Qu’est-ce que cette plante qui grimpe partout telle une liane et colonise les prairies ? Et en plus, elle ose se coller à nos vêtements, non mais ! Douée d’une extrême robustesse, elle cache bien des secrets. Le gaillet gratteron, également connu sous les noms d'herbe collante ou gratte-cul, est une plante annuelle très commune que l'on retrouve partout dans le monde, jusqu'à 1 700 mètres d'altitude en France. Son nom latin, Galium aparine, signifie d'ailleurs « qui agrippe », une caractéristique qui lui vaut sa réputation tenace.

Identifier le Gaillet Gratteron : Une plante aux multiples facettes
Le gaillet gratteron est une plante annuelle grimpante qui peut atteindre de 30 cm à 1,50 m, voire davantage, en s'étalant sur la végétation environnante. Pour l'identifier, il suffit de chercher une liane présentant des feuilles verticillées, c'est-à-dire qu'elles font le tour de la tige au même niveau, à l'instar d'une couronne. Elles sont disposées par groupe de six à huit, ou même jusqu'à neuf, autour d'une tige carrée. Ces feuilles vert clair sont lancéolées et pourvues d’une petite pointe à leur extrémité.
Une des caractéristiques les plus distinctives du gaillet gratteron est sa texture rêche, due à la présence de petits aiguillons recourbés qui recouvrent toute la plante. Ces poils crochus sont la raison pour laquelle il s'accroche si facilement aux vêtements, aux fourrures des animaux, et aux autres plantes pour s'élever et trouver la lumière. Gallus signifie « coq » : la forme des feuilles ressemble, si on l’observe rapidement, aux pattes d’une poule ! Pour l’identifier, vous n’avez plus qu’à chercher une liane présentant des pattes de poule sur étages !

Habitat et Floraison
Cette plante apprécie les bords de chemins et de champs, les lisières de forêt, les fourrés, les friches et les berges des cours d’eau. Le gaillet pousse particulièrement bien dans les sols fertiles à tendance basique, et il apprécie les sols frais et la mi-ombre. Sa floraison s'étend de mars à octobre, offrant de petites fleurs discrètes.
Confusions possibles : Savoir distinguer le gaillet gratteron
Bien que le gaillet gratteron soit facilement reconnaissable, il est possible de le confondre avec d'autres plantes, notamment celles faisant partie de la même famille des Rubiacées. Parmi elles, le gaillet blanc, le gaillet jaune ou le gaillet mou. Heureusement, cette confusion n'est pas grave, car tous les gaillets sont comestibles. La principale différence est que ces derniers ne disposent pas de crochets et sont donc plus agréables en bouche.
Une confusion plus importante peut survenir avec l'aspérule odorante, une plante qui dégage une odeur de vanille une fois séchée. Il est crucial de ne pas la confondre avec le gaillet gratteron car l'aspérule odorante, consommée à haute dose, est toxique. Il est donc impératif de ne consommer la plante que si vous êtes certain de son identification.
Gaillet gratteron (Galium aparine) : tonique lymphatique, minéralisante et réparatrice de la peau
Les usages historiques et inattendus du gaillet gratteron
Le gaillet gratteron est utilisé depuis l'Antiquité. Ses tiges, par exemple, ont été assemblées pour filtrer le lait. Poussant en abondance, elle a également servi comme paille de rembourrage pour les matelas. Ses racines permettent d’obtenir une teinture végétale rouge/orangée. Ses akènes ont même inspiré l'homme qui, par biomimétisme, a créé le velcro, tant ils collent aux vêtements.
Le gratteron, européen d’origine, fut introduit en Amérique du Nord comme « mauvaise herbe » apportée par les Colons. Ces gens, très pragmatiques comme on le sait, faisaient flèche de tout bois. Et tout ce qui pouvait remplacer le café était expérimenté : glands torréfiés, racines de pissenlit desséchées, grains d’orge germés puis grillés, etc. C’est dans ce contexte que les fruits du gaillet gratteron ont trouvé leur place comme substitut de café.
Récolte du Gaillet Gratteron : Quand et comment cueillir cette plante polyvalente
La période de cueillette du gaillet gratteron varie selon la partie de la plante que l'on souhaite utiliser. On peut le cueillir au stade de jeunes pousses, notamment de mars à juin et de septembre à novembre. C'est à ce moment-là qu'il est le plus tendre et le moins âcre. Pour la récolte des fruits, appelés diakènes, il faut attendre de juillet à octobre.
Récolte des jeunes pousses
Pour cueillir les jeunes pousses, il suffit de pincer les extrémités de la plante sur quelques centimètres. En pleine nature, il est recommandé de cueillir la pointe de la plante, qui a des poils beaucoup moins rêches. Plus les pousses vieilliront dans la saison, plus les petits poils crochus seront raides et gratteront la langue.
Récolte des fruits (diakènes) pour le café
Pour préparer un succédané de café, il est essentiel de cueillir les diakènes lorsqu'ils se teintent de bordeaux et sont bien durs. Il est très difficile de faire pousser des caféiers en France métropolitaine, le climat étant tempéré. En situation d’autonomie, il est possible de trouver une alternative en fabriquant ce “café” grâce au gaillet gratteron, qui fait d’ailleurs partie de la même famille que le caféier. Une fois cueillis, les fruits doivent être séchés avant d'être torréfiés.

