
Les activités humaines, qu'elles soient forestières, agricoles, industrielles ou domestiques, génèrent des milliards de tonnes de biomasse résiduelle et de déchets organiques ligneux à travers le monde. Historiquement, ces résidus étaient souvent éliminés par brûlage, que ce soit dans les scieries ou directement au champ après les récoltes. Cependant, cette pratique est de plus en plus remise en question en raison de son impact environnemental, notamment les émissions de gaz à effet de serre (GES). Face à l'urgence climatique et à la nécessité de préserver nos ressources, des solutions innovantes de valorisation des déchets organiques émergent, parmi lesquelles le biochar occupe une place prépondérante. Le biochar est un matériau à forte valeur ajoutée qui valorise et tire profit du carbone capturé, s'inscrivant ainsi dans un large éventail de solutions carbone pour atteindre la neutralité carbone et renforcer la résilience de nos écosystèmes.
Le Biochar : Une Solution à Forte Valeur Ajoutée pour le Carbone et les Sols
Le biochar est le résultat d'un processus de pyrolyse, qui consiste à chauffer la biomasse dans un environnement sans oxygène à des températures comprises entre 550 et 600°C. Ce procédé transforme la matière organique en un composant solide, le biochar, et un sous-produit gazeux appelé syngaz. Le syngaz est une source d'énergie renouvelable, dont une partie est utilisée pour sécher la biomasse et alimenter l'équipement de pyrolyse, assurant ainsi l'autonomie thermique du processus.
Distinction entre Biochar, Cendre et Charbon de Bois
Il est crucial de différencier le biochar de la cendre et du charbon de bois, car leurs propriétés et leurs applications sont distinctes. Le biochar n'est pas de la cendre. Les cendres sont les restes solides d’une combustion et contiennent des minéraux et des métaux. De même, le biochar et le charbon de bois sont deux produits différents. Le charbon de bois est obtenu lorsque la matière organique est chauffée en l'absence d'air à 300-350°C, par un processus de conversion appelé torréfaction. La production de biochar, elle, nécessite un processus de pyrolyse à des températures plus élevées. Le charbon de bois n'est pas un puits de carbone et n'est donc pas utilisé pour lutter contre le changement climatique, car le carbone contenu dans le produit n'est pas assez stable pour résister à la dégradation chimique et géologique. Le biochar, en revanche, organise le carbone sous des formes moléculaires très stables, appelées inertinite et semi-inertinite, qui font partie du cycle naturel du carbone organique et existent dans le sol et le sous-sol. Des recherches récentes ont montré que la teneur en inertinite des biochars peut dépasser 95% (base sèche hors cendres), un indicateur prouvant la permanence du carbone et sa résistance à la dégradation microbienne.
Matières Premières pour la Production de Biochar
Le biochar est produit à partir de biomasse résiduelle et de déchets organiques ligneux, comme certaines biomasses agricoles (résidus de culture et sous-produits non utilisés), les résidus de bois et de foresterie, et un large éventail de déchets organiques ligneux provenant de l'industrie agro-alimentaire (coques, bagasse de canne à sucre, coquilles de noix, noyaux de fruits, cosses…). En synthèse, toute biomasse résiduelle qui ne présente aucun intérêt commercial et technique pour la méthanisation ou le compostage peut être appropriée pour la production de biochar. Le biochar est produit de préférence en utilisant de la biomasse locale.
Usine de Production Industrielle de Biochar à Port-Cartier
SUEZ, en partenariat avec Airex Énergie et le Groupe Rémabec, a construit la première usine industrielle de production de biochar à Port-Cartier, au Canada. Propriété de Carbonity, une coentreprise avec ces deux partenaires, l'usine produit du biochar depuis le début de l'année 2025. Cette usine utilise la biomasse résiduelle des activités de scierie du Groupe Rémabec, dont la décomposition naturelle serait responsable d’émissions de GES en l’absence de transformation en biochar.
