La dynamique de l'entreprise moderne repose sur une transmission fluide des savoir-faire et une intégration réussie des nouveaux talents. Lorsqu’une structure recrute un alternant en contrat d’apprentissage, contrat de professionnalisation ou via le dispositif Pro-A, un tuteur ou maître d’apprentissage devra donc s’engager pour accompagner et former cette nouvelle recrue. Cette fonction, loin d'être anodine, exige une préparation structurée pour transformer une simple présence en une véritable montée en compétences.

Les fondamentaux de la fonction tutorale
Lorsqu’un alternant rejoint une entreprise, un tuteur ou maître d’apprentissage est désigné. Il sera la personne référente pour le centre de formation et l’alternant mais il aura aussi pour mission de transmettre les compétences clés de l’entreprise. Pour comprendre l’étendue du rôle de tuteur et acquérir les compétences nécessaires pour accompagner un apprenti, il est essentiel de maîtriser les aspects règlementaires et législatifs qui encadrent cette mission.
La mission du tuteur a beaucoup évolué. Le tutorat est désormais une démarche collective. Différents acteurs entourent l'apprenti et le tuteur délègue de nombreuses taches. Afin d’occuper la fonction de tuteur ou de maître d’apprentissage, le salarié doit d’abord être volontaire, on ne peut imposer cette fonction et ne doit pas encadrer plus de trois apprenants. Pour le contrat de professionnalisation, le salarié doit justifier d’une qualification professionnelle d’au moins deux ans en rapport avec la qualification de l’apprenant.
Préparer l'arrivée et structurer le parcours
Préparer l’arrivée d’un apprenti et faciliter son intégration dans l’entreprise, selon l’âge et le niveau de maturité, est la première étape vers la réussite. Disposer d'une fiche de poste et d'un cahier des charges permet de savoir quels sont les objectifs à atteindre. Sans cette base, on ne sait pas où l'on va. Or, le tuteur est un architecte qui fixe un programme - doublé d'un maître d'œuvre.
Le processus commence par l'évaluation du niveau initial en termes de compétences acquises dans le parcours professionnel de l’apprenti. Il s'agit de s’approprier le référentiel diplôme et détecter les « zones blanches » éventuelles. Donner du sens au travail en écrivant la Raison d’être ou la mission générique du poste tenu par l’apprenti permet de décomposer les activités principales en savoirs, savoir-faire et savoir-être.

Pédagogie et transmission : l'art d'accompagner
Transmettre ses savoirs et savoir-faire professionnels demande de comprendre les principes de la pédagogie en apprentissage. L'apprenti est un salarié ; il lui revient donc de réaliser une activité productive. Mais lorsque le tuteur ou les membres de son équipe se consacrent à sa formation à proprement parler, ils doivent changer de posture et évaluer le résultat autrement.
Il est important de permettre à l’apprenti de progresser et de réussir en mettant la marche ni trop haut, ni trop bas afin qu'il donne le meilleur de lui-même. Il faut faire preuve de bienveillance mais aussi d'exigence. Le tuteur doit se concentrer sur la progression pédagogique. Mettre en œuvre des techniques pédagogiques innovantes et adaptées aux nouvelles générations (scénario catastrophe, Mindmapping, outils Google…) est aujourd'hui indispensable. Dans un monde où le numérique transforme chaque aspect de notre quotidien, l’intelligence artificielle se positionne comme un outil indispensable pour optimiser sa pratique professionnelle et augmenter son efficacité.
Le suivi, levier de sécurisation du parcours
Suivre et évaluer l’apprenti pour mesurer ses progrès et ses capacités à être autonome est crucial pour réduire les ruptures de contrat et sécuriser les parcours professionnels. Son suivi doit être régulier afin d’anticiper certaines dérives : baisse de motivation se traduisant par des retards, erreurs, etc. Si elles surviennent, il faut en discerner les causes : conflit interne, problème de compétences, difficultés personnelles…
Le tuteur doit suivre l'apprenant sans que les incidents qui se produisent inévitablement dans les entreprises ne troublent ni l'évaluation, ni l'avancée de la formation. Il est aussi essentiel que le tuteur aide l'apprenti à s'intégrer et à changer progressivement de comportement. Etre tuteur oblige à prendre de la hauteur vis-à-vis de son métier, de sa pratique professionnelle et transforme la vision que l'on a de son entreprise et de son organisation.
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Validation des compétences et évaluation finale
La finalité de l'accompagnement réside dans la validation des compétences acquises. Il s'agit de valider le portefeuille de compétences de l’apprenti par rapport à la fiche de poste et au référentiel diplôme. Cette étape débouche souvent sur la construction d’un livret de suivi de l’apprenti qui lui servira de « Passeport compétences » dans ses futures recherches d’emploi.
Les tuteurs ont un rôle clé dans la réussite de leur alternant, aussi bien dans leur parcours professionnel que dans leur formation. Il existe des possibilités de certification, comme la certification MATU (Maître d’Apprentissage / Tuteur) - RS5515. Le candidat prépare en amont du passage devant le jury un « dossier de présentation » où il présente rapidement son parcours et analyse deux situations professionnelles de son choix dans laquelle il démontre ses capacités à construire des situations d’apprentissage et d’évaluation issues de sa pratique professionnelle dans le cadre de l’accompagnement d’un apprenant/apprenti.
La dimension collective du tutorat
L'idée que le tutorat est une démarche solitaire est une erreur courante. Au contraire, le tuteur doit communiquer avec les différents acteurs du parcours de l’apprenti. Cette approche collaborative permet de multiplier les points de vue et de sécuriser davantage le parcours de l'apprenant.
En entreprise, la mise en place d'une formation à la fonction tutorale peut s'avérer extrêmement utile. Qu'il s'agisse de sessions inter-entreprises ou de formation en groupe si vous avez plusieurs tuteurs à former au sein de votre structure, les apports théoriques, les exercices et les activités de réflexion de type mise en situation permettent de professionnaliser cette fonction essentielle. L'autoévaluation du maître d’apprentissage sur cette expérience - points forts, points difficiles et erreurs à ne pas reproduire - clôture idéalement ce cycle, garantissant une amélioration continue des pratiques d'accueil au sein de l'organisation.
