L'agriculture biodynamique, initiée au XIXe siècle par Rudolf Steiner, propose une vision holistique de la ferme comme un organisme vivant. Au cœur de cette approche, la valorisation du sol et de la plante dans leur environnement naturel est primordiale, grâce notamment à l'utilisation de préparations spécifiques issues de matières végétales, animales et minérales. En viticulture, où la monoculture présente des défis, l'application de ces principes devient particulièrement élaborée pour maintenir l'équilibre et la vitalité du vignoble. L'intégration d'un fumier dynamisé constitue une pierre angulaire de cette démarche, stimulant la vie du sol et amplifiant la constitution d'une structure grumeleuse favorable à la croissance des plantes, à la pénétration des racines en profondeur et au développement d'un chevelu racinaire fin et dense.

La Biodynamie et la Conception du Vignoble comme Organisme Vivant
La biodynamie, un type particulier d'agriculture biologique, proscrit l'usage des produits chimiques et conçoit la ferme agricole dans son ensemble comme une entité organique et vivante. Rudolf Steiner, philosophe et scientifique autrichien, a posé les fondements de cette méthode en 1924, cherchant à répondre aux préoccupations des agriculteurs face à la dégradation de leurs terres et à la baisse de qualité des aliments. Selon lui, "C’est la terre même qu’il faut vivifier et on ne peut pas le faire en la minéralisant, ce n’est possible que si l’on procède à l’aide d’éléments organiques que l’on prépare en conséquence afin qu’ils agissent directement sur l’élément terrestre solide en l’organisant, en le vivifiant." Cette perspective insiste sur la nécessité d'un sol actif et vivant pour une production végétale de qualité.
Le domaine viticole, tout comme tout autre domaine agricole, est considéré comme un organisme vivant. Le sol cultivé n’est pas un simple support pour la vigne, mais bien un milieu de vie, source d’énergie pour la plante, tout comme son environnement aérien. La vigne, en tant qu'organisme médian, crée et nourrit son terroir dans ce milieu habité et vivant qui entoure la racine. Les échanges entre la biologie du sol, son système racinaire et foliaire permettent l’expression du terroir dans les raisins, dont les saveurs en seront sublimées. La présence d'autres animaux, d'insectes, de vers de terre et de plantes est vue comme autant de signes de bonne santé de cet organisme complexe.
approche biodynamique en viticulture: NICOLAS JOLY introduction à la biodynamie
Le Rôle Crucial du Sol Vivant en Viticulture
Un sol fertile est intrinsèquement un sol vivant, riche en vers de terre, champignons et bactéries, qui contribuent au recyclage de la matière organique et maintiennent une bonne porosité. Certaines bactéries du sol ont un effet structurant, participant activement à la formation d'une structure grumeleuse. La nutrition des plantes est directement conditionnée par la minéralisation de la matière organique, un processus s'effectuant grâce aux êtres vivants du sol et à leurs enzymes. Comprendre l'activité biologique d'un sol permet ainsi d'approcher sa dynamique d'évolution et ses capacités d'échange avec la plante. La quantification de la biomasse bactérienne est d’ailleurs une des méthodes analytiques capables d’apporter une information sur l’activité biologique du sol.
L'apport de matière organique, quelle que soit sa forme, est fondamentalement favorable aux micro-organismes et à la vie du sol. Cependant, selon leur origine, les fertilisants azotés ne vont pas avoir la même dynamique de minéralisation ni la même disponibilité pour la vigne, et ne favoriseront pas de la même façon les micro-organismes du sol.
L'Azote : Un Élément Clé pour la Vigne
La vigne, une culture pérenne avec un système racinaire capable d’explorer un large volume de sol, a des besoins en azote relativement faibles comparés à d’autres cultures, environ 20 à 30 kg/ha/an. L'azote, naturellement présent dans le sol, est le seul élément minéral qui ne vient pas de la roche mère ; il est issu de la minéralisation de la matière organique. Naturellement, la vigne se nourrit d’azote libéré par cette minéralisation.
