Comprendre l'Hypertrophie du Narcissisme et les Scarifications : Deux Expressions de la Souffrance Psychique

Le Trouble de la Personnalité Narcissique : Une Quête de Grandeur Fragile

Le trouble de la personnalité narcissique se caractérise par une tendance omniprésente à la mégalomanie, un besoin constant d'adulation et un manque marqué d'empathie envers autrui. Ce trouble, qui impacte profondément la régulation de la confiance en soi des individus, se manifeste par des difficultés significatives dans les interactions interpersonnelles et une perception souvent distordue de la réalité. Les patients présentant un trouble de la personnalité narcissique ont en effet besoin d'être félicités et d'avoir des liens avec des personnes ou des institutions spéciales, ce qui alimente leur sentiment d'importance. En parallèle, ils ont également tendance à dévaloriser d'autres personnes afin de conserver un sentiment de supériorité, un mécanisme de défense qui renforce leur ego fragile.

Illustration of grandiosity and fragile ego

Le diagnostic de ce trouble repose principalement sur des critères cliniques rigoureux, tels que définis par des manuels de référence internationaux. Des données limitées sur les facteurs biologiques contribuant au trouble de la personnalité narcissique suggèrent qu'il existe une composante héréditaire importante, ce qui indique une possible prédisposition génétique. Certaines théories avancent également que les aidants naturels peuvent ne pas avoir traité l'enfant de manière appropriée pendant son développement, par exemple, en étant trop critiques ou, à l'inverse, en louant ou en gâtant excessivement l'enfant. Ces approches éducatives extrêmes pourraient ainsi modeler les fondations d'une personnalité narcissique. Certains patients présentant ce trouble ont par ailleurs des dons ou des talents particuliers et s'habituent à associer leur image d'eux-mêmes et de leur identité à l'admiration et l'estime des autres, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux fluctuations de l'approbation sociale.

Symptomatologie Détaillée du Trouble de la Personnalité Narcissique

Les individus affectés par un trouble de la personnalité narcissique surestiment leurs capacités et exagèrent leurs réalisations de manière significative. Ils pensent qu'ils sont supérieurs, uniques ou spéciaux, une conviction qui imprègne l'ensemble de leur perception de soi. Cette surestimation de leur propre valeur et de leurs réalisations implique souvent, par un mécanisme compensatoire, une sous-estimation de la valeur et des réalisations des autres. Ces patients sont souvent obsédés par des fantasmes de grandes réalisations ; ils veulent être admirés pour leur grande intelligence ou leur formidable beauté, ils aspirent à jouir d'une grande renommée et d'une importante influence, ou à vivre le grand amour, souvent idéalisé et inatteignable.

Ils estiment devoir s'associer uniquement avec des personnes aussi spéciales et talentueuses qu'eux et non avec des personnes ordinaires, une association qu'ils utilisent pour appuyer et mettre en valeur leur estime d'eux-mêmes, qui reste intrinsèquement fragile. Les patients présentant un trouble narcissique ont un besoin impératif d'être admirés, leur estime d'eux-mêmes étant directement dépendante du regard positif des autres. Ils attendent souvent de voir ce que les autres pensent d'eux et comment ils évaluent leurs actions. Cette hypersensibilité au jugement d'autrui les rend particulièrement vulnérables et gênés par les critiques des autres et par l'échec. Face à de telles situations, ils se sentent alors humiliés et mis en échec, ce qui peut provoquer des réactions intenses. Ils peuvent réagir par la fureur ou le mépris, ou violemment contre-attaquer pour protéger leur image. Alternativement, ils peuvent se mettre en retrait ou accepter en apparence la situation, tout en protégeant jalousement leur sentiment d'auto-importance, ou mégalomanie. Pour éviter cette souffrance, ils peuvent aller jusqu'à éviter les situations dans lesquelles l'échec est possible, limitant ainsi leur champ d'action et d'expérience.

