Escalade en Grande Voie : Entre Passion, Prudence et Tragédie

L'escalade, une discipline qui conjugue dépassement de soi, plaisir et aventure, attire chaque année un nombre croissant de passionnés. Pourtant, derrière l'enthousiasme collectif se cachent des risques inhérents à cette activité exigeante. Chaque année, la Fédération Française de Montagne et d’Escalade (FFME) publie un bilan détaillé sur l’accidentologie et la sécurité dans le milieu de l’escalade, offrant une vue d’ensemble sur les progrès réalisés et les zones d’amélioration à cibler. Il est crucial d'examiner ces données pour en tirer des enseignements concrets et proposer des conseils pratiques afin de grimper en toute sécurité, particulièrement en grande voie, où les conséquences d'un incident peuvent être dévastatrices.

Une Communauté en Croissance Face à des Enjeux Persistants

En 2024, le nombre de licenciés a atteint un nouveau record, avec 120 080 passionnés rejoignant la grande famille de l’escalade. Ce chiffre impressionnant témoigne de l’attractivité croissante de ce sport. Cependant, l'augmentation du nombre de pratiquants s'accompagne d'une vigilance accrue nécessaire pour maintenir la sécurité. Cette saison, 445 sinistres ont été recensés, un chiffre qui reste raisonnable avec un ratio de seulement 0,37 % par 100 licenciés. Ce pourcentage démontre un réel effort de prévention, mais il rappelle également que l’escalade reste une activité à pratiquer avec une vigilance constante et une sécurité rigoureuse.

Les Chiffres Révèlent des Tendances Accidentologiques

Infographie sur les causes d'accidents en escalade

Une analyse approfondie des statistiques révèle des tendances significatives. Soixante-seize pour cent des accidents sont liés à l’escalade, une légère baisse par rapport à 2023. Cette discipline est naturellement plus risquée que d'autres pratiques fédérales comme la randonnée, mais elle reste parfaitement accessible avec des mesures de sécurité adaptées.

Les chutes normales continuent d’être la première cause d’accidents, représentant 61 % des sinistres. Celles-ci peuvent être dues à une mauvaise réception ou à un déséquilibre soudain. Parallèlement, les mouvements traumatisants connaissent une hausse inquiétante, passant de 11 % à 24 %. Ces blessures reflètent souvent un manque d’échauffement ou une technique mal maîtrisée, soulignant l'importance d'une préparation physique adéquate et d'une maîtrise technique approfondie.

L'Importance Cruciale de Tirer les Leçons des Tragédies

L’année 2024 a été malheureusement marquée par deux accidents mortels, nous rappelant la fragilité de l’équilibre entre passion et prudence. Une chute de pierre a coûté la vie à un alpiniste dans le massif de l’Oisans, tandis qu’un grimpeur expérimenté a perdu la vie dans une grande voie non équipée dans les Pyrénées espagnoles. Ces drames rappellent que la préparation, l’analyse des conditions et un équipement adapté ne sont pas des options, mais des fondamentaux. Il est important de rappeler que les chiffres présentés ici ne reflètent que les sinistres recensés par la FFME, c’est-à-dire ceux rapportés par les licenciés et les structures affiliées. Le monde de l’escalade, bien plus vaste, a malheureusement connu d’autres accidents graves, parfois mortels, qui nous rappellent que notre passion, si belle soit-elle, n’est pas sans risques.

Les PIRES CHUTES d'escalade (Analyse #1)