Le cycle de l'azote est crucial pour la vigne. Du débourrement jusqu’avant la fleur, la vigne puise dans les réserves organiques faites à la fin de la saison précédente, puis le relais s’effectue progressivement avec le sol (période de Tuilage). De la floraison au stade grains de pois, les besoins en azote sont apportés par le sol. La véraison se caractérise par un faible besoin en azote, tout excès à ce stade pouvant pénaliser la véraison et favoriser le botrytis. Le « tuilage » est la période la plus importante dans le cycle végétatif, le passage de la reprise des réserves à la fourniture par le sol devant se faire par un relais sans rupture. L’azote ayant un effet important sur la plante du point de vue qualitatif, il est essentiel de trouver le juste équilibre entre le développement de la vigne et la qualité des raisins.
Ces dernières années, de nombreux vignerons sont confrontés à des fermentations paresseuses et languissantes, parfois inachevées, pouvant aboutir à des déviations (Brett, volatile…). Ces constats sont amplifiés par les excès climatiques actuels et à venir, mais ont une origine commune : le manque d’azote dans les moûts. En cause, la réduction drastique des apports azotés et/ou une gestion organique pas toujours maîtrisée. Bien que la correction en cave se soit généralisée, offrant une solution rapide au déficit d'azote, elle a souvent conduit à négliger l’origine du problème et à éviter d’en corriger la cause.

Le Fumier en Viticulture Biologique : Choix, Préparation et Application
L'amélioration de la fertilité du sol est une priorité pour la culture biologique de la vigne. La gestion du sol dépend tant d’une nutrition appropriée de la vigne que d’une protection efficace des plants contre les ravageurs et les maladies. Le fumier, en tant qu'engrais naturel, joue un rôle central. Il est souhaitable que le fumier soit bien mûr ou composté avant son utilisation. Il n’apporte pas seulement des nutriments à court terme, mais il développe également une fertilité à long terme. Les fumiers et composts varient tant dans leur composition de nutriments que dans leur taux de dégradation en fonction de leur origine.
Pour la vigne, les apports de fumier se font généralement tous les quatre ans. Il est important que ceux-ci proviennent de compost de qualité, avec environ 1,5% d’azote (fumier sec de basse-cour et compost de fumier de vache). L'application se fait à un dosage d’environ 10 000 kg par hectare tous les 3-4 ans. Si le contenu en azote est inférieur, les doses nécessaires seraient supérieures. Les fumiers frais sont seulement conseillés pour la première application de plantation de la vigne, afin d'effectuer leur apport pendant les 4 premières années de la vie de la vigne.
Pour le compostage, le fumier stocké doit être repris, retourné et mis en tas. Ce compostage doit être fait dix jours à trois semaines avant l’épandage, afin d’assainir et de préparer l’incorporation au sol par une pré-fermentation. Un compost plus long donnerait une matière organique trop stable. Cette courte fermentation du compost permet, grâce à la montée en température, de fragiliser la paille, riche en sucres et donc en énergie pour activer la vie du sol.
Les apports riches en lignine ou bien compostés sont à réaliser au plus tard après les vendanges. En cas d’apport en sortie d’hiver, la dégradation de cette forme trop stable de matière organique consomme de l’azote en début de saison, créant une concurrence avec la vigne, et donne des reliquats d’azote indésirables en fin de saison, favorisant la pourriture. Il faudra donc compenser ces pertes par un apport supplémentaire en sortie d’hiver avec de l’azote facilement assimilable et disponible rapidement (type fiente, guano, farine de plume…).
Les débris végétaux ligneux, les matières organiques compostées pendant plus d’un mois et les amendements commerciaux sont rarement nécessaires en viticulture. S’il faut en apporter, il est préférable de le faire le plus tôt possible après les vendanges. Les micro-organismes se servent alors de l’azote minéral du sol pour minéraliser cette matière organique, ce qui entraîne par concurrence une faim d’azote à court terme. Détruits au bon moment, juste avant le débourrement, ils permettent d’apporter l’azote et l’énergie nécessaires aux organismes du sol pour lancer leur activité de minéralisation sans pénaliser la vigne.
Actuellement, les engins d’application de fumier sont très populaires, et l'usage de fumier sous la forme de pellets s'est beaucoup standardisé. Le pellet est un fumier qui, par un processus industriel, a été compacté en forme de petits cylindres pour faciliter son application au moyen d’épandeurs d’engrais conventionnels. C’est une des méthodes alternatives si l'on n’a pas une ferme à proximité, car on peut les trouver dans n’importe quel magasin d’engrais agricole.
Le Fumier Dynamisé : L'Approche Biody-F de Frayssinet
La démarche Biody-F incarne l’intégration de l’approche biodynamique dans les fabrications des fertilisants Frayssinet. Ce processus en deux phases assure à la fois la conformité sanitaire et l'incorporation des principes biodynamiques.