Critères Diagnostiques et Prévalence

Pour pouvoir diagnostiquer un trouble de la personnalité narcissique, selon le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th edition, Text Revision (DSM-5-TR), le patient doit présenter un schéma persistant de grandiosité, de besoin d'admiration et de manque d'empathie. Ce modèle est démontré par la présence d'au moins quatre des neuf éléments suivants :

  1. Un sens exagéré et infondé de leur importance et de leurs talents (mégalomanie).
  2. Une obsession de fantasmes de succès, d'influence, de pouvoir, d'intelligence, de beauté ou d'amour parfait illimités.
  3. La conviction qu'ils sont spéciaux et uniques et qu'ils ne doivent s'associer qu'avec des personnes hors normes.
  4. Un besoin d'être admirés de façon inconditionnelle.
  5. Un sentiment de droit.
  6. L'exploitation des autres pour atteindre leurs propres objectifs.
  7. Un manque d'empathie.
  8. L'envie des autres et la croyance que les autres les envient.
  9. L'arrogance et la fierté.

En outre, les symptômes doivent avoir débuté au début de l'âge adulte pour être considérés comme caractéristiques d'un trouble de la personnalité. Une revue de 5 études épidémiologiques a révélé une prévalence médiane de 1,6% (Morgan TA, Zimmerman M, 2018), et il est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes. Les comorbidités sont fréquentes, les patients ayant souvent aussi un trouble dépressif (p. ex., trouble dépressif majeur, trouble dépressif persistant), une anorexie mentale, un trouble de l'utilisation de substances (en particulier la cocaïne), ou un autre trouble de la personnalité (histrionique, limite [borderline], paranoïde) (Stinson FS et al., 2008).

Diagnostic Différentiel et Options Thérapeutiques

Il est crucial de distinguer le trouble de la personnalité narcissique d'autres troubles psychiques partageant certaines caractéristiques. Le trouble bipolaire, par exemple, peut être confondu en raison de la présence de phases dépressives chez les patients narcissiques et de leur mégalomanie. Cependant, ce qui les distingue est le besoin persistant de s'élever au-dessus des autres dans le trouble narcissique, et des changements d'humeur déclenchés par des atteintes à l'estime de soi, contrairement au trouble bipolaire où les épisodes sont plus autonomes.

Le trouble de personnalité antisociale présente également des similitudes, notamment l'exploitation des autres. Néanmoins, les motivations sont différentes : les patients présentant un trouble de la personnalité antisociale exploitent les autres en vue d'un gain matériel, tandis que ceux qui présentent un trouble de la personnalité narcissique exploitent autrui pour conserver leur estime d'eux-mêmes. Enfin, le trouble de la personnalité histrionique, caractérisé par la recherche d'attention, diffère du narcissisme par la nature de cette recherche. Les patients narcissiques dédaignent faire quoi que ce soit de mignon et d'idiot pour attirer l'attention ; ils souhaitent être admirés pour leur grandeur et non pour leur charme superficiel.

Le traitement du trouble de la personnalité narcissique suit les principes généraux applicables à tous les troubles de la personnalité, avec un accent particulier sur des approches psychothérapeutiques. La psychothérapie psychodynamique, qui met l'accent sur les conflits sous-jacents, peut être efficace (Crisp H, Gabbard GO, 2020). Certaines approches développées initialement pour le trouble de la personnalité limite (borderline) peuvent être efficacement adaptées aux patients narcissiques (Choi-Kain LW et al., 2022 ; Diamond D et al., 2020). Elles comprennent des interventions telles que le traitement basé sur la mentalisation et la psychothérapie focalisée sur le transfert, qui visent à aborder les perturbations dans la manière dont les patients se perçoivent eux-mêmes et les autres sur le plan émotionnel. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) peut également convenir, car elle offre aux patients la possibilité d'améliorer leur pouvoir d'attraction, et leur besoin d'être félicités peut permettre à un thérapeute de façonner leur comportement. Cependant, il est à noter que certains patients présentant un trouble de la personnalité narcissique peuvent considérer les approches cognitivo-comportementales manualisées comme trop simplistes ou génériques pour leurs besoins particuliers.