Impact Environnemental du Biochar
Le biochar joue un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique. Lors de leur croissance, les plantes extraient le CO2 de l'atmosphère grâce à la photosynthèse. Lorsque la biomasse se décompose naturellement en fin de vie ou est brûlée, le carbone est rejeté dans l'atmosphère sous forme de gaz à effet de serre, comme le dioxyde de carbone (CO2) ou le méthane (CH4). Au contraire, la pyrolyse de la matière organique concentre le carbone à l'intérieur d'une fraction solide, appelée biochar, qui peut ensuite être séquestrée durablement. Une tonne de biochar peut extraire de l’atmosphère, de manière pérenne, entre 2,5 et 3 tonnes nettes de CO2eq. Pour les entreprises et collectivités qui ont déjà drastiquement réduit leurs émissions de GES, le biochar est une excellente solution pour compenser les émissions résiduelles et atteindre la neutralité carbone.
Applications Polyvalentes du Biochar

Le biochar peut offrir un large éventail de propriétés, qui sont ajustables en fonction des paramètres de production. Il peut ainsi être utilisé pour diverses applications, qui garantissent toutes la séquestration du carbone qui a été préalablement stabilisé par pyrolyse.
- Amendement de sol : Le biochar est majoritairement utilisé dans les sols agricoles. Doté d’une grande surface spécifique, de micropores abondants et de groupes fonctionnels de surface, le biochar a des propriétés de rétention d'eau et de fertilisants. Il permet d'améliorer la rétention d'eau, la diversité microbiotique et la disponibilité des nutriments, d'alléger le sol et, en combinaison avec des engrais, d'augmenter le rendement des cultures et la résistance naturelle des plantes.
- Additif au compost ou au fumier liquide : Le biochar peut également être utilisé comme additif au compost ou au fumier liquide, améliorant la qualité du compost et réduisant les pertes d'azote.
- Substitution de matériaux : Le biochar a également prouvé ses qualités dans d'autres secteurs. En se substituant à des matériaux à forte empreinte carbone ou non durables, il permet d’éviter les émissions de GES associées à ces matériaux (par exemple, en remplaçant la tourbe par le biochar).
- Matériaux de construction : Il contribue également à améliorer l'empreinte carbone directe (scopes 1 et 2) et les propriétés spécifiques de certains matériaux de construction tels que le béton, l'asphalte ou le gypse.
Lorsqu'il est produit et utilisé correctement, le biochar est sans danger. Du fait de ses nombreux avantages, les fournisseurs de technologie ont considérablement investi au cours des dernières années, et la technologie de production de biochar, appelée pyrolyse, est aujourd’hui mature.
Valorisation des Déchets Organiques par Compostage et Méthanisation
Au-delà du biochar, le compostage et la méthanisation sont d'autres voies essentielles pour la valorisation des déchets organiques et la production d'amendements ou d'énergie renouvelable. Ces méthodes contribuent activement à l'économie circulaire et à la réduction de notre dépendance aux intrants fossiles.
Pourquoi Valoriser les Déchets Organiques et les Biodéchets ?
Les usagers se mobilisent de façon croissante autour de la réduction des déchets et du réchauffement climatique. Les déchets organiques (biodéchets, boues, tonte de pelouse…), riches en matière organique et en fertilisants, ont un réel intérêt agronomique et n’ont plus leur place en incinération. Le compost, excellent fertilisant, riche en azote et phosphore, réduit notre dépendance aux engrais chimiques fossiles et issus de mines. Les déchets alimentaires sont constitués à 70% d’eau ; leur traitement en incinération ou en enfouissement n’est pas une solution durable. Le tri et la valorisation des biodéchets résonnent positivement auprès des usagers en France, qui se mobilisent de façon croissante autour de la réduction des déchets et plus globalement des problématiques environnementales.

63% des Français ont entendu parler de l’entrée en vigueur du tri des biodéchets pour les usagers. La notoriété de cette mesure est très clivée selon la catégorie d’âge : seuls 46% des moins de 25 ans en ont entendu parler contre 75% des 65 ans et plus. 56% des Français ont déjà expérimenté le recyclage des biodéchets (37% le font systématiquement), 23% pourraient le faire au 1er janvier tandis que 21% y sont réfractaires. C’est en région parisienne (28%), en Région Sud-PACA (28%) et chez les habitants en appartement (31%) que l’on trouve la plus forte résistance au tri des biodéchets.