Des incidents individuels viennent renforcer ce constat. Le matin du 11 avril, Josh Ourada se lançait en solo dans “Nutcracker”, une grande voie en 5c de 150 mètres, située sur le Manure Pile Buttress, dans le Yosemite. Alors qu'il grimpait tranquillement les trois premières longueurs, le pire s’est produit à mi-chemin de la quatrième : l’américain a subitement "zippé" et a alors “pris le plus gros coup de fouet de ma vie”, comme il le raconte. Janina Tamborski, qui grimpait sur une autre voie du Manure Pile Buttress, a déclaré avoir entendu des “cris”, suivis quelques secondes plus tard d’un “bruit sourd”. Cole Ramey, un autre grimpeur, a assisté à la scène d’encore plus près et a dû se jeter sur le côté pour éviter qu’Ourada ne lui tombe dessus. Il a passé les 4 heures suivantes à le tenir jusqu’à ce qu’il soit secouru. Josh Ourada a décrit sa chute : “J’étais conscient tout au long de ma chute.” Au final, le grimpeur américain s’en sort avec une fracture ouverte du talon gauche, une grosse coupure du pied gauche, une fracture du bassin, une vertèbre et des côtes cassées, un poumon collabé et un pouce cassé. Les médecins lui ont dit qu’il n’avait que 20% de chances de retrouver la sensibilité et la fonction de ses pieds. Mais cela ne suffira pas à le tenir éloigné du rocher. Deux jours seulement avant sa chute, Josh Ourada enchaînait “Luking Fear”, sa première voie sur El Cap.

Aussi miraculeuse que soit l’histoire de Josh, il n’est pas le premier grimpeur à tromper la mort dans une chute en free-solo. Plus récemment, en 2019, un grimpeur du Colorado nommé Kyle Walker a fait une chute libre de 20 mètres et a survécu.

Le Solo Intégral : Une Pratique à Risques Exacerbés et sa Démocratisation

Image d'un grimpeur en solo intégral

Le samedi 10 juillet, un jeune homme de 29 ans est mort après avoir chuté d’une voie d’escalade dans le massif de Belledonne. Il pratiquait l’escalade en solo, c’est-à-dire sans être assuré. Cet incident fait écho à une préoccupation croissante des secouristes face à la démocratisation de cette pratique dangereuse, notamment sur internet. Ce samedi a été noir en montagne, avec la perte de deux jeunes hommes dans les massifs de l’Isère. L’un, âgé de 22 ans, a chuté d’une barre rocheuse alors qu’il randonnait en Chartreuse. L’autre, âgé de 29 ans, est mort dans le massif de Belledonne, près de Chamrousse, après s’être engagé dans la Voie Gaspard, une voie d’escalade cotée assez difficile, et avoir chuté d’une centaine de mètres. Des témoins, alertés par le bruit, ont prévenu les secouristes en milieu d’après-midi. À leur arrivée sur place, le jeune homme était déjà mort. L'exploitation de son téléphone portable a permis d’identifier la victime.

Le brigadier Damien Fillon, secouriste en montagne CRS Alpes et guide de haute montagne, a établi que le jeune homme voulait monter cette voie en solitaire. En escalade, la pratique du "free solo" consiste à grimper seul, sans être assuré. "Normalement on doit être encordé pour cette voie," précise le secouriste. "Mais pour une raison indéterminée, il a décidé de monter en solitaire comme on peut le voir dans de nombreuses vidéos sur la toile."

Damien Fillon pointe du doigt cette pratique, certes marginale, mais qui fait de plus en plus d’adeptes : "On voit qu’il y a une tendance sur internet avec les trails de l’extrême. On voit de plus en plus de gens monter au sommet du Mont-Blanc en baskets et short. Avec cette émancipation du trail, de manière générale, on a aussi plus de gens qui font des voies d’escalade en solitaire. Sauf que la pratique du solo, ça ne pardonne pas."

Cette pratique a été rendue célèbre par des alpinistes de l’extrême comme Alex Honnold, réputé pour ses ascensions en solo intégral. Le documentaire oscarisé "Free Solo" engrangeait environ 29,3 millions de dollars de recettes mondiales et était vu en salle par 3,6 millions de spectateurs, ouvrant une fenêtre mondiale sur une pratique jusque-là confidentielle. Mais ce que ces vidéos en ligne ne montrent pas, c’est que ces pratiques nécessitent des heures d’entraînement. "Le solo est très dangereux, on n’a pas le droit à l’erreur et cela demande une grande connaissance des risques," ajoute le brigadier Damien Fillon. "Il n’y a aucune marge d’erreur possible et il faut une grande expérience de l’alpinisme." Pour éviter de nouveaux drames, le secouriste encourage les amateurs d’escalade à s’engager avec le matériel adéquat (casque, corde et baudrier), à faire des sorties assurées et à bien préparer et communiquer leur itinéraire. "On récupère de plus en plus de trailers dans des endroits très raides, où nous, secouristes, ne serions jamais allés sans être encordés," conclut-il. "Alors oui, quand on voit les vidéos de ces grimpeurs, ça fait rêver."