Phase d’hygiénisation : Cette première phase est obligatoire pour assurer la conformité vis-à-vis des normes sanitaires requises pour la commercialisation. Elle consiste en une phase thermophile de compostage. Sous l’effet de l’activité biologique, le compost monte naturellement à des températures de 60-65°C. Cette phase assure la baisse des populations pathogènes potentiellement présentes dans les matières premières (fumier de bovin et fumier d’ovin).
Phase « biodynamique » : À l’issue de la phase d’hygiénisation, le mélange de matières suit son évolution par une mise en andain, puis l'ajout des préparations biodynamiques (502 à 507). La mise en œuvre de cette phase se fait dans l’esprit de la biodynamie, avec une prise en compte des cycles lunaires. Les préparations solides (502 à 506) sont découpées en sphères et insérées au cœur du compost. La préparation 507, sous forme liquide (valériane), est dynamisée manuellement dans un chaudron en cuivre, en utilisant de l'eau issue d’une source locale. Afin de potentialiser l’effet des préparations, les rythmes lunaires sont pris en compte, conformément aux principes biodynamiques.
Le compost Frayssinet est structuré autour d’un équilibre précis de matières, associant un fumier chaud et un fumier froid (dominante bovin et ovin) ainsi que des tourteaux végétaux, une des spécificités de Frayssinet. Ce compost respecte un protocole strict permettant d’optimiser son potentiel agronomique. L’évaluation qualitative repose notamment sur la technique de la morpho cristallisation.
Frayssinet a acquis en 2020 un nouveau site de production localisé dans le sud du Tarn (81). Ce site, baptisé Biody-F car il abrite la production de compost dynamisé, possède les autorisations d’exploitation lui permettant de composter, de formuler et de stocker les produits végétaux et animaux. Frayssinet commercialise des produits recevant des préparations biodynamiques (Biodyter, Biodymas) depuis 2015. Au-delà de ces deux produits, la quasi-totalité des produits fabriqués et commercialisés par Frayssinet sont compatibles avec le cahier des charges en vigueur de la biodynamie.
Les Préparations Biodynamiques et Leur Impact sur le Sol et la Vigne
La biodynamie reconnaît dans la terre, prise au sens large (roche mère, terre labourable, environnement aérien), un organisme à part entière. Elle agit comme un médecin qui choisirait des traitements spécifiques mettant en œuvre des forces de vie. Les préparations sont essentielles et proviennent de matières végétales, animales et minérales transformées.
La Préparation 500 ou Bouse de Corne
La bouse de corne (préparation 500) est élaborée à partir de bouse de vache introduite dans une corne de vache vidée de son cornillon et enterrée durant la période hivernale (entre le solstice d’hiver et le solstice d’été). Pendant cette période, la bouse subit un processus de fermentation et se transforme en humus naturel. Ce préparât agit sur la plante en renforçant la vie souterraine et en favorisant l'installation des processus de vie en travaillant le sol.
La préparation 500 devrait être appliquée au moins deux fois par an, au printemps et à l’automne, lorsque la chaleur et l’humidité du sol sont suffisantes. Les moments idéaux peuvent être jugés en observant des repères phénologiques, comme le système racinaire des « mauvaises herbes ». Quand celui-ci développe de façon importante de petites racines blanches, la bouse de corne peut être appliquée. La dynamisation et la pulvérisation sont faites en soirée, une météo un peu couverte étant idéale. On évite de pulvériser sous la pluie ou si une grosse pluie est prévue immédiatement après l’épandage. La dynamisation dure une heure, et la pulvérisation se fait juste après, en grosses gouttes, sur le sol. Le contenu d’une corne par hectare, soit approximativement 100 à 150g par hectare pour 40 litres d’eau, est pulvérisé.

La Bouse de Corne Préparée (500P)
La bouse de corne préparée est élaborée en incorporant les six préparations du compost à de la bouse de corne. C'est un puissant édificateur du sol. On peut constater une évolution rapide de la couleur, de l’odeur et de la structure du sol par l’emploi de la 500P. Son usage est très conseillé lors des premières années de conversion à l’agriculture biodynamique ou sur des sols où l’activité biologique semble faible (blocage des matières organiques). Elle s’utilise de la même manière et dans les mêmes quantités que la bouse de corne « simple », mais requiert encore plus de rigueur dans son emploi, la qualité et la température de l’eau de dynamisation étant essentielles.
