
Le Col du Granon, niché au cœur des Hautes-Alpes, à proximité de Briançon, est une ascension qui, malgré une relative discrétion historique au sein du Tour de France, s'est forgée une réputation d'extrême difficulté parmi les cyclistes. Surnommé "l'ogre briançonnais", il est connu pour ses pentes incessantes et ses panoramas à couper le souffle, offrant une expérience unique et mémorable aux grimpeurs.
Un Profil sans Répit : La Bête Noire des Cyclistes
L'ascension du Col du Granon est unanimement décrite comme très dure, caractérisée par un gradient constamment élevé et l'absence quasi totale de moments de répit. Des cyclistes de tous âges et niveaux témoignent de cette difficulté. Un cycliste de 66 ans, fraîchement remis d'un cancer colorectal en 2024, a relevé le défi de grimper le Granon après le Galibier, attestant : "Atroce mais j'y suis arrivé (à la ramasse) d'autant plus que c'est la période de canicule en cette fin juin." Une preuve de la ténacité requise pour vaincre ce col.
Le profil du Granon, avec ses pourcentages souvent à deux chiffres, le distingue de ses voisins plus célèbres. Le début de l'ascension est parfois décrit comme "assez facile, beaucoup autour de 8 et 9% avec quelques exceptions ici et là", permettant de "prendre un bon rythme". Cependant, cette relative "facilité" est de courte durée. Dès le panneau signalant les "5 km de l'arrivée", les choses sérieuses commencent véritablement. La moyenne sur cette portion atteint 11,2% et "ne descend guère en dessous de 10% jusqu'au sommet".

Plusieurs points de départ sont possibles, mais l'accès depuis Saint-Chaffrey (versant sud) est souvent cité comme le plus emblématique et le plus exigeant. Depuis Saint-Chaffrey, l'ascension représente 11,3 km à une moyenne de 9,2%, avec un dénivelé de 1 036 mètres. Les pourcentages "ne descendent alors plus sous les 9%, grimpent jusqu’à 10,5%, mais s’étendent surtout sur 11,3 km". Certains passages atteignent même 13%. Cette régularité dans la difficulté en fait "un des cols les plus difficiles des Alpes françaises". Un cycliste le décrit comme "un col vraiment mental, on est en prise pendant 11 bornes sans répit, c'est ce qui fait sa difficulté !"
Le "passage le plus difficile" est souvent situé après les Tronchets, "alors qu'on est déjà bien entamé et qu'on passe la barre des 2000m d'altitude". C'est à partir de là que "ça ne débranche pas, c'est usant, ça fait mal aux jambes et à la tête, on en voit jamais le bout". Le kilomètre le plus difficile est annoncé à 11,1% après la fontaine des Tronchets, bien que "tous les kilomètres sont durs et on ne fait pas vraiment la différence".
Un Cadre Naturel Remarquable : Beauté et Solitude
Malgré sa rudesse, le Col du Granon est également célébré pour la "beauté et les surclasse par la difficulté" de ses paysages. Il offre des "vues magnifiques" et un cadre "sauvage et peu fréquenté". L'ascension est "scénique, raide et à haute altitude".
Au fur et à mesure de la montée, les paysages se transforment. Le début de l'ascension se déroule "principalement dans la forêt avec quelques belles vues de temps en temps". Cependant, à mesure que l'on gagne de l'altitude, "on est totalement à découvert, il n'y a plus de végétation". C'est dans cette partie supérieure que le col révèle toute sa majesté, offrant une "vue imprenable sur les Ecrins et le pic du Grand Aréa, à près de 3 000 m". Le "panorama au sommet" est souvent décrit comme "3 étoiles" et "fantastique", avec une vue panoramique "sur le domaine de Serre Chevalier et les pics plus au Nord (Barre des Ecrins, Pelvoux, etc)".