Les utilisations culinaires du gaillet gratteron : Une saveur surprenante
Bien que la plupart des gens cherchent davantage à se débarrasser du gaillet gratteron que de l’utiliser, cette plante, considérée comme une mauvaise herbe par les jardiniers, est pourtant comestible et révèle des saveurs étonnantes. Sa douceur et sa fraîcheur sont très intéressantes en cuisine, surtout lorsqu'elle est jeune. Elle a un petit goût de petits pois lorsqu’elle est jeune, mais devient âcre avec le temps.
Consommation crue ou cuite
Le gaillet gratteron peut se consommer très jeune, simplement cru ou à la vapeur avec un filet d’huile d’olive. Au printemps, il peut être mélangé à une salade sauvage, offrant un goût frais et revigorant. Il est également possible de le hacher pour l’ajouter aux salades ou pour faire de la soupe. Les jeunes pousses peuvent être revenues dans un peu d’huile d’olive avec des pommes de terre, des oignons et des tomates dans un wok : à recouvrir d’eau et à cuire au environ 1h. Servir idéalement sur des « tartines » (tranches de pain grillées et aillées). Personnellement, je l’ajoute dans mes omelettes.
En situation de survie, si la plante a vieilli et que son goût est devenu âcre, vous pouvez très bien la faire cuire dans plusieurs eaux pour améliorer sa saveur. On sent vraiment le végétal en bouche. J’adore confectionner des jus en mixant les jeunes sommités avec de l’eau citronnée, que je filtre ensuite. J’ai l’impression de boire la nature ! Vous pouvez aussi mixer ces jeunes pousses avec de l’huile d’olive et du yaourt pour confectionner une sauce verte très agréable sur des pommes de terre vapeur.
Le succédané de café : Une alternative gourmande
Les petits fruits cueillis verts, grillés à sec, écrasés et mis à bouillir dans de l’eau fournissent un excellent succédané de café. Pour préparer votre café, il suffit de cueillir ses diakènes lorsqu’ils se teintent de bordeaux et sont bien durs. Faites-les sécher avant de les faire revenir dans une poêle à basse température jusqu’à ce qu’ils prennent une couleur de grain torréfié. Dans une poêle, torréfiez à sec 80 g de graines de tournesol jusqu’à ce qu’elles brunissent légèrement et dégagent leur arôme. Dans un mixeur, broyez ces graines avec 110 g de gaillet gratteron, 60 g de jus de citron, 100 ml d’huile d’olive et 2 c. à soupe de sauce soja jusqu’à obtenir une texture lisse. Salez si besoin. Vous pouvez consommer ce pesto frais sur une tartine. Pour le conserver quelques jours, ajoutez un filet d’huile d’olive à la surface afin d’éviter l’oxydation et placez-le au réfrigérateur. Comme pour tout pesto, pensez à varier l’oléagineux (noix, noisettes, amandes, graines de courge) et l’huile (tournesol, sésame, noix, noisette).

Les vertus médicinales du gaillet gratteron : Une alliée pour la santé
Le gaillet gratteron, bien que non couramment utilisé en phytothérapie, recèle des propriétés médicinales intéressantes. On y trouve des flavonoïdes, des iridoïdes et des coumarines.
Propriétés thérapeutiques
Le gaillet gratteron est cicatrisant, reminéralisant, antispasmodique, anti-inflammatoire, diurétique, décongestionnant du foie, sédatif et vulnéraire en usage externe. Il stimule aussi le système lymphatique. Il aide à la détoxification du foie, soigne la goutte et permet l’amélioration de la circulation sanguine. Elle aide à éliminer l’urée dans les reins et posséderait des vertus anti-inflammatoires pour les problèmes urinaires et prostatiques. C’est aussi un excellent tonique. À la sortie de l’hiver, faire une petite cure de jus de gratteron nettoie le corps.
Modes de consommation en phytothérapie
En phytothérapie, on utilise sa sommité fleurie, c’est-à-dire la tige portant les fleurs. Vous pouvez le consommer en tisane, à raison d’une cuillère à soupe de plante séchée par tasse. Laissez infuser au minimum 10 minutes. Il n’y a aucune information concernant une éventuelle toxicité ou contre-indication.

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