Les arbres, éléments essentiels de nos paysages et de nos jardins, sont parfois confrontés à des défis de taille, notamment des branches fendues ou cassées. Parmi les espèces les plus appréciées, le prunier n’échappe pas à cette réalité, souvent victime des intempéries et de faiblesses structurelles. Une branche d’arbre cassée n’est pas toujours une fatalité, et dans de nombreux cas, une intervention rapide et appropriée peut sauver l'arbre. Au printemps, il n’est pas rare de découvrir son lot de fourches cassées, d’écorce déchirée ou de branches fendues. Mais que faire avec une branche d’arbre cassée? Peut-on la soigner ou faut-il impérativement la couper? En tous les cas, il faut agir rapidement, car toute déchirure de l'arbre, en dévoilant son bois, l'expose à des dangers.
Les Causes Profondes des Bris et Fissures sur les Arbres
Les bordées de neige, le verglas et les grands vents font la vie dure à nos arbres depuis quelques années. Ces caprices de Dame nature sont en effet des facteurs majeurs de bris. Cependant, mis à part les intempéries, il existe d’autres éléments pouvant être la cause de bris sur les arbres.

Au banc des accusés, on retrouve notamment la structure de l’arbre elle-même, en particulier l’angle d’insertion de la branche par rapport au tronc. Une fourche à écorce incluse, c'est-à-dire un défaut à l’intersection de deux branches de charpente caractérisé par la présence d’une lame d’écorce dans le bois, est une zone de faiblesse intrinsèque. La grosseur de l’arbre, son emplacement, son état général, son enracinement et le type de sol jouent également un rôle crucial dans sa résilience face aux agressions. Un changement d’environnement, comme l’abattage d’arbres adjacents ou des travaux d’excavation près des racines, peut également fragiliser un sujet.
Toutefois, les causes de bris les plus fréquents sont liées au vent et à la constitution de l’arbre. En fait, le vent viendra souvent casser les branches fragilisées par des défauts de structure. Une bourrasque, une forte chute de neige ou tout simplement une surcharge de fruits peuvent suffire à provoquer la rupture, surtout pour des arbres comme le prunier, connu pour sa généreuse fructification qui peut alourdir considérablement ses branches. À chaque arbre également son architecture, ce qui signifie que certains sont plus prédisposés que d'autres à ce type de dommages. Par exemple, des branches dont les vaisseaux sont endommagés par une pliure, même invisible, ne s'en remettront jamais complètement, rendant la branche irrémédiablement fragile.
La Menace Invisible : Champignons Lignivores et Maladies Cryptogamiques
Lorsqu'une branche est fendue ou arrachée, une plaie s'ouvre sur le bois de l'arbre, le rendant extrêmement vulnérable. Cette situation expose l'arbre aux redoutables champignons pathogènes appelés agents lignivores. Ces derniers s'installent sur la plaie, colonisent le bois et le décomposent peu à peu. La pourriture se développe, aboutissant progressivement à la formation d’une cavité.
Ces champignons vivent souvent cachés dans les tissus de l’arbre sans éveiller le moindre soupçon. Parfois, ils se remarquent car ils produisent une fructification qui surgit sur l’écorce sous la forme d’une console plus ou moins dure. On les nomme usuellement les polypores. Leur progression est lente, mais le volume de bois digéré grossit dangereusement au fil des ans. Un arbre blessé est vulnérable. Un peu comme pour un être humain, la plaie de l’arbre est une porte ouverte aux maladies, notamment les maladies cryptogamiques. Face à cette menace, la rapidité d'action est primordiale pour protéger la plaie et surtout, mettre tout en œuvre pour favoriser la cicatrisation.
Réparer une Branche Cassée ou Fendue : Actions Immédiates
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une branche abîmée ne doit pas systématiquement être coupée. Dans certains cas, il est possible de soigner la blessure de façon à ce que l’arbre se régénère par lui-même. Cependant, si une branche est vraiment arrachée, il suffit de la couper à la base en faisant attention de ne pas laisser de chicot, cette partie résiduelle de la branche lorsque taillée trop loin du tronc. Il est également essentiel de ne pas tailler trop ras, au risque d’abîmer l’écorce.
Après une blessure sur une branche, le cal cicatriciel progresse laborieusement. Pour accélérer le processus, vous devez agir au plus vite. Réalisez une coupe franche et nette avec un outil bien affûté. Il est parfois nécessaire de revenir un peu plus bas au niveau d’un tire-sève de fort diamètre ou parfois même jusqu’au tronc. Le morceau de bois déchiré, favorisant l’installation des champignons lignivores, doit impérativement être enlevé sans attendre afin de permettre à l’arbre de refermer rapidement cette plaie. Coupez de façon précise pour ne pas endommager le bourrelet en place et contentez-vous de retirer le bois mort déchiré. Nous avons supporté la branche le temps de tout couper en sécurité, mais la plaie est importante.
