
L'année de stage est une période charnière pour les futurs enseignants, marquée par l'acquisition de compétences pédagogiques et didactiques essentielles. Au cœur de ce processus se trouve la relation entre le professeur stagiaire et son tuteur, un binôme dont la dynamique peut fortement influencer la réussite ou les difficultés rencontrées par le stagiaire. Cet article se propose d'explorer les multiples facettes de cette relation, en se plaçant du point de vue des professeurs tuteurs qui, malgré leur rôle de soutien, peuvent eux-mêmes faire face à des situations complexes et délicates. Il s'appuie sur des témoignages et des réflexions issues de l'expérience de tuteurs confrontés à des défis d'accompagnement.
La dualité du rôle de tuteur : formateur et évaluateur
Le rôle du tuteur est sans doute le plus difficile car il est à la fois juge et partie. Il doit aider son stagiaire, mais en même temps, à la fin de l'année, il doit écrire un rapport qui aura une place prépondérante dans la validation de ce dernier. Cette tâche est ardue et difficile, c'est avant tout un pari sur l'avenir. Les quelques tuteurs que nous connaissons redoutent le rapport qu'ils doivent faire.
Un tuteur est avant tout là pour soutenir, pas pour rabaisser ou infantiliser. Les cours du tuteur sont peut-être très bons, mais il y a plein de façons d'enseigner et c'est au stagiaire de trouver celle qui lui convient, le tuteur n'a pas à l'imposer. Cependant, il est difficile, en tant que collègue ou tuteur, de ne pas donner ses cours au début de l'année, car on voit le stagiaire comme un petit oisillon un peu perdu, et on repense aux galères que l'on a connues.
Les attentes envers les stagiaires et les difficultés d'appropriation
On parle d’autonomie chez les élèves, mais c’est aussi ce qu’on demande aux stagiaires. La question se pose : que faire quand on donne du contenu, et que ce dernier ne se l’approprie pas, ne se pose pas de questions sur le « pourquoi ? », « comment ? », « que dire ? » ? Donner du contenu ne force pas à chercher, fouiner, tester, se corriger et re-tester : ce qu'on attend d'un enseignant tout simplement.
Le chef d'établissement doit faire un rapport pour mettre en exergue l'implication de l'enseignant-stagiaire, sa ponctualité, le travail en équipe, son aura auprès des élèves, l'agenda. Le tuteur, lui, fait un rapport sur l'évolution de la réflexion pédagogique et didactique que le stagiaire mène. La perception du travail du stagiaire sur le temps long par le tuteur et celle de l'IPR à partir d'une seule séance peuvent différer, ce n'est pas forcément le signe que la tutrice a tort.
L'équilibre délicat entre soutien et évaluation
L'accompagnement du stagiaire se déploie sur toute la durée de l'année scolaire et comporte de nombreux temps forts, comme les premières semaines ou les périodes d'évaluation. Les visites d'observation croisées du stagiaire, suivies d'entretiens qui engagent une analyse réflexive, impliquent des rencontres régulières.
Le rôle du tuteur est de guider le stagiaire, de lui apporter des conseils ciblés et un accompagnement en vue de son développement personnel et de son intégration dans l'environnement de travail. Il est important d'encourager le stagiaire. Les tuteurs sont les référents par excellence au sein des structures d'accueil, les alliés, et les meilleurs guides de leurs stagiaires.

Les situations problématiques : entre incompréhension et harcèlement
Malheureusement, des situations inacceptables avec certains tuteurs peuvent exister, le harcèlement peut exister. Et c'est extrêmement délicat de se défendre en tant que stagiaire. Le vrai problème n'est pas le pourcentage de situations problématiques, mais le manque de garde-fou face aux comportements problématiques, et l'absence de recours possibles pour les stagiaires. En gros, on peut se voir imposer une personnalité toxique (ou simplement incompatible avec son propre caractère) ou des comportements assimilables à du harcèlement, sans possibilité de fuite.
Témoignages de stagiaires face à des tuteurs difficiles
Des stagiaires ont témoigné de tuteurs rendant leurs rapports sans en parler avant, découvrant ainsi des points d'évaluation négatifs sans discussion préalable. Par exemple, une stagiaire a vu des compétences non validées, comme la différenciation dans ses cours, alors qu'elle pouvait fournir des documents prouvant le contraire et que l'IPR avait apprécié sa pratique. De même, des problèmes d'autorité ont été relevés de manière générale, alors qu'ils ne concernaient qu'une classe particulièrement dynamique.
Ces situations peuvent rendre l'année de stage infernale, générant du stress, infantilisant le stagiaire et rendant difficile son aise en classe. Le manque d'empathie, le fait de critiquer le stagiaire en classe devant un formateur de l'IUFM, ou encore la menace de l'alerte au bout de deux semaines, sont des comportements pathétiques mais qui, malheureusement, peuvent survenir.
