Le monde des plantes aromatiques regorge de richesses, mais peu possèdent une aura aussi singulière que celle du Géranium Bourbon. Pour commencer pas d’amalgame, le géranium est susceptible. Ne lui dites pas qu’il ressemble à la rose, même si les deux fragrances se confondent. Ne lui dites pas que c’est un voyageur du monde, il vous répondra qu’il vient d’Afrique Australe. Mais surtout, ne lui dites jamais qu’il est banal, même si on recense plus de 500 espèces différentes. On préfère le brosser dans le sens du poil, ou de la tige plutôt, pour qu’il révèle ses formidables propriétés.
Issu de la famille des Géraniacées, on le trouve aujourd’hui un peu partout dans le monde : en Chine d’abord, puis en Egypte, au Maroc, en Italie, en Espagne ou encore à la Réunion et à Madagascar. Mais ne vous y trompez pas, tous ces géraniums peuvent s’avérer extrêmement différents. Pelargonium x asperum Ehrh, originaire d'Afrique du Sud, le géranium rosat est cultivé dans le monde entier mais sa localisation détermine fortement sa composition biochimique.

Les origines d’une culture d’exception
Au même titre que la rose, le jasmin ou encore la lavande, le géranium a longtemps été cultivé dans la région de Grasse, célèbre pour sa tradition de culture de plantes à parfums. Et plus précisément le Géranium Rosat ou Pelargonium Graveolens. Sa culture commence au XIXe siècle. A l’origine, l’idée était de remplacer la véritable rose de Damas (Rosa Damascena) dont la production devenait rare et excessivement chère.
Le Géranium est un grand frileux. Ne supportant pas le gel, les producteurs grassois doivent chaque année replanter de nouvelles souches. C’est pour cette raison qu’il a très vite été implanté sur l’île de La Réunion (dès 1870), d’où lui vient le nom de Géranium Bourbon. Cultivé sur les hauts plateaux à plus de 800m d’altitude sur des sols riches, il y trouve des conditions optimales pour se développer et produire une huile essentielle de qualité exceptionnelle.
C’est précisément ce géranium que nous avons choisi de sourcer depuis 2013. Traditionnellement, on trouve des cultures de Géranium Rosat sur le bassin méditerranéen, en Chine, à La Réunion et dans de nombreux pays d’Afrique Australe (incluant l’Afrique du Sud ou Madagascar). Précisément dans les régions où les températures sont douces (il ne doit pas y avoir de gelées). Il mesure entre 60cm et 1m50 et pousse sur des sols drainants moyennement riche en humus. Précisons que pour sa culture en plante aromatique, on le taille généralement pour qu’il ne dépasse pas les 80cm. Par ailleurs, cette plante vivace aime les bains de soleil et prospère dans les clairières particulièrement exposées à la lumière. Il apprécie également de boire une grande quantité d’eau, mais uniquement au printemps et en été.
L'engagement agroécologique et la préservation locale
L’association Cœur de Forêt développe la filière de Géranium Bourbon dans la région d’Antsirabe à Madagascar. Cette culture fait partie d’un projet d’expérimentation in situ sur plusieurs hectares qui vise à optimiser les techniques de production agroécologiques. Tout en s’adaptant au contexte pédoclimatique local. Ce projet se segmente en 4 pratiques clés. On trouve d’abord les cultures associées ou l’association de plusieurs plantes aromatiques sur une même parcelle agricole. Puis l’agroforesterie qui, en intégrant dans ce microcosme de la faune et des arbres, favorise l’optimisation des ressources tout en créant un environnement propice à la biodiversité. Ensuite, la fertilisation biologique, c’est à dire l’application de fertilisants uniquement organiques.
Rappelons d’abord le contexte. Madagascar est un pays extrêmement pauvre, en proie à une instabilité politique permanente et à un taux de corruption très élevé. Il est confronté à un pillage massif et croissant des ressources naturelles. Et si l’île était autrefois très largement recouverte de forêts, le constat est aujourd’hui alarmant. On estime qu’elle ne représente plus que 7% du territoire total. Et la tendance n’est toujours pas au reboisement, au contraire. C’est donc tout un écosystème qui est en péril, alors même que Madagascar possède un des taux d’endémisme les plus élevés sur Terre. Le géranium bourbon ne fait pas exception. Pire, victime de sa propre renommée, il fait l’objet d’une culture massive ses dernières années, et malgré ses propriétés vivaces, la plante finit par dépérir au bout de 2 à 3 ans. Si bien qu’il faut régulièrement replanter des pousses pour faire durer l’espèce. Ainsi œuvrer avec Cœur de Forêt et valoriser la plante grâce à son huile essentielle, c’est développer une alternative économique à la déforestation.
Distillation du Géranium à la CAHEB - Le Tampon, île de la Réunion.
