Le fumier, un mélange d'excréments solides et d'urine d'animaux de ferme ou d'élevage, souvent mêlé à une litière comme la paille ou la sciure de bois, est depuis longtemps plébiscité par les jardiniers comme un amendement précieux pour la terre du potager. Il représente un engrais naturel aux multiples vertus, capable d'enrichir le sol et de stimuler la croissance des végétaux. Cependant, son utilisation nécessite une bonne compréhension de ses particularités et de quelques précautions essentielles pour garantir à la fois l'efficacité et la sécurité.

Les Atouts Incontestables du Fumier pour le Sol
Les avantages du fumier sont nombreux et en font un allié de taille pour un jardinage sain et productif. Il enrichit le sol en azote, mais aussi en phosphore, potassium, minéraux et oligoéléments. Cette richesse en nutriments est fondamentale pour le développement harmonieux des plantes.
Au-delà de son apport nutritif, le fumier joue un rôle crucial dans l'amélioration de l'environnement biologique du sol. Il stimule l'activité biologique, car la microfaune trouve de quoi se nourrir, favorisant ainsi une vie microbienne bénéfique. Il apporte également une quantité significative de matière organique, de l'ordre de 30%. Cet apport organique permet une meilleure rétention de l'eau et des substances fertilisantes, contribuant à une gestion plus efficace des ressources en eau et en nutriments par le sol.
De plus, le fumier amende le sol, c'est-à-dire qu'il en améliore la structure et la texture. Suivant le type et la qualité du fumier, une terre argileuse peut être allégée et une terre légère sera densifiée. Logiquement, le sol augmente sa porosité à l'air et sa rétention à l'eau et aux substances fertilisantes, créant ainsi un milieu plus propice à la croissance racinaire et à l'assimilation des nutriments.
La Complexité de la Composition du Fumier : Une Variation Constante
L'application rationnelle et efficace du fumier nécessite une bonne connaissance de sa composition physico-chimique. Cette dernière est très variable, et les facteurs qui l'affectent sont nombreux. L'état de l'animal, la nature de la litière, la ration alimentaire, la fertilisation pratiquée par l'agriculture, les soins apportés à sa conservation, et son état de décomposition sont les principales causes de la variation de la composition des fumiers.
L'animal constitue la composante élémentaire dans le processus de production du fumier. Ses caractéristiques influencent de manière importante la valeur fertilisante du fumier, qui varie suivant son espèce, sa race, son sexe, sa taille et sa digestibilité. Les nutriments des plantes existant dans le fumier proviennent entièrement des aliments consommés par les animaux. La proportion de ces nutriments varie avec l'animal ; ils contiennent en moyenne 75% d'azote, 80% de P2O5 (pentoxyde de phosphore), 85% de K2O (oxyde de potassium) et environ 40 à 50% de matière organique. La phase liquide représente 30 à 40% de la composition.
La nature du fumier, liquide ou solide, joue un rôle important dans sa composition chimique. En effet, l'azote provenant du fumier liquide est largement disponible sous forme de N-NH+4 (azote ammoniacal) au moment de l'incorporation dans le sol. Le rapport entre le carbone et l'azote (C/N) est une composante importante dans la caractérisation des fumiers, influençant directement sa vitesse de décomposition et la disponibilité des nutriments.

Diversité des Fumiers et Leurs Spécificités
Le terme "fumier" englobe en réalité une grande diversité de produits, chacun ayant des caractéristiques et des impacts spécifiques sur le sol et les cultures.
Le fumier de bovins, composé de bouses et de paille, est riche en matières organiques (azote et potassium) de par la grande quantité d'herbe absorbée par les vaches. C'est un fumier qui apporte une grosse quantité d'humus au sol, contribuant à améliorer durablement sa fertilité.
Le fumier de cheval ou d'âne est essentiellement constitué de crottins, donc de matières sèches, ce qui en fait un fumier dit "chaud". Riche en azote et en potassium, il est relativement léger et dégage une chaleur importante lors de sa décomposition, ce qui peut être bénéfique pour réchauffer le sol.
Le fumier d'ovins (moutons et chèvres) est le fumier le plus riche en potasse, un élément essentiel pour la floraison et la fructification des plantes.
Le fumier de volailles, composé de fientes de poules ou d'autres animaux de basse-cour et de litière, est le fumier le plus riche en azote. Sa forte teneur en azote implique qu'il ne doit jamais être utilisé tel quel, mais toujours composté ou vieilli pour éviter de brûler les plantes.