L'Attrait et les Dangers des Défis Viraux

Le 7 juin dernier est apparue sur Instagram une série pour le moins troublante : « 1er jour d’escalade en solo intégral d’une voie plus difficile chaque jour, jusqu’à ce que je tombe ». Au 12e jour, il y a trois semaines, le grimpeur Lincoln Knowles, 20 ans, était toujours vivant et continuait de progresser, tant dans la difficulté que dans la notoriété sur ses réseaux. Ce jeune Américain, basé dans la région de Salt Lake City (Utah), est à l’origine d'une série de publications Instagram consacrées à l'escalade en solo intégral, qui fait pas mal de bruit ces derniers temps. Lancée le 7 juin dernier, elle annonçait clairement la couleur : « premier jour d'escalade en solo intégral d'une voie plus difficile chaque jour jusqu'à ce que je tombe ». Ce jour-là, on le voyait sur une voie cotée 5,8. Il y a trois semaines, il postait une vidéo de son 12e jour, où il grimpait en 5.11. Toujours vivant, donc. Et toujours plus de followers : 62 000 à ce jour sur Instagram et 10 000 sur sa chaîne YouTube. Sans surprise, le 7 juin, sa chaîne YouTube a gagné 2 000 abonnés de plus. Les internautes ont mordu à l’hameçon. Lincoln Knowles peut compter sur ses formats viraux à risque pour agir comme véritables boosters de conversions de followers, mais aussi sur la controverse que son défi insensé suscite.

La méthode est bien éprouvée et généralement efficace. Connue sous le nom de "rage bait", qu’on pourrait traduire par « accrocher par la colère, ou l’indignation », elle a plus d'un adepte. L’un des plus connus, dans le domaine de l’alpinisme et de la randonnée engagée, est un Britannique très controversé, Brave Dave (plus de 100 000 followers sur Youtube).

C’est là sans doute que le bât blesse. Pour l’approche de Brave Dave, comme pour celle de Lincoln Knowles. Car si tous deux se contentaient de risquer leur vie sans faire l’apologie de leur philosophie, cela relèverait de la responsabilité individuelle. Mais ils sont aussi des formateurs, des accompagnateurs. Lincoln Knowles, guide professionnel, a créé une société, Lincoln Knowles Adventures LLC, en mars 2024. Cette entreprise propose des excursions personnalisées en roche, glace et montagne autour de Salt Lake et du Wasatch Range, en groupes ou en sorties individuelles. Ses tarifs démarrent à 99 $ et peuvent aller jusqu’à 450 dollars la journée. Paradoxalement, il dit avoir là une approche centrée sur la sécurité basée sur plus de six ans d’expérience. En 2024, il espérait atteindre les 200 clients. Pour ce faire, il comptait fortement sur l’explosion de sa chaîne YouTube. En août 2024, il disait viser les 25 000 abonnés sur sa chaîne. Malgré son « gros coup », il a encore un peu de chemin, mais il s'en approche. Car s’il peut se réjouir d'avoir aujourd’hui une audience importante, ses posts génèrent une interaction relativement faible. Ils génèrent des pics de vues… mais souvent peu de likes ou de commentaires sincères. Le contenu est polarisant, il attire, mais ne fidélise pas. Sa série virale lancée début 2025 (« Free solo jusqu’à ce que je tombe ») a certes suscité la curiosité, mais aussi beaucoup de malaise. Beaucoup d’abonnés l’ont suivi par voyeurisme, curiosité morbide, ou indignation, mais sans réelle adhésion à long terme. Il monétise ses vidéos via des appels aux dons par le biais de services de paiement mobiles et gère un compte Patreon où il publie des vidéos de ses ascensions, avec différents niveaux d'adhésion payants.

