La présence de galeries dans une pelouse peut susciter l'interrogation, voire l'inquiétude. Ces traces souterraines, souvent accompagnées de petits monticules de terre, témoignent d'une activité animale souvent méconnue. S'agit-il d'insectes, de rongeurs ou de mammifères ? Comprendre l'origine de ces galeries est la première étape pour pouvoir cohabiter harmonieusement avec la faune qui peuple nos jardins.
Les abeilles solitaires : une présence inattendue et inoffensive
Dans certains cas, les trous observés dans la pelouse, parfois par centaines, peuvent être attribués à des abeilles. Il ne s'agit cependant pas des abeilles mellifères que l'on connaît, mais plutôt d'abeilles solitaires. Ces insectes, loin d'être agressifs, jouent un rôle écologique précieux. Les mâles volent généralement au ras du sol autour des terriers pour s'accoupler avec les femelles, tandis que ces dernières sont occupées à collecter pollen et nectar pour nourrir leur progéniture.

Ces abeilles solitaires sont présentes car leur environnement leur convient. Les adultes ne vivent que peu de temps et disparaissent avec les premiers froids. Les larves, quant à elles, passeront la mauvaise saison et l'été sous terre. Au printemps suivant, de nouveaux adultes émergeront, perpétuant ainsi le cycle de vie. Il est important de noter que ces abeilles ne produisent pas de miel au sens où nous l'entendons. Les femelles accumulent dans leurs terriers un mélange de nectar et de pollen en petites quantités, destiné exclusivement à la nourriture des larves. Observer leur activité permet de constater les mâles patrouillant près de l'herbe et les femelles effectuant des allers-retours entre leur terrier et leurs sites de butinage, comme un lierre en fleur à proximité.
Il est à noter que ces abeilles solitaires sont totalement inoffensives, même par centaines. La majorité des individus sont des mâles, dépourvus d'aiguillon, et donc incapables de piquer. Les femelles, moins nombreuses, sont très peureuses et peu agressives. L'activité intense observée coïncide souvent avec l'émergence des femelles, moment où les mâles les attendent au-dessus de l'herbe pour s'accoupler. Être élu par une telle colonie est considéré comme un spectacle fascinant. Les conditions favorables à leur installation incluent la présence de massifs de lierre en fleur dans le voisinage, une topographie de terrain plane ou en pente, une exposition ensoleillée et un emplacement dégagé ou protégé par un mur.
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Les campagnols et mulots : des rongeurs aux habitudes destructrices
Lorsque des monticules de terre apparaissent dans le jardin, il est fréquent de penser aux taupes. Cependant, la nature de ces monticules peut révéler la présence d'autres animaux, notamment des rongeurs comme les campagnols ou les mulots. Si les taupinières sont disposées de manière plus ou moins linéaire et présentent des monticules hauts et arrondis, parfois en forme de volcan, il s'agit probablement de taupes. L'observation de trous sans monticule peut également indiquer leur présence.
La confusion survient lorsque les mulots et campagnols colonisent les galeries creusées par les taupes. Contrairement aux taupes, qui sont insectivores, les campagnols sont granivores et végétariens. Le campagnol terrestre, également appelé rat taupier, est un rongeur très présent en France, particulièrement redouté pour les dégâts qu'il cause aux cultures agricoles et aux potagers. Sa reproduction rapide et la diminution de ses prédateurs naturels contribuent à sa prolifération.
Le campagnol terrestre se distingue par son corps ramassé, son pelage brun clair ou roux plus foncé sur le dos et gris-beige sur le ventre et les flancs. Ses yeux sont noirs et ronds, ses oreilles petites, son museau arrondi et sa queue courte. Il mesure entre 15 et 25 cm de long (queue comprise) et pèse de 100 à 300 grammes. Il vit sous terre dans les prairies, les vergers, les potagers et les jardins d'agrément, profitant de l'abondance de nourriture. Il peut coloniser les galeries de taupes ou creuser son propre réseau, moins organisé. En surface, il laisse de petits tas de terre ressemblant à des taupinières, mais plus fins et dispersés.
Ce rongeur est strictement végétarien, se nourrissant de racines, de bulbes, de tubercules et d'herbes. Il ne craint pas de s'attaquer aux racines des arbres fruitiers. Sa durée de vie est courte (6 à 8 mois), mais il se reproduit abondamment. La femelle peut avoir jusqu'à six portées par an, avec deux à huit petits à chaque fois. Les jeunes atteignent leur autonomie en quatre semaines et leur maturité sexuelle à deux mois. La raréfaction de ses prédateurs naturels (renards, rapaces, belettes, hermines, putois, lynx) favorise sa prolifération.
Les galeries creusées par les campagnols sont souvent anarchiques, s'étendant sur environ 60 mètres de long à différentes profondeurs. Les dégâts qu'ils occasionnent sont considérables, avec des populations pouvant atteindre 600 à 1 200 individus par hectare dans certaines régions. Outre les ravages sur les cultures, ces rongeurs peuvent être porteurs de maladies dangereuses pour l'homme.
