L'Âme des Jardins : Outils Anciens Fabriqués en Angleterre, Reflets d'un Savoir-Faire Intemporel

L'art du jardinage, loin d'être une simple activité de loisir, a toujours été intimement lié à l'histoire des civilisations, à leurs évolutions sociales et économiques, et à leur rapport à la nature. Au cœur de cette histoire, les outils de jardinage occupent une place de choix, véritables prolongements de la main du jardinier, témoins silencieux d'un savoir-faire ancestral. L'Angleterre, en particulier, a vu naître et prospérer une tradition d'excellence dans la fabrication d'outils de jardinage, des pièces souvent remarquables par leur ingéniosité, leur robustesse et leur élégance. Ces outils anciens, façonnés avec soin et précision, ne sont pas de simples instruments, mais des objets chargés d'histoire, racontant l'évolution des techniques horticoles, les aspirations d'une société, et l'empreinte indélébile d'une culture.

Vieux outils de jardin en bois et en métal

L'Héritage du Forgeage : La Famille Krumpholz et la Tradition d'Excellence

L'excellence dans la fabrication d'outils de jardinage est souvent le fruit d'un héritage transmis de génération en génération, d'un savoir-faire affiné par des siècles de pratique. La famille Krumpholz, installée dans la forêt de Franconie, incarne parfaitement cette tradition. Leur histoire débute en 1799 avec l'acquisition de leur première martellerie, le marteau de Guttenberg, marquant le début de la fabrication d'outils et d'objets du quotidien en fer forgé. Aujourd'hui, la huitième génération perpétue cet héritage, produisant des outils de jardinage d'une qualité exceptionnelle.

Ces outils, issus de leur site de production modernisé et agrandi, sont le résultat d'un processus méticuleux. Façonnés sous le poids du marteau de forge, ils sont conçus pour répondre aux exigences spécifiques de chaque tâche. L'acier utilisé, un alliage suédois contenant du chrome-molybdène, est choisi pour sa ténacité, sa solidité et sa facilité d'entretien. Le forgeage à forme libre, une technique exigeant un savoir-faire et un sens de la mesure particuliers, permet de créer des outils robustes, compactés et renforcés là où c'est nécessaire, dotés d'arêtes affûtées et de lames précises. Les manches, quant à eux, sont souvent confectionnés en bois de frêne de grande qualité, assurant une prise en main confortable et une durabilité accrue.

Parmi ces outils, la truelle à planter se distingue par sa polyvalence. Sa version étroite la rend idéale pour de nombreux travaux. En forme de pelle, elle facilite le versement de la terre dans les pots et les bacs lors de la plantation, minimisant les pertes. Sa pointe affûtée est tout aussi efficace pour creuser des trous de plantation avec sa longue lame forgée que pour saisir et arracher les mauvaise herbes profondément enracinées, offrant ainsi une solution complète pour le soin des parterres.

L'Arrosoir et la Théière : Symboles d'une Culture et d'un Empire

L'histoire des outils de jardinage est indissociable de l'évolution des modes de vie et des aspirations sociales. L'engouement des élites pour le jardinage, particulièrement marqué aux XVIIIe et XIXe siècles, ne s'accompagnait pas toujours d'une inclination pour les tâches physiques parfois ingrates. Bêcher, arracher les mauvaises herbes, ou transpirer sous le soleil n'était pas toujours du goût des classes aisées. C'est dans ce contexte que l'arrosoir acquiert une dimension particulière, dépassant sa simple fonction utilitaire pour devenir un symbole.

Le charmant arrosoir, plus adapté à l'usage et à la symbolique des classes aisées, prend soin des plantes déjà en terre, leur dispensant la juste quantité d'eau nécessaire à leur croissance. Il incarne la mesure, le soin attentif, et le développement harmonieux. Son bruit délicieux et ses aspersions gracieuses évoquent une pluie d'été, loin de la brutalité des baquets d'eau jetés en nappes épaisses. L'arrosoir verse une "libation" propice à la vie, tandis qu'un simple seau risque d'inonder de manière aléatoire.

Arrosoir en cuivre ancien

Il est fascinant de constater le lien étroit entre l'arrosoir et la théière. Un potier ne s'y trompe pas : il conçoit souvent ces deux objets de manière similaire, reconnaissant leur difficulté de fabrication comparable et leur fonction commune d'arroser des éléments vivants - plantes pour l'un, feuilles de thé pour l'autre. La théière, tout comme l'arrosoir, permet de verser avec précision, et son bec, placé au milieu ou en bas de la panse, la différencie de la cafetière.