La Silice de Corne (501)
La silice de corne est élaborée à partir de quartz (silice cristallisée) très finement réduit en poudre et introduit dans une corne de vache pour être enterré durant la période estivale (entre le solstice d’été et le solstice d’hiver). On utilise ce préparât en pulvérisation sur la vigne durant la période végétative. Ce préparât, à destination du foliaire, ne s’adresse donc pas au sol mais à la partie aérienne des plantes. Il agit en quelque sorte comme un surplus de lumière solaire et favorise principalement la photosynthèse (et donc la création de matière en favorisant la chaleur et la luminosité), mais aussi le développement des feuilles, de la fleur et de la fructification en fonction du moment où il est appliqué.
Avant la fleur, la 501 favorisera la croissance des sarments ; après la fleur, elle favorisera entre autres la maturité du fruit. La 501 est aussi un allié appréciable dans la lutte contre les maladies cryptogamiques, oïdium et mildiou en tête. Pour choisir le moment de pulvérisation, il est important de tenir compte du stade de développement de la culture. Elle est appliquée dans un premier temps lorsque la culture est en pleine croissance, par exemple au stade 3-4 feuilles en vigne ou trois semaines après les repiquages des « légumes-fruits » d’été au jardin. On l’utilise aussi pour stimuler la maturation et la qualité alimentaire, lorsque les « fruits » se forment, par exemple à la véraison pour la vigne. Une dernière pulvérisation deux à trois semaines avant les récoltes assurera aussi une bonne conservation des fruits et légumes. De manière générale, il faut éviter de pulvériser sur des plantes trop jeunes ou trop faibles, une application dans ces conditions pouvant entraîner un blocage de la croissance. La dynamisation doit durer une heure et la pulvérisation se fait juste après, en fin brouillard.
Le Compost de Bouse
Le compost de bouse est une sorte de compost concentré réalisé avec de la bouse de vache additionnée de poudre de basalte, de coquilles d’œuf et des six préparations biodynamiques du compost (502 à 507). Il contient tous les éléments qui aident à la formation du complexe argilo-humique grâce à la présence d’un grand nombre de bactéries. Il apporte au sol les bienfaits des préparations biodynamiques du compost, rendant les éléments nutritifs du sol mieux assimilables pour les plantes.
Le compost de bouse peut s’employer plusieurs fois dans l’année, dès la fin de l’hiver avant l’utilisation de la bouse de corne, en fin d’automne après l’utilisation de la bouse de corne, ou dès que l’on intègre une grande quantité de matière organique fraîche dans le sol (engrais verts, fumier frais ou engrais organiques du commerce). Une période racine en lune descendante (période de plantation) est optimale. La dynamisation doit durer 20 minutes ; une fois brassé, le liquide conserve son efficacité durant 72 heures au moins. L’épandage dans un rythme de trois fois consécutives, à intervalles réguliers, donne de bons résultats (un soir, un matin, un soir ; ou encore trois soirs de suite).
Les Autres Préparations Biodynamiques (502 à 507)
Les autres préparations élaborées à base de décoctions d’Achillée (502), de camomille (503), d’Ortie (504), d’écorce de Chêne (505), de pissenlit (506) et de valériane (507) ont toutes subi des transformations dues à la fermentation en présence d’organes d’animaux pour certaines. Ceci élève leurs propriétés premières en les transformant en humus aux qualités particulières. Elles soutiennent et renforcent le processus de décomposition de la terre en favorisant la formation du complexe argilohumique. On y trouve un nombre et une variété de bactéries considérables.
L'Importance des Rythmes Lunaires et Cosmiques
La biodynamie accorde une grande importance aux rythmes dans la nature, en tenant compte des phases lunaires, cosmiques et zodiacales, mais aussi de la position des planètes, de leur alignement au cours des saisons et des rythmes circadiens. Cette dimension cosmique de la biodynamie a été développée notamment par Maria Thun, qui, au travers de ses expériences, a permis de mettre en évidence les influences cosmiques sur le développement des plantes. Un calendrier de traitements est établi tous les ans, déterminant des jours Racine, Feuille, Fleur et Fruit. Les travaux et traitements de la vigne peuvent être magnifiés par le choix des dates d’intervention.
