La viticulture, pilier de nos traditions agricoles, possède une profondeur historique vertigineuse. Sa culture remonte à environ 8000 ans avant Jésus-Christ. C’est cependant en Grèce, 1500 ans avant notre ère que la viticulture se perfectionne et que le vin est considéré comme un breuvage amené par les dieux. Mais avant de déguster ce « divin breuvage », bien des travaux sont nécessaires. Les viticulteurs, les tonneliers ont utilisé pour se faire de nombreux outils au fil des siècles. Comprendre ces instruments, c'est plonger dans la psychologie du travail de la terre, où chaque objet, du plus rudimentaire au plus technique, témoigne d'une lutte constante contre les éléments et d'une recherche incessante de précision.

Les Fondations du Travail de la Vigne : Labour et Préparation
Tout commence par la terre. À l’intersection des lignes, des trous étaient creusés à l’aide d’une « plantadoira ». L’araire, utilisé universellement pendant des millénaires, ne retourne pas le sol mais effectue un travail d’ouverture peu profonde de la terre pour préparer l’ensemencement dans les cultures céréalières et pour nettoyer et aérer le sol dans les vignobles. Au XVIIIe siècle, le soc en bois est remplacé par un soc entièrement en fer, appelé reille. Les reilles les plus anciennes sont forgées d’une seule pièce.
Puis il faut buter pour protéger du gel les pieds des vignes en les recouvrant de la terre prise entre leurs rangées. Dès que le printemps arrive il faut labourer pour aérer, nettoyer le sol et éventuellement le fertiliser. Ce travail de la terre est indissociable de la gestion des pieds de vigne eux-mêmes. La taille en gobelet, par exemple, est une taille courte qui laisse plusieurs "bras" sur un tronc court chaque année.
La Révolution du Sécateur : L'Histoire d'une Mutation Technique
Poursuivons notre visite dans le monde des collections et des collectionneurs en nous intéressant aux objets fétiches des « sécaédérophiles » : les sécateurs. Le sécateur est un objet de travail révolutionnaire mais qui peina à trouver sa place. Mis au point par un ancien ministre de Louis XVI en exil (le marquis de Molleville), le sécateur a été pensé afin de faciliter le travail de taille dans les vignes mais l’habitude étant ce qu’elle est, les viticulteurs préférèrent continuer d’utiliser l’archaïque serpette. « La fortune d’une vigne réside dans la serpe du vigneron » dit le dicton : à partir de là, difficile effectivement de remplacer un objet ayant fait ses preuves depuis des siècles dans une pratique hautement technique.