Le Compostage : Un Amendement Organique Naturel
Le compostage est un processus de décomposition aérobie des matières organiques, permettant d'obtenir un amendement organique de qualité.
Processus de Compostage
Pour composter, il est nécessaire de disposer à la fois de matières organiques à dégrader (biodéchets, boues, tonte de pelouse…) et d’un support carboné pour que les micro-organismes à l’origine de cette fermentation se fixent (bois, refus…).
- Préparation des produits : Cette étape vise au dosage et au mélange des matières pour obtenir les conditions optimales au démarrage de la fermentation.
- Fermentation : Elle garantit une montée en température suffisante grâce au rôle des bactéries. En se nourrissant, elles décomposent les matières organiques et provoquent de la chaleur qui détruit les micro-organismes indésirables pour hygiéniser le produit. Grâce à des capteurs, la température est contrôlée et doit monter à 55°C pendant au moins 3 jours successifs, à l’issue de quoi l’andain (tas de déchets organiques) est retourné. Cette opération, renouvelée 3 fois, garantit une bonne hygiénisation.
- Maturation : Au cours de cette phase, les bactéries poursuivent leur activité pour stabiliser le compost.
- Criblage : Le criblage consiste à séparer les éléments fins (le compost) des éléments grossiers pour disposer d’un produit adapté aux besoins des agriculteurs.
- Stockage et analyse : Le stockage du compost permet d’entreposer celui-ci pendant les délais d’analyses. Un échantillon de chaque lot de compost stocké est analysé afin de s’assurer de sa conformité réglementaire et de sa qualité agronomique (nutriments nécessaires au sol).
Les sites de compostage exploités par des entreprises comme SUEZ sont des Installations Classées soumises à une réglementation stricte, notamment pour les sous-produits animaux (SPA3). Ils sont contrôlés régulièrement par les services de l’état. La réglementation SPA (Sous-Produits Animaux) est quant à elle axée sur des notions de traçabilité, de non-recontamination et d’hygiénisation. Avant d’envisager le traitement des boues ou d’un co-produit, le producteur du déchet est tenu de fournir une analyse initiale complète selon les paramètres de l’arrêté du 08/01/1998. Si le déchet est conforme aux seuils d’acceptabilité donnés dans le modèle de FID ou DAP, un Certificat d’Acceptation Préalable (CAP) est délivré, permettant le traitement sur le site. À la livraison, a lieu un premier contrôle visuel pour s’assurer que le chargement correspond bien au déchet analysé et déclaré. Afin d’assurer la traçabilité des intrants, les données issues de la réception et du pont bascule sont informatisées sur un logiciel de traçabilité. Une procédure rigoureuse de gestion par lots est appliquée en vue de garantir la qualité des composts et la traçabilité des produits traités, notamment la microbiologie pour les aspects sanitaires. Le compost produit adopte alors son état définitif : un amendement organique de qualité. Il est souvent classifié NF U 44-051, un compost dit « compost vert » contenant des déchets verts, des déchets agricoles et des déchets alimentaires.
Intérêts agronomiques du Compost
Dans le contexte actuel d’appauvrissement des sols, il existe un réel besoin d'amendements organiques naturels que les composts de déchets organiques, dont les biodéchets, peuvent en partie combler. Ces amendements naturels ont une forte capacité à prévenir l’érosion des sols et à limiter le ruissellement par temps de pluie (les apports de compost multiplient par quatre la capacité de rétention en eau des sols). La séquestration du carbone dans les sols permet la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’INRA participe à l’initiative « 4 pour 1000 », afin d’augmenter les stocks de matière organique des sols de 4 pour 1000 par an, une telle augmentation permettrait de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète.
Différence entre Compost et Biochar
Le biochar et le compost n'ont pas les mêmes propriétés dans un sol. L'utilisation des deux produits est utile pour améliorer la santé des sols et les rendements des cultures. En bref, le compost fournit aux sols des nutriments et du carbone dégradable, tandis que les propriétés d’éponge du biochar aident à retenir l'eau et les nutriments, ainsi qu'à développer la vie microbiotique du sol. L'utilisation d'un mélange de compost et de biochar offre une solution très pertinente et durable pour améliorer les sols. De plus, la production de compost rejette naturellement dans l'atmosphère des GES.
