L'appel des Cimes : L'Aventure du Cyclotourisme dans les Andes Équatoriennes

L'ascension des Andes à vélo représente bien plus qu'un simple défi sportif ; c'est une immersion profonde dans des paysages grandioses, une confrontation avec les limites de son propre corps et une découverte culturelle inoubliable. L'Équateur, avec sa géographie spectaculaire et sa richesse culturelle, offre un terrain de jeu idéal pour les cyclistes avides d'aventure. Ce récit explore les défis, les merveilles et les leçons tirées d'un périple à travers cette chaîne de montagnes emblématique, des côtes pacifiques aux hauts plateaux vertigineux.

Premiers Pas en Terre Équatorienne : Climat et Culture

Dès l'atterrissage, le contraste avec les idées reçues sur les régions équatoriales est frappant. L'Équateur n'est pas synonyme de chaleur étouffante. Le courant marin de Humboldt influence la côte pacifique, instaurant un climat perpétuel de printemps. Cependant, l'altitude introduit une variabilité météorologique remarquable, où tous les types de temps peuvent se succéder au cours d'une même journée. Ce pays, contrairement à ses voisins colombien et péruvien, est réputé pour son calme et sa sécurité, offrant une atmosphère paisible. Seuls les nombreux chiens en liberté peuvent surprendre le cycliste, ajoutant une touche d'imprévu à la quiétude ambiante. L'Équateur se révèle être un pays aux deux visages : d'un côté, une population occidentalisée, marquée par une consommation semblable à celle des États-Unis, avec un niveau de vie correct mais sans excès. De l'autre, sur les hauts plateaux ou dans les plaines de bananeraies, subsiste une population indigène vivant dans des conditions d'un autre siècle, loin des regards et du tumulte moderne. La partie amazonienne du pays, quant à elle, représente un univers à part entière, non abordé dans ce récit.

Carte de l'Équateur avec les principaux cols et villes mentionnées

De la Côte aux Premiers Contreforts Andins : Adaptation et Défis

Notre exploration débute à Guayaquil, une ville qui, malgré son manque de pittoresque, sert de point d'adaptation aux nouvelles coutumes locales. Après une journée d'acclimatation, la route s'ouvre sur la campagne, empruntant une voie rapide bordée de bananeraies. Les premiers instants sont marqués par un dépaysement total, rapidement relayé par une certaine monotonie due à l'absence de villages et à une chaleur lourde qui invite à la somnolence. L'incertitude plane quant à l'hébergement, avec des distances considérables et des dénivelés importants à franchir. L'élévation de 3000 mètres en une journée, avec le poids du chargement, représente un risque non négligeable.

La première averse du voyage coïncide avec le franchissement du premier col, culminant à 3440 mètres. C'est également le théâtre de la première crevaison. La descente vers Cuenca, une ville coloniale pleine de charme, s'effectue dans une longue vallée évoquant les Alpes européennes, agrémentée de cactus. Deux jours dans cette cité permettent d'appréhender plus finement la vie et les coutumes de ses habitants, reconnaissables à leurs célèbres chapeaux "Panama".

Les effets de l'altitude sur la performance des sportifs avec Grégoire Millet - UNIL

Naviguer entre Reliefs et Imprévus : Routes de Montagne et Villages Authentiques

La route de Canar à Chunchi, apparemment simple sur le papier avec une descente de 3000 à 2000 mètres, se révèle être un enchaînement de routes en corniche, naviguant entre sommets et fonds de vallées. Les éboulements et les chiens errants ajoutent des obstacles inattendus à la progression. La route vers Alausi offre un bref répit avec 10 km de belle chaussée, avant de céder la place à une déviation de 8 km sur une piste de montagne sablonneuse et caillouteuse, où le risque d'enlisement est constant. La descente finale vers le village-étape est vertigineuse, menant à un lieu où la présence de touristes, après trois jours d'isolement, est une surprise bienvenue. Ce village abrite une gare pittoresque, point de passage de l'unique train équatorien, dont la suppression est envisagée pour des raisons de rentabilité.

Le lendemain matin, les plateaux sont balayés par une tempête, et le vent souffle dans le mauvais sens, ajoutant à la difficulté de l'étape dont le profil s'avère redoutable. Le premier col, avec ses virages rappelant ceux de l'Alpe d'Huez, marque le début d'une lutte acharnée contre Éole. Le changement de vallée apporte un soulagement, et l'étape se termine par un bivouac dans un hôtel en construction à Guamotte.