L'engouement pour la botanique et l'horticulture au XVIIIe siècle distingue les cultures nobles des pratiques plus communes des paysans. Ce phénomène avait déjà pris une ampleur considérable au XVIIe siècle avec la culture des agrumes, nécessitant la construction d'orangeries pour protéger ces espèces fragiles du climat européen. L'expansion de l'empire colonial a alimenté cet engouement, introduisant en Europe plus de 5000 espèces végétales provenant de tous les continents depuis le XVe siècle.

Cette passion pour les plantes exotiques s'est développée parallèlement à l'essor de l'Empire britannique. L'introduction du thé en Angleterre au XVIIe siècle, suite au mariage de Catherine de Bragance avec le roi Charles II, a joué un rôle crucial. Le climat froid et pluvieux de l'île a favorisé la consommation de thé, en faisant une boisson emblématique de la culture britannique. Le commerce du thé, d'abord aux mains de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, puis développé par la Grande-Bretagne, est devenu une marchandise emblématique de son pouvoir mondial. L'essor de l'horticulture et la spécialisation des arrosoirs ont suivi un chemin parallèle à cette montée en puissance économique.

Le XVIIIe siècle a été marqué par de nombreuses expéditions scientifiques et botaniques. En 1763, les Britanniques ont pris le contrôle de l'Inde aux Français, et après la chute de l'Empire napoléonien, la Grande-Bretagne a rapidement étendu son influence sur de nombreux territoires en Afrique, en Asie et en Océanie. L'arrosoir et la théière deviennent ainsi des symboles de cette domination par les plantes, reflétant l'appropriation et la domestication des richesses végétales du monde par l'Empire britannique.

Le "grand vol du thé" (The Great Tea Robbery) en 1848, orchestré par le botaniste Robert Fortune, a marqué la fin du monopole chinois sur la production de thé et le déclin de l'empire du Milieu. Fortune a non seulement rapporté des théiers chinois en Grande-Bretagne, mais aussi de nombreuses autres espèces végétales, enrichissant considérablement la flore anglaise et européenne. Ces plantes exotiques, cultivées dans les jardins et les serres britanniques, ont contribué à familiariser les foyers avec les lointaines possessions de l'Empire. La littérature abondante consacrée aux jardins dans la seconde moitié du XIXe siècle, ainsi que la consommation généralisée de thé, attestent de cet engouement populaire. Le jardin anglais et l'afternoon tea sont devenus les signatures de l'anglophile averti.

John Haws : L'Empereur de l'Arrosoir et l'Innovation au Service du Jardinier

L'innovation et l'amélioration des outils de jardinage ont été une constante tout au long de l'histoire. John Haws (1809-1858) est une figure emblématique de cette quête d'excellence. En 1894, la National Chrysanthemum Society lui décerne sa médaille d'or pour son arrosoir révolutionnaire, reléguant les modèles concurrents au rang de simples "pots percés en ferraille".

L'expérience de Haws, acquise lors de son poste à l'île Maurice où il cultivait de la vanille sous serre, l'a confronté aux défis de l'arrosage des plantes grimpantes. La nécessité d'apporter de l'eau verticalement, sans inonder les racines ni éclabousser le jardinier, l'a poussé à concevoir un arrosoir novateur. Il a allongé le goulot pour atteindre plus facilement les hauteurs, et a astucieusement séparé la fonction de transport de celle d'arrosage en plaçant une première anse pour le transport et une seconde, fixée à l'arrière, pour un arrosage précis.

Dessin technique d'un arrosoir Haws

Les roses amovibles ont également fait l'objet d'une attention particulière. Haws a développé une rose oblongue, en plus des roses classiques à pommeau rond, améliorant la diffusion de l'eau. Fabriqués en cuivre puis en acier galvanisé, les arrosoirs Haws ont connu un succès immédiat. Élégants, pratiques et typiquement britanniques, ils sont devenus l'outil de prédilection des jardiniers raffinés et ont été largement copiés, mais jamais égalés. La production des arrosoirs Haws a traversé différentes localisations, de Clapton à Bishop's Stortford, puis Stourbridge, et aujourd'hui Smethwick, témoignant de la pérennité de leur conception.

L'Arrosoir Ouvrier : L'Outil au Service de l'Industrialisation et de la Vie Quotidienne

Loin des serres luxuriantes et des jardins anglais, l'ère industrielle a transformé le paysage social et économique, entraînant un exode rural vers les villes nouvelles. Si les promesses d'une vie citadine meilleure ne se sont pas toujours réalisées, l'octroi d'un lopin de terre par les entreprises à leurs salariés a permis d'améliorer leur quotidien et de renouer avec la nature. Cette initiative patronale, motivée par le désir de stabiliser une main-d'œuvre mobile, a favorisé la création de jardins ouvriers.