Mieux comprendre le trouble de la personnalité narcissique

Le Narcissisme au Quotidien : Un Phénomène de Société en Évolution

À l'ère des réseaux sociaux et du focus sur l'individu, la question de savoir si nous sommes toutes et tous narcissiques revient fréquemment. La notion de narcissisme est en effet un peu utilisée à toutes les sauces, ce qui rend sa définition précise d'autant plus essentielle. Selon Bruno Lemaitre, sont narcissiques des individus qui aiment se mettre en avant et être des leaders. Ils se rendent visibles et sont souvent extravertis, parfois prenant des risques pour réussir et obtenir un gain en reconnaissance. Une notion clé est celle de surdimensionnement : ils exagèrent, parfois inconsciemment, leurs propres qualités. Ils ont également le sentiment d’être spéciaux, de ne pas avoir à suivre les règles, ce que Bruno Lemaitre appelle l'« entitrement », une traduction personnelle du terme anglais entitled. Une forte estime de soi et un attachement au statut sont également des indicateurs, entraînant une vulnérabilité face à la critique. Ces personnes recherchent des situations où elles seront admirées, et la séduction ainsi que l’aisance dans les relations à court terme sont aussi des signes distinctifs. Un autre point crucial est leur sensibilité accrue au regard des autres.

Schéma des différentes formes de narcissisme

Il existe deux formes principales de narcissisme : la forme grandiose et la forme vulnérable. Le narcissique grandiose a un besoin incessant de l’admiration des autres, au point parfois d’y être accro, ce qui peut l'amener vers la pathologie. Tandis que le narcissique vulnérable est, lui, en recherche d’acceptation par les autres, et lutte en permanence pour se sentir accepté. La notion de « pervers narcissique », très à la mode, est souvent associée à la manipulation. Cependant, en psychologie des personnalités, le narcissisme est envisagé comme un trait graduel et continu, qui comporte des aspects aussi bien positifs que négatifs. Il n’est pas exclu que certains experts du narcissisme soient d’ailleurs eux-mêmes narcissiques, démontrant la complexité du phénomène. Certains spécialistes parlent même d’un ego sain, mettant en avant la prise de risque, le courage, ainsi que le rôle indéniable du narcissisme dans le leadership.

Patrik Engisch, abordant la question sous un angle philosophique, souligne que le psychologue procède par une analyse fonctionnaliste en se penchant sur la situation sociale (ou input), puis sur le comportement de la personne (output). Il classifiera ensuite comme narcissiques les personnes qui ont certains types d’outputs, le narcissisme étant alors la boîte noire responsable de la transition entre l’input et l’output. Toutefois, ce cadre pose un problème majeur : les inputs et les outputs sont très variés et comportent des éléments relativement indistincts, car le narcissisme est un spectre et certains outputs peuvent correspondre à d’autres symptômes.

Le Narcissisme : Une Conscience de Soi Biaisée

Pour Patrik Engisch, un élément extrêmement important est que le narcissisme représente une certaine forme de conscience de soi qui se rapproche de l’estime de soi - sous un angle positif, donc - mais qui est exagérée et forcée. Il s’agit d’une estime de soi biaisée par le fait qu’on doit se sentir constamment évalué de façon positive. Cette conscience de soi vient par degrés et prend énormément de formes différentes. Au niveau le plus basique, nous avons une conscience non-réflexive de nos états mentaux : je suis conscient de mon désir de boire quelque chose ou de mon expérience visuelle de la salle dans laquelle nous nous trouvons, par exemple. Cette conscience peut ensuite devenir réflexive : je peux porter mon attention sur ces états mentaux et réfléchir à leur sujet. Ce sont ici deux types de conscience de soi à la première personne, où nous sommes conscients de nous-mêmes sous notre propre perspective.

Mais il existe également un autre type de conscience de soi, à la troisième personne, où l’on se représente soi-même selon la perspective que porte sur nous une tierce personne, comme dans le cas de la honte, où je me représente sous le regard d’un autre qui me juge. Certaines formes de conscience de soi à la troisième personne sont nécessaires et jouent un rôle positif. D’autres sont pernicieuses, et le narcissisme en est une : la personne narcissique se représente à la troisième personne selon une perspective essentiellement évaluative, et ce de manière constante. Elle est ainsi poussée à des comportements qui se conforment à cette perspective évaluative. La personne narcissique subit la pensée évaluative de l’autre et s’auto-aliène, en quelque sorte. Bruno Lemaitre ajoute l’aspect de « délusion », dans le sens où le narcissique n’est pas toujours conscient de ce qu’il fait. Il se trompe sur lui-même, peut avoir l’impression qu’il est très simple alors qu’il est arrogant, etc.