Une approche plutôt mal accueillie dans la communauté des grimpeurs, si l’on en juge par un commentaire publié sur ses réseaux : « Mec, imagine qu'un grimpeur de bloc, un grimpeur trad ou un grimpeur sportif semi-professionnel non sponsorisé mette son Venmo [service de paiement en ligne ] sur un post après avoir réalisé une première ascension, équipé, envoyé, flashé ou grimpé à vue n'importe quelle voie ou ascension. Qu'est-ce que tu fais, mon gars ? Beaucoup de gens aiment l'escalade, on ne te paie pas pour faire ça. Tu dois repenser toute ta stratégie, mec. ». On est aux antipodes d'un Austin Howell (décédé en 2019), qui utilisait le free solo comme thérapie.

Autres Tragédies Liées à des Pratiques Extrêmes

Un jeune homme de 19 ans est mort, dimanche 6 avril, après un accident d’escalade au rocher du Manis, au Longeron (Maine-et-Loire). Le site du rocher du Manis a été le théâtre d’un accident mortel, ce dimanche 6 avril, au Longeron, commune déléguée de Sèvremoine, près de Cholet en Maine-et-Loire. Un grimpeur est décédé des suites de ses blessures, après avoir été touché par un rocher, tombé de plusieurs mètres de hauteur. Ce jour-là, trois jeunes membres du Club alpin français de Cholet étaient partis à la Roche du Manis pour s’entraîner à l’alpinisme.

Aussi connu localement pour sa gentillesse que pour sa pratique marginale (descendre les voies en solo intégral, tête la première, puis les remonter), Earl Prunty a fait une chute mortelle sur les parois humides de Nooksack Falls, dans l’État de Washington le 17 mars dernier. Un téléphone, posé pour filmer la paroi, enregistrait encore au moment de l’accident. Mais Earl Prunty ne grimpait pas comme les autres. « Pour être honnête, quand il m’a annoncé qu’il faisait ça [désescalader la tête la première, ndlr], j’ai cru que c’étaient des conneries », confie sa fille Natalie Greisen au magazine Climbing. « Il aimait raconter des histoires. Parfois un peu grosses. » Sauf qu’un jour, son mari l’a vu à l’œuvre. Et il descendait bien tête la première, les mains en avant. Natalie lui a alors demandé qu’est-ce qui lui passait par la tête. « Il m’a dit que ça lui permettait de mieux voir les prises et d'anticiper les mouvements. » Tailleur de pierre pendant un demi-siècle, Earl avait un rapport viscéral à la roche. « Ses mains étaient énormes, fendues, calleuses. » Earl grimpait souvent sans corde, sur des dalles détrempées ou verglacées, autour de chez lui. Il lui arrivait de grimper encordé, mais ce n’était clairement pas sa pratique de prédilection. Ce qui l’attirait, c’était le défi. Originaire du Nevada, Earl Prunty a grandi au grand air, sur le ranch familial. « Son job, c’était de débourrer les mustangs sauvages. Il courait avec eux. Il était complètement sauvage », raconte sa fille. Un tempérament qu’il a conservé toute sa vie. Passionné de ski de rando et d’escalade en terrain d'aventure, il s’installe dans l’État de Washington en 2014, et commence à explorer les alentours du mont Baker. C’est là qu’il découvre les Nooksack Falls, une cascade isolée, connue surtout pour son sentier de randonnée menant à un belvédère. Les grimpeurs du coin évitent généralement le secteur : trop humide, trop instable. Une semaine avant l’accident, il avait réalisé le défi d’une vie : descendre l’intégralité de la paroi des Nooksack Falls, tête en bas. « Je me suis entraîné dur, très dur, pour ça. Je grimpe sans laisser la moindre trace, sans assistance, et surtout : je grimpe pour la beauté du geste. C’est pour ça que je commence presque toujours par descendre un itinéraire, avant même de le remonter. Mais franchement, il n’y a rien de beau à descendre les pieds en avant, le nez collé à la paroi… Alors quand je peux, je descends la tête la première. Et ça change tout : tu vois les mouvements, tu ressens la ligne, tu profites du paysage. Aujourd’hui, j’ai descendu toute la voie la tête en bas. Un peu moins de 40 mètres, en 2 h 47. Super lent, super safe. » À l’annonce de sa mort, ses proches ont été submergés de messages, parfois d'inconnus. Profondément humain, Earl ne laissait personne indifférent. « J’ai une chance folle d’avoir eu un père comme lui. La plupart du temps, quand quelqu’un meurt, restent les non-dits. »