Ascension vers le Toit de l'Équateur : Chimborazo et les Hauts Plateaux

Le relief devient moins tourmenté, avec un départ à 3000 mètres, une montée à 3300 mètres, puis une longue descente vers Riobamba, située à 2700 mètres. L'allure est plus détendue, annonçant une journée de repos le lendemain. C'est en admirant le paysage et les Indiens au travail dans les champs qu'une pointe blanche surgit des nuages : le Chimborazo, le "Mont Blanc" local, qui culmine à 6310 mètres. Sa particularité est d'être, par rapport au centre de la Terre, le point le plus éloigné du noyau terrestre, dépassant ainsi l'Everest en altitude géodésique.

Après une partie de l'ascension pédestre du Chimborazo, la route reprend en direction d'Ambato, distante de 55 km. Au programme, une montée longue et régulière menant au sommet de la Providencia (3560m), avec le Chimborazo en toile de fond et, surprise, des lamas, dont la rareté rend leur apparition particulièrement appréciée. La descente est marquée par un incident : une sacoche se décroche, heurtant les rayons et provoquant une roue voilée, heureusement sans gravité pour le cycliste.

L'étape du jour mène à Latacunga, à seulement 40 km. À l'approche de la capitale, les propriétés s'agrandissent et deviennent plus cossues. Le Cotopaxi, autre volcan majestueux, parfois en éruption, apparaît sur la droite. La journée est rythmée par un nouveau dénivelé conséquent, avec la montée du Ministrak, atteignant 3550 mètres. Les premiers kilomètres de faux-plat mènent à une pente rude, qui s'adoucit vers le sommet, permettant une course amicale avec un camion. La descente rapide clôture l'étape de 54 km, avec une halte à l'hôtel Mejia de Machachi.

Quito et ses Environs : Métropole Coloniale et Mystères Équatoriaux

L'arrivée à Quito est marquée par le trafic intense des bus et des camions. L'infrastructure routière, parfois déficiente malgré l'altitude, impose une vigilance constante. L'entrée dans la capitale, surtout à midi, est infernale. Quito se divise en deux entités distinctes : le Quito colonial, empreint d'histoire, et le Quito moderne, reflet d'une vie contemporaine. Séparés par un vaste parc, ces deux mondes sont reliés par un réseau dense de transports en commun.

Le séjour à Quito est ponctué d'un aller-retour en bus à Ottavalo, à 100 km de là, pour visiter son marché hebdomadaire. Le samedi, le marché bat son plein dès l'aube, attirant paysans et marchands de toute la région. C'est une explosion sensorielle, un régal pour les yeux et les oreilles, où l'on trouve de tout : animaux, fruits, légumes, tissus colorés, et même la possibilité d'échanger ou de vendre ses propres vêtements.

Le marché coloré d'Ottavalo, un kaléidoscope de couleurs et de sons

La sortie du dimanche matin traverse Quito pour rejoindre la "Mittad del Mundo", le milieu du monde. Bien plus qu'une simple randonnée de 60 km, ce lieu est un symbole, mais aussi un piège à touristes. La fameuse photo avec un pied dans chaque hémisphère se révèle être une illusion, la ligne de l'équateur étant située à 4 kilomètres de là.

Le Grand Final Andin : Descente vers la Plaine et Immersion Culturelle

Après une dernière visite des églises et des marchés de Quito, le voyage à vélo reprend. Une montée de 8 km mène au sommet du dernier col andin, à plus de 3000 mètres, le douzième du périple. S'ensuit une descente de 90 km qui ramène dans la plaine, à 500 mètres d'altitude. Au fil des lacets et grâce à la douceur de la pente, l'évolution de la végétation et du relief est un spectacle permanent. Santo Domingo, étape de ces 100 kilomètres de rêve, offre un hôtel loin du paradis, où le bruit des soirées et des levers matinaux, ainsi que des attaques de fourmis, font partie de l'expérience locale.

Une journée de repos est consacrée à la visite d'un village d'Indiens Colorado dans la "jungle", accompagnés par des étudiants locaux servant d'interprètes. La barrière de la langue, même avec l'espagnol, rend la communication dans les dialectes locaux ardue.

Le réseau routier, bien que peu dense, est globalement de bonne qualité. Les aléas climatiques, notamment durant la saison des pluies, peuvent dégrader les routes. La circulation, en dehors des abords des villes, est modérée, et les conducteurs font preuve de prudence. La présence de cyclistes sur les routes suscite souvent des coups de klaxon admiratifs, signe de singularité et de respect. La route, en Équateur comme dans les Andes en général, est une invitation à la découverte, un fil conducteur à travers des paysages et des cultures d'une richesse inouïe. L'aventure cycliste dans les Andes est une expérience qui marque à jamais, mêlant l'effort physique à la contemplation, et la découverte des grands espaces à la rencontre de peuples aux traditions ancestrales.

