Le Phosphore dans le Fumier : Un Nutritif Essentiel pour le Sol et les Cultures

Le phosphore, l'un des quatre éléments nutritifs principaux pour les plantes aux côtés de l'azote, du potassium et du magnésium, présente une particularité d'absorption par les cultures qui le rend problématique. Sa tendance à former des liaisons fortes avec le calcium dans les sols dont le pH est supérieur à 7, et avec le fer et l'aluminium dans les sols acides, complique sa disponibilité pour les végétaux. Néanmoins, un avantage indéniable du phosphore réside dans sa quasi-immobilité dans la plupart des types de sols, le rendant pratiquement impossible à lessiver. Cette caractéristique implique que le phosphore doit être activement incorporé dans le sol, minimisant ainsi les risques de pertes par érosion.

Schéma de la disponibilité du phosphore dans le sol en fonction du pH

Seul le phosphore intégré à la matière organique, comme dans le compost ou les digestats, bénéficie d'une incorporation naturelle dans le sol, facilitée par l'activité des vers de terre. Cette synergie offre non seulement une fertilisation gratuite mais aussi une amélioration structurelle du sol. Il est important de noter que le phosphore solubilisé à l'aide d'acides, tel que le superphosphate triple, est formellement interdit en agriculture biologique.

Sources de Phosphore Organique et Minéral

Face à ces contraintes, l'épandage de composts et de digestats s'avère être une méthode judicieuse pour l'apport de phosphore. Ces matières organiques apportent simultanément du carbone au sol, améliorent l'absorption globale des nutriments et tendent à réduire les coûts de fertilisation, notamment en ce qui concerne l'apport d'azote. Si un apport de phosphore commercial devient nécessaire, les farines de viande et d'os, ainsi que le fumier de volaille séché, constituent des matières premières indigènes de qualité.

La Suisse, par exemple, dispose de ressources en phosphore suffisantes, les stations d'épuration des eaux produisant plus de phosphore que ce que l'agriculture locale ne requiert. Cependant, l'utilisation des boues d'épuration est actuellement interdite en raison des risques de pollution par des molécules organiques indésirables (comme les PCB, hormones, médicaments) et des métaux lourds. De nombreux projets de recherche sont en cours pour développer des méthodes de recyclage efficaces du phosphore contenu dans ces boues, comme l'ont démontré diverses présentations lors d'un congrès organisé par le FiBL.

Un exemple concret de fertilisant organique riche en phosphore est "Ferti’Plantation", un engrais NP 7-15 élaboré à partir de farine de viande, de poudre d'os et de vinasse. Sa teneur élevée en phosphore (15%) en fait un produit idéal pour la plantation et le développement racinaire. Toutefois, des apports répétés peuvent potentiellement entraîner un blocage partiel de l'assimilation d'autres éléments nutritifs essentiels comme le potassium, le magnésium, ou certains oligo-éléments tels que le fer, le zinc et le manganèse. "Ferti’Plantation" est particulièrement recommandé pour la mise en place de jeunes plants : arbres, arbustes, vignes, et cultures légumières et fruitières.

Représentation schématique du cycle du phosphore dans un écosystème agricole

Le Fumier : Un Amendement Historique et Polyvalent

Le fumier, depuis toujours, est considéré comme une bénédiction pour les cultures, fournissant une multitude de nutriments tout en améliorant considérablement la qualité des sols. Parmi les différentes formes de fumier, le fumier de cheval est particulièrement apprécié par de nombreux jardiniers pour ses qualités exceptionnelles.

Pourquoi le Fumier de Cheval ?

