La greffe du prunier permet de conserver toutes les propriétés de l’arbre qui a donné le greffon. Certes, délicate et demandant de la précision, la greffe est un peu un jeu, dont la réussite est toujours très gratifiante. Vous veillerez à choisir la méthode de greffe selon la période de l’année et, autre point important, à bien sélectionner le porte-greffe selon la nature du sol, selon la forme que vous souhaitez donner à votre prunier, selon le climat. C’est ce combo qui vous permettra d’obtenir non seulement de belles réussites mais aussi des pruniers productifs, vigoureux et sains.

Comprendre le mécanisme biologique de la greffe
Réaliser une greffe consiste à unir deux végétaux en juxtaposant leurs cambiums respectifs. Le cambium est une fine couche placée entre l’écorce et l’aubier (plus précisément entre le liber et l’aubier, le liber étant la zone où circule la sève élaborée et l’aubier celle où passe la sève brute), couche dans laquelle se produit la croissance cellulaire du végétal. Pour cela, les deux végétaux doivent être compatibles. Le prunier se greffe sur des Prunus, le plus souvent sur un autre prunier. L’intérêt est d’associer les caractéristiques du porteur (sa rusticité, sa vigueur) à celui du greffon (les fruits ou fleurs souhaités). Dis comme ça, ça fait un peu « Frankenstein » moderne, mais le greffage est pratiqué depuis l’Antiquité.
Sélectionner le porte-greffe idéal
Le porte-greffe définit la hauteur et la vigueur de l’arbre. Le meilleur porte-greffe pour votre prunier sera donc adapté à votre type de sol et à votre climat ; il limitera, grâce à sa résistance, les traitements contre les pathogènes ; sa prospection racinaire réduira les besoins en eau et en fertilisants.
- Le Myrobolan : Très vigoureux, il est choisi comme porte-greffe de prunier en demi-tige et de basse-tige. Assez polyvalent en termes de sol, il se plaît dans les sols un peu « compliqués » : les argileux, collants, lourds et humides, les calcaires, les très légers, sableux et pauvres. Il affiche une bonne résistance face aux pourridiés.
- Le Saint-Julien : Un peu moins vigoureux que le myrobolan, il est préféré pour les basses-tiges et les gobelets. Il se développera bien en sol compact et humide, peu profond car il a des racines traçantes, et il tolère très bien les sols calcaires.
- Le Mariana : C’est le plus polyvalent, qui s’adapte à tout type de sol et à tout climat entre froid et tempéré, tout en préférant les sols siliceux et frais. Il est peu drageonnant.
- Le Brompton : De grande vigueur, il s’accorde aux demi-tiges et aux gobelets. Il se plaît en sols frais et légers et il tolère bien le gel.
- Le Jaspi : Porte-greffe de faible vigueur pour prunier en basse-tige et gobelet. Aimant les terrains lourds, il supporte bien le calcaire.

Périodes et préparation du greffage
Le prunier se greffe au début du printemps, juste avant la reprise de végétation, ou bien après la récolte, à la fin de l’été. On distingue les greffes dites « à œil poussant », réalisées lorsque la sève monte, des greffes à œil dormant qui sont réalisées en fin d’été ou en automne, alors que la sève descend. Avant de réaliser les greffes en sève montante (ou à œil poussant), prévoyez d’arroser régulièrement votre sujet à greffer afin que cette sève soit abondante, la reprise n’en sera que meilleure. Choisissez systématiquement des sujets sains et vigoureux, autant pour le greffon que pour le porte-greffe.
Le greffoir doit être très bien aiguisé, il doit couper comme un rasoir. Avant le greffage, désinfectez les outils avec du vinaigre blanc, du white spirit, ou de l’alcool à 70 degrés. Pour la greffe d’été (écussonnage), il faudra utiliser des liens ou bandelettes en caoutchouc disponibles chez les spécialistes. Dans toutes les techniques de greffage décrites ici, dès que le greffon est assemblé sur le porte-greffe, le point de greffe est enduit de mastic de greffage.