En France, dès 1896, l'abbé Lemire fonde la Ligue du Coin de Terre et du Foyer, rebaptisée plus tard Fédération Nationale des Jardins Familiaux. En Angleterre, les jardins ouvriers sont apparus plus tôt, dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, répondant à un besoin de subsistance et de lien social. L'arrosoir en fer blanc, produit de l'industrialisation, est devenu un outil essentiel pour ces jardiniers modestes. Bien qu'humble, il symbolise la résilience et la capacité à cultiver la terre, même dans des conditions difficiles.

Alors que l'eau courante se propageait dans les villes, le jardinier ouvrier devait encore puiser l'eau pour irriguer son lopin. Cet arrosoir, indispensable pour animer les plantes et leur prêter vie, permettait de cultiver des légumes, quelques arbres fruitiers et de jolies fleurs, entretenus pour le plaisir de la contemplation. L'ouvrier renouait ainsi avec l'humilité du jardin médiéval, trouvant dans cette activité une source de subsistance et parfois de réconfort spirituel.

Un Inventaire d'Outils : Reflets d'un Savoir-Faire Ancestral et de la Vie au Jardin

L'inventaire d'une collection d'outils de jardin peut sembler austère, mais il révèle la beauté intrinsèque du savoir-faire du jardinier. Guillaume Pellerin, dans son château familial du Cotentin, a rassemblé près de quatre mille outils artisanaux, tandis que dans une grange de Wallonie, en Belgique, une collection de deux mille objets, allant des bêches aux sécateurs, en passant par des outils de ferme, témoigne de la vie d'un village d'autrefois.

Depuis le Moyen Âge jusqu'au milieu du XXe siècle, les tâches du jardinier ont peu évolué : bêcher, ratisser, sarcler, tailler, semer, récolter… La plupart des outils en bois étaient fabriqués par le jardinier lui-même, tandis que le forgeron se chargeait de la fabrication des lames. Certains outils étaient même ornés de motifs floraux, de cœurs, ou portaient les initiales de leur propriétaire.

La bêche, instrument fondamental, sert à creuser et remuer la terre. Son action aère le sol, détruit les mauvaises herbes, enfouit les engrais, facilite la germination et la pénétration des racines. Sa forme trapézoïdale, plus fine en bas et plus épaisse en haut, et sa lame plus ou moins concave facilitent le retournement de la terre. La largeur et la longueur de la lame s'adaptent à la nature du sol. Une traverse au-dessus de la lame permet d'appuyer le pied pour doubler la force. Dans certaines provinces, elle est appelée louchet. La bêche fourchue ou crochet plat est idéale pour remuer les terres argileuses, tenaces et caillouteuses, là où la bêche classique peine à pénétrer. Elle permet également un travail délicat entre les arbustes et les arbres fruitiers sans abîmer les racines. La version plus petite, le bêchelon ou la houlette transplantoir, est utilisée pour des travaux plus précis.

Collection d'anciennes bêches et pelles

La pelle, constituée d'une plaque d'acier, sert à la manutention de la terre, du charbon, du terreau ou du sable. Elle est utile pour les travaux de terrassement, le transport de récoltes comme les pommes de terre et les betteraves, et la création de sentiers. La pelle à grains, entièrement en bois, représente un outil primitif, la "charrue du pauvre", utilisée par un geste millénaire pour frapper la terre.

La houe, instrument coudé à long manche, est armée d'une lame de fer emmanchée obliquement. Elle est généralement composée d'une partie pointue, le pic, et d'une partie large et coupante, la panne, reliées par un œil pour le manche. La pioche sert au défoncement. Parfois, la panne est remplacée par deux ou trois dents, permettant alors des labours légers et des binages. Le binage, utile pour ameublir le sol superficiellement, sarcler la terre en surface, l'aérer et couper les herbes indésirables, maintient le sol humide en freinant l'évaporation. La binette, très légère, est un petit outil muni d'un fer mince et plat ou de dents, relié au manche par une douille en forme de col de cygne.

Le sarclage, l'enlèvement des herbes nuisibles, s'accompagne d'un ameublissement du sol en surface. Les plantes nécessitant des sarclages fréquents incluent les pommes de terre, betteraves, carottes, etc. Le sarcloir possède une lame plate, plus ou moins large, munie d'un manche long ou court. La griffe, munie de 2 à 5 dents rassemblées en une griffe étroite, permet le surfaçage. Par un mouvement de rotation, elle émiette les terrains légers, enfouit les engrais et déloge les mauvaises herbes, laissant passer les petits cailloux qui aèrent la terre.