Le rythme zodiacal/tropique lunaire est également pris en compte. Les travaux des sols sont essentiels car ils favorisent et entretiennent la vie des sols ; ils peuvent être effectués à différents mois ou à différents moments de la journée en fonction du but recherché. Un binage en printemps lunaire aura une qualité autre qu’un binage en automne lunaire. Ces printemps et automne lunaires sont établis par ce que l’on appelle le rythme sidéral. Au cours de son cycle mensuel, la Lune arrive à sa position la plus basse (lunistice sud) devant la constellation du Sagittaire. À partir de là, elle devient ascendante et décrit dans le ciel un arc de cercle chaque jour plus grand et plus élevé : c’est le Printemps lunaire. Durant cette période, la montée de sève est plus forte ; c’est la période choisie entre autres pour les greffages. Un binage matinal vitalisera la vigne et un binage effectué l’après-midi favorisera la rétention d’eau dans les sols.

La Dynamisation des Préparations
Pour être efficaces, ces préparations sont « dynamisées ». Par dynamisation, on entend le fait de diluer les préparâts dans de l’eau (eau de pluie récupérée ou eau de source). Chez certains vignerons, l'eau d'un puits est brassée dans un grand réceptacle en cuivre de 350 litres en plein air (dynamiseur mécanique inventé par Alex Podolinsky et mis au point par Ulrich Shreier). Un batteur géant, à l’image d’un robot ménager, est relié à un petit moteur électrique et permet la formation d’un tourbillon (vortex) suivi d’un arrêt brutal provoquant un chaos énergique. De droite à gauche, de gauche à droite, les cycles s’enchaînent ainsi sans interruption pendant un temps déterminé (de 20 minutes à 1 heure).
L'Importance de la Qualité du Compost et la Cristallisation Sensible
Dominique Massenot, conseiller-formateur, a présenté ses derniers résultats d’expérimentations lors du sixième congrès sur l’approche biodynamique de la vigne, organisé à Arbois. Il s’est notamment penché sur l’évolution de la qualité d’un compost au fil du temps. D’après ses conclusions, l’âge idéal se situe aux alentours du premier mois. Il souhaitait bousculer les idées reçues en biodynamie, où beaucoup de viticulteurs ont tendance à faire des composts très mûrs, qui ressemblent presque à du terreau, aboutissant à des sols riches en matière organique, mais qui s’appauvrissent en éléments nutritifs.
D’un point de vue purement agronomique, c’est en effet un compost jeune, mais non frais, qui a la meilleure efficacité pour fertiliser la vigne. L’azote y est toujours aisément disponible, tout en ayant un effet moins vif que le fumier. Dominique Massenot a cherché à savoir si ce stade avait également un meilleur intérêt du point de vue "énergétique". Pour cela, il a réalisé un compost biodynamique et à chaque étape de son élaboration, l’a fait analyser par une méthode de cristallisation sensible.
La cristallisation sensible est une méthode permettant d’évaluer de façon globale l’énergie d’un produit vivant. Mise au point par un chimiste et agronome allemand au début du vingtième siècle, elle est aujourd’hui utilisée, principalement en biodynamie, pour étudier les forces contenues dans divers composés. Le scientifique avait démontré à l’époque qu’un sel pur se cristallise de façon désordonnée, alors qu’il subit une coordination évidente en présence d’une substance vivante. Chaque composant vivant émet une énergie particulière, et la méthode permet de synthétiser toutes ces énergies.
L’analyse consiste à associer dans une boîte de Petri une solution de chlorure de cuivre et un extrait liquide de la substance à étudier, puis à faire sécher le tout dans une étuve à température et hygrométrie constantes, sur des plaques montées sur silentbloc, afin d’éviter tout mouvement. La cristallisation s’opère naturellement en quelques heures, et il en découle une « image » qu’il faut interpréter. C’est donc une évaluation qualitative, et non quantitative. Ces images obtenues après le processus ne sont pas reproductibles. Cependant, selon les scientifiques, chaque composé possède une signature propre. La lecture se fait en observant les anomalies (cassures du réseau cristallin, distorsions ou encore germinations secondaires) par rapport à une grille de lecture. Trois zones distinctes sont interprétées, chacune représentant un aspect particulier du produit (arômes et potentiel de garde d’un vin, par exemple). Cependant, il est important de noter que cette lecture « suggère les choses, elle ne les affirme pas ! ». La cristallisation sensible n’a pas vocation à remplacer une analyse œnologique ou agronomique.
