Guide complet sur la culture des arbres fruitiers : pollinisation, alternance et entretien

La réussite d'un verger, qu'il soit petit ou grand, repose sur une compréhension fine des besoins physiologiques des arbres fruitiers. Le climat de votre région et la nature de votre sol sont des paramètres importants dans le choix d’un arbre fruitier, mais il en existe d’autres. Choisir un arbre fruitier en fonction de son utilisation est la première étape. La plupart du temps, on plante un arbre fruitier pour récolter des fruits. Selon les variétés, la productivité peut varier, les fruits peuvent être plus ou moins juteux, fondants, parfumés, sucrés… Il vaut donc la peine de s’y intéresser de près.

Schéma illustrant les différentes formes de conduite d'un arbre fruitier dans un jardin

Les enjeux de la pollinisation : pourquoi planter deux variétés ?

La question de la pollinisation est centrale pour garantir une récolte régulière. Et, bien entendu, si l’arbre choisi n’est pas autofertile et si aucun arbre pollinisateur compatible n’existe dans le voisinage, il faudra planter deux arbres de variétés compatibles.

Le mécanisme de l'autostérilité

Il faut 2 variétés différentes de pommier pour assurer une bonne production de fruits. La plupart ont bien des organes mâles et femelles dans leurs fleurs, mais sont «autostériles», c’est-à-dire que leur pollen ne peut pas féconder les fleurs du même cultivar. Ainsi, ils ont besoin d’un autre pollinisateur pour produire des fruits. Par exemple, le pollen d’un pommier ‘Liberty’ ne peut pas féconder les fleurs du même arbre ou de tout autre ‘Liberty’. Par contre, le pollen de ‘Novamac’, de ‘Priscilla’, de ‘Macfree’, etc. peut polliniser un ‘Liberty’.

Soulignons qu’il faut que le pollen vienne quand même d’une plante du même type. Tous les pommiers cultivés (Malus domestica) sont très proches parents et peuvent donc se polliniser. Il faut un autre poirier pour polliniser un poirier. Par contre, même si les poiriers (Pyrus spp.) sont assez proches parents des pommiers, leur pollen ne peut pas féconder les fleurs d’un pommier et vice-versa. Toutefois, comme les pommiers, la plupart des poiriers (Pyrus communis) doivent être pollinisés par tout autre poirier.

Infographie comparant les fleurs autofertiles et les fleurs nécessitant une pollinisation croisée

Les nuances de la compatibilité

Chez les différents pruniers, les fruits peuvent se ressembler, mais les fleurs ne sont pas toujours compatibles. Dans le cas des pruniers, par exemple, il y a trois types principaux utilisés dans nos jardins : les pruniers européens (Prunus domestica) peuvent polliniser les autres européens, les japonais (P. salicina) les autres japonais et les pruniers américains (P. americana). C’est un peu plus simple chez les cerisiers: les cerisiers sucrés (Prunus avium) pollinisent les sucrés, les cerisiers acides (P. cerasus) pollinisent les acides.

Complexe, non ? Pour certains fruitiers, la pollinisation croisée n’est pas obligatoire : les cerisiers acides (Prunus cerasus) et les pruniers européens (P. domestica) sont autofertiles (leur pollen peut les polliniser) et il n’est donc pas nécessaire d’avoir deux arbres différents pour avoir une bonne récolte.

On trouve dans plusieurs catégories de fruitiers normalement autostériles certains cultivars qui sont «partiellement autofertiles», c’est-à-dire qu’ils peuvent s’autopolliniser. C’est le cas de la plupart des cultivars de poirier asiatique (Pyrus serotina), du populaire poirier commun ‘Beauté Flamande’, du pommier ‘Golden Delicious’, etc. Avant de crier victoire, toutefois, sachez que la production est alors souvent décevante. Oui, il y a une certaine fécondation, mais pas autant que s’il y avait eu un autre cultivar compatible dans les environs. Pour les bleuetiers, on recommande même de planter 3 variétés compatibles pour mieux assurer la pollinisation ! Quant aux bleuetiers (Vaccinium angustifolium et V. corymbosum), appelés myrtilliers en Europe, ils sont généralement partiellement autofertiles. Certaines variétés sont plus fiablement autofertiles que d’autres… mais tous les bleuetiers produisent néanmoins plus quand il y a une pollinisation croisée.

