Les engrais verts, tels que la moutarde, le colza, la phacélie ou encore la mâche, enrichissent le sol en azote. Leur utilisation est une bonne technique pour occuper astucieusement les parcelles nues de votre potager pendant l'hiver. L’engrais vert est le summum de la technique bio au potager. Il consiste à enrichir et améliorer le sol en y faisant pousser certaines plantes. Utilisés pour préparer les sols avant leurs mises en culture ou entre deux cultures, les engrais verts remplacent les plantes vivaces, ou annuelles, que la nature ferait pousser autrement afin de couvrir le sol.

Les fondements biologiques et structurels des engrais verts
Les engrais verts sont des alliés précieux pour une agriculture durable et respectueuse de l'environnement. Utilisés depuis des siècles, ces plantes permettent d'améliorer la fertilité des sols, de contrôler les mauvaises herbes et de prévenir l'érosion. Les racines des engrais verts ameublissent le sol en profondeur, tandis que la biomasse générée produit, en se décomposant, un humus actif qui améliore la structure de la terre, rendant celle-ci plus résistante aux agressions et plus facile à travailler.
Les engrais verts de la famille des légumineuses (ou Fabacées) fixent en outre de l’azote qu’ils puisent dans l’air grâce à des bactéries vivant en symbiose avec eux dans des nodosités situées au niveau des racines. Ceux appartenant à d’autres familles botaniques - notamment les Brassicacées - extraient du potassium, du phosphore et d’autres éléments minéraux des particules de roches du sol. Enfin, ils absorbent des nitrates (composés nutritifs azotés présents dans le sol) qui, autrement, seraient lessivés par les pluies et perdus.
Sélection des variétés selon vos besoins
Le choix de l’espèce d’engrais vert dépend du but recherché. Certaines plantes apporteront de l’azote dans le sol. D’autres améliorent la structure grâce à leur système racinaire et/ou produisent beaucoup de biomasse et certaines ont même une action nettoyante. Les mélanges sont intéressants pour profiter de ces multiples bénéfices. Il est possible de semer des engrais verts en mélange, par exemple une Graminée et une Légumineuse.
- La moutarde blanche (sinapis alba) : Elle est l’engrais vert le plus communément utilisé. Particulièrement efficace contre les mauvaises herbes, elle apportera à votre sol beaucoup de matière organique. La moutarde blanche est simple à cultiver et permet de créer un couvert végétal très dense. Elle étouffe les mauvaises herbes type chiendent ou liseron, est facile à semer et à broyer toute l’année, et enrichit le sol en azote.
- La phacélie (Phacélie tanacetifolia) : Plus délicate à semer, la phacélie contribue à la biodiversité grâce à sa dimension hyper mellifère. Semée de mars à juin, elle décompacte fortement la terre et enrichit le sol en azote. Riche en azote et en phosphore, elle aère le sol et lui restitue éléments nutritifs et matière organique en quantité au cours de sa décomposition.
- Le trèfle incarnat : Cette variété de trèfle se sème à l’automne après les cultures d’été. Il s’agit d’une légumineuse. Il se fauche au printemps afin de faire bénéficier au sol et aux cultures suivantes de l’azote contenu dans ses racines et parties aériennes.
- Le seigle : Le seigle est une céréale particulièrement intéressante comme engrais vert d’automne. Ses graines lèvent rapidement puis la plante stagne pendant l’hiver, ressemblant alors à du gazon. Haute plante aux racines fasciculées, elle concurrence les « mauvaises herbes » et améliore la structure du sol.
- La vesce d’hiver : C’est une plante légumineuse annuelle résistante à la sècheresse. Comme toutes les légumineuses, elle transfère et fixe l’azote de l’air dans la terre grâce à des nodosités. De croissance rapide et avec un fort développement végétatif, la vesce est la légumineuse la plus utilisée en agriculture biologique.
- L’avoine d’hiver : Considérée comme une culture « assainissante », elle réduit la quantité de mauvaises herbes susceptibles d’apparaître dans les cultures suivantes. Elle est particulièrement intéressante pour sa richesse en sucre et sa contribution stimulante pour la vie du sol.
Techniques de semis et calendrier cultural
Le jardinage est cyclique : la plupart des événements se reproduisent à l’identique d’une année sur l’autre. Semez-les lorsque le sol est nu avant les premières gelées. Pour préparer le sol, ne pas bêcher le sol. Semer ensuite les engrais verts en place, à la volée, sur une parcelle fraîchement défrichée ou récoltée.

Pour éviter un semis trop dense, nous conseillons de mélanger les graines avec plusieurs poignées de terre ou de sable au moment du semis. Après le semis, il suffit de laisser pousser l’engrais vert. Maintenez le sol humide et frais. En règle générale, l’habitude est de semer à chaque deuxième rang (inter-rang), en alternance avec une allée ouverte pour l’engrais vert d’hiver. Les mélanges sont circulables après 4-6 semaines.
Gestion de la biomasse et enfouissement
Le fauchage est une étape déterminante. Juste après la floraison, c’est le moment idéal pour le fauchage. C’est à ce moment que les engrais verts contiennent le plus d’éléments minéraux et qu’ils sont le plus facile à détruire. Ils seront tondus au printemps, juste après la floraison mais surtout avant qu'ils ne montent en graines.
Si on les laisse à la surface du sol une fois fauchée, elles forment un excellent paillage. Lorsqu'on les enfouit, leurs tiges aident l'eau à s'infiltrer dans la terre. En se décomposant, ils enrichissent le sol en matière organique, elles produisent alors un engrais 100% naturel très performant qui ne nuit pas à l'environnement.
Produire des semences d'engrais verts
Les matériaux broyés ou coupés doivent séjourner sur le terrain pendant 2 à 3 semaines avant le bêchage. Ils seront ainsi progressivement incorporés au sol de manière naturelle. L’enfouissement final se réalise soit à la bêche classique ou à la charrue (15 cm de profondeur maximum), soit sans retournement, par plusieurs passages d’outils type grelinette, ou bien d’outils à dents du motoculteur ou de motobêche. À la suite de l’engrais vert, on cultive de préférence des légumes gourmands en matière organique, et plantés plutôt que semés.
Optimisation et rotation des cultures
Divisez votre potager en 4 carrés et tous les ans faites varier les cultures, un carré reste réservé aux engrais verts. Pour réussir la culture de vos choux, carottes ou haricots, vous pouvez alterner les usages de votre sol en semant des graines de végétaux qui vont l’enrichir. Après la décomposition des engrais verts, ces éléments fertilisants assimilables libérés dans le sol profitent aux cultures suivantes.
Certains engrais verts (phacélie, moutarde, vesce…) ont l’avantage d’avoir une croissance rapide et d’être détruits par les gelées hivernales, ce qui facilite leur incorporation au sol. S’il a été détruit par le gel, on peut se contenter de ratisser les brindilles sèches et de les jeter sur le tas de compost. Le choix de l'espèce doit toujours tenir compte de votre région et du climat pour une planification optimale des cultures.