Le Secret Chromatique des Hortensias et l'Impact du Gène Delphinidine sur le Monde Floral

Les fleurs, par leur diversité de formes et de couleurs, ont toujours fasciné l'humanité, enrichissant jardins et intérieurs de leurs attraits esthétiques. Parmi elles, l'hortensia se distingue particulièrement, non seulement par ses inflorescences exubérantes et denses, mais aussi par une caractéristique étonnante : la capacité de ses fleurs à changer de couleur. Ce phénomène, loin d'être une anomalie ou une maladie, révèle une interaction complexe entre la plante et son environnement, orchestrée par un pigment clé, la delphinidine, et la chimie du sol. Ce principe, qui explique la métamorphose chromatique des hortensias, ouvre également des perspectives fascinantes dans le domaine de l'ingénierie génétique florale, permettant de créer des fleurs bleues là où la nature n'en avait pas prévu.

L'Hortensia : Une Plante Ornementale aux Multiples Facettes

Les hortensias, appartenant au genre Hortensia, sont des arbustes semi-ligneux originaires de Chine et du Japon. Capables d'atteindre jusqu'à 2,5 m de hauteur, ils sont très appréciés pour la composition des jardins et des parcs, ainsi que comme fleurs en vase pour décorer les environnements, grâce à leurs inflorescences exubérantes, grandes, denses et nombreuses. En France, les hortensias que l’on rencontre le plus souvent appartiennent à l’espèce Hydrangea macrophylla. Cette espèce donne son nom à l'une des régions touristiques les plus traditionnelles de l'État du Rio Grande do Sul, la Serra Gaúcha ou région des Hortênsias, soulignant son importance culturelle et esthétique.

La production commerciale de l'espèce est principalement centralisée dans l'État de São Paulo et est réalisée à partir de boutures de l'extrémité des branches, taillées à 8 à 10 cm de longueur, et cultivées dans un endroit protégé jusqu'à l'enracinement complet. Cependant, pour obtenir des plants avec une meilleure qualité de racines, un meilleur nombre de pousses et un meilleur pourcentage d’enracinement, ceux-ci doivent provenir de la partie basale des branches. La période d'enracinement peut varier de 20 à 40 jours après la mise en place des branches dans un substrat adapté. La coupe peut être effectuée directement dans le sol, dans des substrats commerciaux ou dans des bacs à sable, mais en privilégiant toujours une bonne aération et une bonne humidité.

Les plants d'hortensia peuvent être cultivés dans une variété d'environnements car l'espèce s'adapte bien aux climats doux (12 à 21 °C), se développant bien en plein soleil et à mi-ombre et dans un sol humide, exempt d'engorgement. Cette espèce se développe de préférence dans des sols très fertiles et riches en matière organique, mais elle peut également être cultivée sur les pentes et le long des rues et des routes, protégeant et embellissant ces zones. Les hortensias sont peu touchés par les ravageurs et les maladies, mais certains soins phytosanitaires doivent être observés lors de la culture de cette plante ornementale, notamment lors de l'obtention de plants. C’est durant cette période que les champignons présents dans les sols ou substrats contaminés peuvent infecter et provoquer une mauvaise prise des boutures. Au stade adulte de développement, les maladies telles que l'oïdium et la pourriture grise sont les plus importantes pour l'espèce, et leur contrôle repose sur l'élimination des branches et des plantes contaminées, en plus de l'application préventive de fongicides.

Hortensias aux couleurs variées dans un jardin

Le Secret de la Couleur : L'Influence du pH du Sol et la Delphinidine

La particularité la plus célèbre des hortensias est sans doute leur capacité à donner des fleurs bleues ou rouges, mais cette couleur n’est pas fixée pour un hortensia donné et peut changer plusieurs fois au cours de son existence. Si la couleur des fleurs d’un hortensia n’est pas une donnée génétique, le paramètre qui la détermine est l'acidité du sol sur lequel la plante pousse. Le secret des hortensias est qu’il n’existe pas d’hortensias de couleurs différentes en termes génétiques intrinsèques pour la couleur finale, mais des plantes qui acquièrent des couleurs différentes selon leur méthode de culture.

Il est de notoriété publique que les hortensias cultivés dans des sols alcalins, avec un pH proche ou supérieur à 6,5, produisent des inflorescences aux sépales rose rougeâtre et dans un sol acide, avec un pH inférieur à 5,5, ils présentent une couleur bleue. Cette métamorphose chromatique réside dans l'interaction complexe entre le sol et un pigment végétal spécifique : la delphinidine. Ce pigment, également présent dans d'autres fleurs comme les Delphiniums ou les Pieds d’alouette, est sensible aux variations du pH du sol.