Quand vous décidez de planter un fruitier qui est autostérile, il faut logiquement planter 2 cultivars différents. Une façon d’assurer une pollinisation croisée est de greffer deux variétés sur le même arbre !

  1. Pendant la floraison, coupez une branche d’une variété compatible (encore faut-il avoir un ami qui en cultive une) et placez-la dans un vase d’eau au pied de votre arbre.
  2. Greffez la branche d’une variété compatible sur votre arbre.

Le phénomène d’alternance : comprendre la fluctuation des récoltes

Les arbres fruitiers tels que pommiers, poiriers, oliviers et citrus donnent généralement une belle récolte une année sur deux : c'est ce qu'on appelle l'alternance. L'alternance : une belle récolte une année sur deux. Certains arbres fruitiers sont sujets à l'alternance : ils donnent des fruits en abondance seulement une année sur deux. Une année, la récolte est belle, l'année suivante, les fruits sont plus rares… Les fruitiers à pépins sont les plus concernés (pommiers, poiriers), mais le phénomène s'observe aussi chez les pruniers, les oliviers, les agrumes, et, sous d'autres latitudes, les avocatiers et les manguiers.

Au coeur des organes : Le cycle ovarien

Origine physiologique de l'alternance

En cause : la formation des bourgeons floraux l'année d'avant. Ce phénomène d'alternance est indépendant des conditions climatiques printanières lors de l'année en question : ainsi, ce n'est pas parce que le printemps aura été doux, sans gelées tardives (qui peuvent détruire la floraison), et avec un temps sec au moment de la floraison (favorable à une bonne pollinisation), que la récolte sera forcément bonne… L'alternance, et en pratique, la variation du nombre de fruits d'une année sur l'autre, est liée au nombre de fleurs qui s'épanouissent au printemps : les années de maigre récolte, la floraison a été faible ; les années de grosse récolte sont quant à elles très florifères. On parle de "fluctuation interannuelle du nombre de fleurs".

C'est au cours de la fin du printemps et de l'été de l'année précédente que se différencient les méristèmes qui donneront soit des bourgeons floraux, soit des bourgeons végétatifs. Tout se joue donc lors de l'été précédent.

Facteurs limitants et régulation

Ce phénomène d'alternance, resté longtemps mystérieux, semble principalement causé par deux facteurs : au moment de la formation des ébauches de boutons floraux, c'est-à-dire pendant l'été, les futures fleurs sont en concurrence avec les jeunes fruits qui sont en train de grossir sur l'arbre, et le partage des éléments nutritifs disponibles ne se fait pas de manière équitable, au profit des fruits. En effet, les fruits ont davantage de capacités à attirer la sève à eux, car ce sont des organes plus gros. Les ébauches de bourgeons floraux, défavorisées, ne peuvent donc pas se développer en nombre lorsque l'arbre porte beaucoup de fruits. L'année suivante, les fleurs seront rares, et la récolte faible.

Les graines des fruits en cours de développement (les pépins des poiriers et pommiers, notamment), produisent des hormones, les gibbérellines, qui semblent inhiber la formation des bourgeons floraux : plus les fruits sont nombreux sur l'arbre, plus cette hormone est abondante, et moins les futures fleurs peuvent se développer pour la floraison de l'année suivante.

Pour limiter le phénomène d'alternance, deux solutions :

  • Pratiquer l'éclaircissage : en réduisant le nombre de fruits sur l'arbre lors des années de floraison importante et de grosse récolte, on limite l'effet inhibiteur des fruits sur la formation des futures fleurs de l'année suivante. On peut ainsi régulariser la productivité de l'arbre année après année.
  • Opter pour des variétés moins sujettes à l'alternance : certaines variétés de pommiers et de poiriers offrent naturellement une production plus régulière (par exemple, chez les pommes, 'Cox's Orange', 'Starkrimson', 'Reine des Reinettes' et 'Belle de Boskoop', sont sujettes à l'alternance ; chez les poires, 'Louise Bonne d'Avranches', 'Doyenné du Comice' et 'Général Leclerc' également).

Les gibbérellines, ces hormones qui peuvent inhiber la formation des bourgeons floraux, existent en fait sous plusieurs formes. Selon la forme de l'hormone et la période à laquelle elle est présente dans la sève, l'action sur les bourgeons floraux est différente : elle peut être inhibitrice ou, au contraire, activatrice.

