Le fumier n’est pas le sujet le plus poétique qu’il soit. Urines, déjections animales, voilà de quoi repousser bien des âmes sensibles. Et pourtant, le fumier peut s’avérer être un formidable allier au potager. Il est un berceau de richesse pour notre sol et à terme un apport de nutriments pour nos cultures. L’utilisation du fumier pour fertiliser les sols est une pratique millénaire en agriculture. En effet, le fumier enrichit la terre en y apportant des éléments nutritifs, comme l’azote. Aujourd’hui, pour limiter les impacts sur l’environnement et les nuisances pour les riverains, les lieux de stockage du fumier sont soumis à réglementation.

La constitution biologique du fumier
Le fumier est le mélange de plusieurs matières organiques. On y retrouve d’une part les urines et les déjections ou fèces des animaux (crottins, bouses, fientes, crottes…). Vient ensuite la litière qui absorbe les urines, que ce soit foin, paille, broyat ou encore sciure. Le fumier est un mélange d’urine, d’excrément, et de matière carbonée : appétissant ! Au final, le fumier est un mélange de matières très sèches, très carbonées, très ligneuses, couplées à des matières très humides.
Le fumier ou « fumure » désigne le fumier animal, également appelé « effluents d’élevage ». Il est composé de lisier (déjections animales) mélangé à de la paille, sciure, copeaux de bois ou autres matériaux absorbants. Il existe plusieurs sortes de fumiers selon leur origine (fumiers de bovins, porcs, volailles…) ou la nature plus ou moins compacte du mélange.
Pourquoi composter le fumier avant usage ?
La question se pose de savoir si un fumier s’utilise frais ou s’il est nécessaire de le composter durant quelques semaines, quelques mois. Les deux hypothèses sont envisageables, mais l’apport d’un fumier composté au potager est la pratique la plus répandue. Elle est même obligatoire en maraîchage professionnel.
En effet, le premier avantage à composter un fumier est de l’assainir, se prémunir plus encore de quelconques risques sanitaires. Parfois on traite les animaux, les urines gardent quelques résidus médicamenteux. Autre avantage à composter un fumier en tas : il se valorisera de lui-même. Comme si vous mettiez les ingrédients d’une recette de cuisine dans un saladier pour bien lier l’ensemble plutôt que de tout jeter au sol. La litière imprégnée d’urine et les déjections vont se bonifier l’une et l’autre dans un équilibre d’humidité, d’oxygénation. Vous obtiendrez ainsi un très beau compost.
En le répandant frais et non composté au sol, parfois la litière se retrouve d’un côté, les déjections d’un autre. La température monte moins haut (le fumier doit chauffer pour bien se décomposer) et la plus-value n’est pas la même. Alors, prenez le temps de mettre votre fumier en tas, aérez-le si vous le pouvez tous les 15 jours en brassant le tas. De nombreux autres avantages viennent s’ajouter à l’utilisation d’un fumier composté : il prend deux fois moins de place qu’un fumier frais, il est parfaitement homogène, stable, libère très lentement des minéraux et, grâce à la phase de compostage à chaud, vous aurez moins de graines d’adventices dans votre amendement.
Le fumier frais : une utilisation délicate
Ces avantages étant dits, vous pourrez aussi amener du fumier frais à votre potager. Les macros-organismes vont se régaler de matières grossières à décomposer et vont se démultiplier. Mais ce fumier sera bien moins stable et homogène alors il est fortement conseillé de l’épandre en dehors des périodes de culture. Le meilleur moment, c’est en automne. Le sol est encore bien chaud et actif, il engloutira tout cela durant l’hiver.
Le fumier frais contient une bonne partie d’azote très vite disponible via les urines fraiches, les déjections fraiches. De nombreuses études montrent une déperdition d’azote jusqu’à 50% par volatilisation, mais dans le même temps, le fumier a besoin d’oxygène pour se décomposer. Alors il est conseillé de l’enfouir tout en le laissant dans un milieu aérobie, aéré, sur les 10 premiers centimètres de sol maximum.
02 Technique de compostage en tas avec adjonction du Burkina phosphate
Analyse des différents types de fumiers
On peut retenir que plus l’animal est petit et plus le fumier est riche !
- Fumier de volaille : Riche en azote, en potasse et en oligo-éléments, il s’utilise avec parcimonie, car il peut brûler les racines des végétaux. C’est le fumier le plus riche en potasse. Idéal pour répondre aux besoins exigeant des cultures les plus gourmandes, tomates, pommes de terre, betteraves par exemple.
- Fumier de lapin : Il fait partie des fumiers chauds, idéal pour alléger des sols lourds. Pour un bon compostage, il faudra compter bien 90 jours de stockage en maintenant une bonne humidité et en prenant soin de casser les mottes compactes et sèches.
