Le mystère et la modernisation de la pelouse du stade Bollaert-Delelis : Entre enjeux économiques et exigences techniques

La question de la surface de jeu dans les stades de football professionnels ne se limite plus à une simple question d'entretien paysager ; elle est devenue un enjeu stratégique, financier et technique majeur. Le stade Bollaert-Delelis, antre emblématique du RC Lens, illustre parfaitement cette mutation, marquée par des épisodes de tensions contractuelles et une quête permanente d'excellence sportive.

Vue panoramique du stade Bollaert-Delelis lors d'une journée ensoleillée

La genèse d’une controverse : Le dossier du prestataire

Durant les travaux de rénovation du stade, menés entre mai 2014 et juillet 2015, la question de la pelouse s’est naturellement posée au cœur du projet global de 70 millions d’euros. La société Demathieu & Bard, désignée par la région Nord - Pas-de-Calais en tant que maîtrise d’ouvrage déléguée pour réaliser le gros œuvre, a lancé une consultation pour sélectionner le prestataire. Cinq entreprises spécialisées ont répondu à cet appel d’offres, mais seules deux sont restées en lice : Idverde, une entreprise nationale disposant d’une antenne régionale à Aix-Noulette, et Terenvi, une entreprise régionale basée à Winnezeele.

Le prix et la qualité de l’offre technique constituaient les bases de la décision. Dans un premier temps, Idverde a visiblement reçu l’aval du directeur de chantier de chez Demathieu & Bard. Plusieurs éléments en attestent. Déjà, leur responsable technique a assisté à la présentation officielle à l’UEFA et à la Ligue nationale de football (LNF). Ensuite, Idverde a participé aux tests d’usage réalisés par le laboratoire de contrôle Novarea, qui correspondent aux traditionnelles inspections de sécurité.

Cependant, alors que la société Idverde semblait avoir été désignée en juin 2015 pour réaliser la nouvelle pelouse du stade, le marché a été attribué à Terenvi. Ce revirement soudain a suscité de nombreuses interrogations. Pourquoi le prestataire de la pelouse a-t-il changé aussi subitement ? Pourquoi un tel revirement ? Y a-t-il eu intervention du client, la région Nord - Pas-de-Calais ? Depuis une dizaine d’années, la situation économique du pays et la frilosité des investisseurs sur les grands projets d’urbanisme ont durci la lutte entre les entreprises. Lorsqu’un projet comme celui de la rénovation du stade Bollaert-Delelis pointe le bout du nez, cela attise forcément les appétits.

La mise en œuvre technique : Idverde et le chantier de 2020

Si le choix du prestataire a fait l'objet de débats lors de la grande rénovation, l'expertise technique est revenue sur le devant de la scène plus récemment. Sûre de son fait lors des phases de préparation, Idverde a, dans ses interventions ultérieures, démontré son savoir-faire. L'entreprise a entamé les travaux avec une rigueur industrielle : commande de matériaux, dont une importante quantité de sable (1 500 tonnes), et planification des étapes clés. La présence d’un tracteur à balayeuse d’Idverde au beau milieu des tribunes de Bollaert confirmait encore un peu plus l’implication de l’entreprise sur le chantier. Les salariés d’Idverde ont reçu leurs badges pour circuler librement sur toute la zone de travaux.

Depuis plusieurs semaines, la pelouse du Stade Bollaert-Delelis du RC Lens est en travaux. Elle est mise aux normes pour la Ligue 1. Le RC Lens a engagé un investissement ayant coûté entre 1,2 et 1,5 million d’euros pour offrir au stade une nouvelle surface. Ce chantier, mené par l'entreprise Idverde, est dirigé par Philippe Coulon, directeur technique des terrains de sport, qui voit grand pour l'enceinte lensoise.

Schéma technique montrant la structure d'une pelouse hybride moderne

Les caractéristiques de la pelouse hybride

La pelouse s’est transformée en terrain hybride, permettant une meilleure adhérence au jeu et une efficacité d'entretien accrue. Comme l'explique Armel Bever, directeur de l’agence Idverde, le passage à la technologie moderne est un saut qualitatif majeur : « On appelait les terrains de l’ancienne génération des terres/sables, car ils étaient composés de 30 % de terre végétale et de 70 % de sable. Désormais, on peut incorporer des fibres pour renforcer le gazon. C’est pourquoi il porte le nom de gazon naturel renforcé. »

Le fait d’ajouter des fibres permet un nombre d’heures de jeu beaucoup plus important. Les terrains se régénèrent très vite car les substrats sont très fertiles. Donc le gazon arraché, sur un tacle par exemple, est vite remplacé. L’objectif est de cloisonner les efforts au niveau du crampon, d’avoir plus d’accroche et d’éviter que le gazon ne s’arrache. C’est le standard des pelouses modernes que l’on voit dans les grands clubs. En France, 90 % des terrains de l’élite sont passés à l’hybride, une transition devenue indispensable pour maintenir le niveau de jeu.

Infrastructures et confort : Le chauffage et la capacité

Le chantier ne s'est pas limité à la surface de jeu. Le 5 juin 2020, les travaux sont entrés dans la phase dite de « chauffage ». Les ouvriers ont installé 42 km de tuyaux sur le terrain pour pouvoir le chauffer, un passage obligatoire pour être aux normes en Ligue 1. À noter que le terrain a été surélevé de 30 cm et étiré d’un mètre.

Parallèlement à ces travaux de pelouse, le stade a connu d'autres évolutions. La capacité théorique du Bollaert-Delelis passerait ainsi à environ 39 071 places contre 38 233 actuellement. La jauge en tribune Marek semble bien augmentée et validée à 5 000 supporters, même si ses abonnés ne pourront probablement profiter de celle-ci avant 2021 en raison des conditions sanitaires. Concernant l’écran géant côté Marek-Delacourt, le changement ne semble pas encore acté.

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L'enjeu financier du classement des pelouses

Il existe un « championnat des pelouses » qui s’avère être très intéressant financièrement parlant. « Plus on est bien classé, plus les droits TV seront juteux », explique Philippe Coulon. « Notre objectif est d’être sur le podium. » Nos clubs nous imposent des objectifs de performance assez élevés pour les pelouses. Par exemple, pour Lens, l’objectif serait d’être sur le podium. Pour le moment, sur le début du championnat, nous y figurons. Quand on travaille dans ce domaine, que l’on refait des terrains de sport, c’est que l’on est aussi un peu fan de sport. Donc, automatiquement, nous aussi nous avons l’esprit de compétition.

La rénovation de la pelouse devrait être le seul gros chantier de l’année selon Jean-Baptiste Blanchard, manager d’exploitation du club. « On fait petit à petit mais on n’a pas à rougir des autres stades. Bollaert-Delelis sera l’une des plus belles enceintes de France. » Avec ces investissements, le club lensois s'assure non seulement une meilleure qualité de jeu pour ses joueurs, mais aussi une visibilité accrue et des revenus optimisés grâce aux exigences de la Ligue.

Infographie comparant l'entretien d'une pelouse naturelle classique et d'une pelouse hybride

La transformation du rectangle vert en une surface hybride de haute performance montre la volonté du RC Lens de s'inscrire dans la modernité du football européen. Si les tensions passées lors des appels d'offres ont pu marquer les esprits, la finalité reste une infrastructure capable de répondre aux défis climatiques et aux cadences infernales imposées aux terrains de sport de haut niveau. Le gazon lensois, souvent décrié par le passé, est désormais en mesure de rivaliser avec les meilleures surfaces de l'élite, garantissant un spectacle de qualité pour les supporters et une performance optimale pour les acteurs sur le terrain.

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