Le fumier, en général, constitue un excellent amendement pour le sol. Il est composé de déjections animales, d'urines et de matières végétales (paille ou déchets), formant ainsi un compost idéal. Ce mélange de matières sèches, ligneuses et riches en carbone, avec des matières humides et riches en azote, libère progressivement tous les nutriments et oligo-éléments lors de sa décomposition. Les matières organiques qu'il contient favorisent également la formation d'une couche d'humus, améliorant la structure et la composition du sol, quelle que soit sa nature initiale (argileux ou sablonneux). Cette amélioration se traduit par un sol plus aéré, facilitant la circulation de l'air et de l'eau, et améliorant la rétention hydrique, ce qui est extrêmement bénéfique pour les plantes cultivées.

Parmi les divers types de fumier, celui de cheval se distingue par son équilibre, notamment grâce à sa teneur en paille. Il est particulièrement efficace pour améliorer les terres lourdes et argileuses. De plus, il est réputé pour sa richesse en potasse et en azote.

Le Fumier Frais : Avantages et Précautions

L'utilisation de fumier frais présente certains inconvénients. Il peut être riche en ammoniaque en raison des urines, ce qui peut le rendre polluant en quantité importante. Il peut également contenir des résidus de traitements médicamenteux (vermifuges, par exemple) ou des pathogènes. Bien que sa montée en température rapide et la présence d'oxygène lors de sa décomposition tendent à détruire ces agents, il est conseillé de ne pas l'épandre juste avant une plantation, mais plutôt 3 à 4 mois avant. La concentration d'azote dans le fumier frais peut être trop élevée pour certaines plantations et risquer de brûler leurs racines. Cependant, le fumier de cheval, étant plus fibreux et moins chargé en azote que d'autres types de fumier, présente un risque moindre.

L'avantage d'utiliser du fumier frais réside dans sa capacité à stimuler l'activité biologique du sol. Après environ un mois, le fumier de cheval peut être utilisé comme lit de culture pour certains légumes exigeants comme les tomates et les courges. Il est cependant déconseillé de l'utiliser en cours de culture sur des plants déjà développés, car les agents pathogènes encore actifs pourraient contaminer la production.

Le Fumier Décomposé : Sécurité et Équilibre

La décomposition complète d'un fumier prend environ six mois. Le fumier de cheval, atteignant des températures élevées lors de ce processus, parvient à se débarrasser des bactéries et parasites potentiels. Le compostage permet également d'équilibrer les ratios NPK (Azote, Phosphore, Potasse). Un fumier de cheval bien décomposé présente typiquement un NPK de 0,6 % d'azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium. Ces proportions ne présentent aucun risque de brûlure pour les racines des jeunes végétaux, et les quantités de minéraux apportées au sol restent raisonnables. Il peut donc être épandu en quantités plus importantes, avec des doses conseillées allant de 1 à 3 kg par mètre carré par an.

Pour un compostage optimal du fumier, plusieurs points sont cruciaux : éviter les tas trop hauts qui entravent le processus, installer le tas sur des branchages pour assurer une bonne aération par le dessous et faciliter l'écoulement des liquides de décomposition, ou retourner le tas au moins trois fois durant les six mois. Il est également conseillé de couvrir le fumier, par exemple avec de la paille, pour prévenir le lessivage des nutriments par la pluie.

Composter c'est facile !

Utilisation du Fumier de Cheval au Potager

Le fumier de cheval est un amendement polyvalent pour le potager, utilisable frais, à demi-mûr ou entièrement composté, selon les besoins spécifiques des cultures.

Adaptation aux Besoins des Légumes

Les légumes les plus gourmands, tels que les courges, les tomates et autres solanacées (poivrons, aubergines), supportent bien le fumier à demi-mûr, voire à peine composté. Les pommes de terre apprécient particulièrement le fumier de cheval en raison de sa richesse en potasse. Les salades peuvent également en bénéficier, mais uniquement avec du fumier bien décomposé. Il est en revanche déconseillé d'utiliser du fumier ou d'autres matières organiques pour les alliacées (oignons, ail, échalote), qui y sont particulièrement sensibles. Le fumier de cheval en sac, généralement disponible dans le commerce, est déjà composté et peut être utilisé immédiatement.

