Le fumier de cheval est une ressource précieuse et l'un des fertilisants les plus prisés pour enrichir le sol de votre jardin. Utilisé depuis longtemps, il est souvent considéré comme le fumier le plus utilisé dans nos potagers et le plus vendu en jardinerie. Il offre de nombreux nutriments et améliore considérablement la structure et la composition du sol, quelle que soit sa qualité initiale, qu'il soit argileux ou sablonneux.

Qu'est-ce que le Fumier de Cheval et Quels Sont Ses Composants ?
Le fumier de cheval est un mélange de déjections des chevaux (crottin et urine) et de litière végétale, généralement de la paille, mais parfois aussi du genêt, de la sciure, de l'ajonc ou de la fougère. En fonction du niveau de paille, de crottin ou d’urine, il peut être plus ou moins sec. Cette composition simple le rend riche en fibres grâce à la litière, mais il contient également de l'humus et des micro-organismes végétaux. Les minéraux, très importants dans le développement de la terre cultivée, y sont aussi présents en quantité significative.
Une distinction importante doit être faite : le crottin seul n'est pas du fumier. Ce sont juste des déjections, à ne jamais utiliser seules ; le compostage avec d'autres matériaux est alors impératif.
Un Matériau Équilibré pour le Sol
Le fumier de cheval est particulièrement intéressant pour la constitution d'un humus stable, le "Graal" du jardinier, car il est riche en matières ligneuses, carbonées (souvent plus de 50 % du total du fumier). Il contient de l’azote, de la potasse et d’autres éléments minéraux comme le calcium et le magnésium, ceci dans des proportions équilibrées, mais relativement faibles. Cette faible concentration en minéraux, notamment 0,6 % d'azote alors qu'un engrais chimique peut en contenir jusqu'à 33 %, est due à sa forte teneur en carbone. Ce carbone est essentiel pour améliorer la texture, la structure du sol, le rendre plus meuble, léger et poreux. Il sollicite également la vie biologique, qui se régale de manger et de décomposer ces molécules complexes carbonées pour les transformer à terme en minéraux essentiels.

Les Vertus du Fumier de Cheval sur la Structure du Sol
Grâce à sa texture différente et enrichie en paille, le fumier de cheval est intéressant pour donner de l'air à vos terres mais aussi pour amender les terres argileuses plus lourdes. Il peut aussi donner du corps aux terres sableuses, les rendant plus aptes à retenir l'eau et les nutriments. C'est pourquoi, dans la plupart des cas, il est choisi pour les parcelles argileuses et lourdes, qu'il contribue réellement à alléger.
Les Différentes Formes de Fumier de Cheval et Leurs Utilisations
Tous les fumiers de cheval ne se valent pas et leur efficacité dépend de leur état de décomposition et du moment où vous les utilisez.
1. Le Fumier Frais
Le fumier frais est le fumier directement sorti de l'écurie, non composté. Il est encore très actif, produit de la chaleur et dégage de l'ammoniac. Sa température peut vite monter sitôt qu'on met une couche épaisse de vingt centimètres, ce qui présente un risque de brûler les racines des cultures. Il pourra aussi contenir des résidus médicamenteux si les chevaux sont traités. Pour une utilisation de ce fumier frais, il est crucial qu'il provienne de chevaux non traités et non vermifugés. Un autre inconvénient est qu'il peut contenir des végétaux cellulosiques résultant de la digestion qui, s'il est immédiatement répandu, pourraient germer et porter atteinte à la semence.
Malgré ces précautions, l'utiliser frais a l'avantage de doper l'activité biologique du sol et, après environ un mois, le fumier de cheval pourra tout à fait être utilisé comme lit de culture pour certains légumes comme les tomates et les courges. Il ne faut par contre pas l'utiliser frais en cours de culture, lorsque les plants ont déjà poussé, car les éventuels agents pathogènes qui pourraient s'y trouver seraient encore actifs et pourraient contaminer votre production.
Jardin de Louis fumier de cheval (conservation et utilisation LC VIDEO
2. Le Fumier Demi-Mûr (composté 3 à 6 mois)
Ce fumier a déjà commencé à se transformer, mais reste encore un peu instable. Il dégage moins de chaleur, mais il faut quand même éviter de l'utiliser au contact direct des jeunes plants. Demi-mûr, il peut être épandu deux fois par an, au printemps et à l'automne, pour permettre à la terre de conserver sa fertilité.