Cycliste traversant un paysage andin spectaculaire au lever du soleil

Le Contexte d'une Aventure Mondiale : Un Tour du Monde à Vélo

Le récit de l'ascension des Andes s'inscrit dans un projet plus vaste : un tour du monde à vélo réalisé entre mars 2005 et mars 2007. Ce périple, documenté par un film intitulé "La roue libre", bien que datant un peu, conserve toute sa puissance émotionnelle. Les détails techniques et l'évolution de certains pays peuvent avoir changé, mais l'essence des découvertes et des rencontres reste intacte. Ce chapitre, "Prendre de la hauteur dans les Andes", marque une étape cruciale de cette expédition, où les défis de l'altitude et la beauté sauvage des montagnes s'entremêlent.

L'Altitude, une Compagne de Voyage : Défis et Acclimatation

Juin 2006. Le programme du premier jour est ambitieux : mille huit cents mètres de dénivelé pour "se mettre en appétit". La montée est lente, la respiration se fait plus difficile, parfois accompagnée d'un léger mal de tête, signes indubitables de l'altitude grisante. Même sous un orage de grêle, la bonne humeur persiste, alimentée par la perspective de l'aventure.

Quarante-cinq kilomètres de pure montée la veille, et autant à gravir le lendemain. Une étape courte est prévue pour le repos et l'acclimatation. Le rythme ralentit à cinq kilomètres-heure en fin de journée, sans compter une crevaison. Au sommet, la pampa s'étend, vaste étendue plate de hautes herbes sèches où paissent des vigognes, plus petites et gracieuses que les lamas. Leur laine, destinée aux pays riches, se négocie jusqu'à cinq cents dollars le kilo.

Après trois jours de montée, juste avant un col à 4200 mètres, un petit hameau offre un abri pour la nuit dans une case en paille, ancienne école pour quatre élèves, servant désormais de dépôt pour la laine de mouton. Dans l'unique restaurant, une jeune fille sollicite de l'aide pour un exercice d'anglais. La découverte de ce globe terrestre permet de situer la France et le chemin parcouru. La soirée s'étire au chaud, rythmée par des tisanes à l'eucalyptus ou à la camomille, choisies pour leurs vertus curatives, notamment contre le mal de tête lié à l'altitude.

Vue panoramique de la pampa andine avec des vigognes

Paysages Andins et Rencontres Inattendues : Chiens, Laines et Traditions

Le lendemain, le passage du col dévoile de nouveaux paysages : des vallées cultivées d'un vert tendre, plus fertiles et donc plus peuplées. Les femmes indigènes, vêtues de couleurs vives et aux longues tresses noires, surveillent leurs troupeaux de moutons et de lamas. Malheureusement, les chiens, souvent agressifs, s'excitent à leur passage, obligeant à des cris, des jets de pierre, voire à poser pied à terre.

Une anecdote notable survient dans une station-service. Brieg, à la recherche du pompiste, se retrouve face à deux chiens de garde déterminés. Sa fuite précipitée, avec un chien frôlant son mollet, accentue sa phobie canine : "Je crois que je commence à détester les chiens. Qu’ils soient grands, petits, noirs, blancs, agressifs ou gentils, le regard bête ou vif. J’ai un caillou sur ma sacoche de guidon, prêt à être balancé si un chien me court dessus férocement."

Plus loin, la tente est installée derrière un petit restaurant, unique habitation sur des dizaines de kilomètres. La carcasse d'un alpaga sèche au soleil, tandis qu'un mouton est découpé. Les femmes nettoient les boyaux, une fillette de trois ans récupère le sang dans un saladier. Le vent souffle en tempête toute la nuit, faisant chuter la température. Les peaux de mouton et les couvertures en laine prêtées par la famille assurent la chaleur malgré la glace qui se forme sur la tente.

Traversée du Pérou : Villages Isolés, Églises Coloniales et Tensions Politiques

Après plusieurs nuits glaciales et la traversée de Cusco et de son Machu Picchu, un dernier col sépare les cyclistes de l'altiplano. L'hospitalité d'un Père français dans une paroisse offre un répit. Une dizaine d'enfants, accompagnant le groupe, rendent le séjour vivant. Une jeune fille de quatorze ans tient Elise par le bras, s'esclaffant à chaque mot d'espagnol mal prononcé. La visite du village révèle un pont inca et une petite chapelle. Les enfants annoncent leur communion prochaine, exprimant leur foi en Jésus. Pedro-Bernardo, un bébé, "baptise" Elise en lui urinant dessus.

L'église du village, une merveille de l'époque coloniale, est fermée à double tour. Un villageois, gardien de l'édifice, ouvre la porte avec une clé de trente centimètres. L'intérieur est un trésor d'argent et d'or : un autel doré, une plaque sculptée en argent massif, une chaire en bois imposante, des tableaux et des fresques murales, cachant d'autres fresques antérieures et des vestiges incas.