Le cultivateur, muni de 3 à 5 dents recourbées terminées par de petits éperons, pénètre le sol comme une herse lorsqu'on le tire. Il est utilisé pour émietter et égaliser le sol après le bêchage. La serfouette est un outil à double usage avec un fer étroit et un côté fourchu. Le côté fourchu sert à émietter le sol ou à lutter contre les mauvaises herbes à racines profondes, tandis que la lame sert à scarifier les cultures et à couper les mauvaises herbes au ras du sol. Elle est bien adaptée pour un léger binage autour des plantes serrées.

La hache, outil ancestral monté sur un manche en bois, était initialement en pierre taillée. Aujourd'hui, sa lame en fer ou en métal sert à couper du bois. La cognée sert à abattre les arbres ou à fendre du bois. La scie, formée d'une lame d'acier mince avec des dents taillées, est utilisée pour couper du bois. Les branches des arbustes sont taillées avec une serpe ou une serpette. La serpe est un couteau à manche épais, droit ou arqué, dont la lame unique est tranchante, cintrée et pointue, produisant une section nette sans écrasement. L'émondage consiste à supprimer les jeunes branches inutiles des arbres. Un outil bordé de plusieurs parties tranchantes permet de couper des branches en hauteur.

Collection de vieux sécateurs et cisailles

Le sécateur, habile mélange entre ciseaux et tenailles, est une cisaille aiguisée servant à couper les tiges des plantes herbacées et les petites branches des buissons. Le sécateur à ressort se manie d'une seule main, avec une mâchoire en forme de croissant servant de point d'appui et une lame tranchante. Un ressort commande l'écartement des mâchoires. Le sécateur élagueur se manœuvre à deux mains pour couper de gros rameaux. La cisaille est utilisée pour tailler les topiaires, les haies et les bordures de buis.

La faucille, formée d'une lame en acier courbée en forme de croissant, sert à couper les céréales ou faucher les herbes. La faux, composée d'une lame tranchante et d'un manche en bois, permet de faucher de grandes surfaces. La lame, une tôle d'acier mince, est renforcée par une nervure. L'armature en bois sur le manche aide à recueillir les tiges coupées. L'affûtage de la lame se fait par battage et affilage à l'aide d'un couteau ou d'une pierre. Le fléau sert au battage des céréales, formé d'une batte en bois dur reliée à un manche par un lien en cuir.

Le râteau, monté sur un manche en bois avec des dents en bois, en fer ou tout en fer, sert à émietter la terre et éliminer les petits cailloux. Le râteau à dents de fer permet de pulvériser les mottes superficielles, de niveler le sol, d'enterrer les graines et de ramasser les éléments gênants. La fourche, en bois ou en fer, à deux ou plusieurs dents, sert à la manipulation des fourrages, fumier, paille ou compost. Le paillis, répandu en surface, diminue l'évaporation, empêche la terre de durcir et étouffe les mauvaises herbes. La fourche en bois est faite d'un seul morceau de bois. La fourche crochue, proche du croc, est un outil puissant pour niveler les terrains en profondeur. Les fourches à dents pointues conviennent aux terrains pierreux, tandis que celles à dents larges et égales sont adaptées aux bonnes terres de jardin.

La mise en place des jeunes plants se fait grâce à un plantoir, un pic métallique ou en bois avec un manche droit ou recourbé, servant à faire des trous pour installer les plants. Pour les plantes plus volumineuses, le transplantoir, similaire à une petite pelle, est utilisé. Le cordeau sert à tracer les alignements des planches, sentiers et plates-bandes, et guide le semis et la plantation en ligne droite.

Les premiers arrosoirs étaient en terre cuite, lourds et fragiles. Au XVIIIe siècle, les arrosoirs des belles demeures brillaient de cuivre et variaient par la taille et la forme de leur anse. Plus tard, dans les fermes, ils furent fabriqués en zinc, en tôle ou en fer, plus ou moins ventrus ou aplatis, avec une anse arrondie.

Les attelages de bœufs, vaches et chevaux tractaient des chariots chargés de foin, de gerbes de céréales ou de betteraves, ainsi que divers outils pour travailler la terre. Le collier était la pièce maîtresse du harnais des animaux de trait.

L'héritage des outils de jardin anciens fabriqués en Angleterre, et plus largement en Europe, est un témoignage précieux d'un savoir-faire qui a traversé les siècles. Ces objets, forgés avec passion et précision, continuent d'inspirer et de nous rappeler l'importance du lien entre l'homme, la terre et le temps.

Le charme des jardins anglais - Échappées belles 4K

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