3. Le Fumier Mûr (composté 6 à 12 mois)
C'est la forme la plus polyvalente. Il est bien décomposé, inodore, facile à manipuler et ne présente plus de risque pour les racines. Un fumier de cheval bien décomposé présente un NPK de 0,6 % d'azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium. Il ne fait courir aucun risque aux racines des jeunes végétaux qu'une forte quantité d'azote peut brûler, et les quantités de minéraux apportés au sol restent raisonnables. Les minéraux qu'il contient vont se libérer dans le sol sur une année, et deux années pour l'azote, permettant une fertilisation douce et prolongée.
4. Le Fumier Déshydraté (vendu en sac)
Ce type de fumier est séché, souvent compressé en granulés. Il est propre, pratique à stocker, mais plus cher. Son action est plus douce, car les micro-organismes doivent le réactiver avec l'humidité du sol. Dans ces sacs, il sera souvent complété d'engrais naturels, comme des algues marines par exemple, pour lui donner plus de richesses. Ainsi, avec un tel mélange, il suffira de cinq cents grammes au mètre carré plutôt que trois ou quatre kilos, ce qui le rend idéal pour tous ceux qui n'ont pas accès à du vrai fumier. Il peut être employé à tout moment et pour de nombreuses plantes potagères : pommes de terre, tomates, salades, petits fruits, etc.
Compostage du Fumier de Cheval : Une Étape Cruciale
Le compostage n'est pas une option, c'est la clé pour transformer un fumier brut en un amendement stable, sain et efficace. S'il est mal composté, un fumier de cheval perdra une grande partie de ses avantages. Le compostage est nécessaire pour éliminer les résidus médicamenteux et les éventuels agents pathogènes (bactéries ou autres), car la rapide montée en température et la présence d'oxygène vont les détruire. Il faut environ 6 mois pour composter correctement un fumier de cheval.
Les Règles d'un Compostage Efficace
Pour bien mener ce compostage, plusieurs choses sont importantes :
- Former un andain : L'idéal est de le monter en tas sur bien un mètre de hauteur et qu’il soit humide, comme une éponge essorée. Ne réalisez pas de tas trop hauts, dans lesquels le processus ne se passerait pas correctement.
- Contrôler l'humidité : Le compost doit être humide. Trop sec ? Arrosez. Trop mouillé ?
- Aérer : Il faudra ensuite le brasser, l'aérer tous les 15 jours, pour harmoniser sa décomposition et l'oxygéner. Voyez-le comme une recette de cuisine : un saladier dans lequel il faut mélanger tous les ingrédients pour obtenir un résultat remarquable.
- Protéger : Il faudra ensuite le recouvrir pour éviter toute déperdition d’azote par volatilisation due à la pluie, ou pire encore un lessivage des minéraux par excès de pluie si le tas n'est pas bâché.
- Mélanger : Le fumier de cheval est relativement pauvre en phosphore. Le mélanger avec des matériaux verts (plus riches en phosphore) sera une bonne chose, en l'incorporant à votre compost végétal ou en y ajoutant et mélangeant des tontes, du BRF ou autres déchets verts de tailles. Un fumier bien composté ne sent plus l'urine ni l'ammoniac. Il devient sombre, grumeleux, facile à manipuler à la main, sans morceaux reconnaissables de paille ou de crottin.

Comment et Quand Utiliser le Fumier de Cheval au Potager ?
Utiliser du fumier au potager, ce n'est pas juste l'épandre et espérer que cela fonctionne. La pratique la plus répandue est d'incorporer son fumier de cheval sur les premiers centimètres du sol, plus encore s'il est frais, toujours avec cette crainte de déperdition d'azote.
Période Idéale d'Épandage
C'est à l'automne qu'il est conseillé de réaliser cet épandage. Une fois le printemps venu, le gel et les pluies étant passées sur le fumier, aidées par les micro-organismes vivants dans le sol, le fumier sera parfait pour les plantes potagères. Les vers de terre et autres auxiliaires vont faire leur travail et l'incorporer progressivement dans le sol, en douceur et déjà décomposé. Vous le grifferez légèrement avant d'y faire vos plantations. Cette méthode permet de nourrir le sol et de l'enrichir, sans pour autant nuire à la vie indispensable qui s'y cache.