Le Père explique les tensions politiques : un accord commercial avec les États-Unis menace l'agriculture et l'industrie péruviennes. Les villages sont en ébullition, manifestant par des barrages routiers hétéroclites : pierres, poteaux électriques, carcasses de camions. Le lendemain, une longue série de ces barrages attend le groupe. La circulation est paralysée, mais le passage est possible en suivant les paysans et les écoliers. Un barrage plus agressif, avec barbelés et branches de cactus, marque une rencontre tendue. Le meneur, remonté, accuse les cyclistes d'être américains. La présentation des passeports prouve leur nationalité française et désamorce la situation.

Une église coloniale ornée de détails incas

L'Altiplano et le Lac Titicaca : Pureté des Paysages et Rencontres Humaines

À l'entrée de Sicuani, un barrage imposant se dresse, non pas d'obstacles matériels, mais d'une foule hostile qui fusille du regard. Le groupe passe sur le côté, mais des pierres sont lancées. Elise tente d'expliquer leur soutien à la cause, leur non-américanisme, mais en vain. Le lendemain, le scénario se répète, obligeant à avancer rapidement, tête baissée.

Enfin, l'altiplano se dévoile : plat, sauvage, grandiose. Les couleurs sont pures, les lignes s'étendent à l'infini sous un ciel bleu intense. La soirée se passe chez un paysan, où la consommation de coca est une tradition. La vieille mère, au visage ridé, ne parle que quechua et alimente le feu avec des bouses de vaches séchées. La collecte et le séchage des bouses sont une tâche matinale essentielle.

Les nuits deviennent plus fraîches, l'eau gèle, la tente est cassante de glace au petit matin. La découverte du lac Titicaca, longé jusqu'en Bolivie, marque une étape mémorable. L'arrivée à La Paz, nichée au fond d'une cuvette immense et surmontée de pics enneigés, est inoubliable.

La Paz et le Volontariat : Solidarité et Apprentissages

Elise, fatiguée, découvre une anémie, conséquence normale des soucis de santé traînés depuis Nazca. L'anémie, l'altitude et l'effort physique ne favorisent pas le rétablissement. Le médecin recommande le repos. La décision est prise de rester à La Paz pour se soigner et profiter de ce temps pour aider une association comme bénévole. Alain Genin, un prêtre belge engagé dans la lutte contre la pauvreté, accueille le groupe avec enthousiasme à la "Casa de la amistad".

Pendant deux semaines, le trajet quotidien en bus mène à El Alto, banlieue de La Paz. Dans le quartier d'Urkupina, l'association a aménagé une maison où enfants et mamans défavorisés se retrouvent pour des activités : menuiserie, informatique, soutien scolaire, musique. L'aide apportée à Charro et Vladi, les animateurs, se concrétise par la lecture d'histoires aux enfants. Volontaires, la plupart vont à l'école et passent le reste du temps à l'association, d'autres traînent dans la rue. Malgré les différences, des liens se créent autour du jeu, des devoirs, des câlins. Les sourires, dévoilant des dents de lait cariées, sont offerts sans jugement, les différences de couleur de peau étant ignorées. La présentation du voyage aux enfants se traduit par la création d'une carte du monde géante, illustrée par leurs dessins.

Vers de Nouveaux Horizons : Oruro et le Salar d'Uyuni

La santé s'améliorant, le départ de La Paz vers Oruro est imminent. L'arrivée à Oruro coïncide avec le match de la coupe du monde France-Brésil. L'ambiance est tendue en Amérique du Sud ; la victoire française est célébrée par les seuls supporters français au milieu d'une foule bolivienne dépités.

La route vers le nord du salar d'Uyuni est une piste caillouteuse, longue et peu fréquentée. Secoués par la "terre en tôle ondulée", le groupe atteint un petit village. Sur la place centrale, la surprise est de taille : deux vélos chargés, arborant un drapeau français. Laurence et Lionel, voyageurs à la rencontre des acteurs du commerce équitable, font partie de ce paysage improbable. La rencontre est chaleureuse, et une décision commune est prise : prendre la route ensemble dès le lendemain, direction le salar d'Uyuni.

Le Salar d'Uyuni, un désert de sel immaculé s'étendant à perte de vue

Le Salar d'Uyuni : Immensité Blanche et Mirages Éphémères

Ensemble, les quatre cyclistes traversent le salar, un désert de sel blanc immaculé s'étendant à perte de vue. Ce lac asséché, aussi grand qu'un département français, bouleverse les notions de temps et d'espace. Les montagnes lointaines apparaissent comme des mirages flottant dans le ciel. Pour naviguer vers une "île" où passer la nuit, le compteur et la boussole deviennent indispensables. Brieg, en "bon marin", assure la navigation : "Cap au 190° !". La sensation de rouler les yeux fermés s'installe dans cet espace infini.