Brad Gobright, l’un des meilleurs grimpeurs soloistes du monde est décédé le mercredi 27 novembre, victime d’une chute mortelle de plus de 300 mètres à El Potrero Chico, au Mexique. Après tant de solos accomplis dans sa vie, c’est finalement une corde qui a causé la mort de ce grimpeur américain émérite. Son compagnon de cordée, Aidan Jacobson, est tombé de 10 mètres, avant de percuter une large vire en essayant de stopper sa chute. Brad Gobright a lui aussi heurté une vire sans parvenir à s’y arrêter. Cette technique de rappel simultané, très prisée aux États-Unis, est extrêmement dangereuse et requiert une parfaite coordination entre les deux grimpeurs. Brad et Aidan utilisaient une corde de 80 mètres mais n’avaient pas fait de nœuds au bout de celle-ci. En 2017, Brad Gobright avait été mis sous le feu des projecteurs en réalisant le record d’ascension du Nose en 2 heures 19 minutes et 44 secondes, battu ensuite par Alex Honnold et Tommy Caldwell. Sur El Capitan, il avait enchaîné l’an dernier “Salathé” 8a/8a+ en seulement 13 heures et “El Corazon” 8a, en 19 heures.

Focus sur des Pratiques Sensibles : Bloc, Enrouleur et Assurage

Bloc : Penser la Hauteur Autrement

Si le bloc est souvent perçu comme plus accessible, il n’en reste pas moins risqué. Les compétitions intègrent désormais des hauteurs limitées pour les catégories jeunes, et la FFME insiste sur l’apprentissage progressif de la chute pour réduire les blessures.

Enrouleurs Automatiques : Un Outil à Double Tranchant

Ces dispositifs pratiques ont provoqué plusieurs accidents cette année, souvent liés à des erreurs d’encordement. La FFME a publié de nouvelles consignes de sécurité, accompagnées de supports visuels et d’une vidéo pédagogique à venir.

Assurage : Un Rôle Trop Souvent Sous-Estimé

Schéma illustrant les différentes techniques d'assurage

L’assurage, surtout en salle, reste une cause majeure d’accidents. Avec 25 % des sinistres sur structures artificielles liés à des erreurs d’assurage, il est temps de revaloriser l’importance de ce rôle. Il est essentiel de choisir des freins adaptés et de prendre le temps de former ses partenaires à l'utilisation correcte de ces équipements.

Alex Honnold : Une Philosophie Face à la Mortalité

Alex Honnold, souvent considéré comme le meilleur grimpeur en solo intégral du monde, défie les lois de la gravité et de la mort à chacune de ses ascensions à couper le souffle. Il détient plusieurs records de vitesse, notamment pour El Capitan, dans la vallée de Yosemite aux États-Unis. Ces dernières années, il a perdu des amis proches lors d’accidents mortels. Il maintient qu’il n’est pas accro à l’adrénaline. Cependant, il explique dans son livre Alone On The Wall: Alex Honnold And The Ultimate Limits of Adventure, qu’il est décidé, malgré les dangers, à repousser les limites de ce sport qu’il aime tant.