Un agronome du XIXe siècle avait même noté de subtiles différences entre les fumiers et leurs impacts sur les légumes du potager : pour le poireau, rien de tel que l'engrais humain, puis celui du cheval. Le meilleur persil est produit avec le fumier de cheval, avec lequel il n'a guère de parfum, mais devient tendre et d'un goût délicat. Le fumier de vache lui donne une saveur aromatique, mais le fumier de porc le rend mauvais. Les meilleurs choux paraissent être ceux qui viennent après une récolte fumées aux chiffons de laine, ou dans des terres nouvellement défoncées.
La production avec le fumier de volaille est supérieure à celle obtenue avec le fumier bovin, et en dernier lieu avec le fumier ovin, dans une étude menée sur l'effet de différents types de fumier sur la production du maïs et la disponibilité des différentes formes d'azote. Cela souligne l'importance de choisir le fumier adapté aux besoins spécifiques de chaque culture.
Fumier Frais, Vieilli ou Composté : Une Question de Temps et de Précautions
En tant que matière vivante, le fumier évolue avec le temps. Cette évolution détermine son mode d'utilisation et les précautions à prendre.
Le fumier frais vient juste d'être produit par les animaux. Les fumiers frais (déjections de bœuf, de mouton, de cheval, de volailles…) contiennent de nombreux germes généralement inoffensifs, mais parfois pathogènes (bactéries telles que salmonelles, listeria, certaines souches d'E. coli), ainsi que d'éventuels virus et parasites, qui peuvent contaminer les productions. Il est donc conseillé d'utiliser le fumier frais avec précaution au jardin, et surtout, au potager bio (légumes, salades ou fruits poussant près du sol, comme les fraises). Si vous tenez à utiliser du fumier frais, dispersez-le soigneusement lors de l'épandage, au moment de la préparation du sol pour les cultures potagères, bien avant la plantation. Évitez absolument les apports de fumier frais lorsque les plants sont installés. Le fumier frais ne doit pas être enfoui, non seulement pour des raisons sanitaires, mais aussi parce que sa fermentation produit des substances toxiques pour les racines des plantes. Les plus part des germes sont détruits au bout de quelques semaines passées au contact du sol et de l'air. Un fumier frais s'épand simplement sur le sol du potager nu en automne ou en hiver. Il formera une couverture chaude qui va agir comme un épais paillage. Ainsi, la croissance des adventices sera considérablement perturbée. Et le fumier va doucement se décomposer jusqu'au printemps pour amender et enrichir le sol.
Le fumier vieilli a été déposé en tas à l'air libre pendant plusieurs mois. C'est un fumier qui s'est décomposé naturellement. L'opération consiste à laisser le fumier "vieillir" tout seul, sans retournement. Disposez-le en tas sur un lit de branchages (pour favoriser l'écoulement des jus), et recouvrez-le de paille (pour éviter le lessivage par l'eau de pluie). Attendez au moins 6 mois avant d'utiliser le fumier.
Le fumier composté est mélangé à du compost pour se décomposer. Il est fortement conseillé de composter le fumier frais avant utilisation (ou de se procurer directement du fumier composté). En effet, au cours du processus de compostage, la fermentation dégage une chaleur importante qui permet la destruction des bactéries, virus et parasites (pour un assainissement efficace, la température doit être d'au moins 50°C durant 6 semaines au minimum). Pour cela, le temps de compostage doit être suffisant (plusieurs mois) et le tas de compost doit être retourné au moins 2 fois, à 6 semaines d'intervalle, afin que l'ensemble du volume de fumier subisse une élévation de température. Par ailleurs, pour un meilleur équilibre entre les différentes matières fertilisantes, le fumier doit comporter une fraction végétale (paille par exemple) : à défaut, incorporez des déchets verts broyés. Si le fumier est trop sec, arrosez-le au démarrage du compostage.
Au printemps, que vous bêchiez ou passiez simplement la grelinette, le fumier décomposé sera intégré naturellement. Un fumier mûr ou composté s'épand au printemps, juste avant la plantation ou le semis des premières plantes potagères. Il suffit de légèrement l'incorporer à la terre avec une griffe. On peut aussi en déposer au pied des plantes potagères les plus gourmandes comme les tomates ou les courgettes. Le fumier s'épand au potager, au verger ou dans les massifs du jardin d'agrément.
