticulture adaptée au Solano Community College (école universitaire de premier cycle) près de San Francisco, elle accepte immédiatement.

Sa mission ? Concevoir un programme d’initiation à l’horticulture qui accueillera une trentaine d’étudiants porteurs de divers handicaps physiques, mentaux et comportementaux. « Le défi est de penser les activités pour des étudiants qui ont une grande variété de handicaps », explique Sandra qui a suivi la formation en thérapie horticole du Horticulture Therapy Institute basé à Denver.

L’adaptation des outils et des infrastructures

Pour garantir l'accessibilité, l'infrastructure doit être pensée en amont. « Nous avons une zone du jardin, par exemple, avec des platebandes surélevées (raised beds) pour les étudiants à mobilité réduite ou en fauteuil. Nous adaptons les outils pour ceux qui n’ont pas de force dans les mains. » Cette approche ergonomique est la condition sine qua non pour permettre une autonomie réelle des apprenants.

Schéma illustrant l'ergonomie des outils de jardinage adaptés et la disposition des bacs de culture en hauteur.

Structure pédagogique : de la théorie à la pratique

Au fil d’une année, les étudiants suivent cinq modules : introduction à l’horticulture, gestion d’une serre, gestion d’une pépinière, gestion d’un potager/verger et propagation. Cette progression permet d'aborder la complexité du vivant par étapes, tout en consolidant les acquis.

À 80%, le programme se déroule sur le terrain dans la pépinière, la serre, le verger et le jardin potager de l’école. Mais les étudiants doivent parfois suivre quelques cours en classe et Sandra a appris à s’adapter dans ce domaine aussi. L'alternance est ici la clé : le passage de la théorie à la pratique permet d'ancrer les gestes techniques tout en favorisant la compréhension des cycles naturels.

L’encadrement et la transmission

Une autre leçon qu’elle a apprise depuis 5 ans que le programme existe est qu’il lui faut de l’aide. L’école ayant un programme de formation pour les assistantes sociales, Sandra recrute des stagiaires qui viennent l’aider à encadrer ses étudiants. « Ces stagiaires n’ont pas forcément de connaissances en horticulture. J’ai créé une liste d’activités avec tout ce qui est nécessaire. » Cette organisation permet de démultiplier l'impact du programme tout en formant de futurs professionnels à la réalité du terrain.

Techniques de jardinage en permaculture : les semis

Vers l'insertion professionnelle et l'autonomie

L'objectif final de ces formations reste l'inclusion durable. Depuis deux ans, Sandra a créé des relations avec des employeurs locaux, des jardineries et des paysagistes chez qui elle a réussi à placer certains étudiants dans des emplois protégés. Ne pouvant travailler indépendamment, ils ont besoin d’un « job coach » qui suit leur progrès.

Cependant, la pérennité de ces projets reste un défi constant. « Pour des raisons budgétaires, l’école va être fermée cet été. Mais je ne peux pas abandonner les plantes pendant tout l’été. Alors je vais venir et je vais organiser des bénévoles pour maintenir le site pendant trois mois… ». Pour motiver ses étudiants tout en aidant la survie financière du programme, Sandra et son équipe organisent tous les printemps une vente de plantes. Cette initiative crée un cercle vertueux où la production horticole soutient directement le financement de l'outil pédagogique.

La formation des formateurs : un enjeu majeur

Pour ceux qui souhaitent se lancer dans l'hortithérapie, il est essentiel de choisir des parcours structurés. Leur point commun ? En regroupement ou en intra, nos formations alternent théorie, pratique, expérience et supervision. Nous accompagnons les apprenants dans leur montée en compétence. Nous privilégions l’immersion dans de vrais jardins à usage thérapeutique, au bénéfice de personnes vulnérables.

Les piliers d'une formation réussie

Créer et animer un programme d'hortithérapie toute l'année demande des compétences transversales. Il s'agit d'intégrer le jardin comme outil thérapeutique dans la vie de votre établissement. Nos formations sont accessibles et adaptables. Les professionnels qui suivent ces cursus soulignent souvent l'importance de l'accompagnement : « Équipe très bienveillante, à l’écoute, dynamique et qui maîtrise son sujet. »

La force d'une telle formation réside dans cette interaction : après la planification, le plan du jardin, la formation d’équipes, l’action auprès des résidents. Le mélange de théorie et de pratique permet une organisation sur tous les temps du jardin (annuel). Les bases sont revues et pratiquées plusieurs fois, garantissant ainsi une maîtrise réelle par les soignants.

Infographie montrant le cycle de formation en hortithérapie, de la planification initiale jusqu'au suivi des patients.

La complémentarité des méthodes d'apprentissage

Les retours d'expérience des stagiaires confirment l'efficacité des méthodes hybrides. « (Cette formation) est une base très riche dans laquelle puiser : un bon terreau ! Vous nous avez donné un cadre, une exigence, et en même temps une écoute, de l’empathie, de la confiance, chacune à votre manière. »

La disponibilité pour échanger en-dehors des temps de stage est très appréciable. Les deux formes (présentiel et distanciel) sont très complémentaires. Les interséquences en visio sont très formatrices (pratique -> présentation -> retours). Cette approche permet de créer une communauté de pratique où l'échange de bonnes idées devient la norme. Merci pour tout ce que vous avez mis en place : pour nous les stagiaires et pour les bénéficiaires qui pourront en profiter !

En somme, l'hortithérapie nécessite une rigueur technique, une grande capacité d'adaptation et une vision humaniste. Qu'il s'agisse de gérer un potager, une serre ou une pépinière, l'essentiel est de permettre à chacun de trouver sa place, de se sentir valorisé et, comme le témoignent nombre d'apprenants, de se sentir plus motivée que jamais ! C'est dans ce terreau fertile que s'enracinent les projets les plus ambitieux pour l'inclusion des personnes en situation de handicap par le biais du végétal.

tags: #formation #horticulture #personne #handicape