Si une branche se courbe sans se rompre, vous pouvez aider l'arbre à maintenir sa ramure. Dans le cas d’un jeune arbre, c’est facile : il vous suffit de poser des attelles, c’est-à-dire d’attacher des bâtons rigides aux branches qui manquent de support. Vous pouvez ainsi forcer un sujet aux branches tombantes à adopter un port plus érigé. Si l’arbre est vieux, il faudra poser des étais constitués par des poutres en fer, à faire reposer sur une fondation en béton.
L’Haubanage : Une Solution Structurale pour Conserver l'Arbre
L’haubanage est une solution à privilégier pour sauver votre arbre. Il s’agit d’une opération qui consiste à consolider ou à renforcer les parties d’un arbre qui présentent une faiblesse dans la ramure ou le tronc à l’aide de haubans (cordages) flexibles ou rigides. On peut avoir recours à cette technique si l’arbre ne nuit pas aux bâtiments à proximité ni aux autres arbres et végétaux, et que l’émondage ou l’abattage ne sont pas nécessaires.

Grâce aux haubans, vous éviterez d’avoir à couper des branches et même d’abattre un arbre en santé uniquement parce qu’il présente des parties fragiles ou fissurées. Les haubans permettent donc de renforcer la structure de l’arbre et de prévenir les chutes de branches. Une fourche à écorce incluse légèrement fendue doit être absolument consolidée. Fixez un hauban, une sangle souple de préférence, aux deux tiers de la hauteur des branches au-dessus de la fourche en évitant toute tension. Mon remède était une simple expérience vécue par un proche avec un jeune figuier, où le rapprochement des deux parties et le ceinturage solide au moyen d’une lanière en nylon ont permis à l’arbre de repartir et de cicatriser sans problème, la lanière étant désormais dans le bois après plus de 20 ans.
Il existe différents types de haubans :
- Le hauban dynamique : Il s’adapte à la croissance de l’arbre. Il suffit d’enlacer et de relier les parties de l’arbre entre elles avec des câbles de polypropylène. Ce type de hauban est conçu pour supporter les mouvements naturels de l'arbre sans contraindre sa croissance, permettant un renforcement progressif et flexible de sa structure. Il peut durer jusqu’à 12 ans, offrant une solution durable et respectueuse de la physiologie de l'arbre.
- Le hauban rigide : Il s’agit de câbles métalliques fixés sur l’arbre avec des vis ou des tiges. Cette technique, de moins en moins utilisée, peut endommager l’arbre à long terme. Les points de fixation métalliques peuvent en effet créer des blessures chroniques et gêner la circulation de la sève, compromettant la santé de l'arbre sur le long terme.
La Protection des Plaies : Un Débat Entre Mastic et Défenses Naturelles
Après un accident, un arbre est fragilisé. Non seulement il offre plus de prises à ses ennemis (les champignons et les insectes de l’écorce), mais en plus il doit reconstituer une grande quantité de tissus. D'où l'importance de la protection des plaies.
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Pourquoi est-il d’usage de protéger les plaies causées par la taille ? La taille des arbres (notamment les fruitiers, mais pas seulement) est une pratique dont l’on use, voire abuse, périodiquement et qui cause de nombreuses blessures, mettant le bois à nu. Or, le bois sans écorce n’est plus protégé des agents pathogènes contenus dans l’air (champignons, bactéries), ni de l’humidité ; bref, un environnement agressif responsable de diverses maladies qui ont pour conséquence d’affaiblir l’arbre. Pour pallier ce déficit de protection, les jardiniers et arboriculteurs ont créé la parade : la mise en place d’une nouvelle peau protectrice sous forme de pansements. On soigne une branche comme on soigne un genou écorché.
Ces pansements, on les appelle mastics, cicatrisants ou baumes à cicatriser. Ces produits de recouvrement, composés le plus souvent de résines, d’huiles de résines, d’essence de térébenthine, d’huiles végétales, d’argile, de cire d’abeille, de propolis, s’utilisent donc après la taille, sur toutes les parties découvertes du bois, afin de former une barrière contre les champignons extérieurs et l’eau. Certains ont des propriétés anti-fongiques plus prononcées (propolis, argile), d’autres semblent stimuler le processus d’autodéfense de l’arbre (la formation d’un bourrelet de recouvrement), mais aucun d’eux n’a le pouvoir de régénérer les tissus abîmés, c’est-à-dire de cicatriser les plaies. Le goudron de Norvège, par exemple, n’est plus d’actualité, car à son inefficacité avérée face aux champignons parasites, s’ajoute sa toxicité qui entraînerait la nécrose des cellules vivantes et le ralentissement de la formation du bourrelet de recouvrement.