Exemples de Projets de Compostage
Dès 2023, la Communauté d'Agglomération des Deux Baies en Montreuillois dans le Pas-de-Calais, s’est lancée dans la collecte des biodéchets des professionnels dont le tri est obligatoire depuis le 1er janvier 2024. Prestation confiée à SUEZ grâce à ses conseils, à son expertise et à la proximité de son site de compostage. Une collecte en mélange des biodéchets et des coquilles de St Jacques est même à l’étude. La Métropole d’Aix-Marseille-Provence n’a pas attendu janvier 2024 pour familiariser ses habitants à la collecte séparative des restes alimentaires. Dès 2022, l’expérimentation débute, chaque foyer est doté d’un bio-seau pour trier ses déchets organiques. Charge à chacun de vider son bio-seau dans une borne d’apport volontaire.
La Méthanisation : Production de Biogaz et Digestat
La méthanisation est un processus de transformation des matières organiques en méthane (biogaz) par fermentation en l'absence d'oxygène (digestion anaérobie).
Processus de Méthanisation
- Matières premières : On utilise des matières organiques comme les déchets agricoles (fumier, lisier), les déchets alimentaires, les déchets verts, les boues d'épuration.
- Digestion anaérobie : Ces matières sont placées dans un digesteur, un environnement sans oxygène. Sous l'action de bactéries, elles fermentent et se décomposent.
- Production de biogaz : Cette décomposition produit du biogaz, composé principalement de méthane (un gaz à effet de serre puissant mais qui peut remplacer le gaz naturel) et de dioxyde de carbone.
- Valorisation du biogaz : Le biogaz peut être utilisé pour produire de l'électricité, de la chaleur ou du biométhane (après épuration), qui peut être injecté dans le réseau de gaz naturel.
- Digestat : À la fin du processus, on obtient un digestat, un résidu riche en nutriments qui peut être utilisé comme engrais agricole.
Exemple de Projet de Méthanisation : Méthamaine
L’unité de méthanisation Méthamaine est située à Meslay-du-Maine dans le département de la Mayenne. Elle est gérée par onze exploitations agricoles et une société de collecte de fumier de cheval, toutes localisées dans un rayon de dix kilomètres. Le projet est né d’une réflexion de Benoît Dutertre, négociant dans le domaine des chevaux de course, qui cherchait à solutionner la difficulté croissante à valoriser le fumier de cheval. Avec l’idée de produire du gaz vert, Benoît Dutertre a cherché à s’associer à des agriculteurs, non pas pour compléter des volumes de fumier équins très abondants, mais plutôt pour compléter une ration équilibrée.
La consultation des constructeurs a permis d’isoler trois offres abouties, et c’est Naskeo qui a été retenu notamment pour sa technologie de cuve Ergenium® qui piège les corps étrangers en début de circuit et permet de gérer facilement l’incorporation solide et liquide. L’investissement s’élève à 5,1 M€, porté à 30 % par les fonds propres des actionnaires et à 70 % par l’emprunt. Avec un tarif de vente du gaz négocié auprès d’Engie à 125,59 €/MWh PCS, prime aux intrants comprise, plus une prime dégressive de 2,5 €/MWh, les recettes sont de 1,15 M€/an. Le terrain qui héberge la SAS fait deux hectares et a été vendu par la Communauté de Communes. Le gisement mobilisé annuellement est de 21 100 tonnes dont 80 % apporté par les actionnaires. Les ensilages sont là pour pallier au déficit de fumier laitier l’été. Le fumier équin est collecté une fois par semaine dans un rayon maximum de 50 km, la condition de son acquisition étant un débarrassage sans frais pour le producteur.