- Fumier de cheval : C’est celui le plus répandu et le plus utilisé dans nos potagers. Il monte vite en chaleur et est d’ailleurs parfois utilisé pour confectionner des « couches chaudes », alternance de fumier frais et paille ou foin pour chauffer un espace à semis.
- Fumier de bovin : Un fumier lui aussi très utilisé au potager, également en agriculture du fait des quantités disponibles assez considérables. Il est plutôt conseillé pour les sols légers tellement ce fumier est lourd et froid. Les bouses complétées d’une litière de paille mettent du temps à se décomposer sans trop de montées en température.
La gestion de la fertilité : amendement versus engrais
Le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux. On dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%. On est à mille lieues des engrais de l’industrie qui contiennent parfois plus de 30% d’azote.
Cette faible concentration en minéraux et cette richesse en carbone vont avoir un double impact. Déjà il faudra du temps pour que la vie du sol décompose les molécules complexes du fumier. Pour l’azote, il faudra plusieurs semaines, plusieurs mois et même plusieurs années pour qu’il se rende disponible pour nos cultures. On parle de minéralisation de l’azote. La vie du sol aura du pain sur la planche pour le déchiqueter, le casser en morceau, qu’il soit absorbable pour nos cultures potagères.
Aspects réglementaires du stockage
Les exploitations peuvent être soumises à 2 types de réglementation, les règlements sanitaires départementaux et les installations classées pour l’environnement (ICPE). Dans les bâtiments d’élevage, le mélange lisier-paillage est ramassé puis acheminé vers des lieux de stockage qui diffèrent selon le type de fumier ou la taille de l’exploitation.
Le stockage au champ est parfois précédé d’une maturation du fumier de 2 mois en bâtiment. Il ne doit pas dépasser une durée de 9 mois et ne peut être renouvelé sur le même site avant 3 ans. Le stockage au champ est interdit ou limité en hiver - particulièrement en zone vulnérable - car les plantes ne peuvent absorber le nitrate dans cette période d’arrêt végétatif. Le fumier au champ est disposé en andains. Le tas doit être constitué en cordon de 1,5 mètre de hauteur maximum afin de limiter les infiltrations. Les fumiers de volaille doivent être recouverts d’une bâche.

Conseils pratiques pour le jardinier amateur
Si vous n’avez pas accès à du fumier frais pour votre potager, et que dans votre contexte vous sentez qu’il serait important d’en amener, n’hésitez pas à le faire. Vous pouvez tout à fait acheter le fumier pour votre potager en jardinerie. C’est souvent celui de cheval que l’on trouve. L’avantage est qu’il est desséché, donc plus léger et plus facile à transporter ! À noter que le fumier de jardinerie est souvent enrichi avec des algues marines ou autres apports organiques.
La dose de fumier à apporter varie, mais on est généralement sur un apport de 500 grammes de fumier desséché par mètre carré cultivé. Le jardinier a de nombreuses cartes en main pour enrichir son sol, l’améliorer, nourrir ses cultures. Si l’accès au fumier vous repousse ou vous est compliqué, vous avez ainsi bien d’autres solutions. Pensez au compost ménager, au compost végétal, aux paillages diversifiés (broyat, foin, paille, tontes, feuilles…) qui mois après mois amèneront de la richesse.
Le fumier vieilli est un type de fumier n’ayant pas subi de transformation mais dont les agents pathogènes et les risques de brûlures ne sont plus actifs. Pour faire vieillir du fumier, il faut placer le tas durant environ 6 mois sur des palettes ou tout autre élément aéré dont l’eau pourra s’écouler librement et le laisser tel quel sans le retourner. Pour réussir le compostage du fumier, ajoutez une part carbonée comme de la paille ou des résidus de branches ou de feuilles coriaces broyées et veillez à ce qu’il ne sèche pas. Vous pouvez l’arroser au purin d’ortie qui constitue un très bon accélérateur de compost.
Vers une valorisation moderne des effluents
Une plateforme de mise en relation des producteurs et utilisateurs de fumier équin a été créée pour relocaliser et optimiser la valorisation de cette ressource. La plateforme VAL FUMIER, déployée en Auvergne-Rhône-Alpes par l’IFCE et les Chambres d’Agriculture, permet de donner de la visibilité aux centres équestres souhaitant proposer leur fumier aux valorisateurs - agriculteurs, centres de méthanisation.
La méthanisation est l’un des potentiels les plus intéressants, permettant de produire de l’énergie sous forme de biogaz injecté dans le réseau de gaz, ou production de chaleur. Cependant, compte tenu des procédés industriels mis en œuvre pour la méthanisation, la qualité du fumier entrant est absolument essentielle. Ce retour au sol, avec ou sans compostage, reste le moyen le plus connu et utilisé de valorisation du fumier. Il permet aux agriculteurs de disposer soit en usage direct, soit recomposé avec d’autres ingrédients d’un engrais naturel aux qualités reconnues pour leurs cultures.