Plus précisément, la définition de la couleur des sépales de l’hortensia, la partie colorée des fleurs, apporte un secret. Ils peuvent facilement passer du rouge au bleu, selon la gestion adoptée et les conditions de culture. Cependant, toutes les couleurs sont développées à partir d’un seul pigment principal, une anthocyanine appelée delphinidine 3-glucoside. Ce pigment est une molécule relativement instable sous sa forme libre, mais l'addition d'un sucre en position C-3 (par O-glycosylation) lui confère une meilleure stabilité.

La couleur des hortensias et le pH

Le Rôle Crucial de l'Aluminium et du pH dans la Couleur des Fleurs

L'explication scientifique derrière le changement de couleur des hortensias a été élucidée par le chercheur Kumi Yoshida et son équipe. Ils ont pu montrer que la couleur des hortensias était due au pigment, le 3-glucoside de delphinidine. Si des ions Al3+ sont présents dans le milieu, il se complexe avec le 3-glucoside de delphinidine. Ce complexe produit une couleur bleue. Le passage de la forme rouge à bleue ne dépend pas d'un problème de stabilité du complexe selon le pH, mais plutôt de la présence des cations aluminium.

Dans les sols acides, les hortensias sécrètent de l'acide citrique. Cette acide forme un complexe avec les ions Al3+ présents dans le sol, lequel est ensuite absorbé par la plante. Cet aluminium finit par s’accumuler dans les fleurs, et le pigment 3-glucoside de delphinidine se complexe sous sa forme bleue. En sol acide, généralement avec un pH compris entre 4 et 5, la delphinidine est capable de se combiner avec des ions aluminium présents naturellement dans le substrat. Cette combinaison intensifie la couleur bleue des fleurs. Plus le sol est acide, plus le bleu sera prononcé. Il est à noter qu'un hortensia aux teintes naturellement rouges peut virer au violet dans ces conditions.

À l'inverse, dans les sols basiques, les ions Al3+ ne sont pas absorbés par les hortensias car ils ne produisent pas d’acide citrique. En l'absence d’ion aluminium, le pigment garde la couleur rouge du flavylium. En sol neutre ou basique, avec un pH oscillant entre 6 et 7, la delphinidine ne trouve pas les sels d'aluminium nécessaires à la synthèse du pigment bleu. Par conséquent, les fleurs conservent leur teinte rose d'origine. La manipulation de la couleur des fleurs d'hortensia, du bleu au rougeâtre, peut donc être effectuée par le producteur ou le jardinier lui-même, en modifiant le sol de culture ou son pH.

Schéma de la complexation de la delphinidine 3-glucoside avec l'aluminium

Mécanismes de Détoxification et Stockage de l'Aluminium

Dans le contexte mondial, on estime que 50 % des sols agricoles sont confrontés à des problèmes d'acidification et par conséquent de rejet de métaux toxiques pour les plantes, comme l'aluminium (Al). Dans les zones où sont cultivées des plantes ornementales et/ou dans les sols utilisés dans les pots et les bacs à fleurs, la situation n'est pas différente. Dans des conditions de pH faible, l'aluminium est disponible dans la solution du sol sous sa forme toxique (Al+3), absorbé par la plante et transféré vers la vacuole cellulaire, où il est stocké.

La vacuole occupe une grande partie de la cellule végétale, étant chargée de stocker de manière permanente ou temporaire des substances toxiques pour le métabolisme de la plante, en l'occurrence l'aluminium. Ce mécanisme de détoxification interne développé par les hortensias nécessite la participation de protéines de transport et d'exsudats organiques capables de chélater Al+3, c'est-à-dire qu'ils se lient à cet élément et produisent des substances non toxiques pour la plante, évitant ainsi les dommages cellulaires et permettant son transport à la vacuole. Les hortensias ont également Al+3 stocké dans la vacuole des sépales, où ils forment un complexe bleu stable avec le pigment delphinidine 3-glucoside. Plus la teneur en delphinidine-3-glucoside est élevée, plus l'aluminium peut s'accumuler dans les sépales des fleurs, changeant leur couleur en bleu et/ou l'intensifiant. Des études sur l'espèce ont révélé que les inflorescences aux sépales rouges, violets et bleus du même cultivar accumulaient entre 0-50, 10-100 et 40-500 µg d'Al.+3.g-1 sépales frais, respectivement. Des résultats similaires ont été trouvés dans les feuilles de ces plantes.