Le processus total de digestion dure 70 jours mais se caractérise plus particulièrement par la partie préparation des matières, ici très importante étant donné la nature très fibreuse des intrants. Les solides arrivent dans l’Ergenium® depuis une trémie à fond poussant équipée d’une vis escargot en inox avec couteaux, permettant une première étape de hachage des fibres et de décompacter de la matière. Après passage dans ce Multimix Fliegl, la longueur des fibres passe de 70 à moins de 30 cm. La fosse joue également le rôle de piège à indésirables (pierres, cailloux, graviers, métaux, ficelles) via une zone de décantation en fond de cuve. Elle permet enfin d’augmenter l’autonomie d’alimentation du site en complément de l’autonomie de la trémie d’incorporation. Cet avantage a permis de gérer une contrainte liée au foisonnement important des fumiers pailleux utilisés. Prévue à 90 m³ pour une ration de 50 tonnes par jour, avec le foisonnement et la faible densité des fumiers pailleux, particulièrement les équins, les exploitants sont contraints à charger la trémie trois fois tous les deux jours. Ensuite, en sortie de la fosse de préparation, une pompe pousse le produit dans un broyeur qui affine les fibres entre 50 et 60 mm, avant d’envoyer le mélange vers le digesteur. Pour la recirculation des jus, la gestion multiflux mise en place par Naskeo, via le système de pompe centrale Ring, évite la multiplication des pompes et permet de réduire les interventions de maintenance. La capacité de cette installation à traiter une ration à forte teneur en matière sèche est rendue possible grâce à une séparation poussée du digestat en fin de digestion. Le digestat subit une première étape de séparation par presse à vis puis une seconde par centrifugeuse.
La construction et la mise en service ont été assurées par les équipes de Naskeo et de sa filiale maintenance Sycomore. Ensuite, elle a réalisé l’ensemble des tests à froid durant deux semaines, avant de conduire durant six mois les tests à chaud avec toute la montée en charge de la centrale jusqu’à l’atteinte des performances. À partir de là, des tests sur deux semaines ont validé les performances. Le travail de conduite des installations est assuré par un salarié à temps plein, épaulé durant la première année par un CDD à mi-temps. À terme, les exploitants estiment la charge de travail à 1,25 ETP hors transports. À côté de ce salariat, deux associés, Benoît Dutertre et Yves Lancelin, sont indemnisés pour assurer la gestion, le suivi, la coordination et une partie des astreintes. La SAS a souscrit un contrat de 27 mois avec Sycomore pour le suivi technique et biologique. Signalons que le premier curage de la zone de décantation de l’Ergenium® a eu lieu en avril 2020. Treize tonnes de sable et de pierres ont été sorties à la pelle mécanique et au Bobcat® après avoir pompé tout le liquide.
La purification du biogaz est réalisée par filtration membranaire dont la maintenance est assurée par Prodeval. Le débit contractuel d’injection est de 115 Nm³ de biométhane par heure en moyenne sur l’année. La difficulté de l’injection dans une zone « faiblement peuplée » est la capacité du réseau local à absorber la production en permanence. À Meslay, le seul gros consommateur est la laiterie Perrault, sauf que son besoin, qui peut monter à 300 m³/h, est irrégulier. Toute la difficulté réside donc dans la gestion heure par heure de l’injection, avec nécessité de stocker la nuit et les week-ends pour injecter plus que la production les jours de semaine. Cette capacité de stockage est assurée par les deux ciels gazeux dont la capacité totale est de 3 600 m³.
Avec ses 21 100 tonnes d’intrants, l’unité de méthanisation génère 19 000 tonnes de digestat dont 80 % liquide. Le plan d’épandage est réalisé sur 1 500 ha, treize exploitations et quinze communes. La teneur agronomique du digestat liquide est de 4,2 kg N/tonne, 2 kg P2O5/tonne et 5,2 kg K2O/tonne. Les épandages sont réalisés par une CUMA ou une ETA et facturés aux exploitants. Le digestat liquide est épandu par tonne à lisier à pendillards et à enfouisseurs, ce qui permet de réaliser un épandage sans perte. Le digestat solide est épandu avec un équipement à hérissons verticaux permettant une bonne répartition.
Début 2020, le CFPPA Agri Campus de Laval a annoncé la mise en place d’une formation d’un an pour devenir Responsable d’unité de méthanisation agricole, une formation dont la première promotion débutera en septembre 2020. Cette mise à disposition du site pour réaliser des opérations de suivi, de contrôle et de maintenance de premier niveau d’une unité de méthanisation en fonctionnement est une opportunité pour le CFPPA.