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Stratégies pour les stagiaires confrontés à des difficultés
Face à un tuteur difficile, plusieurs conseils sont prodigués :
- Documenter les événements : Noter l'heure, le contexte, l'attitude ou les paroles déplacées, en restant factuel et en citant. Cela peut constituer des "pièces" dans un dossier et permet de confronter le tuteur à ses propres paroles.
- Ne jamais se plaindre à l'ESPE : Officiellement, tout doit toujours bien aller. Il ne faut pas donner de billes contre soi.
- Soigner les relations avec le chef d'établissement, l'adjoint, le CPE, etc. : L'alerte doit être faite par le CDE si alerte il y a.
- Concrétiser sa place dans l'équipe pédagogique : Participer à des projets avec des collègues d'autres disciplines, cela plaît au chef et montre que le stagiaire n'est pas "un jouet" à la merci du tuteur.
- Se syndiquer : Mais pas au même syndicat que le tuteur, si celui-ci est syndiqué. En cas de problème de titularisation, il faut le faire savoir dans son collège au moment opportun.
- Faire le dos rond et montrer que l'on suit les conseils, même s'ils semblent inadaptés.
- Parler de ses difficultés à des amis, à d'autres stagiaires, pour ne pas rester isolé.
Il est important pour le stagiaire de ne pas perdre confiance en soi, de se focaliser sur les expériences positives avec les élèves et sur sa propre motivation.
Le cadre réglementaire et les recours
L'arrivée dans l'Éducation nationale implique la découverte d'une administration codifiée utilisant son jargon et ses outils, auxquels il faut très rapidement s'habituer.
L'évaluation et la titularisation des stagiaires
Les professeurs des écoles stagiaires sont évalués par un jury académique qui émet un avis en se fondant sur le référentiel de compétences. Pour les stagiaires à temps complet, cet avis est rédigé par l'IEN après consultation du rapport rédigé par le tuteur qui retrace l'évolution de la pratique du stagiaire pendant l'année de stage et souligne les progrès réalisés. L'avis peut également résulter d'une inspection. Pour les professeurs des écoles stagiaires effectuant leur stage à mi-temps, cet avis est complété par l'avis du directeur de l'INSPE responsable de la formation qui évalue d'une part l'engagement dans la formation et d'autre part les compétences acquises par le stagiaire durant cette formation.
Le tuteur ne rend pas d'avis seul ; si l'IPR et le CDE sont satisfaits, il n'y a pas de crainte à avoir. Si l'avis du principal ou proviseur est bon, il ne faut pas trop se faire de soucis. Des cas ont montré que, même avec un avis réservé de l'ESPE, la titularisation pouvait être obtenue si l'IPR et le chef d'établissement étaient favorables.

Les documents obligatoires et les outils du stagiaire
L'ensemble des documents obligatoires à avoir en classe peut être collecté dans un classeur. Parmi eux, l'emploi du temps, le cahier d'appel, les horaires de l'école, le règlement intérieur et le projet d'école sont essentiels. Ces documents fournissent un cadre qui permet de comprendre le fonctionnement de l'école.
Pour organiser et préparer l'enseignement dispensé en classe, le PES dispose de l'aide et de la supervision des deux tuteurs (tuteur INSPE et tuteur de terrain). En parallèle, il doit également suivre les cours à l'INSPE, participer aux travaux en groupe, produire un écrit réflexif, afin de parvenir à maîtriser l'ensemble des compétences du référentiel.
Les obligations de service et les indemnités
Les obligations réglementaires de service (ORS) des professeurs des écoles sont régies par la circulaire n° 2013-019 du 4-2-2013 et le décret n° 2017-444 du 29 mars 2017. Elles comprennent 24h hebdomadaires d'enseignement et 108h annuelles réparties entre activités pédagogiques complémentaires, travaux en équipes pédagogiques, relations avec les parents, actions de formation continue et participation aux conseils d'école obligatoires. Le temps de travail est difficile à quantifier et il ne faut pas tomber dans le piège de la surcharge de travail qui mène à l'épuisement.
Une indemnité est versée mensuellement aux fonctionnaires stagiaires, sous certaines conditions : être en formation en demi-service et se former dans une commune différente de la commune de son école et de sa résidence familiale. Le décret du 7 août 2023 modifie les conditions de classement des lauréats aux concours d'enseignement, permettant la prise en compte de l'ancienneté de service, y compris la période de stage et les services réalisés dans le secteur privé.
Perspectives et évolution du tutorat
Le statut de stagiaire est de plus en plus précaire, du coup certaines personnes abusent de leurs prérogatives. Cependant, la majorité des tuteurs ne sont pas comme cela, mais ce sont les carriéristes, les intransigeants, les plus obtus qui s'expriment et se défoulent.