L'île Incahuasi, telle un mirage, semble s'éloigner à mesure qu'on s'en approche. Un petit restaurant y est aménagé, avec huit habitants. Seuls les voyageurs sans véhicule motorisé sont autorisés à y passer la nuit. Entre quatorze et dix-sept heures, l'île est encerclée par une horde de véhicules tout-terrain remplis de touristes. Mais en dehors de ce ballet, la sérénité règne, permettant de profiter du décor somptueux.

La journée entière passée sur l'île est une succession de beautés et de pureté. L'aube, le zénith, la fin du jour et le lever de lune offrent des spectacles permanents. Le blanc, le craquement sous les pneus, le froid mordant le visage donnent l'impression de rouler sur la banquise. Le sel blanc n'emmagasine pas la chaleur du soleil, provoquant une chute brutale de la température. Malgré l'effort, le réchauffement est difficile. Elise superpose les couches de vêtements : sous-vêtements, collants, t-shirts, pull, polaire, blouson, foulard, bonnet, capuche, deux paires de gants, autant de chaussettes, short, jean, et même un sac plastique par-dessus les chaussures pour l'isolation. L'eau de la bâche percée gèle également.

Le Pérou en Vélo : Montagnes, Déserts et Culture Inca

Un mois plus tôt, Lucille et Samuel arrivaient à Lima avec l'objectif de rejoindre Santiago du Chili via la Bolivie.

Jour 1 : Nazca / Premières MontéesDépart de "La Petite Maison", une auberge tenue par une mamie à Nazca. Les conseils avisés concernant le chemin, les courbes à anticiper et la nourriture à prévoir sont précieux. La première montée de 100 kilomètres est exigeante, avec des pentes allant de 2 à 11%. Après 6h45 de pédalage, le bilan est de 1800m d'ascension (de 600 à 2400m d'altitude) et 44 kilomètres, récompensés par des paysages magnifiques et un spot de bivouac idéal.

Jour 2 : Ascension Continue et AltitudeAprès 50 kilomètres, traversée du premier village attendu pour le ravitaillement en eau. Nouvelle journée d'ascension, les effets de l'altitude se font sentir : légers maux de tête et souffle court. En soirée, Pablo aide à installer la tente près de sa maison, nichée à 3900 mètres d'altitude. Partage d'un repas simple avec sa famille.

Jour 3 : Le Plateau à 4000m et le Syndrome du Pneu CrevéLa fameuse montée de 100 kilomètres s'achève, franchissant la barre des 4000 mètres. Les paysages ont radicalement changé depuis le désert. L'habitude de monter permet de rouler à petite vitesse. Le froid et l'altitude sont difficiles à gérer en fin de journée, poussant à trouver un bivouac dès 16h30, le soleil se couchant avant 18h. Extinction des feux précoce pour récupérer et s'endormir avant les températures négatives. À 4300 mètres, il fait -4 degrés, la tente est gelée. Cette journée est éprouvante, marquée par le "syndrome du pneu crevé", une sensation de rouler à plat. Oscillation entre 4000 et 4600 mètres, à bout de souffle. Sous un grand soleil et un froid glacial, traversée de lagunes et rencontre avec des milliers de lamas et de "vicuñas" (lamas sauvages). La journée se termine dans un petit village d'altitude pour dormir au chaud.

Jour 4 : Migraine et Itinéraires TechniquesRéveil avec une grosse migraine pour Samuel, qui se contente d'un doliprane au petit-déjeuner. La motivation permet de repartir sur les chemins de montagne. L'application GPS propose un itinéraire des plus techniques : 50 kilomètres de sable, rochers, cailloux, rivières. Dur physiquement, l'objectif ambitieux du jour n'est pas atteint malgré les efforts. Bivouac à 3700 m, sans réseau ni douche depuis 4 jours.

Jour 7 : Retour dans la Vallée et Échanges ÉconomiquesRedescente dans la vallée, un soulagement apprécié malgré les secousses des cailloux. Petit-déjeuner chez Alex, composé d'œufs, de pains et de café. Échanges sur les activités économiques de la région : travail dans la construction et l'agriculture, notamment dans les plantations d'avocats destinés à l'export.