Depuis la maison de sa mère à Sacramento, en Californie, il expliquait en 2017 pourquoi il est connu sous le nom d'Alex « No Big Deal » (« Rien d’extraordinaire »), ce qu’être une « ordure » signifie, comment il gère sa peur de la mort et pourquoi il veut que la Fondation Honnold donne en retour aux pays du Tiers monde où il fait souvent de l’escalade.

Interrogé sur le fait que certains le considèrent intrépide face à la mort, Alex Honnold répond : "Beaucoup de gens disent que je n’ai pas peur ou que je ne redoute pas la mort mais ce n’est absolument pas vrai ! J’ai le même espoir de survie sain que n’importe qui. Je ne veux pas mourir. Du moins, pas tout de suite. [Rires] Je pense que j’accepte simplement plus l’idée de devoir mourir un jour. Je le comprends mais je ne veux pas m’épargner en chemin. Je veux vivre d’une certaine manière, qui demande de prendre un nombre de risques important, et ça me va."

Son surnom dans la Vallée de Yosemite, Alex « No Big Deal » (« Rien d’extraordinaire »), vient du fait que ses amis le chambrent parce que selon eux il minimise la difficulté de ce qu’il a accompli. "Moi, j’estime que j’ai tendance à être réaliste dans mes évaluations car certaines choses me sont toujours venues facilement. Je tiens un journal de tout ce que j’ai grimpé depuis 2005. Concernant le solo intégral du Half Dome, j’ai inscrit un smiley déçu et annoté ce que j’aurais pu mieux faire, puis je l’ai souligné. Il s’avère que ça a été une de mes meilleures réussites en escalade. Mais à ce moment-là, je me disais juste que ce n’était pas parfait, que j’aurais pu mieux faire."

Concernant son enfance, sa mère l'a qualifié un jour de "difficile à élever". Il répond : "Cette phrase de ma mère est très surestimée ! [Rires] Le reste de ma famille dit que j’étais un petit ange. [Rires] Mais je me souviens d’une anecdote quand j’étais petit. Ma mère nous avait dit avec ma sœur que nous n’avions pas le droit de monter sur le toit, mais un jour nous y sommes montés puis nous en avons sauté. Nous l’avons dit à notre mère et elle a répondu que si nous étions sur le toit, nous avions le feu vert pour laver la gouttière. [Rires] Depuis ce jour, je nettoie toujours la gouttière quand je suis à la maison. J’ai toujours aimé grimper et quand j’ai eu environ 10 ans, un centre d’escalade a ouvert dans ma ville. J’ai donc commencé à y grimper à peu près tout le temps. Adolescent, j’ai commencé à faire quelques excursions en plein air mais de façon limitée car je n’avais pas de voiture. Puis, à 19 ans, j’ai quitté l’université et ai commencé à grimper en extérieur pratiquement tout le temps."

Quand on lui demande ce qui l'attire dans le solo intégral, il s'exclame : "[Rires] Pourquoi ne serais-je pas séduit ? Je voyage dans les plus beaux endroits de la terre et je pratique une activité physique rigoureuse que je trouve très amusante. Qui n’aimerait pas ça ? Beaucoup de gens partent du principe que je suis forcément un accro à l’adrénaline mais l’escalade ne procure en vérité que très peu d’adrénaline car tout va lentement. Grimper est le contraire des sports jouant sur la gravité comme le surf ou le snowboard. Ce sont des sports d’adrénaline car une fois que tu te lances, le reste suit. En escalade, il faut délibérément grimper centimètre par centimètre cet énorme mur."

Son surnom d'« ordure » dans le milieu n'est pas une insulte : "[Rires] Ordure est juste un terme que l’on utilise comme quand on parle d’un mec extrême en surf. Dans la culture de l’escalade, ça veut dire y être dévoué à vie, c’est quelqu’un qui a choisi une éthique minimaliste pour pouvoir en faire. En gros, ça veut dire que tu es sans domicile par choix. [Rires] J’imagine que j’essaye de vivre une vie avec le moins de nuisances possibles et de minimiser mon impact sur le monde [Alex Honnold a depuis eu deux enfants, qui lui ont fait revoir son rapport au monde et à la prise de risques, ndlr]. Mes distances parcourues sont aberrantes donc je compense ma consommation carbone mais dans tous les autres aspects de ma vie, j’essaye de faire du mieux que je peux. Je ne possède que très peu d’affaires, je ne dépense mon argent qu’en nourriture et en essence, je suis végétarien et je ne bois pas, ne fume pas… Mais c’est plus parce que je n’aime pas vraiment ça."