Visite d’une unité de méthanisation à Argentan (61)Episode 5/6 Epuration et injection dans le réseau
L'Engagement des Fournisseurs de Services : SUEZ et Bicy
La transition vers une économie circulaire durable exige l'implication de nombreux acteurs, dont les fournisseurs de services spécialisés dans la collecte et la valorisation des biodéchets. SUEZ et Bicy illustrent cette mobilisation.
SUEZ : Expertise en Gestion des Déchets Organiques
SUEZ est un acteur majeur dans la gestion et la valorisation des déchets organiques. L'entreprise accompagne les collectivités et les professionnels dans la mise en œuvre de solutions durables. La prestation confiée à SUEZ par la Communauté d'Agglomération des Deux Baies en Montreuillois pour la collecte des biodéchets des professionnels en est un exemple concret, soulignant l'expertise de SUEZ et la proximité de ses sites de compostage. Terrial, une entité de SUEZ, organise la livraison des composts et assure l’accompagnement agronomique des clients. Terrial précise à l’utilisateur du compost les caractéristiques du produit qui lui est livré et accompagne chaque livraison d’un formulaire correspondant au lot de produit et les prescriptions d’utilisation.
Bicy : Solutions Clés en Main pour la Collecte et la Valorisation des Biodéchets
Bicy est un spécialiste en Nouvelle-Aquitaine qui propose un service clé en main de collecte et de valorisation des biodéchets en véhicules 100% électriques. L'entreprise accompagne les entreprises privées et les collectivités vers une économie circulaire durable en conformité avec la loi AGEC relative au tri des déchets alimentaires.
Le Processus Bicy
- Tri : Les biodéchets (restes de repas, épluchures, marc de café…) sont triés dans les contenants Bicy.
- Collecte : Les contenants sont collectés par les BicyCollecteurs, en véhicules 100% électriques, minimisant l'impact CO2 des collectes.
- Stockage temporaire : Les contenants sont stockés sur une zone de transfert à moins de 100 km des zones de collectes.
- Transfert : Les biodéchets sont vidés dans une benne spécifique, avant le transfert vers un exutoire à moins de 150 km.
- Valorisation : À l'exutoire, les biodéchets sont valorisés en compost ou en méthanisation avec les partenaires locaux de Bicy.
- Utilisation : Le compost généré permet d'alimenter les maraîchers locaux. Le biogaz produit par méthanisation est injecté dans les circuits d'alimentation.
Bicy propose des solutions adaptées à tout type de collecte : en porte-à-porte ou en bornes d'apport volontaire. Plus de 450 entreprises privées font confiance à Bicy pour la valorisation de leurs biodéchets, ainsi que différentes collectivités pour optimiser et gérer la collecte des bornes d'apport volontaires des citoyens de métropoles et communautés de communes.
Intérêt de Faire Appel à Bicy
Faire appel à Bicy, c’est rendre son établissement plus éco-responsable au quotidien, et en conformité avec la loi AGEC. Au-delà de son service de collecte et de valorisation, Bicy met également un point d’honneur à accompagner ses clients dans leur démarche de tri des déchets, offrant des ateliers de sensibilisation pour les équipes. Le tri des biodéchets permet de réduire l'impact environnemental en évitant la production de méthane en décharge, de créer des ressources (compost, biogaz), de respecter la loi et d'anticiper les obligations, de faire des économies (moins de taxes d’enlèvement), de faciliter le travail des équipes en supprimant les nuisances des poubelles (odeurs et animaux), et d'améliorer son image en affichant un engagement RSE.
Le service Bicy s’adresse à tous les professionnels : hôtels, restaurants, crèches, épiceries, bureaux d’entreprises, ainsi qu'aux collectivités pour le déploiement du tri des biodéchets.
Enjeux et Défis de la Gestion des Déchets Organiques
Malgré les avancées significatives en matière de valorisation des déchets organiques, certains défis et préoccupations persistent, notamment en ce qui concerne la logistique, la sécurité des infrastructures et l'information du public.