Gestion de l'espace et santé de l'arbre

La réussite d'un verger ne dépend pas seulement de la biologie de l'arbre, mais aussi de l'aménagement spatial. Si la proximité favorise la pollinisation, elle facilite également la transmission des maladies cryptogamiques et bactériennes. Les spores de champignons responsables de la tavelure, de l’oïdium ou de la moniliose se propagent aisément d’un arbre à l’autre lorsque les frondaisons se touchent ou sont très proches. Les éclaboussures d’eau de pluie, porteuses de pathogènes, contaminent rapidement les arbres voisins.

Diagramme montrant l'espacement optimal entre les arbres fruitiers pour éviter la propagation des maladies

Densité et circulation d'air

Cette concentration d’hôtes sensibles crée un environnement propice aux épidémies. Pour limiter ce risque, il est indispensable de maintenir une bonne circulation d’air entre les palmettes en respectant un espacement minimal d’environ 3 à 4 mètres selon la vigueur des porte-greffes. Une taille rigoureuse, des traitements préventifs raisonnés (bouillies cuivrées, soufre) et une surveillance régulière permettent de contenir la pression sanitaire.

La distance minimale entre deux arbres fruitiers varie selon le type d’arbre que vous choisissez de planter. En effet, pour des arbres compacts, comme les pommiers nains ou les poiriers, un espacement de 3 à 4 mètres suffit. Ce type d’arbre se développe bien même avec moins de place, tout en produisant une récolte de qualité. Pourquoi cette différence ? Et bien car plus un arbre est grand, plus ses racines se propagent largement ! Ce qui nécessite un espace suffisant pour éviter la concurrence entre les racines des arbres voisins. De plus, une distance correcte permet une meilleure circulation de l’air et de la lumière, et réduit ainsi les risques de maladies fongiques.

Stratégie de plantation et disposition

Disposer les arbres fruitiers dans un verger demande une certaine stratégie. Non seulement il est important de respecter une distance adéquate entre les arbres, mais également de prendre en compte les orientations et les zones d'ombre. La disposition idéale dépend du climat et du type d’arbre fruitier. Si l’objectif est de créer un verger décoratif tout en assurant une récolte abondante, la disposition en quinconce est généralement la plus favorable. Elle permet une meilleure accessibilité et offre aux arbres la possibilité de se développer harmonieusement.

Le choix des arbres fruitiers à planter ensemble dans un jardin dépend de plusieurs critères, notamment de la pollinisation croisée. Cela signifie que planter des arbres compatibles est essentiel pour optimiser la production. Une autre considération importante est l’exposition au soleil. Les arbres fruitiers qui nécessitent beaucoup de lumière, comme les abricotiers ou les pêchers, devraient être placés dans des zones ensoleillées.

La formation et l'entretien des arbres

Choisir la forme de votre arbre fruitier est déterminant. Les scions sont des arbrisseaux de 1 an, à former vous-même. Ils sont particulièrement économiques, mais leur formation demande un peu de doigté. Les autres arbres commercialisés ont déjà subi une taille de formation.

Voici les bases à connaître pour réussir la taille des fruitiers : 4 points-clés à maîtriser pour un arbre fruitier bien équilibré, en bonne santé et capable de produire de beaux fruits ! En général, on réalise les tailles d’entretien et de formation en hiver. Enfin, appliquez un mastic cicatrisant sur les plus grosses plaies de taille. 4- Contrôler régulièrement l’allure générale de l’arbre : la taille ne doit pas déséquilibrer votre arbre et doit lui conserver un bon port.

Certains arbres fruitiers peuvent être plantés, non pour leurs fruits, mais pour leur aspect décoratif. Leurs fruits sont insignifiants ou non comestibles, mais leur floraison printanière, dans les tons blancs ou roses, est un enchantement. On connaît les célèbres cerisiers du Japon ; il existe aussi des pruniers, des pommiers ou même des pêchers d’ornement. Certains offrent aussi de remarquables couleurs automnales.

Larry Hodgson, journaliste et blogueur horticole reconnu, soulignait souvent l'importance de démystifier le jardinage pour le rendre accessible à tous. Son travail continue d'inspirer les jardiniers, en leur rappelant que chaque arbre a ses exigences propres, que ce soit en matière d'espacement, de pollinisation ou de taille, pour offrir le meilleur de lui-même au fil des saisons.

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