Techniques d'Application

Sur les planches de culture, la meilleure approche consiste à étaler le fumier sur le sol et à le laisser se décomposer pendant environ 3 à 4 mois avant les plantations. Cette méthode favorise une décomposition en milieu aérobie, c'est-à-dire à l'air libre.

L'automne est la période idéale pour cet épandage. Une fois le printemps arrivé, l'alternance du gel et des pluies, combinée à l'action des micro-organismes du sol, rend le fumier parfait pour les plantes potagères. Les vers de terre et autres organismes vont l'incorporer progressivement et en douceur dans le sol, déjà partiellement décomposé. Un léger griffage avant la plantation suffit. Cette technique nourrit et enrichit le sol sans perturber la vie microbienne essentielle. Elle assure aux légumes les nutriments nécessaires à une croissance saine tout en améliorant la structure du sol. Une couche épaisse de fumier de cheval, idéalement recouverte de feuilles mortes ramassées dans le jardin, constitue un excellent apport. En cas de vent fort, un filet peut être utilisé pour maintenir les feuilles en place.

Une alternative printanière consiste à utiliser du fumier de cheval bien décomposé sur les planches, peu avant les plantations. Au début du mois de mars, une couche d'environ 6 cm peut être appliquée, suivie d'une quinzaine de jours d'attente avant d'enfouir superficiellement le fumier et de procéder aux semis ou plantations. Il est possible d'appliquer du fumier frais sur des cultures existantes, mais en quantité très limitée.

Dans une approche permaculturelle, le fumier de cheval peut être recouvert de matières ligneuses (paille, feuilles, BRF) plutôt que d'être enfoui. Cette méthode permet de former progressivement des buttes sur lesquelles les légumes peuvent être plantés sans travail du sol.

Le Fumier comme Couche Chaude

Le fumier de cheval est particulièrement adapté à la création de couches chaudes, idéales pour les semis et les jeunes plants sensibles au froid. Ces couches chaudes servent à acclimater les plants avant leur mise en pleine terre. La construction peut se faire directement sur le sol, mais il est plus judicieux de creuser une fosse d'environ 50 cm de profondeur pour mieux conserver la chaleur générée par la décomposition des matières organiques. Une couche de 30 à 40 cm de fumier de cheval, arrosée copieusement, peut être mélangée à des déchets verts variés (tontes de gazon, BRF) et recouverte d'une couche de compost. Sans fosse, un cadre en bois de 30 cm de hauteur peut être utilisé, posé sur le tas de fumier (légèrement plus petit que le cadre). Une couche de terreau est ensuite appliquée par-dessus, et il faut attendre une semaine avant d'y installer les semis et jeunes plantes potagères, lorsque la température est redescendue à environ 20°C.

Illustration d'une couche chaude de fumier de cheval au potager

Autres Types de Fumiers et Leurs Spécificités

Chaque type de fumier possède ses caractéristiques propres, offrant des bénéfices distincts pour le sol et les cultures.

Le Fumier de Vache

Contrairement au fumier de cheval, le fumier de bovin est principalement utilisé pour rééquilibrer les terres sablonneuses et légères. Riche en matière organique, il est humide et se décompose lentement, ce qui contribue à ralentir le réchauffement du sol et à améliorer la résistance des plantes à la sécheresse. Le fumier de vache doit être enfoui à l'automne, après un compostage prolongé.

Le Fumier de Mouton

Le fumier des ovins et des caprins (moutons, chèvres) est particulièrement riche en potasse et en nutriments. Il s'agit d'un fumier "chaud" et sec, idéal pour un paillage. Il est excellent pour enrichir la terre après la culture de plantes exigeantes, aidant le sol à "récupérer". Il doit être épandu à l'automne et nécessite 3 à 4 mois pour se décomposer. S'il est bien mûr, il peut être déposé au pied des arbres fruitiers à tout moment de l'année.