Procédés de distillation et extraction
Les feuilles de géranium fraîchement coupées sont ensuite distillées à la vapeur d’eau pour obtenir une huile essentielle riche en citronellol et géraniol. Tout est fait sur place, dans des infrastructures entièrement financées par l’association (alambic, puits, pompes à eaux, etc). À noter que les rendements sont très faibles, et qu’il faut en moyenne 500kg de feuilles pour obtenir 1 litre du précieux liquide. Chaque année, c’est ainsi quelques centaines de kilos d’huiles qui sont confectionnées et revendues à des prix indexés sur le coût réel de la vie afin que les agriculteurs soient justement rétribués de leur travail.
Dans l’alambic, les plantes sont traversées par de la vapeur d’eau issue d’une cuve d’environ 250 litres. Lorsque l'eau bout, la vapeur fait éclater les poils glanduleux des feuilles de géranium entassées dans la cuve (environ 350kgs) et entraîne les huiles essentielles volatiles dans un col de cygne. A la sortie du récipient, cette vapeur d’eau qui s’est enrichie de l’huile essentielle est condensée dans un serpentin maintenu au froid. Le liquide recueilli se compose d’huile essentielle et d’eau florale (ou hydrolat). L’huile essentielle étant plus légère que l’eau, les deux liquides issus de la distillation sont séparés dans un appareil appelé séparateur ou essencier. Une « cuite » dure plus de trois heures.
Le Géranium dans l’histoire de la parfumerie
Dans l’histoire, le géranium s’est rapidement imposé comme un incontournable de la Parfumerie. D’abord en Egypte ancienne, où on le considère comme un parfum floral divin. Autant grâce aux vertus embellissantes qu’on lui attribue que pour sa fragrance envoûtante. Et c’est à peu près tout jusqu’au XIXe siècle, date de sa première distillation par le chimiste français César Auguste Recluz. Sa culture s’est alors largement développée dans la région de Grasse à deux raisons. La première, pour remplacer une fleur emblématique, l’unique Rosa Damascena, qui devenait aussi rare que chère. Le géranium est ainsi devenu une alternative crédible à la Rose, avec des notes similaires, à la fois rondes, douces et fleuries. La seconde, c’est qu’il est devenu indispensable pour reproduire des notes fougères. En fait, et encore aujourd’hui, on ne sait pas créer de note fougère autrement qu’en mélangeant plusieurs matières naturelles, ou simplement en la copiant synthétiquement. Et le géranium est l’ingrédient phare à ce titre. Notez enfin que son parfum est d’abord utilisé pour des créations masculines.
Propriétés thérapeutiques et pharmacologie
Le géranium, c’est aussi une matière généreuse et formidable pour soigner les bobos du quotidien. C’est la matière à tout faire, ou plutôt à tout bien faire. Une page entière ne suffirait pas pour lister ses propriétés, mais on se laisse tenter par le jeu. Elle est tonique, antiseptique, astringente, antifongique, cicatrisante, antibactérienne, hémostatique, anti-infectieuse, anti-inflammatoire, stimulante hépatique, stimulante lymphatique, tranquillisante, apaisante nerveuse, répulsive. Surtout, c’est l’une des rares huiles essentielles à agir physiquement sur l’organisme, au même titre qu’une hormone.
Des études scientifiques ont documenté ses capacités :
- Antifongique, potentialise les effets de l’amphotéricine B et du kétoconazole sur Aspergillus sp.
- Antibactérien, notamment contre les souches résistantes aux antibiotiques.
- Anti-inflammatoire, par suppression de l'accumulation des neutrophiles.
- Anti-âge et antioxydant, limitant la production de dérivés réactifs de l'oxygène.
Applications cosmétiques et usage quotidien
Le Géranium Bourbon est généralement utilisé soit sous forme d'huile essentielle, soit sous forme d'hydrolat. De par ses propriétés, son huile essentielle comme son hydrolat peuvent être utilisés pour tous les types de peau: matures, sensibles, grasses et sujettes à des imperfections ou sèches et inconfortables.
L'intérêt de l'hydrolat est qu'il convient à tous, sans les restrictions qui peuvent exister pour les huiles essentielles. En beauté, l'hydrolat de géranium bourbon est reconnu pour être un équilibrant cutané, du fait de ses propriétés astringentes et purifiantes, un apaisant cutané et anti-inflammatoire, et un tonique cutané qui redonne de l’éclat à la peau et unifie le teint. L'huile essentielle de Géranium Bourbon est incontournable pour les soins de la peau, avec un grand pouvoir régénérant cutané et cicatrisant. On va l’employer comme tonique cutané pour les peaux atones, mais aussi pour les plaies, les brûlures, les ulcérations, les vergetures, les engelures, les dartres. Grâce à ses propriétés antiseptiques, l’huile essentielle du géranium bourbon est aussi largement employée en cas d’acné, de psoriasis, d’impétigo, d’eczéma, de mycoses, candidoses, prurits, etc.

Même si cela peut surprendre, le géranium peut être utilisé en cuisine. Bien que cela ne semble pas évident au premier abord, ses feuilles et ses fleurs sont parfaitement comestibles. D’ailleurs pour l’anecdote, à l’époque Victorienne, notamment lors de repas mondains, il n’était pas rare de trouver des feuilles de géranium pour décorer la table que l’on pouvait grignoter sans se gêner.
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