Les signes de leur présence incluent des monticules de terre similaires aux taupinières, mais plus fins et dispersés, ainsi que le dépérissement des végétaux dû à la rongement des racines, bulbes et tubercules. Les galeries sont généralement proches de la surface, forment des lignes droites et ont une entrée ovale, tout comme la galerie elle-même. Le sol y est meuble et peut céder sous la marche. L'entrée de la galerie est souvent fermée.

Les taupes : des ingénieures du sol aux galeries distinctes
Les taupes, bien que souvent confondues avec les campagnols ou les mulots, ont des caractéristiques et des modes de vie distincts. Plus petites que les campagnols (10 à 15 cm de long pour environ 150 grammes), elles possèdent des pattes antérieures remarquables, semblables à des pelles, avec des ongles plats et longs, parfaitement adaptées au creusement. Leur régime alimentaire est principalement composé d'insectes, de vers de terre, d'escargots, d'amphibiens et parfois de petites souris. Elles ne mangent pas de plantes, ce qui les différencie fondamentalement des campagnols. Au contraire, elles contribuent à réguler les populations d'insectes ravageurs.
Les dégâts occasionnés par les taupes se limitent principalement à l'apparition de tas de terre inesthétiques sur la pelouse, la transformant parfois en un véritable champ de labour. Ces monticules de terre sont généralement hauts, arrondis et remblayés à partir du milieu, rappelant la forme d'un volcan. Les taupes creusent des galeries pour créer leur logis et se reproduire. Ces galeries jouent un rôle important dans l'aération des sols et l'infiltration de l'eau de pluie, améliorant ainsi le drainage. La terre extraite est souvent fine et de bonne qualité, riche en humus.
Il est important de noter que les taupes sont des alliées du jardinier par leur action bénéfique sur la structure du sol et leur rôle de prédateur d'autres nuisibles. Il est donc préférable de chercher à les éloigner plutôt qu'à les éliminer.
Cohabiter avec la faune souterraine : stratégies et solutions
Face à la présence de ces animaux, diverses stratégies peuvent être mises en place pour limiter les dégâts tout en favorisant une cohabitation respectueuse.
Pour les campagnols et mulots, plusieurs méthodes peuvent être envisagées :
- Prédateurs naturels : Encourager la présence de prédateurs naturels est une solution écologique. Inviter le chat du voisin à rôder dans le jardin peut être efficace. Installer des nichoirs à rapaces (chouettes, faucons) peut également aider. Laisser un tas de bois ou de pierres au fond du jardin peut attirer de petits mustélidés comme les belettes ou les hermines. Il est cependant crucial de bien tondre la pelouse autour de ces abris pour pouvoir les repérer et éviter que les rongeurs ne s'y réfugient. Éviter de laisser du paillage au pied des arbres et arbustes, car cela offre des cachettes.
- Répulsifs naturels : Divers répulsifs naturels peuvent être utilisés. Le purin de sureau, préparé à partir de feuilles fraîches macérées et bouillies, peut être pulvérisé autour des légumes racines et des fruitiers. Le tourteau de ricin, bien que toxique pour les animaux, peut être enfoui légèrement dans la terre à proximité des galeries. Sa toxicité pour les animaux domestiques comme les chiens impose une grande prudence lors de son utilisation. D'autres répulsifs comme la cendre, les copeaux de thuyas ou le purin d'ail peuvent également être envisagés.
- Barrières physiques : Pour protéger les jeunes arbres fruitiers, il est possible de dégager leur pied, d'y mettre des broyats pour que l'animal soit à découvert lorsqu'il s'approche, facilitant ainsi l'action des prédateurs. Une protection grillagée à la base des troncs peut également être installée, bien qu'il soit plus simple de le faire dès la plantation.
- Vibrations : Les vibrations peuvent déranger les rongeurs. Planter une tige rigide (type fer à béton) profondément dans le sol et y fixer une bouteille en plastique qui bouge avec le vent peut créer des nuisances sonores et vibratoires pour les animaux.
- Pièges : L'utilisation de pièges, notamment des pièges à cage (type souricière), placés devant les galeries, peut être une solution. Il est souvent nécessaire d'en installer plusieurs pour être efficace.
Pour les taupes, l'objectif est davantage de les éloigner que de les éliminer, compte tenu de leur rôle bénéfique. Les méthodes basées sur les vibrations (bouteille en plastique sur tige) peuvent également les incommoder. Le tourteau de ricin, en plus de son action répulsive sur les rongeurs, est également un engrais. Il est recommandé de le planter dans la terre, et non en surface, pour limiter les risques pour les animaux.
Il est essentiel de noter que l'utilisation de poisons est une solution à éviter autant que possible en raison des risques pour les animaux domestiques, la faune sauvage et l'environnement. Les pièges à guillotine, souvent proposés, sont également considérés comme cruels.
Comprendre la nature des animaux qui creusent des galeries dans la pelouse est la clé pour adopter les bonnes pratiques. Qu'il s'agisse d'abeilles solitaires inoffensives, de rongeurs potentiellement destructeurs ou de taupes utiles, chaque espèce a son rôle dans l'écosystème. Une observation attentive et une approche respectueuse de la nature permettront de trouver le juste équilibre pour profiter d'une pelouse saine et d'un jardin vivant.