Jour 9 : Objectif Cusco et Soutien InattenduL'objectif est de rejoindre Cusco sans perdre trop de temps pour réaliser le Salkantay trek autour du Machu Picchu. Une pancarte de fortune et un beau sourire suffisent à attirer l'attention d'Alex et Diana, qui proposent de les emmener en camion. Pendant 6h30, partage de leurs quotidiens, expériences professionnelles, traditions familiales. Arrivée à Cusco après 9 jours de traversée. Le froid et l'altitude ont été les éléments les plus difficiles à gérer, mais grâce aux équipements et aux refuges, le défi a été relevé. Le Pérou est un pays magique et en plein essor, avec une amélioration significative des voies de communication favorisant le tourisme. Les routes pavées s'enfoncent dans le décor andin, offrant une explosion de paysages diversifiés, de la vallée de Cusco à la Vallée Sacrée, cœur du monde inca.

Paysage de terrasses incas dans la Vallée Sacrée

Le Circuit Organisé : Une Immersion Guidée dans les Andes Péruviennes

Pour ceux qui recherchent une expérience structurée, des circuits organisés proposent une découverte approfondie des Andes péruviennes.

Jour 1 : Arrivée à Lima et Transfert à CuscoVol de nuit pour une arrivée matinale à Lima, suivie d'un vol interne vers Cusco. Un guide francophone accueille le groupe à l'aéroport et assure le transfert en bus et camion adapté pour les vélos jusqu'à l'hôtel dans le centre colonial. Dîner sur la Plaza de Armas pour la présentation de l'équipe et les informations pratiques.

Jour 2 : Cusco Impériale et SacsayhuamanVisite de la cité impériale de Cusco, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, construite par les Incas en forme de puma. La ville, à 3400m d'altitude, mêle architecture inca et coloniale. Exploration du Qoricancha (Temple du Soleil), suivie d'une marche de 3 heures incluant le marché coloré de San Pedro. L'après-midi est consacrée au Parc Archéologique de Sacsayhuaman, la plus grande structure mégalithique du Pérou, et aux sites astronomiques et cérémoniels de Q'enco. Une cérémonie "despacho" avec un prêtre Q'eros offre une offrande à la "pachamama". Retour sur Cusco par un authentique chemin inca royal.

Jour 3 : Vallée Sacrée et "Les Bains de l'Inca"Départ en véhicule pour une veine moins peuplée de la vallée de Cusco. Les vélos sont déchargés dans la communauté de Yunkay pour une montée douce de 4 km, permettant de tester les vélos et l'adaptation à l'altitude. Parcours panoramique jusqu'à la forteresse de Puka Pukara et les ruines de Tambomachay, "les bains de l'inca". Descente de 20 km jusqu'à Pisaq dans la Vallée Sacrée. L'après-midi est dédiée à l'exploration des impressionnantes ruines de Pisaq.

Jour 4 : Premiers Kilomètres sur la Route des IncasPremière grande sortie à vélo, traversée du pont de Pisaq pour explorer la partie sud de la vallée. Montée graduelle vers le col Paucartambo, offrant des vues panoramiques spectaculaires. Descente vers Pisaq avec une table dressée pour le dîner. Temps libre au marché artisanal de Pisaq, l'un des plus grands et complets du Pérou.

Jour 5 : Ollantaytambo, le Village Inca le Mieux PréservéDépart matinal pour ceux qui souhaitent gravir le col de Pisaq (optionnel). Le groupe principal part à 9h pour une traversée de 60 km longeant la rivière Urubamba jusqu'au village fortifié d'Ollantaytambo. Parcours majoritairement plat, avec quelques vallons. Dîner et nuit dans ce village considéré comme le mieux préservé de tous les villages incas.

Jour 6 : Le Col de l'Abra Malaga, Portes de la JungleDépart très tôt pour gravir le plus haut col de la cordillère Urubamba : le col de l'Abra Malaga, culminant à 4316m d'altitude. La montée de 36 km, sur une route de première qualité et avec peu de circulation, longe la montagne sacrée Veronica. Un véhicule suit le groupe pour les éventuels arrêts. La descente offre une vue aérienne de la région.

Jour 8 : Le Sanctuaire Perdu du Machu PicchuJournée sans vélo. Départ à pied pour la gare d'Ollantaytambo, puis train d'1h30 dans les gorges de l'Urubamba jusqu'à Aguas Calientes. Bus jusqu'à la cité perdue des Incas, le Machu Picchu. Exploration détaillée de ce sanctuaire religieux, construit vers 1450 par l'Empereur Pachacutec. Possibilité de grimper au sommet du Hayna Picchu (réservation préalable nécessaire).

Jour 9 : Les Jardins de la Vallée de ChincheroLa Vallée Sacrée est quittée pour les Jardins de la Vallée de Chinchero, un parcours de 65 km entre les terrasses fertiles incas. Montée progressive vers le village de Chinchero, situé à 3760m d'altitude. Dîner en plein air au Mirador de Raqchi, dernier point de vue sur la Vallée Sacrée. Descente progressive jusqu'au village de Cachimayo, à proximité de Cusco. Le dernier kilomètre vers l'hôtel se fait en véhicule en raison des pavés glissants.