Son livre raconte l’histoire de sept ascensions. La plus exigeante a été la traversée du Fitz Roy en Patagonie : "Ça nous a pris un jour juste pour arriver en montagne puis cinq pour escalader. C’est aux antipodes du solo intégral, où tu arrives juste avec ton short, un t-shirt et un sac de craie et tu grimpes en utilisant tes mains et tes pieds pour avancer. Pour la traversée du Fitz Roy, il faut des piolets, des crampons, etc. Mon partenaire Tommy Caldwell et moi avons pratiqué l’escalade libre la plupart de la traversée du Fitz Roy, mais ce qui est compliqué, c’est de savoir quand tu peux le faire en libre ou en artificiel, c’est-à-dire quand tu te passes du matériel, ou quand tu dois travailler avec la corde pour tricher à certains endroits. On a dû dormir là-haut aussi. Quand il faisait nuit, on cherchait une corniche et on creusait une plateforme dans la neige."

Concernant ses records d'ascension d'El Capitan, il explique : "J’ai peut-être 10 ou 12 records de vitesse sur El Capitan via différents chemins. En gros, vous escaladez simplement la montagne plus vite que quiconque auparavant. Il n’y a rien de particulièrement difficile à cela. Bon nombre de records de vitesse sont le fruit de la manière avec laquelle j’ai escaladé ces trajectoires, pas vraiment parce que ça a été fait plus vite. On bouge simplement plus efficacement et on fait les transitions plus efficacement. La plupart des voies impliquent pas mal d’escalade libre combinée à de l’escalade artificielle avec matériel. La clef est de savoir quand et comment il faut passer de l’un à l’autre. Pour le moment le record le plus important est le record de vitesse de The Nose (Le Nez), que j’ai d’ailleurs fait avec un autre homme, Hans Warring. The Nose est la ligne centrale à El Capitan, qui ressemble un peu à un visage humain. Même ceux qui ne grimpent pas le voient et se disent « Wow ! C’est un superbe mur ! » On escalade principalement sur un coté puis on passe de l’autre avec une manœuvre appelée le King Swing. C’est comme un grand pendule où tu te balances d’un coté de The Nose à l’autre." L'ascension a pris 2 heures et 23 minutes, soit à peu près 6 mètres par minute.

Les morts de ses amis, Sean Leary et Dean Potter, en 2015 et 2016 l'ont affecté : "Ces deux morts m’ont fait réfléchir un petit moment. Tu passes quelques jours à réfléchir, à évaluer ta vie et à penser à toutes les décisions importantes de la vie. Mais, en fin de compte, je m’étais déjà confronté à ces problèmes personnellement. Ce n’est pas le simple fait que quelqu’un ait un accident qui allait changer les décisions fondamentales que j’avais prises. Mais c’est une bonne chose de les revoir de temps en temps, et de repenser à tout ça, de voir où tu en es."

Sur la gestion de la peur, Alex confie : "C’est intéressant. En général, si quelque chose me fait vraiment peur, je ne le fais tout simplement pas. Je ne suis obligé à rien. Je ne fais ça que pour mon propre plaisir. Si j’ai peur, soit je passe plus de temps à me préparer ou je ne le fais pas. J’ai fait des trajectoires où j’ai escaladé 60 mètres au-dessus du sol et je me suis demandé ce que j’étais en train de faire. Puis, je suis redescendu et suis rentré à la maison. C’est dans la retenue que réside la plus grande partie de la bravoure. Parfois ce n’est juste pas votre jour. C’est le plus important avec le solo intégral : savoir abandonner."

