Le laurier-palme (Prunus laurocerasus), également connu sous le nom de laurier-cerise, est un arbuste apprécié pour ses haies persistantes et son feuillage dense. Cependant, il est fréquemment confronté à la présence du lierre (Hedera helix), une plante grimpante vivace qui suscite de nombreuses interrogations quant à son impact sur les végétaux qu'il colonise. Cet article explore les dynamiques entre le laurier-palme et le lierre, en abordant les préoccupations courantes, les bienfaits parfois méconnus du lierre, et des solutions pratiques pour gérer sa prolifération dans les haies.

Le Lierre : Une Plante Injustement Mal Aimée ?
Le lierre est souvent perçu comme une menace pour la végétation environnante, une idée qui remonte à l'Antiquité, avec Pline l'Ancien affirmant dès 77 après J.-C. que « Le lierre tue les arbres ». Cette perception a perduré, conduisant de nombreuses personnes à couper systématiquement le lierre en forêt, privant ainsi les écosystèmes d'une plante aux multiples rôles bénéfiques. Pourtant, il est essentiel de démystifier certaines de ces croyances et de comprendre la véritable nature du lierre.
Un Couvre-Sol Efficace et un Refuge pour la Biodiversité
Le lierre se révèle être un couvre-sol très efficace, empêchant la pousse de l'herbe, des ronces et autres plantes indésirables. Il est préférable d'attendre que les arbres soient suffisamment vigoureux avant de le laisser s'installer à leurs pieds. Son feuillage persistant offre un abri à une multitude d'auxiliaires et de nombreux oiseaux y nichent, contribuant ainsi à la biodiversité locale.

Une Source de Nourriture Cruciale en Automne et Hiver
À l'automne, lorsque le lierre est en fleur, à une période où les floraisons sont rares, c'est une véritable « ruche » qui bourdonne de milliers d'abeilles, de guêpes, de syrphes, de papillons, etc., qui viennent se nourrir de nectar et de pollen à ses fleurs minuscules. Cette floraison tardive favorise la survie hivernale de très nombreux insectes pollinisateurs, dont une visiteuse spécialisée, l'abeille du lierre. Pierre Deom, dans La Hulotte n°106, « Les trois vies du Lierre », rapporte qu'au moins 200 espèces d'insectes se nourrissent du nectar des fleurs du lierre.
Après la floraison vient la fructification, toujours à contre-saison par rapport aux plantes dominantes : les fruits sont à maturité en décembre-janvier. Bien que pas très recherchés, ils sont comestibles pour les oiseaux. Quand l'hiver est rude et que les autres sources de nourriture sont épuisées, les merles, grives et autres passereaux y trouvent de quoi survivre.

Le Lierre n'est pas un Parasite
Il est crucial de comprendre que le lierre n'est pas un parasite. C'est une liane, ce qui signifie qu'il n'a pas de tronc et est incapable de porter son propre poids. Il a donc besoin d'un support. Il rampe ainsi au sol pendant la première partie de sa vie, puis s'approche de la lumière en grimpant sur un support, qu'il s'agisse d'un arbre ou d'une autre structure. C'est seulement alors qu'il fleurit et fructifie. Le lierre ne prélève pas la sève des plantes voisines ; il ne les parasite pas.
Le lierre n'enserre pas non plus les arbres à la manière d'un figuier étrangleur, car ses tiges qui grimpent sur un même tronc sont peu liées les unes aux autres. Les figuiers dits étrangleurs, eux, vivent dans la forêt équatoriale, où la compétition pour la lumière est beaucoup plus intense que dans la forêt tempérée.
Impact du Lierre sur les Lauriers-Palme et les Structures
Bien que le lierre ne soit pas un parasite, sa présence peut avoir des conséquences notables, en particulier sur les haies taillées régulièrement et les structures maçonnées.
Compétition pour les Ressources et la Lumière
Le lierre puise l'eau et les sels minéraux par les racines de sa partie rampante qui, contrairement aux racines de la partie grimpante, ne sont pas transformées en crampons. Il pourrait donc être en compétition avec les arbres dans le sol pour ces ressources. Cependant, le lierre garde son feuillage toute l'année, et une étude a montré qu'il utilise l'eau surtout lors des journées douces de fin d'hiver et de printemps, quand les arbres à feuilles caduques n'en ont pas besoin parce qu'ils sont en repos hivernal. De plus, le lierre perd ses feuilles tout au long de l'année, et non pas en une seule fois comme les arbres à feuilles caduques.
La lumière est essentielle pour la photosynthèse, unique source de matière et d'énergie des plantes. Les feuilles des arbres et celles du lierre sont en compétition pour la lumière dans les parties hautes des arbres. Cependant, le lierre, dont les feuilles sont plutôt situées près du tronc et des grosses branches de l'arbre, supporte en outre très bien l'ombre. Les feuilles de l'arbre sont davantage situées sur les extrémités des rameaux, en pleine lumière.
Une étude conduite en Turquie indique que les arbres qui portent du lierre ont une croissance moindre que ceux qui n'en portent pas. Les auteurs interprètent cette corrélation en concluant que le lierre est nuisible aux arbres. Cependant, comme pour toute corrélation, on peut envisager la causalité inverse (le lierre s'installerait de préférence sur les arbres qui poussent moins vite), ou l'absence de causalité, ce que les auteurs n'ont pas fait. Une étude rapportée dans l'excellente revue La Hulotte, qui consacre ses numéros 106 et 107 au lierre, porte quant à elle sur la qualité du bois : un propriétaire forestier avait fait éliminer systématiquement le lierre sur une de ses parcelles pendant 75 ans, et était arrivé à la conclusion que la qualité de bois n'était pas différente entre les parcelles avec lierre et les parcelles sans lierre.
🌿 Le lierre tue-t-il vraiment les arbres ? Idée reçue ou réalité
Alors, le lierre tue-t-il les arbres ? Ça arrive, mais pas systématiquement, et, en tous cas, il ne les parasite pas.
Poids et Étouffement des Haies
Cependant, le lierre peut peser très lourd, contraignant l'arbre à produire davantage de bois, ce qui lui coûte des ressources. Dans une haie, surtout si elle est taillée régulièrement, le lierre devient rapidement un danger. Étouffées, asphyxiées, alourdies, les haies infestées par le lierre peuvent souffrir. Dès que vous avez le dos tourné, le lierre s’infiltre dans vos haies, grimpe le long des troncs, s’emmêle aux branches et finit par les étouffer.
Impact sur les Murs et Structures Maçonnées
Le système racinaire du laurier (palme, cerise…) est assez puissant, avec une racine pivotante au départ qui développe très vite des racines horizontales. Pourtant, une racine est incapable de soulever un bloc de béton de 30 cm. Par contre, si cette racine trouve une zone moins dense, ou une fissure, elle s'y engouffre.
C'est là que le lierre peut devenir problématique pour les structures. Ses lianes puissantes sont capables, au fil du temps, de pénétrer dans la moindre fissure et de faire exploser un mur de pierre. Cela peut entraîner des dommages significatifs et des coûts de réparation importants.