Co-pigmentation et Stabilité de la Couleur Bleue

En plus de l'Al+3, d'autres composants internes des sépales sont responsables de la couleur bleue. Le mélange du delphinidine-3-glucoside avec d'autres co-pigments, comme l'acide 5-O-caféoylquinique, l'acide 5-Op-coumaroylquinique ou l'acide 3-O-caféoylquinique, présents dans les vacuoles, confère aux inflorescences une couleur bleutée. Ces co-pigments contribuent à maintenir la stabilité du complexe bleu. Parallèlement, le pH de cette solution cellulaire interne exerce un effet considérable sur le développement de la couleur. En effet, la co-pigmentation est une interaction entre les anthocyanes et d’autres molécules vacuolaires (polyphénols), appelées co-pigments. Cette association présente l’avantage de protéger le chromophore anthocyanique contre la dégradation due à l’augmentation du pH.

Évolution de la Couleur au Cours du Développement de la Fleur

Il est intéressant de noter que les sépales de H. macrophylla CV. HovariaTM 'Homigo' peuvent changer de couleur pendant la maturation et la sénescence, ce qui est une indication du stade de développement auquel se trouvent les plantes. Au début, les sépales apparaissent dépigmentés (blancs), changeant de couleur en bleu, vert et enfin brun rougeâtre. La couleur bleue est le résultat du complexe entre les anthocyanes, les co-pigments et Al+3, qui se dégrade avec la maturation, développant la couleur verte - due à la présence de chloroplastes. Des facteurs tels que le pH du sol, la disponibilité d'Al+3, la présence de co-pigments, le pH vacuolaire et le stade de développement jouent un rôle fondamental dans la couleur des fleurs. Ainsi, la classification des hortensias s'effectue selon leur intensité de couleur ou leur teneur en delphinidine 3-glucoside, quelle que soit la couleur actuelle des sépales, puisque la définition de la couleur est un processus cellulaire complexe et associé aux conditions de culture.

Manipulation des Couleurs : Techniques et Conseils pour les Jardiniers

La manipulation des couleurs est basée sur des pratiques de gestion. Pour obtenir des fleurs bleues chez les hortensias, il est essentiel que le sol soit acide. En Bretagne, par exemple, on peut trouver de magnifiques hydrangeas d’un bleu unique, grâce à la nature de la terre granitique bretonne qui est à la fois acide et riche en oxyde d’aluminium.

Hortensias bleus intenses en Bretagne

Pour favoriser les hortensias bleus, vous pouvez ajouter à 20 litres d’eau d’arrosage 200 g de sulfate d’alumine une fois par an, au début du printemps. Veillez à utiliser de l’eau non calcaire et à étaler les résidus non dissous dans l’eau au pied de la plante. Il est également possible de disposer de l’ardoise au pied de vos hortensias. Une autre astuce pour faire bleuir les hortensias consiste à incorporer de l’ardoise pilée ou des clous rouillés dans le substrat. Cependant, comme pour l’astuce précédente, il vous faudra un sol déjà un peu acide pour que cette solution fonctionne vraiment. Si votre objectif est d'obtenir des hortensias bleus, et que votre sol n'est pas naturellement acide, la culture en pot peut être une excellente alternative. Dans ce cas, vous utiliserez un mélange de terreau et de terre de bruyère, qui recréera des conditions de pH acide permettant aux fleurs de prendre une teinte bleutée. Pensez à offrir à l’arbuste une terre riche en matière organique en ajoutant du compost bien mûr ou du fumier bien décomposé au moment de la plantation. Ensuite, vous devrez veiller aux arrosages, puisque la terre s’assèche plus rapidement lors de la culture en pot et que les hortensias apprécient les sols frais. Vous pouvez d’ailleurs en complément utiliser un engrais bleuissant utilisable en Agriculture Biologique, enrichie en fer, que vous ajouterez dans l’eau d’arrosage. Au moment de la plantation, il faut mélanger environ 100 grammes de sulfate d’alumine dans 10 litres d’eau. En entretien les années suivantes, mélangez environ 10 grammes de sulfate d’aluminium dans 5 litres d’eau. Renouvelez une fois par mois pendant la période de croissance, entre le printemps et la fin de l’été.