Le Fumier de Lapin

Pour ceux qui élèvent des lapins, leur fumier est une excellente ressource. Il se décompose rapidement et est très riche en nutriments, notamment en azote. Associé à la litière souillée, riche en carbone, il forme un fumier bien équilibré. Sa faible odeur est un atout supplémentaire. Le fumier de lapin peut être utilisé pour enrichir tous types de sols. Il est préférable de l'épandre à l'automne, une fois composté. Il peut également être utilisé en surface, en fine couche, pour certains végétaux comme les arbustes à petits fruits.

Le Fumier de Poule

Très concentré et riche en azote, le fumier de poule doit être utilisé avec parcimonie pour éviter de brûler les racines des plantes. Son odeur peut être un frein pour certains. Il est souvent mélangé au compost, à hauteur de 5 % du volume total, où il agit comme activateur. Il peut ensuite être utilisé comme engrais pour des plantes à croissance rapide, telles que les légumes feuilles.

Le Guano

Très riche en azote et en phosphore, le guano stimule rapidement la croissance des végétaux et favorise l'équilibre du sol. Issu des excréments d'oiseaux marins ou de chauve-souris, il s'utilise comme engrais avant les semis du printemps, car il favorise le développement des jeunes plants.

Le Fumier Déshydraté

Faciles et pratiques à utiliser, les fumiers déshydratés du commerce varient dans leur composition et présentent l'avantage d'être sans odeur. Ils sont une alternative intéressante pour ceux qui n'ont pas accès à du fumier frais. Ils peuvent être employés à tout moment et pour de nombreuses cultures : pommes de terre, tomates, salades, petits fruits. Ils peuvent être mélangés à la terre ou au terreau avant la plantation ou utilisés en cours de croissance pour apporter des nutriments. En entretien, ils sont appliqués une fois par an, à l'automne ou au printemps, à raison d'1 kg par mètre carré.

Tableau comparatif des différents types de fumier et de leur composition NPK

Dosage et Fréquence d'Application

Les besoins nutritionnels des plantes varient. Les légumes les plus exigeants requièrent généralement entre 15 et 20 g d'azote, 8 à 10 g de phosphore et 20 à 30 g de potassium par an et par mètre carré. Cependant, ces besoins sont partiellement couverts par d'autres apports, tels que la décomposition du paillage organique, le compost ou l'utilisation d'engrais verts.

Concernant le fumier de cheval, la première année, une dose de 3 kg de fumier décomposé par mètre carré est recommandée. Les années suivantes, 1 kg par mètre carré suffit. En entretien, l'épandage de fumier décomposé n'est pas nécessaire chaque année ; il peut être réalisé tous les 2 ou 3 ans, à raison d'1 kg par mètre carré.

Quelle que soit sa forme, l'utilisation du fumier de cheval au potager est bénéfique, promettant de beaux et bons légumes et une amélioration progressive de la structure du sol, le rendant plus facile à travailler au fil du temps.

Il est essentiel de rappeler que l'utilisation de produits phytosanitaires, bien qu'efficace, est source de pollution. Depuis des siècles, les fumiers offrent une alternative biologique d'une efficacité comparable. Le fumier est un engrais naturellement riche en azote, potassium, phosphore et de nombreux autres nutriments. Composé de micro-organismes et de matières fibreuses, il est idéal pour l'amendement des sols. Le fumier frais, très azoté, doit être utilisé avec précaution sur une terre en préparation, idéalement épandu à l'automne. Le compostage du fumier pendant quelques mois, avec retournement régulier, permet d'éliminer les bactéries et parasites. Le fumier de cheval est particulièrement bénéfique pour les sols lourds. Enfin, le fumier de volaille, très azoté et riche en phosphore, est idéal pour nourrir les plantes, à condition de vérifier que les animaux n'ont pas été traités avec des vermifuges ou des antibiotiques. Les conseils des jardiniers professionnels soulignent l'importance de ces précautions pour garantir que le fumier soit à la fois bénéfique pour les plantes et sans risque.

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