La greffe en écusson
C’est la méthode de greffe la plus facile, à pratiquer pour débuter. C’est en été que vous l’utiliserez, dès lors que l’écorce du tronc commence à se désolidariser de l’aubier.
- Sélectionnez un rameau de l’année dont vous couperez une vingtaine de centimètres. Choisissez un bel œil situé à l’aisselle d’une feuille que vous supprimerez, sans couper son pétiole.
- Préparez ensuite l’écusson : à 1,5 cm de cet œil, de chaque côté, réalisez une entaille qui va passer sous l’écorce. Une fois le greffon prélevé, nettoyez la partie sous l’écusson, il ne doit pas y rester de fragment de bois.
- Réalisez une entaille en T dans l’écorce du porte-greffe, sans atteindre le bois. Utilisez le plat de votre greffoir pour soulever les bords de l’écorce et insérez l’écusson dans cette fente, jusqu’au fond.
- Appuyez fort sur chaque côté de l’entaille afin d’en chasser l’air. Ligaturez la greffe en laissant toujours l’œil libre.
La greffe en incrustation
Cette méthode de greffe donne également de bons résultats, et elle est à pratiquer soit à la sortie de l’hiver, soit à la fin de l’été lorsque la sève descend. Son avantage majeur est d’éviter la gommose, pathologie fréquente chez le prunier.
Rabattez votre porte-greffe à la hauteur souhaitée. Dans l’épaisseur de la coupe, réalisez une entaille en V. Prélevez un greffon de 10 cm sur un rameau fin, pas plus épais qu’un crayon et possédant 3 yeux. Son extrémité inférieure doit être taillée en biseau similaire au porte-greffe. Insérez le greffon dans l’entaille du porte-greffe en forçant légèrement. Ligaturez l’ensemble et mastiquez.
Prélever un greffon sur un arbre fruitier
La greffe à l’anglaise compliquée
Plus simple que ne l’annonce son nom, cette méthode offre un très bon taux de réussite. Elle peut se réaliser entre le mois de février et la floraison.
Pour préparer porte-greffe et greffon, supprimez les feuilles puis taillez l’extrémité de chacun en biseau suivant la même inclinaison. Réalisez ensuite une entaille verticale dans le porte-greffe et dans le greffon, à proximité du bourgeon. Insérez ensuite le greffon dans les entailles du porte-greffe. Mastiquez la greffe et les coupes. Il est conseillé de tuteurer l’ensemble, surtout si le sujet est jeune et vigoureux.
La greffe en demi-fente
Celle-ci se réalise généralement en sève descendante, à la fin de l’été, mais il est également possible de la réaliser en fin d’hiver.
Prélevez les greffons en sélectionnant des rameaux bien lignifiés dont vous couperez des tronçons d’une dizaine de centimètres. Rabattez le porte-greffe à la hauteur désirée en donnant à la coupe une légère pente. À l’aide d’une serpette, entaillez la coupe sur la moitié de son diamètre, entaille de 5 à 6 cm de hauteur. Préparez le greffon en le taillant en biseau sur 2 côtés opposés. Placez le greffon dans la fente du porte-greffe, l’œil doit se trouver à la jonction, tourné vers l’extérieur. Ligaturez puis mastiquez la greffe. Il faut environ 15 à 20 jours pour que la greffe prenne, le pétiole va tomber à ce moment-là.
La greffe en couronne
La greffe en couronne est idéale pour rajeunir ou changer la variété de gros troncs, au moment où l’écorce se décolle facilement. On coupe le sujet en amont pour favoriser la reprise. Le greffon, prélevé en hiver et conservé au frais, doit être prêt à l’emploi. On retaille la plaie du sujet juste avant de glisser le greffon entre l’écorce et l’aubier. En cas de gros troncs, on dispose plusieurs greffons en laissant un intervalle d’au moins cinq centimètres. Après insertion, on effectue une ligature modérée et on protège l’ensemble avec un mastic pour éviter dessèchement et déchirures.