Pour obtenir des hortensias de couleur rosée, la taille des buissons, avec l'élimination du plus grand nombre de feuilles, vise à éliminer l'Al+3 accumulé dans les tissus. À son tour, le maintien de l'alcalinité du sol ou proche de celle-ci doit être réalisé avec du chaulage, empêchant ce métal d'être rendu disponible et absorbé par la plante. Dans les régions où le sol est calcaire et alcalin, les hortensias ont tendance à être roses ou fuchsias. Pour encourager ces couleurs, il est possible d’augmenter le pH du sol en ajoutant de la chaux ou de la cendre de bois une fois par an, au début du printemps. Pour ce faire, il suffit d’arroser la plante avec un mélange de 200 g de cendre de bois froide tamisée dans 20 litres d’eau. Si votre objectif est d'obtenir une floraison rose, alors que votre sol est acide, il va être nécessaire de neutraliser cette acidité pour bloquer l’assimilation d’aluminium ou de fer. Pour cela, vous pouvez utiliser de la dolomie, une roche sédimentaire carbonatée. Il s’agit d’un amendement calcaire qui va aider à corriger légèrement le pH du sol. Il s’épand généralement à l’automne, par incorporation légère au croc ou au râteau. Concernant les quantités, reportez-vous aux conseils des fabricants. L’apport de chaux vive est également possible, mais ce produit est beaucoup plus fort. Il peut avoir un impact néfaste sur le long terme sur la santé du sol, en éradiquant tout micro-organisme sans distinction.

Les hortensias blancs ne produisent pas de pigments végétaux, ce qui explique leur couleur blanche. Si vous souhaitez préserver leur couleur blanche, vous pouvez ajouter une dose de vinaigre aux hortensias. Il vous suffit de diluer 500 ml de vinaigre blanc dans 4 litres d’eau, puis d’arroser l’arbuste avec ce mélange. Si votre hortensia perd sa couleur et devient vert, cela peut être dû à une fertilisation inappropriée. Il est important de maintenir un sol acide pour la plante (avec un pH entre 4 et 5) et de fournir de l’engrais à libération lente spécialement conçu pour les plantes se plaisant dans les sols acides.

Au-delà des couleurs bleues ou roses habituelles, certaines variétés d'hortensias nous gratifient de nuances changeantes naturellement. C’est le cas par exemple chez l’Hydrangea paniculata ‘Vanille Fraise’ : ses fleurs sont d’abord blanches et roses, puis elles prennent des nuances rouges. Ces variétés offrent une dynamique visuelle supplémentaire, évoluant au fil de la saison et ajoutant une touche de surprise au jardin.

Au-Delà des Hortensias : La Quête des Fleurs Bleues par l'Ingénierie Génétique

Alors que les hortensias peuvent naturellement offrir une palette de couleurs allant du rouge au bleu grâce à des interactions environnementales et la delphinidine, l'absence de certains gènes empêche de nombreuses autres espèces florales, comme la rose ou l'œillet, de produire cette couleur bleue de manière naturelle. Les couleurs rouge, rose, bleu, violet, ou pourpre des fleurs et des fruits rouges sont dues à des anthocyanes, qui sont constituées d’un pigment (une anthocyanidine), lié à un ou deux sucres (forme hétérosidique).

Dans le domaine horticole, les couleurs variétales sont codées grâce au nuancier spécifique de la charte de la Royal Horticultural Society. Ainsi, la couleur bleu est définie par les codes allant de 98 à 115. Chez les végétaux, les molécules qui absorbent la lumière visible sont les anthocyanes. Il n’existe pas chez la « rose bleue » de véritable pigment bleu à l'état naturel, et pourtant de nombreuses fleurs - principalement chez les plantes vivaces (iris des jardins, lupin, gentiane…), annuelles ou bisannuelles (pensée, myosotis, pétunia…), mais aussi chez les Clématites - présentent ce coloris. À première vue, le manque de roses naturelles réellement bleues est surprenant au regard de toutes les fleurs bleues. Quant aux tentatives de « mariages » (hybridations) pour créer des roses bleues, elles ont toutes échoué. Certes, les noms de baptême de roses incluant le mot bleu ne manquent pas : Blue Parfum, Nil bleu, Rhapsody in blue, Shoking Blue… Mais ce mot relève davantage du rêve des concepteurs que de la réalité, car les teintes vont du mauve au violet.