Les deux formes, grandiose et vulnérable, du narcissisme peuvent affecter le bon fonctionnement d’un groupe. D’une part, les grandioses, plutôt égoïstes, vont tirer des avantages sans réciproquer, déclenchant une spirale de comportements égoïstes qui se propagent. D'autre part, il y a ceux, plutôt vulnérables et susceptibles, qui exagèrent et créent de l’agitation ou des problèmes là où il n’y en a pas. Dans une interaction courte, les narcissiques fascinent et sont souvent plus appréciés que la moyenne. Cependant, dans une interaction longue, ils sont mal perçus, car on se rend compte qu’ils exploitent les autres. L'estime de soi ou le narcissisme sont, pour une grande part, des lubrifiants sociaux, un moyen d’interagir avec les autres. Patrik Engisch explique que même en l’absence des autres, toute évaluation positive implique la perspective sous-jacente d’un autre, comme si une noix de coco cueillie sur une île déserte était jugée « bien jouée » à la lumière de ce qu'aurait dit quelqu’un d’autre.

Origines, Évolution Sociétale et Complexité

L’homme est influencé par sa biologie. Si les personnalités sont bien le fruit d’une interaction gène-environnement, compliquée à démêler, les études montrent cependant qu’elles sont déterminées par la génétique dans un ratio de 30 à 60%. Certains collègues américains de Bruno Lemaitre pensent que la génétique joue un rôle déterminant dans le cas des grands narcissiques. Il existe aussi un lien entre narcissisme et certains troubles de la petite enfance. Le narcissisme se développerait, par exemple, chez des enfants abandonnés ou maltraités, chez ceux qui sont utilisés pour assouvir les ambitions de leurs parents ou encore chez les enfants rois. Cela dit, il est difficile de se fier au récit des narcissiques sur leur enfance, car ils sont facilement susceptibles de s’inventer des enfances malheureuses. En interrogeant le reste de la famille, on s’aperçoit qu’ils exercent souvent une restructuration de leur propre passé.

Depuis 30 à 40 ans déjà, des chercheurs et des intellectuels américains suggèrent une montée du trait narcissique comme clé d’analyse de la montée de l’individualisme. Cette hypothèse a été quantifiée par certaines études, mais demeure controversée. L’idée est que la société serait devenue plus narcissique au niveau de la personnalité, peut-être en raison d’un changement d’éducation parentale, qui mènerait à un culte du soi, à un sentiment d’être spécial, à une instabilité dans les couples, au goût de la richesse et à une plus grande difficulté à vivre ensemble. Le livre The Narcissism Epidemic (2009), rédigé par les psychologues Jean Twenge et Keith Campbell, explique que la société a pris une direction un peu inattendue : culte des célébrités, exhibition du corps, pornographie, perte d’empathie, compétitivité. Nous aspirons tous à être des leaders, être visibles, avoir un impact.

Ces phénomènes ne sont que des symptômes, et l’important est de se demander pourquoi nous sommes devenus plus individualistes. Est-ce dû aux réseaux sociaux ? À des changements dans la façon d’élever les enfants (les fameux enfants rois) ? À des évolutions culturelles qui rendent la société plus tolérante envers les comportements narcissiques ? Ce qui est certain, c’est qu’avant, il y avait davantage de rites synchronisateurs, notamment au niveau de la famille et du groupe, au travers de la religion par exemple. La personne narcissique est dotée d’un avantage dans un contexte d’interactions courtes, où la séduction est importante, par exemple pour attirer un futur partenaire dans un café ou impressionner ses interlocuteurs lors d’un entretien.