Les Enjeux du Transport des Déchets
Le transport des déchets est une problématique majeure. La multiplication du passage des poids-lourds soulève des questions sur l'empreinte carbone des camions bennes voire des semi-remorques de plus de 30 T qui transitent sur les routes de campagne. La commission européenne est-elle d’accord pour que tant de kilomètres soient parcourus de telle ou telle commune livrant ses tonnages vers de futurs centres de tri ? Où sont les économies en termes de réduction de CO² ? La politique de valorisation des déchets doit viser à renforcer correctement la compétitivité des filières de collecte et de recyclage des emballages ménagers et des papiers. Les élus de la Région Nouvelle Aquitaine, soucieux de leur programme de développement de l’économie circulaire, sont-ils en accord avec ces distances de long kilométrage dans le cadre de demandes potentielles de subventions concernant les « Aides au conseil, à l’investissement en faveur du recyclage et du réemploi des Déchets, aux actions collectives, à l’aide en faveur de la création de nouvelles activités » ?
L'ADEME, à travers son étude « Transport et logistique des déchets », insiste sur l’impact environnemental du transport et de la logistique des déchets. Joëlle KERGREIS, directrice-adjointe à la direction exécutive des programmes de l’ADEME, indique : « Nous souhaitons que les progrès obtenus dans les filières de gestion des déchets s’accompagnent de transports également optimisés. Nous sommes vigilants à conserver un regard croisé sur les problématiques environnementales, afin que les bénéfices d’une action ne soient pas entachés d’effets néfastes par ailleurs… ». Le transport routier terrestre des bennes à ordures ménagères (BOM) représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées dans le domaine de la gestion des déchets. Ces émissions sont produites principalement pendant la phase collecte et participent également aux rejets de polluants dans l’air en termes d’oxydes d’azote, d’oxydes de soufre et de particules fines.

Risques Liés aux Incendies dans les Centres de Tri
Les départs de feu peuvent se produire lors de la mise en balles des emballages aluminiums dans les centres de tri. Ces incidents découlent vraisemblablement des résidus de gaz présents dans les générateurs d’aérosols. Ces emballages, qui sont tout à fait recyclables, représentent aujourd’hui 20% de l’aluminium trié par les habitants. Les populations réunies autour de collectifs s'inquiètent de ces risques, d'autant plus que les incendies ont représenté une calamité pour les finances publiques en termes d’intervention des pompiers, de risques encourus pour la santé des riverains et des animaux proches de ces centres de tri de plus en plus gros, qui engendrent la peur au quotidien.
Plusieurs incidents ont été recensés, comme l'incendie du centre de tri de déchets de Bénesse-Maremne (Landes) le 28/05/2020, celui du centre de tri à Istres le 04/07/2020 où une partie d'un hangar de 20 000 m² a brûlé, ou encore le violent incendie dans la zone industrielle de Milhaud (Gard) le 14/08/2020 où 20 000 m³ de déchets de démolition ont pris feu. Le 21/09/2020, un incendie spectaculaire a ravagé un bâtiment d’une entreprise spécialisée dans le recyclage et la valorisation des déchets industriels où étaient stockés des matériaux composés de papier, de plastique, de bois. Ces événements soulignent la nécessité de moderniser et d'industrialiser les centres de tri pour garantir leur sécurité et leur performance.
Transparence et Information du Public
Des questions se posent régulièrement sur la transparence des informations concernant les projets de centres de tri et la communication avec les populations locales. Par exemple, des interrogations ont été soulevées quant à l'information des habitants de Saint-Denis-de-Pile sur un projet de centre de tri de plus de 35 000 T, surtout dans un contexte défavorable d'inondations et de risques environnementaux. La question de la qualité des eaux de ruissellement et de la protection des animaux alentour a également été soulevée. Il est primordial que les entités responsables de ces projets communiquent de manière proactive et transparente avec les citoyens, conformément aux articles L 300-1 et suivants du Code des relations entre le public et l’administration relatifs à la liberté d’accès aux documents administratifs, et aux informations relatives à l’environnement au titre de l’article L. 124-1 et suivants du Code de l’environnement. Cela inclut la mise à disposition des délibérations du conseil d'administration et des informations financières.
La gestion des déchets organiques est un enjeu complexe qui nécessite une approche intégrée, combinant des technologies innovantes comme le biochar, des méthodes éprouvées comme le compostage et la méthanisation, et un engagement fort envers la transparence et la protection de l'environnement.
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