Cependant, la question de l’utilisation du mastic fait débat. Le système de défense de l’arbre repose sur un mécanisme appelé compartimentation (CODIT : Compartmentalization of Decay in Trees). Depuis quelques décennies, on sait que l’arbre a son propre mécanisme de défense face aux blessures : n’ayant pas la faculté de guérir les parties malades ou blessées, il les isole en mettant en place des barrières de protections formées par des cellules spécifiques, empêchant la propagation de l’infection ou des agents pathogènes vers les parties saines. Le recouvrement de la zone blessée se fait dans un second temps. Dans ce processus d’auto-guérison, la mise en place d’un produit de recouvrement ne sert pas à grand-chose et peut même avoir un effet pervers : les mastics ont tendance à créer un environnement humide et chaud autour de la plaie, propice au développement de champignons ainsi qu’au « réveil » des micro-organismes pathogènes propres à l’arbre. À quoi cela sert-il que je te fasse une réponse claire ? : Pas de mastic. N'allons pas énerver Bourru…
Les faiblesses de la compartimentation sont néanmoins à considérer. Le processus de la compartimentation est très efficace lorsque la coupe concerne une branche dont le diamètre ne dépasse pas 5 cm. Mais plus la blessure est grande, plus la compartimentation est lente à se mettre en place et la pourriture peut avoir le temps de s’installer. Le problème se pose également si la taille n’est pas correctement effectuée (au bon endroit, avec des outils propres et affûtés, à la bonne période) ou si l’état de santé et de vigueur de l’arbre fait défaut. De plus, chez certaines espèces d’arbres, la mise en place des fameuses barrières est assez lente et est moins efficace. C’est le cas notamment du bouleau, du cerisier, du pommier ou du prunier.
Face à la faiblesse du processus d’auto-guérison de l’arbre et aux situations critiques qui peuvent en découler, certains pensent que l’utilisation des mastics reste la meilleure solution pour le garder en bonne santé. Je suis adepte du mastic (vendu en tube) pour recouvrir le bois à vif et l’isoler de l’humidité, surtout quand la blessure n'est vraiment pas belle et profonde. Si vous n’avez pas de mastic sous la main, vous pouvez employer d’autres produits, comme de la pâte à joint de bricolage ou du silicone en tube. Si la blessure consiste en une branche cassée, recoupez-la nettement à la scie avant de l’enduire de mastic.
D'autres solutions existent pour protéger les plaies. Les astuces sont simples, rapides et peu coûteuses. Le cataplasme sera constitué de bouillie bordelaise et d’argile en poudre, ajoutée à de l’eau. Étalez le cataplasme avec un pinceau propre. Pour les plaies plus petites situées sur le tronc de l’arbre, vous pouvez aussi verser de la cire fondue (cire naturelle). J'ai eu ce problème en 2019 avec un gros prunier et un poirier. J'ai fait un badigeon très épais avec de la bouillie bordelaise et de l'argile verte. Pendant quelques jours je l'ai protégé avec un tissu fin pour éviter l'humidité.
Pour les adeptes de la bouillie bordelaise, une application correcte est essentielle. Le remède est de faire tomber l'esquille par un trait de scie oblique. Ensuite, une résection de tout le pourtour de la déchirure, à la serpette, est recommandée. Puis, un badigeonnage de toute la surface de la plaie avec une bouillie bordelaise épaisse ou une solution de bétadine. Laisser sécher à l'air. Pour obtenir une bouillie bordelaise épaisse, il faut ajuster les proportions d'eau et de poudre, ou ajouter de l'argile pour la rendre plus consistante. Recouper le bord de l’écorce de façon à avoir une ligne bien nette, sans hachure, est également un conseil crucial pour favoriser la cicatrisation.

Prévention et Rôle du Spécialiste
La meilleure façon d’aider un arbre à réparer ses blessures consiste à enduire la plaie de mastic ou à utiliser des méthodes alternatives de protection. Les tissus laissés à l’air libre n’ont pas de protection et sont vulnérables aux infections. Un élagage régulier contribue grandement à réduire les risques de bris. Pour les meilleurs conseils en matière d’élagage et d’arboriculture, faites confiance à l’expérience d’un professionnel. Un élagueur professionnel, grâce à une formation dans un centre spécialisé, maîtrise les techniques d’ascension et de déplacement dans les arbres, même les plus hauts. À l’aide de cordes et parfois d’une nacelle, il peut atteindre les zones les plus hautes et les plus périphériques des houppiers tout en supportant le poids de ses outils. Il est capable de couper là où il faut et juste ce qu’il faut. Si nécessaire, il mettra en place un système de haubanage pour sécuriser des fourches fragiles.
Après un accident, un arbre est fragilisé. L’arbre appréciera alors un apport d’engrais complet en fin d’hiver. Arrosez-le si l’été qui suit est très sec. Si votre arbre a une cavité, ne la bouchez surtout pas. Il faut laisser l’air circuler dans la cavité et empêcher la pluie d’y rentrer. Au besoin, fabriquez une petite gouttière au-dessus de la cavité, pour évacuer l’eau sur le côté du tronc. Ces mesures d’entretien sont cruciales pour soutenir la vitalité de l'arbre et renforcer ses défenses naturelles.