Le narcissisme n’est pas un bouton « on/off » ; tous les psychologues s’accordent à dire que le narcissisme est un spectre graduel. Il est tout à fait possible qu’il y ait une montée du narcissisme, mais cela ne veut pas dire que plus de personnes ont appuyé sur le bouton « on ». Cela peut être une montée plus fine, moins radicale. Un autre point important, concernant spécifiquement les réseaux sociaux : ces derniers mettent une grande pression psychologique sur leurs utilisateurs afin qu’ils présentent une image qui corresponde à celle attendue par la société. En s’y conformant, la personne obtient une récompense immédiate. Patrik Engisch souligne qu’il s’agit d’éléments isomorphes avec le narcissisme : le personnage narcissique est quelqu’un qui crée une fausse image de lui-même et, en la vendant, il obtient un certain nombre de récompenses. Si certains comportements proches du narcissisme se sont standardisés, il est clair que les gens font assez bien la différence entre la vie sur et à l’extérieur des réseaux sociaux. Une plus grande tolérance aux comportements « personnels » affichés permet une expression plus forte de la personnalité narcissique. De plus, à distance, un narcissique est très séduisant, et les médias, qui en parlent et les valorisent, créent une fascination autour de ces figures, comme Elon Musk, qui affiche un ego important.

Mieux comprendre le trouble de la personnalité narcissique

De manière plus générale, il semble que l’un des traits caractéristiques de notre société hyper capitaliste est qu’il est très difficile pour les gens d’obtenir de la valorisation et de capitaliser sur celle-ci à long terme. L'insécurité du travail, par exemple, fait que le travail n’est plus un biais pour se valoriser ou engranger de l’estime de soi, affectant aussi bien les travailleurs que les patrons. La figure du boss à l’ancienne, valorisé car il prend soin de ses collaborateurs, n’existe plus ; l’économie n’est plus adaptée à ce genre de personnes, qui ont besoin de trouver d’autres sources de valorisation.

En tant que telle, l’estime de soi est plutôt considérée comme positive, et à l’inverse, ne pas en avoir est négatif. Étant donné que les comportements narcissiques peuvent servir à augmenter son estime de soi, on pourrait leur accorder un « bon point ». De même, le narcissisme dope la créativité de certains individus ; les exemples sont nombreux dans l’art ou les sciences. Cependant, Patrik Engisch porte un regard fortement négatif sur le narcissisme, le qualifiant de « vice épistémique » : il en résulte une mauvaise connaissance de soi. Le Narcisse se construit un deuxième moi, ce qui le rend très défensif car il cherche à éviter à tout prix que ce faux moi soit découvert. Par ailleurs, la personne narcissique aura tendance à falsifier ses résultats et à s’arranger avec la vérité, autant de comportements problématiques. Bruno Lemaitre, de son côté, constate que beaucoup de grands scientifiques ont un côté assez égocentrique, voire narcissique, et suggère que le narcissisme peut jouer un rôle positif dans la créativité. Dépendant du regard des autres, les individus concernés sont plus motivés à réussir. Ils ont une sorte de force, parfois teintée d’égoïsme, qui leur permet d’éliminer les obstacles. Il y a aussi le besoin de se différencier et une très forte motivation, une passion, pour la réussite. Mais il est difficile de savoir si les narcissiques sont réellement plus brillants que les autres ou si leur besoin de reconnaissance les rend simplement plus visibles, entraînant qu’on parle davantage d’eux.

La solution pour sortir du narcissisme pourrait paraître simple : les narcissiques semblant s’attribuer indûment beaucoup de valeur, il suffirait de leur montrer d’autres sources de valeur pour leur permettre de corriger leur auto-appréciation. Mais c’est justement ce qui est préoccupant à leur sujet : ils sont tellement repliés sur eux-mêmes qu’il y a tout un pan des valeurs du monde auquel ils n’ont pas du tout accès.

Les Scarifications : Expression Corporelle d'une Souffrance Profonde

Les scarifications, ou automutilations, sont un phénomène particulièrement fréquent chez les jeunes filles adolescentes ou jeunes adultes. Elles constituent une voie d’accès au fonctionnement psychique et offrent une scène dans laquelle se déploient de multiples configurations psychopathologiques. Ces comportements débutent souvent dans les suites de la puberté, révélant dans l’après-coup la dimension traumatique du féminin et de son intégration. La mobilisation de la dynamique masochique peut être porteuse d’une dimension trophique par l’intermédiaire du masochisme féminin qui donne accès à une position féminine. À l’inverse, le masochisme peut se léthaliser s’accompagnant d’un refus du féminin, ou bien encore, s’organiser dans un aménagement pervers, la recherche de douleur et de saignement devenant une modalité de jouissance et l’expression d’une mascarade de la féminité, comme l'explique De Luca M. dans son article "Les scarifications comme après-coup du féminin. Les vicissitudes d’un masochisme bien mal tempéré."