Jour 10 : Journée de Repos à Cusco ou Ascension OptionnelleJournée de repos à Cusco pour laver son linge et reprendre des forces. Pour les plus motivés, une ascension optionnelle du col d'Occopata (32 km) est proposée le matin. Ce col, asphalté en 2012, culmine à 4005m d'altitude. Reste de la journée libre pour explorer Cusco.

Jour 11 : La Route Transocéanique et le Col de l'Alpe d'Huez PéruvienSortie de Cusco en véhicule pour rejoindre Ocongate, point de départ de la nouvelle route Transocéanique. Le programme inclut un col abrupt d'une vingtaine de km (4100m), qualifié d'"Alpe d'Huez" du voyage, avec des sections à 11% et une moyenne de 7%. Tente repas près du sommet. Descente à travers des villages pittoresques.

Jour 12 : Le Col le Plus Élevé et la Descente SpectaculaireDépart de Ocongate pour grimper la vallée de Tinky, vivant de l'élevage de lamas. Suivi de la rivière jusqu'au col de Pirhuayani (4725m), l'un des trois cols asphaltés les plus élevés au monde. La montée de 36 km est progressive, devenant une ascension pure et dure à partir du village de Huanca. Les derniers kilomètres, taillés dans la pierre d'une ancienne moraine, représentent l'heure la plus difficile du voyage, récompensée par la vue des glaciers du Mont Cayambe et ColqueCruz. La descente spectaculaire de 100 km traverse différents écosystèmes, des glaciers à la forêt tropicale, pour aboutir à Quinzemil, porte du bassin amazonien.

Jour 13 : Vers la Jungle AmazonienneDépart matinal pour éviter la chaleur torride de l'après-midi. Passage par la Sierra de Santa Maria pour rejoindre le village de Santa Maria, avec la possibilité d'apercevoir des oiseaux exotiques. La dernière descente révèle le plat amazonien, la véritable jungle à la terre rouge. Les 50 derniers kilomètres de vélo, plats et rectilignes, se déroulent le long du parc National de Tambopata.

Le Voyage à Vélo : Une Alternative pour l'Exploration

Le vélo s'impose comme un formidable moyen de découverte des pays visités. Cette approche privilégiée permet une immersion totale, une connexion intime avec les paysages et les cultures.

Barichara et le Canyon Chicamocha : Pistes et Paysages ÉpoustouflantsDans les ruelles pavées de Barichara, le rendez-vous est donné avec Paola et Jorge, gérants de Pura vida en bicicleta. Les VTT et un camion attendent pour une excursion vers les hauteurs de Villanueva, dominant le canyon Chicamocha. La descente en vélo s'effectue sur des pistes orangées, parfois rouges, au-dessus d'un canyon immense où coule une rivière tumultueuse. Le guide Jorge s'arrête régulièrement pour indiquer des points de vue exceptionnels, des plantations de tabac ou de café. La température est idéale, la descente agréable, et les kilomètres s'enchaînent dans ce coin perdu des Andes.

Côtes Arides et Soleils de Plomb : Endurance et Organisation LogistiqueQuelques côtes impressionnantes se présentent, des centaines de mètres sur des pistes ocres, sans un souffle de vent. La chaleur monte, mais la détermination reste intacte. À la fin d'une côte, l'ombre d'un arbre offre un refuge bien mérité. C'est à ce moment que Paula, avec sa camionnette, propose eau et fruits, démontrant une organisation logistique remarquable dans cette région reculée. Revigorés, les cyclistes poursuivent leur randonnée, alternant descentes et grimpettes. Les mollets et les cuisses chauffent, mais l'arrivée à Villanueva, pour une pause glace dans ce pueblo typique en pleine effervescence de marché, est une récompense. Le retour à Barichara par un chemin sinueux et verdoyant, suivi d'une douche rafraîchissante, conclut la journée.

Un Défi Personnel : Traverser les Andes en Autonomie

Gauthier Mathieu, un jeune homme de 23 ans, se lance dans un défi audacieux : traverser la Cordillère des Andes à vélo, seul et en autonomie, sur 7000 km, de l'Équateur à l'Argentine, en 6 mois. Après des études de commerce, il opte pour une aventure extrême.

Autonomie Totale et Équipement RobusteGauthier ne fait pas les choses à moitié. En totale autonomie, avec tente et réchaud, il transporte environ 35 kilos de matériel dans 5 sacoches lourdes, plus le poids du vélo (16 kg). Une cinquantaine de kilos à tirer, un test d'endurance colossal. Longs trails en montagne et triathlon ont forgé sa silhouette longiligne mais costaude.