Si la quête de la rose bleue est vaine, c’est simplement parce que la rose ne possède pas de gène lui permettant de produire un pigment bleu du type anthocyanidine tel que la cyanidine présente dans le bleuet, ou bien la delphinidine que l’on trouve dans le pied d’alouette (delphinium) ou l’hortensia. Pour pallier l’absence de gène dont l’expression conduit à un pigment bleu, l’idée est de transférer le gène de la delphinidine dans l’ADN d’une rose.

Comparaison d'une rose blanche teintée et d'une rose

Des recherches amorcées en 1987, et menées dans le cadre d’un partenariat entre la société australienne Florigene et la société japonaise Suntory, ont conduit en 2004 à la première vraie rose dont la couleur s’approchait du bleu. Elle ne sera commercialisée qu’en 2009 sous le nom de ‘Applause’. Pour obtenir une rose bleue, les australiens de Florigene et les japonais de Suntory ont donc choisi de modifier le code génétique de la rose. Premièrement, il a fallu bloquer la production du pigment rouge, qui est naturellement présent dans la rose. Dans ce but, ils ont fait en sorte de rendre « silencieux » le gène qui code pour la dihydroflavonol reductase (DFR), enzyme qui permet la production du pigment rouge. Pour cela, ils ont utilisé un mécanisme naturel de dégradation de l’ARN : sans ARN, la transmission des instructions génétiques de l’ADN aux ribosomes, qui fabriquent les protéines n’est plus assurée. Deuxièmement, il a fallu rendre possible la production du pigment bleu en insérant dans l’ADN de la rose un gène qui code pour un pigment bleu : le choix s’est porté sur celui de la delphinidine, présente dans la pensée Viola tricolor hortensis. Les chercheurs ont ensuite inséré un gène d’iris qui code pour une enzyme permettant cette production. Enfin, il s’est avéré indispensable de modifier le code génétique de sorte que le pH du milieu cellulaire soit tel que la couleur du pigment reste bleue et ne vire pas au rouge. In fine, malgré l’optimisation de toutes les étapes, la rose obtenue reste d’un bleu violacé, un résultat quelque peu décevant puisque la couleur de la rose génétiquement modifiée est d’un bleu très violacé. Cependant, les chercheurs ne cessent d’améliorer le processus pour se rapprocher toujours plus d’une véritable rose de couleur bleue.

L'Œillet Transgénique : Un Exemple de la Voie de la Delphinidine

Un autre exemple notable de l'application de l'ingénierie génétique pour introduire la couleur bleue est l'œillet transgénique, commercialisé par Florigene. Les œillets ne possèdent pas une partie de la voie de biosynthèse des anthocyanes qui est responsable de la production de delphinidine. En particulier, les œillets ne possèdent pas le gène qui code pour l'enzyme flavonoïde 3’5’ hydroxylase (F3’5’H) qui convertit le dihydrokaempferol (DHK) en dihydroquercetine (DHQ) et ensuite en dihydromyricetine (DHM). Dans les œillets génétiquement modifiés, le gène codant pour l’enzyme flavonoïde 3’5’ hydroxylase a été isolé à partir d'autres espèces végétales et a ensuite été transféré chez l'œillet. La Delphinidine est ainsi produite à partir de la combinaison entre l'expression des gènes introduits et les gènes endogènes au sein de la voie de biosynthèse des anthocyanes. La production de delphinidines entraîne un changement de la couleur de la fleur.

Les plantes transgéniques contiennent aussi le gène ALS (SuRB), codant pour la protéine acetolactate synthase (ALS), dérivé du tabac. L'expression de ce gène confère la résistance aux herbicides de la famille des sulfonylurés permettant ainsi la sélection de l'œillet transgénique dès les premiers stades du développement au cours de la culture des tissus.

La couleur des hortensias et le pH

Sécurité et Environnement des Fleurs Génétiquement Modifiées

Les fleurs de Florigene sont importées dans l'UE à partir de fermes basées en Amérique du Sud. Un point important concerne la sécurité et l'environnement de ces fleurs transgéniques. Les fleurs n’induisent pas plus de risques pour l'environnement que d’autres œillets coupés pour la production florale, que cela soit pour l’Europe ou l’Amérique du Sud. Il y a trois voies possibles de dispersion de gène, mais aucune ne peut s’appliquer aux fleurs d'œillet importées.