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Les Risques Sanitaires et les Mesures de Précaution
La "crise du concombre" qui a fait trembler l'Allemagne au printemps 2011 (rebaptisée "crise des graines germées") a été l'occasion de rappeler que les engrais utilisés en culture bio ne sont pas forcément dépourvus de tout risque. Les fumiers frais, en raison de leur teneur en germes pathogènes, peuvent contaminer les productions.
Pour écarter tout risque de contamination microbiologique, les légumes consommés crus (concombre, tomate, carotte…), les salades, les herbes aromatiques, les fraises doivent être bien lavés avant d'être consommés, qu'ils aient été cultivés avec ou sans engrais d'origine animale. En effet, de nombreux germes pathogènes sont ubiquistes, c'est-à-dire qu'on les rencontre un peu partout, et notamment dans la terre.
Les Résidus de Médicaments : Une Source d'Inquiétude Potentielle
Les fumiers du commerce sont généralement contrôlés, tant au niveau microbiologique qu'en ce qui concerne la présence de résidus de médicaments éventuellement absorbés par les animaux (antibiotiques, vermifuges…). En revanche, si vous récupérez du fumier frais auprès d'un éleveur ou d'un centre équestre, il est prudent de se renseigner sur les pratiques vétérinaires du fournisseur. L'idéal étant de dénicher un fumier "bio", c'est-à-dire provenant d'une exploitation travaillant en agriculture biologique, qui garantit l'absence de ces résidus. Les polluants potentiels présents dans les déchets animaux résultent le plus souvent des additifs chimiques contenus dans plusieurs rations alimentaires.
L'Impact Économique et Environnemental de la Substitution des Engrais Minéraux
La substitution des engrais azotés par le fumier est très utile, afin de réduire les dépenses de l'exploitation agricole. Elle est également liée aux prix des engrais azotés qui sont élevés et à la disponibilité des fumiers en quantités importantes. Cette substitution peut induire une conservation d'énergie du fait que la production et la distribution des engrais azotés nécessitent environ 18000 Kcal/Kg, avec une conservation des pertes en azote qui représentent 25 à 75% de l'azote des engrais minéraux azotés.
Économiquement, la substitution limite les dépenses liées à l'énergie, au transport et au stockage des engrais azotés. En plus, elle a des bonnes conséquences sur l'aspect environnemental lié à la pollution des eaux souterraines par les nitrates. Cependant, cette substitution présente aussi des contraintes. En effet, la majorité des pertes se concentre entre le temps d'excrétion et l'incorporation du fumier dans le sol, soulignant l'importance d'une gestion optimisée pour minimiser ces pertes.

Le Fumier dans le Langage Courant et Figuré
Au-delà de son rôle agricole, le terme "fumier" a également pris une place dans le langage courant, avec des connotations variées.
Au sens propre, il désigne le mélange de litières et d'excréments des animaux (d'étable ou d'écurie), décomposé par la fermentation sous l'action de micro-organismes, et utilisé comme engrais. On parle de fumier de cheval, de mouton, de vache ; de tas de fumier ; de trou, de fosse à fumier ; de sortir le fumier ; d'épandre, de répandre du fumier. Par métonymie, il peut désigner un amas, un tas de fumier. On peut dire "sur le fumier, un coq chantait".
Dans des locutions figurées, on retrouve des expressions comme "(être) comme Job sur son fumier", signifiant être réduit à la misère et à la souffrance la plus extrême. Ou encore "(hardi) comme un coq sur son fumier", pour décrire quelqu'un de sûr de soi parce qu'il est chez soi.
Par extension, le terme peut désigner des excréments, des déchets, des détritus d'animaux ou de végétaux en putréfaction pouvant servir d'engrais. "Sous les citronniers les fleurs pourries faisaient un fumier jaune".
Au sens figuré et littéraire, "fumier" peut désigner ce qui est sale, corrompu et qui inspire le dégoût, la répugnance. On peut ainsi "trouver une perle dans un fumier", c'est-à-dire trouver parmi des personnes ou des choses grossières ou méprisables quelqu'un ou quelque chose de très beau, d'une grande valeur. Il peut également évoquer la misère ou la déchéance matérielle ou morale.
Dans un registre plus vulgaire, "fumier" est utilisé comme terme d'injure pour désigner une personne qui ne mérite que du mépris, avec des synonymes comme "ordure" ou "salaud".