approche biodynamique en viticulture: NICOLAS JOLY introduction à la biodynamie
Les expériences de Dominique Massenot ont montré qu'à la sortie de l’hiver, les préparats biodynamiques enterrés semblent de bien meilleure qualité que la matière végétale brute, du moins du point de vue de la cristallisation sensible. Cette dernière montre « qu’il y a une vraie transformation entre la plante sèche et le passage en terre, relève le conseiller. D’où l’importance de réaliser correctement cette étape lorsque l’on souhaite réaliser un compost biodynamique ». Le compost biodynamique mûrit plus rapidement. Un compost biodynamique âgé d'un mois s’avère également plus mûr, il est déjà réorganisé et visiblement prêt à être utilisé. Il a perdu sa "nervosité" et sera plus à même de libérer progressivement ses composés.
Cependant, le suivi du compost dans le temps est crucial. À quatre mois, il a clairement perdu de son potentiel. « Il a toujours de l’énergie, mais on voit qu’il est au bout. À ce stade il ne peut plus servir à nourrir directement les organismes du sol, il est juste bon à entretenir l’humus », analyse Massenot. Et à dix mois, le résultat est encore pire, le compost n’a plus grand-chose à transférer à la vigne. « Les préparations biodynamiques améliorent le compost, mais elles ne l’empêchent pas de mourir », commente le conseiller.
Parallèlement à cela, Dominique Massenot a cherché à savoir si les composts de déchets verts, que l’on peut trouver dans les déchetteries, étaient de bonne qualité pour la vigne. Selon lui, ils sont moins intéressants. « Les ingrédients utilisés, notamment le bois, sont trop stables. Ils n’auront pas d’effet fertilisant », conclut-il. Il avait d’ailleurs déjà essayé d’ajouter des sarments de vigne dans des composts biodynamiques. Le résultat était alors décevant, puisque apparaissaient des carences azotées et des baisses de rendements dans les vignes ainsi conduites. Pour entretenir les taux d’azote dans le sol, il préconise donc un compost jeune, issu de fumier de bovin et comprenant les préparats biodynamiques de l’année antérieure. Dans l’idéal, l’application intervient en fin d’hiver, pour que les micro-organismes puissent relarguer les éléments nutritifs nécessaires à la plante au moment du débourrement.
Autres Traitements Biodynamiques en Viticulture
Si l’équilibre est atteint dans le biotope, la vigne se défendra d’elle-même ou, plus justement, « n’appellera » pas le parasite (insectes, acariens, cryptogames…). On peut en outre intervenir pour aider la plante à se défendre et à se développer en pulvérisant des tisanes, décoctions ou dilutions homéopathiques de plantes. Ces traitements biodynamiques sont effectués dans des créneaux horaires précis de conjonctions cosmiques.
Au-delà de la viticulture, ces principes de biodynamie sont appliqués lors de la vinification et l’élevage des produits. Aucun apport extérieur (chaptalisation, ensemencement par levures…) n’est réalisé. Les vins sont conservés sur lie fine (levures indigènes) jusqu’à leur mise en bouteille pour augmenter finesses d’arôme, gras et matière.
Apports Complémentaires : Le Chaulage
L'activité biologique du sol entraîne une acidification naturelle et progressive de ce dernier. Or, un sol trop acide (pH < 5.5) présente peu de vie. Pour déterminer s’il est nécessaire de faire un apport de calcaire, une observation simple à plusieurs endroits de la parcelle est suffisante. Les apports se font avec du calcaire cru (CaCO3). Les calcaires fins, c’est-à-dire avec une granulométrie comprise entre 0 et 0.5 mm, peuvent être apportés entre 300 et 500 kg/ha tous les 1 à 2 ans. Cette forme fine est à réserver aux corrections ponctuelles. Les calcaires grossiers, c’est-à-dire avec une granulométrie comprise entre 0.5 et 6 mm, sont à privilégier ! Ils peuvent être apportés entre 3 et 4 T/ha tous les 5 ans, soit après les vendanges, soit en sortie d’hiver.
Attention, si un apport de matière organique est opéré la même année, il est impératif d’espacer ces deux apports pour ne pas nuire aux micro-organismes du sol. Si l’apport de calcaire est réalisé en premier, il est conseillé d'attendre une semaine avant d’apporter la matière organique.