La première voie est la propagation végétative des fleurs coupées importées, causant ainsi le développement de populations sauvages. Cependant, l'œillet ne peut pas se développer par propagation végétative, car la plante ne possède ni stolons, ni rhizomes, ni pousses racinaires, ni tubercules et ni bulbes. Des racines ne pourront pas se développer à partir des déchets des fleurs coupées ou vieillies. Florigene a de l'expérience dans les productions à grande échelle d'œillet dans les pays suivants : Australie, Japon, Colombie et Équateur, et des productions d’œillets sauvages n'ont jamais été enregistrées même dans le voisinage immédiat des zones de productions d'œillet où des déchets ont été entreposés ou ont été utilisés en tant que compost.

La deuxième voie est la production et la dispersion de graines issues de fleurs coupées importées qui résulterait d’une autofécondation ou de fertilisation croisée avec du pollen extérieur. Pour que la dispersion de gène, par production de graines à partir de fleurs coupées, se passe, il faudrait que tous les événements suivants aient lieu et ce de façon consécutive : des grains de pollens viables se déposeraient sur les stigmates de l'œillet, ces grains de pollen germeraient, les tubes polliniques se développeraient jusque dans l'ovule de l'œillet, les fécondations auraient lieu, la plante produirait des graines et ces graines se disperseraient. Une pollinisation réussie sur une fleur coupée d'œillet, dans un vase, est extrêmement improbable, de plus ces fleurs ne pourraient pas produire de graines parce que normalement sur la plante d’œillet, le développement des graines prend au moins 5 semaines, ceci pour permettre à l’embryon de se développer normalement. Alors qu’une fleur coupée se fanera rapidement et ne pourra donc pas avoir le temps nécessaire à la production de graines.

La troisième voie est la production de graines à partir de fleurs fécondées, fertilisées par du pollen provenant des fleurs coupées importées. Il y a de nombreux constats et faits qui indiquent que la dispersion de gènes ne peut se produire par flux de pollen et ceci pour les raisons suivantes : Premièrement, le flux de pollen à partir d’une fleur coupée n’est possible que théoriquement. En général chez l’œillet, la production de pollen viable est beaucoup plus faible que celle des espèces sauvages Dianthus. Dans la nature, la fécondation chez les Dianthus se fait par le biais d’insectes pollinisateurs et cette hybridation s’achève avec l’intervention de lépidoptères (papillons, mites). Le pollen ne se répand pas par le vent. Les insectes accèdent facilement aux fleurs coupées sur les étalages ou chez les consommateurs car les pétales des fleurs sont alors ouverts. La fleur d’œillet est constituée de nombreux pétales et constitue une barrière pollinique lorsque la fleur est fermée.

Sécurité et Santé Humaine : Les Fleurs Transgéniques

En ce qui concerne la sécurité et la santé humaine, il n'y a aucun risque à manipuler des fleurs d'œillet transgéniques, de plus ces fleurs ne produisent pas de pollen qui puisse être transporté par le vent. L'œillet est utilisé à but ornemental depuis des siècles et par de nombreux consommateurs. L’œillet produit pour la première fois de la delphinidine, et il y a de nombreuses fleurs et d'autres espèces ornementales qui produisent de la delphinidine. La delphinidine est aussi présente dans de nombreux aliments crus, tels que le raisin, les airelles et beaucoup d'autres. Ainsi toute consommation accidentelle de ces fleurs ne poserait aucun risque à la santé humaine. Des études scientifiques ont même montré que la delphinidine, un anthocyanidine présent dans les fruits et légumes pigmentés, protège les kératinocytes humains HaCaT et la peau de souris contre le stress oxydatif et l'apoptose médiés par les UVB. Elle réduit également la prolifération cellulaire et induit l'apoptose des cellules de cancer du poumon non à petites cellules en ciblant les voies de signalisation EGFR/VEGFR2.

Le Processus de Contrôle et la Réglementation des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM)

Les variétés d'œillet de Florigene sont génétiquement modifiées et, après une évaluation approfondie, elles ont été approuvées pour la vente en Europe. Les réglementations Européennes qui régulent la mise sur le marché de produits génétiquement modifiés dans l'Union Européenne sont la directive 2001/18/EC, les règlements 1946/2003, 64/2004 et 1830/2003, et les décisions 2004/204/EC, 2002/812/EC, 2002/623/EC et 2002/811/EC. Un numéro d’identification unique a été délivré à chacune des variétés de Florigene, assurant une traçabilité rigoureuse de ces produits sur le marché. Ce cadre réglementaire strict vise à garantir que tout organisme génétiquement modifié mis sur le marché respecte les normes élevées de sécurité pour la santé humaine et l'environnement.

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