Ce n’est qu’après de multiples améliorations que le sécateur fut accepté et généralisé dans les vignes au milieu du XIXe siècle. Dans ce domaine, il se déclinera même en ciseau à raisin, sécateur de taille, ciseau à vendanges, sécateur coupe-cep et serpe sécateur. Parallèlement, certains arboriculteurs trouvèrent le système du sécateur parfaitement adapté à des pratiques comme la greffe, la lame du sécateur taillant nettement le végétal, évitant ainsi les risques de maladies. Ses branches adoptent une forme légèrement ergonomique, elles se bloquent et se sécurisent par un système de boucle à l’arrière et le système de fermeture et d’ouverture des lames se fait par un ressort à feuillard dit « comtois ».
Le sécateur peut également être utilisé dans d’autres domaines comme la ferblanterie ou la découpe de volailles tant les frontières entre les termes « sécateur », « cisailles » et « ciseaux » sont minces, les trois dérivant du verbe latin « secare » ou « caedere » signifiant « couper ». Objet apparemment rustre et froid du fait de son usage, le sécateur a néanmoins inspiré des artistes comme Édouard Manet ayant représenté dans plusieurs toiles des pivoines et des sécateurs.
La Gestion du Végétal : Entre Taille et Protection
Les ciseaux et sécateurs à tailler ont fini par remplacer l'antique serpe. A partir de 1860, certains vignerons remplacent la serpe à dos tranchant par la scie égoïne pour enlever les bois morts. Le travail de rognage consiste à couper les extrémités des hauts sarments. L'été, il faut effeuiller pour une meilleure exposition au soleil, éclaircir pour enlever les grappes en excès et rogner des sarments pour accroître la vigueur du plant, évitant ainsi les sarments trop longs qui tombent à terre.
Jusqu’au début du 19ème siècle, la vigne ne connaissait pas les attaques de parasites. Vers 1847-1850, l’oïdium, champignon d’origine américaine, dessèche les parties vertes de la vigne. L'oïdium est traité avec du soufre. On peut aussi sulfater une quatrième fois au mois d'août, ce qui permet de conserver les feuilles jusqu'au bout pour favoriser un bon mûrissement. Cette lutte contre les maladies, importées dès 1860, a nécessité une adaptation constante des outils de traitement.
Sécateur crémaillère Jardin de France, Entretient et changement de lame et ressort.
L'Art de la Tonnellerie : Le Contenant du Divin Breuvage
Le travail du vin commence bien avant la récolte, dans l'atelier du tonnelier. Ce tire-bouchon ou tire bonde était utilisé pour ouvrir le tonneau. Ils datent du XIXe et du début du XXe siècle. L'ouverture du fond du tonneau pour soutirer se fait soit à l’aide d’un vilebrequin tel que celui utilisé par les menuisiers soit par un outil spécifique à la tonnellerie appelé « mèche à manche ». La varlope est un grand rabot de 70 à 74 cm de long et de 6 à 8 cm d’épaisseur et de 10 cm de hauteur. Son fût est muni d’une poignée en bois à son extrémité, poignée destinée à pousser la varlope.
Dans la technique de la « Mise en rose », on procède à la mise en place des douelles, les unes à côté des autres, dans un cercle. Ce sont les meilleurs chênes, ceux qui ont un fil droit, sans nœuds apparents ou cachés, qui sont destinés en priorité à la fabrication des bois tranchés et des merrains. La chaufferette intérieure aide à cintrer la forme. Chaque étape, du choix du bois à la chauffe, est cruciale pour le vieillissement du vin.
La Récolte et la Transformation : Des Gestes Ancestraux
La serpette à vendanger (on peut s'en servir également pour greffer) est différente de la serpe à tailler. Le vigneron a toujours dans sa poche le canif à lame courbe qui lui sert à la fois pour greffer. Dans le Lot, le seau est remplacé par un panier tout simple en bois et osier (pour l'anse) appelé aussi "baquet charentais". Année 50 : le "ramonet", la carriole et le cheval… Le raisin est rentré.
Le vin est le résultat de la fermentation du raisin frais entier (avec ou sans rafle - partie ligneuse de la grappe) ou du seul jus de raisin frais. Puisqu'on "quichait" les grappes dans la comporte la macération commençait déjà dans la vigne. Mais dans la plupart des cas, on foulait le raisin au fouloir mécanique. Pour le vin rouge, on laisse macérer le moût dans une cuve. Voilà le dur labeur de la vigne, ses joies, ses peines.

Transmission et Pédagogie : La Mémoire du Vin
L'histoire de ces outils est aussi celle de la transmission. Il existait des planches pédagogiques des années 40/50 suspendues dans les salles de classe, où l'on apprenait que le vin était une BONNE boisson naturelle, et donc pas considéré comme de l'alcool. Cette valorisation culturelle du vin, parfois teintée de crainte face à la soupe ou au café où l'eau avait bouilli, montre à quel point le vin était ancré dans le quotidien. Pal en cuivre et fer, vieux vins de 1845, outils forgés : chaque objet raconte une époque où la main de l'homme, armée d'acier, domptait la nature pour en extraire le meilleur, transformant la vigne en un écosystème maîtrisé et célébré.