La Fondation Honnold a vu le jour grâce à sa sœur, "la personne la plus socialement engagée au monde. Elle m’a toujours beaucoup inspiré dans sa manière de vivre dans un but et de prendre les bonnes décisions. Comme je suis devenu médiatisé, j’ai eu l’opportunité de tourner des publicités. J’ai récemment fait une publicité pour une voiture où j’ai plus gagné en deux jours que ce que ma sœur gagnerait en cinq ans. C’est n’importe quoi ! Ce n’est pas normal. Donc l’idée de la fondation a commencé avec l’idée de rectifier toute cette inégalité entre le monde du sport et du divertissement et le travail social réellement utile. Je voyage dans des endroits ruraux, souvent dans le Tiers Monde, donc je voulais faire quelque chose qui soit bien pour l’environnement et pour les gens là-bas. Ça m’a conduit à mener des projets d’énergie renouvelable. En Afrique, les gens dépensent près de 25 % de leurs revenus dans du kérosène pour éclairer leurs foyers, ce qui est cancérigène épouvantable pour la santé. Être à-même d’acheter une lanterne solaire ou un système de batterie sur panneau très simple peut considérablement changer votre vie. J’ai donc cherché des projets environnementaux de ce genre, qui peuvent améliorer les standards de vie d’une personne tout en aidant l’environnement. J’étais récemment en Angola, à travailler sur un projet d’énergie solaire qui a été bien au-delà de nos attentes. Je suis donc assez disposé à continuer. Je n’ai pas fait de récoltes de fonds, j’ai juste fait des donations à hauteur d’un tiers de mes revenus. À l’avenir, je tirerais peut-être profit de mes contacts avec des marques pour récolter plus d’argent."

Quant à la spiritualité en altitude, il déclare : "Hum, absolument pas. [Rires] Je suis plutôt athée. J’ai probablement vécu le même genre d’émotions que les gens associent à la spiritualité comme le sentiment de ne faire qu’un avec le monde ou l’émerveillement et l’impression d’être tout petit, que les gens religieux associent à un certain pouvoir supérieur ou à Dieu."

Grimper Mieux, Grimper Plus Sûr : 5 Conseils Essentiels

Chaque voie est une aventure, mais aussi une responsabilité. Pour une pratique durable et sécuritaire de l'escalade, voici cinq conseils essentiels à suivre :

  1. Inspectez votre matériel : Avant chaque séance, inspectez votre matériel. Une corde trop courte ou un mousqueton mal verrouillé, et l’aventure peut virer au cauchemar. Le matériel est votre première ligne de défense, son intégrité est non négociable.

  2. Prenez soin de votre corps : Un bon échauffement est essentiel pour éviter les blessures liées aux mouvements brutaux ou mal contrôlés. La souplesse, la force et l'endurance sont des atouts majeurs qui se cultivent.

  3. Soyez curieux, mais pas téméraires : Savoir renoncer est une force, pas une faiblesse. Une voie trop engagée ou des conditions douteuses ? Mieux vaut reporter votre ascension. L'humilité face à la montagne est le signe d'un grimpeur averti.

  4. Encouragez la formation : Que ce soit pour l’assurage, les techniques de descente ou la gestion des risques, il y a toujours à apprendre. Participez à des stages, lisez des ouvrages spécialisés, et mettez régulièrement à jour vos connaissances.

  5. Partagez vos expériences : Les retours d’expérience disponibles sur le site de la FFME sont une mine d’or pour mieux comprendre et éviter les erreurs courantes. Échanger avec d'autres grimpeurs, qu'ils soient plus expérimentés ou débutants, permet d'enrichir sa propre pratique et de contribuer à la sécurité collective.

Alors, prenez soin de votre sécurité, soyez attentifs à celle de vos partenaires, et n’oubliez jamais que la vigilance est le premier pas vers une pratique durable. Grimpez avec enthousiasme, partagez des moments uniques, et surtout, prenez le temps de savourer chaque ascension. Bonne grimpe.

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