Dessin représentant la souffrance intérieure liée aux scarifications

Se faire du mal ou penser à se faire du mal est un signe clair de douleur psychique intense. La plupart des personnes qui se scarifient le font pour communiquer leur détresse, pour exprimer un mal-être profond et pour soulager une colère insupportable. La scarification permet de soulager une très grande tension intérieure liée à des souvenirs douloureux ou à des circonstances difficiles. Les personnes qui s’automutilent sont également souvent en état d’anxiété, de dépression ou de labilité émotionnelle, accompagnées d'un sentiment de désespoir ou d’inutilité. Les jeunes, en particulier, s’entaillent le corps en l’utilisant comme support de l’expression de leur souffrance qui ne peut se dire autrement, faute de mots ou de capacité à l'exprimer verbalement. L’incision, cette blessure auto-infligée qui laisse une trace irréversible, est souvent, de manière consciente ou inconsciente, destinée à être vue.

Nous pouvons paraphraser Donald Winnicott qui, dans Jeu et réalité, a écrit : « Si se cacher est un plaisir, ne pas être trouvé est une catastrophe », en disant que pour le jeune, cacher ses scarifications est un test pour l’amour parental. L'idée sous-jacente est : « S’ils s’intéressent à moi (donc m’aiment), ils vont découvrir que je me scarifie et ils vont comprendre que je souffre. » En conséquence, la scarification peut être difficile à détecter, car la plupart des jeunes qui s’automutilent sont capables de cacher ce comportement à leurs amis et surtout à leur famille, souvent par honte ou par peur du jugement. La facilité de dissimulation des marques d’automutilation et des blessures, associée au manque de sensibilisation sociale généralisée à l’automutilation, rend difficile l’identification des signes avant-coureurs.

Signes et Symptômes d'Automutilation

Il peut être difficile de détecter quand quelqu’un se fait du mal, car la scarification est souvent pratiquée en cachette par honte et par peur. Les coupures et égratignures fraîches, les morsures et les brûlures peuvent toutes être des avertissements d’automutilation lorsqu’elles se produisent fréquemment. D’autres signes physiques peuvent inclure des cicatrices, des ecchymoses et des plaques, en particulier ceux qui indiquent une répétition du comportement. Une personne sujette à des « accidents » fréquents ou qui porte des manches longues ou des pantalons longs même quand il fait chaud, ou utilise des bandages de manière excessive, peut être en train de dissimuler les scarifications. Les comportements d’automutilation se produisent souvent en secret et concernent les endroits du corps faciles à cacher. Les signes peuvent inclure des plaies inexpliquées ou des grappes de coupures. L’utilisation intensive de vêtements amples, à manches longues, même quand il fait chaud, ou de bandages sert à montrer-cacher les blessures.

La scarification cause-t-elle de la douleur ? Généralement, oui. Mais ceux qui s’automutilent recherchent cette douleur pour avoir le sentiment d’exister. Ils sont généralement soulagés temporairement par la douleur. En effet, la scarification constitue un procédé autocalmant qui apaise passagèrement la tension interne, offrant une échappatoire temporaire à une souffrance émotionnelle accablante. Les jeunes qui visitent des sites Web liés à la scarification et l’automutilation sont plus susceptibles de se scarifier, ce qui souligne l'importance d'une conversation sans jugement sur les sites et sur la santé mentale en général. Cela peut aider les parents à déterminer si leur adolescent passe à l’acte et ensuite à le protéger de sa souffrance.

Populations à Risque et Spécificités

L’automutilation survient le plus souvent chez les adolescents et les jeunes adultes, mais les adultes peuvent également s'automutiler en cas de problèmes de santé psychique. Les filles s’automutilent-elles plus que les garçons ? Elles ont aussi tendance à commencer à un âge plus précoce. Cependant, certains experts affirment que les types de comportements d’automutilation auxquels ont recours les garçons sont plus violents et plus dangereux, pouvant entraîner des conséquences physiques plus graves.

Mieux comprendre le trouble de la personnalité narcissique

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