En fin d'hiver ou début de printemps, utilisez du compost mûr, bien décomposé. En été, le fumier composté peut servir de paillage nourrissant. Étalez une couche de 3 à 5 cm autour des tomates, courgettes ou poivrons. Évitez en revanche tout apport massif juste avant les semis de légumes racines à croissance rapide comme le radis ou les carottes, car un excès d'azote favoriserait le développement du feuillage au détriment de la partie comestible.
Dosage Recommandé
La dose à utiliser dépend surtout de l'état de décomposition du fumier et de la gourmandise de la culture.
- Fumier frais : Comptez 2 à 3 kg par m², soit environ 20 à 30 tonnes à l'hectare. Ce type de fumier ne doit jamais être utilisé juste avant une plantation.
- Fumier composté : Ici, la matière est déjà transformée. 1 à 2 kg par m² suffisent pour enrichir le sol avant les plantations de printemps. En entretien, l'épandage de fumier décomposé ne sera pas fait tous les ans. Vous pourrez apporter ce fumier tous les 2 ou 3 ans, à raison d'1 kg par m².
- Fumier déshydraté : Ce type de fumier est plus concentré. Il suffit souvent de 0,5 à 1 kg par m², ou quelques poignées autour de chaque plant. Pour les cultures en pots ou en bacs, le volume de terre étant limité, mieux vaut réduire les quantités. Une petite poignée mélangée au terreau, ou un surfaçage léger, est largement suffisant.

Techniques d'Application
- Sur les planches de culture : Le meilleur moyen pour bien intégrer le fumier dans le sol, c'est de ne pas l'intégrer ! Il convient en effet de l'étaler sur le sol et de le laisser se décomposer jusqu'au moment des plantations, environ 3 à 4 mois. Sa décomposition doit se faire en milieu aérobie, c'est-à-dire exposé à l'air. La couche de fumier de cheval doit être épaisse, et il est judicieux de couvrir cet amendement avec par exemple toutes les feuilles mortes ramassées dans votre jardin.
- Alternative printanière : Lorsqu'il est bien décomposé, cette matière organique peut tout à fait être apportée sur les planches un peu avant les plantations. Au début du mois de mars, il faut faire une couche de 6 cm environ et patienter une quinzaine de jours. Vous aurez juste ensuite à l'enfouir superficiellement et planter ou semer comme vous le faites habituellement.
- Approche permaculturelle : Plutôt que vouloir enfouir le fumier de cheval épandu, celui-ci peut tout simplement être recouvert de matières ligneuses, comme de la paille, des feuilles ou du BRF. Vous formerez ainsi, progressivement, des buttes sur lesquelles vous pourrez planter vos légumes sans avoir à travailler le sol.
Le Fumier de Cheval comme Couche Chaude
Le fumier de cheval est un fumier qui chauffe vite, d'où son attrait pour réaliser des couches chaudes. On obtient des andains sur lesquels on peut par exemple déposer des bacs à semis au printemps. Ils auront alors un chauffage naturel.
Il est très simple de faire une couche chaude au potager, où elle servira pour les semis et jeunes plants frileux à planter plus tard. Vous pouvez la construire directement sur le sol, mais il est plus judicieux de creuser une fosse d'une cinquantaine de centimètres, cela permettra de conserver la chaleur émise par la décomposition des matières organiques qui la composent. Faites une couche de 30 à 40 cm de fumier de cheval et arrosez copieusement. Le fumier peut être mélangé à des déchets verts variés, type tontes de gazon ou encore du BRF et recouvert d'une couche de compost. Sans fosse, fabriquez un cadre en bois de 30 cm environ de hauteur qui sera posé sur le tas, le cadre doit être un peu plus petit que le tas de fumier. Étalez du terreau par-dessus et attendez une semaine. Passé ce délai, la température sera plus douce, environ 20°, et vous pourrez y installer vos semis et jeunes plantes potagères.

Quelles Cultures Bénéficient le Plus du Fumier de Cheval ?
Le fumier de cheval est bon pour presque tout au potager ! Il sera utilisé frais, à demi-mûr ou totalement composté selon les cas.