La faune locale ajoute à l'expérience sauvage. Des "marmottes" sont fréquemment aperçues, dont une qui a "traversé la route" devant un cycliste en août 2025. Cette faible fréquentation, due au statut de "cul de sac" du col, contribue à la sensation de solitude et d'immersion dans la nature. "Très peu de monde", "doublé par seulement 2 voitures", et "j'ai vu plus de marmottes" sont des témoignages récurrents.
L'altitude joue un rôle crucial non seulement dans les paysages mais aussi dans les conditions météorologiques. À partir de 2000 mètres, "le vent commence à jouer un rôle". Il peut être "contre" et rendre la montée "intimidante", voire "un enfer" dans les portions les plus raides. Un cycliste raconte : "j'avais sur le steilste stuck helaas wind tegen". L'air frais de l'altitude est cependant apprécié, surtout par temps chaud.
Le Granon et le Tour de France : Un Retour Remarqué
Le Col du Granon a une histoire particulière avec le Tour de France. Longtemps resté dans l'ombre, avec une seule apparition en 1986, il a fait un retour retentissant en 2022 lors de la 11e étape. Ce retour a non seulement remis le Granon sous les feux des projecteurs, mais a également gravé de nouvelles pages dans l'histoire du cyclisme.
En 1986, le Granon fut le théâtre d'une étape mémorable. L'Espagnol Eduardo Chozas de l'équipe Teka remporta la 17ème étape après une "échappée monstre". Mais cette journée marqua aussi "la fin de la suprématie de Bernard Hinault qui a été repris par Greg Lemond". Les 2413m du Granon furent alors "pendant 25 ans la plus haute arrivée de l'histoire du Tour".
TOUR DE FRANCE 2022- Le jour où POGACAR a connu la PIRE étape de sa VIE face aux VISMA de Vingegaard
Le choix de réintroduire le Granon en 2022 a été motivé par la volonté de trouver "une arrivée emblématique et très dure". Christian Prudhomme, directeur du Tour, a souligné : "C'est un col où peut s'écrire la légende de la course". Laurent Jalabert a décrit la montée comme "très beau, c'est une jolie montée régulière, mais régulièrement dure. Il n’y a même pas un virage où la pente s'atténue un peu. C'est du 9,2% de moyenne avec des passages à 10%". Le vent, souvent présent en altitude, a été identifié comme un facteur supplémentaire pouvant "jouer sur la partie finale" et "aider à creuser des écarts pour les costauds, et à perdre encore plus de temps pour ceux en difficulté".
La particularité du Granon en tant que "cul de sac" routier explique en partie sa rareté dans le Tour, car "il est impossible d’y descendre par l’autre face, que ce soit en voiture ou à vélo". Cependant, cette caractéristique contribue à sa tranquillité et à son caractère sauvage.
Conseils et Expériences des Cyclistes
L'ascension du Col du Granon exige une préparation adéquate. Les cyclistes expérimentés soulignent l'importance de la gestion de l'effort et de l'hydratation. "Attention! a bien gérer vos efforts car si vous êtes cuit trop tôt vous allez devoir mettre pied à terre car il n'y a pas de répit dans cette montée." Un participant à la Haute-Route a réalisé un départ "canon" à 170bpm, "rattrap[ant] le coureur parti 20 secondes avant moi au bout de 700m". Cependant, même les plus aguerris doivent composer avec la difficulté intrinsèque du col.
Le matériel joue également un rôle. Un cycliste ayant loué un Scott CR1 30 en carbone avec un triple plateau et une cassette 11-30 a trouvé le vélo "très bon malgré la transmission en Shimano Sora". Il a débuté en 3926 mais a rapidement "passé le petit plateau dès le premier coup de cul", utilisant des braquets de 3023 et 30*26. Pour les montées, un braquet léger est crucial, notamment un 34x28 ou 34x25, est souvent recommandé pour "ne pas laisser sous la pédale".
La qualité du revêtement routier a connu des améliorations. En 2002, un cycliste se souvenait d'une route "dans un état assez moyen, et étroite". Cependant, plus récemment, l'ascension a été "refaite de bas en haut" "surtout pour la tournée qui se terminera ici le 13 juillet 2022". Le "revêtement de la route est bon partout, bien qu'assez étroit", et "la qualité de la route en montée est presque parfaite du point de vue du vélo de course (elle est adaptée au Tour de France)". En descente, malgré quelques "irrégularité de surface" ou "petites bosses" qui "secoue un peu", le revêtement reste "bon à très bon". Cependant, la descente reste "technique" et nécessite une vigilance particulière, surtout avec la "gravité" et la présence occasionnelle de "gravier sur les bas-côtés".

La fréquentation du col est généralement faible en dehors des événements spécifiques. "Col peu fréquenté", "presque tout l'itinéraire est au soleil", sont des observations courantes. Pour ceux qui recherchent la tranquillité, il est conseillé de "consulter les sites web des offices de tourisme locaux pour savoir quand la route est réservée aux cyclistes (environ toutes les 2 ou 3 semaines en été)".
Au sommet, une "buvette en hauteur" et une "table d'orientation" offrent un réconfort bienvenu et l'occasion de savourer la vue. La présence d'un "large parking" gâche cependant "un peu la sensation de solitude".
Des Défis et des Records : L'Everesting de Richard Patrosso
Le Col du Granon est un terrain de jeu privilégié pour les ultracyclistes et les chasseurs de records. Richard Patrosso, un compétiteur aguerri, a réalisé un exploit stupéfiant en juin 2025 : gravir "neuf fois d'affilée le col du Granon au-dessus de Saint-Chaffrey". Cette performance représente "9 531 mètres de dénivelé positif et 102,6 kilomètres parcourus en à peine 18 h 53 minutes".
Son objectif était de "battre le record de montées consécutives" et d'atteindre le dénivelé d'un "Everesting" (8 848 mètres de dénivelé positif). Richard Patrosso, à 37 ans, a expliqué sa motivation : "J'ai toujours été à l'aise quand ça grimpe, c'est la course au record pour moi, c'est dur à comprendre qu'il s'agit de compétition mais pour moi ça l'est et c'est même mon moteur, sans avoir ça en tête je n'irais pas loin."
L'expérience n'a pas été sans embûches. Richard Patrosso a failli être victime d'un accident avec une marmotte lors d'une descente, ce qui l'a incité à ne "plus descendre de nuit". Cette anecdote souligne le caractère sauvage et parfois imprévisible de l'environnement montagnard.
Le Col du Granon est donc bien plus qu'une simple montée. C'est un test physique et mental, une immersion dans des paysages grandioses et un lieu où l'histoire du cyclisme, qu'elle soit professionnelle ou personnelle, continue de s'écrire avec des efforts inoubliables.