Le Trajet et le Retour PrévuLe départ est fixé au 16 septembre, direction Quito en Équateur, avec un retour prévu en France en avril. L'aventure connectée permettra de partager ses expériences en temps réel.

L'Appel des Andes : Des Expériences Diverses et Engagées

L'aventure à vélo dans les Andes se décline sous de multiples formes, allant du défi personnel extrême aux expériences collectives et solidaires.

Across Andes : L'Ultra-Raid des Volcans ChiliensDu 22 au 27 novembre, le Chili accueille l'Across Andes, une expérience de bikepacking qui redéfinit les limites de l'endurance. Cet ultra-raid en autonomie impose respect et humilité, avec un "cut-off" de 130 heures pour traverser le pays. Le format "self-supported" exige une gestion complète de la nourriture, de l'eau, de la mécanique et des temps de repos.

L'Édition "Volcan" : Un Parcours DantesqueBasée à Pucón, cette édition "Volcan" propose un parcours légendaire à travers huit volcans emblématiques de la région d'Araucanía. Les cyclistes évoluent sur des pistes de gravier (gravel) avec, en toile de fond, le cône parfait du volcan Villarrica fumant doucement. Des lacs aux eaux turquoise contrastent avec la noirceur de la roche volcanique.

Terrain Mixte et Logistique ImpeccableLe tracé est conçu pour tester la polyvalence, alternant routes forestières, ascensions volcaniques et sections mixtes (70% gravier, 30% goudron). Un vélo gravel avec pneus de 40 mm ou plus, ou un VTT, est recommandé. L'organisation met l'accent sur la logistique : un "Base Camp" à l'Hôtel Enjoy Pucón by Specialized pour les accréditations et le briefing, et un accès facile via l'Aéroport de La Araucanía (Temuco). Arriver quelques jours avant le départ est conseillé pour l'acclimatation et les réglages mécaniques.

Une Aventure pour l'ÂmeL'Across Andes n'est pas une simple course, mais une aventure pour l'âme, réunissant une communauté de passionnés du monde entier. C'est une épreuve d'endurance, de dépassement de soi, et une immersion dans la beauté brute des Andes. Les inscriptions étant limitées, l'appel à saisir les dernières places résonne pour ceux qui sentent l'appel des Andes.

Cyclistes traversant un paysage volcanique chilien

La Vie sur la Route : Adaptations et Rencontres

Les récits de cyclotouristes témoignent de la diversité des expériences et des adaptations nécessaires.

Le Vent et les Routes Argentines : Dangers et Beauté CachéeLe passage du col Los Libertadores entre l'Argentine et le Chili, même en été, présente un froid glacial à 4000 mètres. Le vent de face est violent, obligeant à s'abriter près d'une carcasse de voiture dans un ruisseau et à découvrir des vestiges incas. En Argentine, la route 7, avec son trafic intense et l'absence de bande d'arrêt d'urgence, devient dangereuse pour les cyclistes. Cependant, la beauté des paysages, comme la vue sur le lac du barrage de Potrerillos, compense les difficultés. Les campings sont souvent trop chers, poussant au bivouac sécurisé.

Rencontres et Solidarité : L'Esprit du CyclotourismeLa rencontre avec d'autres voyageurs, comme Philippe et Catherine en camping-car tout-terrain, offre des perspectives alternatives et des moments de partage. L'aide mutuelle, comme le positionnement du camion pour abriter du vent, illustre l'esprit de solidarité qui règne sur la route. La découverte de paysages magnifiques, comme la vue sur l'Aconcagua, et l'observation des condors des Andes, ces immenses oiseaux emblématiques, marquent les esprits.

Les Défis de la Frontière : Douanes et ImprévusLe passage de la frontière entre l'Argentine et le Chili réserve son lot d'imprévus : autorisation spéciale pour les vélos, fouille des bagages, et la traversée de tunnels dangereux. La descente du flanc de la montagne par une route en lacets serrés, malgré la chaleur et le vent de face, mène à Los Andes. L'accueil chaleureux dans une "casa de ciclistas" offre un confort appréciable, avec douche chaude, cuisine et internet. Les histoires de cyclotouristes adoptant des chiens errants et les ramenant en Europe, avec l'aide d'un vétérinaire pour les formalités, témoignent de l'attachement créé avec les animaux rencontrés sur la route.

Le cyclotourisme dans les Andes est une aventure exigeante mais profondément enrichissante, mêlant la beauté des paysages à la découverte de cultures riches et à la rencontre de personnes exceptionnelles. C'est une invitation à repousser ses limites et à s'ouvrir au monde avec humilité et émerveillement.

tags: #grimper #a #velo #dans #les #andes