- Cultures gourmandes : Les tomates, poivrons, aubergines apprécient un sol riche en humus et stimulent la floraison et la fructification grâce à l'apport équilibré. Les courgettes, potirons, concombres, ces cucurbitacées, ont besoin de beaucoup de matière organique. Les choux, poireaux, céleris, dont le cycle est long, demandent un sol structuré et nourri. Ces légumes gourmands supportent bien le fumier à demi-mûr, voire à peine composté.
- Pommes de terre : Elles en sont également friandes, car le fumier de cheval est riche en potasse. Il allège et réchauffe les sols argileux, favorisant des tubercules plus sains.
- Salades et légumes-feuilles : Leur croissance rapide bénéficie de l'azote disponible. Un apport léger et bien composté est recommandé pour éviter les excès.
- Arbres fruitiers et arbustes : Ils bénéficient d'une fertilité durable et d'une amélioration de l'humus du sol. À incorporer à l'automne autour du pied sans contact direct.
Évitez par contre de planter des alliacées comme les oignons, l'ail, l'échalote, à des endroits que vous avez enrichi avec du fumier (ou autres matières organiques d'ailleurs), elles ont horreur de ça !
Où Trouver du Fumier de Cheval ?
On trouve du fumier de cheval dans toutes les jardineries, souvent en sacs, et fréquemment en centre équestre. C'est souvent un bon moyen pour trouver du paillage gratuitement, car on peut aussi récupérer les litières qui vont avec.
Précautions et Provenance
Dans les centres équestres, il sera parfois composté de façon non optimale, sans bâchage, ce qui peut entraîner un risque de déperdition d'azote par volatilisation ou pire encore un lessivage des minéraux par excès de pluie. Si vous ne connaissez pas la provenance exacte du fumier (ce que les chevaux ont mangé, s'ils ont été traités, ou quel type de litière a été utilisé), restez prudent. Certains résidus d'herbicides (aminopyralid, clopyralid) sont invisibles à l'œil nu mais très persistants. Un fumier peut aussi transporter des parasites (strongles) ou des bactéries pathogènes comme E. coli. Pour réduire ces risques, le fumier doit atteindre au moins 55 °C pendant 3 jours lors du compostage.
Si vous ne pouvez pas garantir la provenance "naturelle" du fumier, le compostage est impératif pour éliminer ces éléments indésirables.
Précautions et Erreurs à Éviter
Le fumier de cheval est une ressource puissante, mais il ne s'utilise pas à la légère. Mal géré, il peut nuire aux plantes, déséquilibrer le sol ou même contaminer vos cultures.
- Fumier frais et brûlures : Utilisé sans compostage, le fumier de cheval peut faire plus de mal que de bien car il contient de l'ammoniac, très concentré juste après la collecte. Il faut laisser reposer au moins 3 semaines le fumier frais et l'introduire dans du compost pour que toutes les traces de ces produits disparaissent.
- Faim d'azote : Un fumier trop riche en carbone, notamment avec des copeaux de bois (rapport C/N pouvant grimper jusqu'à 60), bloque temporairement l'azote du sol. Les micro-organismes puisent l'azote pour dégrader la matière, au détriment de vos plantes. Voilà pourquoi un fumier frais ne doit jamais être utilisé directement au pied des cultures.
- Résidus médicamenteux et herbicides : Si les chevaux sont traités, le fumier pourra contenir des résidus médicamenteux ou des vermifuges, qui sont néfastes à la plantation. Ces résidus sont éliminés via la phase de compostage. Si vous ne connaissez pas la provenance exacte du fumier, faites un bio-essai simple : semez quelques graines de pois ou de haricots dans un mélange contenant du fumier.
- Stockage : Le fumier doit être stocké dans de bonnes conditions. De préférence sur une fumière étanche, protégée de la pluie, pour éviter les écoulements polluants.
- Excès d'apport : Si votre sol est déjà noir, souple et riche en humus, ajouter du fumier peut être superflu, voire contre-productif. De même, sur un sol lourd et argileux, un fumier mal décomposé risque d'amplifier le phénomène. Il ne faut pas commettre l'erreur d'en épandre tous les ans. Un apport tous les deux ou trois ans est suffisant pour maintenir la fertilité.