L'importance de la bienveillance et de la confiance
Un bon tuteur part du principe qu'on doit "foutre la paix" aux stagiaires, les soutenir en cas de besoin, leur donner des conseils sans se montrer définitif ou arbitraire. Il est essentiel d'instaurer un rapport de confiance où le stagiaire n'a pas peur de parler des difficultés rencontrées avec certains élèves. Le tuteur a été lui aussi stagiaire, il ne doit pas l'oublier.
Le vouvoiement peut créer de la défiance ; certains formateurs conseillent de le maintenir pour garder des distances, mais d'autres considèrent les stagiaires comme des collègues et les tutoient, favorisant ainsi un climat de confiance.
La formation des tuteurs et les supports d'accompagnement
Selon la recommandation révisée du Conseil, les structures d'accueil des stagiaires devraient désigner un mentor pour apporter aux stagiaires un accompagnement et des conseils ciblés. Le tuteur désigné devrait apporter au stagiaire un accompagnement et des conseils ciblés. Il est tenu d'apporter ses conseils au stagiaire pour sa bonne assimilation des méthodes de travail et des notions clés. Il est tenu de se rendre disponible pour répondre à ses questions et s'assurer de la bonne compréhension de ce qu'il lui apprend.
Les personnels stagiaires sont accompagnés par un tuteur académique, nommé par l'autorité académique sur proposition de l'inspection, en accord avec le chef d'établissement. Le tuteur, interlocuteur privilégié du professeur ou du CPE stagiaire, l'aide à s'approprier un métier, en termes d'identité, de pratiques et de culture professionnelles.
La plateforme COMPAS, accessible depuis le portail d'applications ARENA, permet un accès et un partage d'informations multi-utilisateurs « EPLE - services du rectorat - INSPE », au niveau inter-académique. Parmi ses fonctionnalités, figure un protocole de suivi en ligne, destiné à mieux répondre aux difficultés recensées.

Les différents parcours de stage et les affectations
Le dispositif de professionnalisation dans les masters MEEF est diversifié, avec différents statuts pour les étudiants et les stagiaires.
Les conditions d'affectation des lauréats
Le décret n°2023-636 du 20 juillet 2023 entérine les conditions d'affectation des lauréats du CRPE. Les professeurs des écoles stagiaires sont affectés par le recteur d'académie dans un département de l'académie au titre de laquelle ils ont été recrutés. L'affectation des stagiaires sur un poste au sein d'un département tient compte des caractéristiques des postes offerts, de leur adéquation aux formations, des vœux des intéressés et de l'ordre de leur classement aux concours.
Les stagiaires à temps plein (lauréats de concours titulaires d'un Master « métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation », lauréats de concours possédant une expérience professionnelle significative, professeur des écoles détachés dans le corps des professeurs certifiés) sont affectés sur un support de nature FSTG dans le second degré public. L'affectation d'un stagiaire à demi-service dans le second degré public se fait sur un support de nature PSTG.
Les obligations de service des stagiaires en fonction de leur statut
Les titulaires d'un master 2 MEEF et les stagiaires justifiant d'une expérience professionnelle antérieure dans l'enseignement supérieure à 1 an et demi sur les 3 dernières années (les contractuels) auront la charge d'une classe à temps plein quand les titulaires d'un master disciplinaire et les autres lauréats du concours (dispensés de diplôme ou sans expérience d'enseignement égale à 1 an et demi) ne seront qu'à mi-temps devant élèves.
Les stagiaires à demi-service ne peuvent percevoir d'heure supplémentaire. L'élaboration de l'emploi du temps du personnel enseignant et d'éducation stagiaire constitue un enjeu fondamental des conditions d'accueil, il importe de concilier l'exigence de continuité du service aux élèves et le suivi d'un dispositif de formation et d'adaptation à l'emploi.
Les fonctionnaires stagiaires à demi-service (ou assimilés stagiaires) qui bénéficient d'un dispositif de formation en alternance, en parcours adapté, sont libérés deux jours afin de suivre leur formation à l'INSPE. Les professeurs stagiaires affectés à plein temps seront majoritairement en formation le mercredi.
Les stages d'observation et de pratique accompagnée (SOPA)
En deuxième année de master (M2), les étudiants qui ne bénéficient pas d'un contrat d'alternance effectuent un stage d'observation et de pratique accompagnée. Trois périodes de stage sont prévues (SOPA 1, 2, 3), pouvant être massées ou filées sur l'année. En première année de master (M1), les étudiants suivent un stage d'observation et de pratique accompagnée (SOPA) sur une durée équivalente à 6 semaines, se déroulant sur un même territoire.
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