Stratégies de Gestion du Lierre dans les Haies de Lauriers-Palme
La gestion du lierre ne nécessite pas toujours une éradication totale, mais plutôt une approche ciblée pour protéger les haies sans nuire à l'équilibre du jardin.
Couper à la Base : La Méthode Efficace
Beaucoup de jardiniers, par réflexe, veulent arracher tout le lierre d'un coup. Le résultat : des branches cassées, des feuilles arrachées, et un effort colossal pour un effet souvent temporaire. Au lieu de tirer sur le lierre comme sur une mauvaise herbe, il suffit de le couper net à la base, au ras du sol, sur chaque tige maîtresse. Ce geste simple fait toute la différence. C'est aussi une méthode qui respecte le rythme du jardin et surtout, elle évite la repousse rapide, car les racines principales sont repérées et éliminées proprement.
Gestion des Souches Ligneuses et des Repousses
Si le lierre a formé de grosses souches ligneuses, on peut les déterrer à la bêche, ou les affaiblir en couvrant la zone avec un carton ou un paillage épais. Pour les repousses, un passage régulier au sécateur suffit. Le lierre déteste être coupé souvent.

Le Lierre, un Allié Canalysé
Le lierre n'est pas un ennemi du jardin, tant qu'il est canalisé. Sur un grillage, un mur, ou une structure dédiée, il abrite de nombreux insectes auxiliaires et oiseaux, offrant des bénéfices écologiques indéniables. L'objectif n'est pas de l'arracher à la sauvage ni de tout raser, mais de maîtriser sa croissance là où il peut devenir nuisible.
Prenez une heure pour faire le tour de vos haies et couper les pieds de lierre envahissants. Ce petit effort régulier permet de protéger vos haies sans compromettre les avantages du lierre pour la biodiversité.
L'Influence Considérable des Lianes sur l'Écologie Forestière
Les lianes jouent d'autres rôles importants dans les écosystèmes forestiers. Il a été montré en forêt subtropicale que la chute des feuilles des lianes fournissait proportionnellement plus de litière, et une litière de meilleure qualité que celle des arbres. La litière est le tapis de feuilles mortes et autres débris qui tombent au sol et y sont décomposés. Cette décomposition permet de séparer les éléments minéraux des molécules organiques, et de les recycler lors de la nutrition minérale des plantes.
Qu'elles aident à nourrir les arbres ou qu'elles en fassent tomber certains, ouvrant ainsi la place pour d'autres, les lianes ont une influence considérable sur l'écologie forestière, et les spécialistes estiment que leur action est globalement favorable à la biodiversité forestière. Cette perspective plus large souligne l'importance de considérer le lierre non pas comme une simple « mauvaise herbe », mais comme un élément complexe et souvent bénéfique de l'écosystème, dont la gestion doit être réfléchie et adaptée à chaque situation.