Conseils pour la récolte et la conservation des greffons
Pour les fruitiers à noyaux comme le prunier, la récolte se fait souvent à la fin de l’hiver, juste avant le débourrement. Il faut couper des branches de l’année, que l’on reconnaît à leur écorce jeune et lisse, côté sud de l’arbre, si possible sur le haut de l’arbre. Choisir si possible les branches qui ont poussé à 45° de la verticale. Les « gourmands » de l’année sont à éviter.
Après la coupe, on retire les feuilles éventuelles et on étiquette chaque variété. On enroule les greffons dans un linge légèrement humide ou de la mousse, puis on place le tout dans un sac plastique hermétique. On peut les stocker dans le bac à légumes du réfrigérateur, en veillant à ce qu’ils ne dessèchent pas et ne pourrissent pas.
La formation en gobelet : structurer l’arbre
La forme en gobelet est la forme d’arbre la plus courante pour les arbres fruitiers dans les jardins. En forme de verre à boire, elle présente une ramification accrue vers le sommet et plus d’espace en dessous. La conduite d’un arbre fruitier en forme de gobelet est un processus qui se déroule sur plusieurs années. La taille de formation est effectuée à la fin de l’hiver chaque année, lors des trois premières années.
Lors de la première année, il s’agira de conduire l’arbre selon le principe suivant : pas d’axe central mais un réseau de charpentières rayonnantes. À partir d’un scion d’un an de greffe, couper 20 cm au-dessus de la hauteur de tronc souhaitée au-dessus de trois yeux bien répartis autour de l’axe. Tous les ans, supprimez tous les départs de végétations le long du tronc, sous les charpentières. Une fois l’arbre formé, le laisser se développer.
La deuxième année consiste à sélectionner 2 à 3 branches vigoureuses sur chaque charpentière principale. Ces nouvelles pousses sont taillées à la moitié de leur longueur, toujours au-dessus d’un bourgeon extérieur. Pour obtenir l’angle désiré de 45-60 degrés par rapport à la verticale, les branches peuvent être attachées à un piquet en bois ou à une brique avec une attache souple, puis pliées doucement dans la position souhaitée.
La troisième année consolide la structure établie. Après avoir effectué une taille de formation pendant trois ans, l’arbre aura une belle forme de gobelet ouvert, qui peut ensuite être entretenue avec ce que l’on appelle une taille d’entretien. Ce type de taille permet de maintenir l’arbre à une taille gérable et de renouveler le bois de fructification pour que l’arbre continue à produire des tiges.
Précautions et entretien post-greffe
Une fois la greffe réalisée, surveillez régulièrement la soudure. Si des rejets apparaissent sur le porte-greffe en dessous du point de greffe, supprimez-les pour ne pas concurrencer le greffon. Si, lors de la croissance, il se manifeste à la naissance de la greffe un bourrelet proéminent au détriment de la libre circulation de la sève, il faut l’atténuer par quelques incisions longitudinales données au printemps. Les incisions sont produites par simples coups de greffoir. Elles doivent partir de la limite supérieure du bourrelet de la greffe pour se continuer sur le sujet.
La culture fruitière, et particulièrement celle du prunier, offre une multitude de possibilités pour façonner les arbres selon des objectifs précis, qu’il s’agisse d’optimiser la production, de faciliter l’entretien, ou d’intégrer harmonieusement les arbres dans un espace donné. Le greffage permet de multiplier à moindre frais les végétaux. C’est une technique simple accessible à tout le monde. Multiplier les expériences permet de se faire la main et d’augmenter ses chances de réussite. Aussi, se faire accompagner par une personne qui l’a déjà fait peut être intéressant et apporter un soutien.