La biodiversité végétale offre des paysages magnifiques, des forêts humides aux jardins soigneusement entretenus. Toutefois, cette richesse cache des dangers insoupçonnés. De nombreuses espèces, qu’elles soient sauvages ou ornementales, présentent des risques réels d’intoxication par ingestion, contact cutané ou projection oculaire. Qu’il s’agisse de protéger vos animaux de compagnie, comme les lapins et cochons d’Inde, ou de sécuriser votre environnement immédiat, une connaissance approfondie des végétaux est indispensable.

Les dangers domestiques pour les NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie)
Les lapins et les cochons d’Inde font partie des NAC les plus fréquemment adoptés par les Français. Si ces petits animaux agréables et sympathiques sont adorables et nécessitent peu de soins, il est en revanche nécessaire de se montrer très vigilant, car ils sont naturellement attirés par les végétaux. Or, de nombreuses plantes d’intérieur et d’extérieur sont toxiques. Si certaines provoquent de fortes irritations digestives et des diarrhées, d’autres peuvent être mortelles et causer le décès de votre petit compagnon en quelques heures.
Il faut savoir que les rongeurs, auxquels appartiennent les cochons d’Inde, et les lagomorphes, qui comprennent les lapins, sont des familles d’animaux qui ne sont pas capables de vomir de force en raison de leur anatomie. La meilleure solution consiste à vous rendre immédiatement chez votre vétérinaire ou chez le praticien le plus proche. Face à l’urgence de la situation, n’attendez pas et rendez-vous chez le vétérinaire. Si possible, et pour faciliter les soins et la prise en charge, identifiez la plante en cause, ou prenez-la en photo et montrez-la au praticien. Selon l’espèce et la quantité ingérée, il pourra adapter le traitement ou la méthode pour soulager votre animal.
Liste des végétaux à risque pour les petits compagnons
L’adonis est une plante de jardin dangereuse dans son intégralité. L’aloe, plante d’intérieur très courante, attire les lapins et rongeurs ; malheureusement, le suc contenu dans ses feuilles est très toxique et purgatif. L’anémone, plante extérieure qui peut parfois pousser de manière sauvage, est entièrement toxique. Extrêmement irritante, elle provoque des vomissements et des diarrhées. Le buis, cet arbuste sauvage, présente un danger au niveau de ses feuilles et de ses graines, entraînant des vomissements, des convulsions, de l’hypothermie et une paralysie.
Le chèvrefeuille est particulièrement dangereux, car ses baies et ses feuilles sont mortelles lorsqu’elles sont ingérées. Le colchique d’automne, toute cette plante de jardin, présente un danger pour le lapin et le cochon d’Inde : l’animal qui en consomme souffre d’une grave irritation de l’appareil digestif, se met à saliver abondamment et développe des troubles cardiaques et nerveux jusqu’à la paralysie. Les lauriers (laurier cerise, laurier des bois et laurier rose) sont très dangereux. Après ingestion, l’animal manifeste des troubles digestifs, salive abondamment, ses yeux et son nez coulent, il vomit et souffre de diarrhées parfois sanglantes. Par la suite, il semble apathique et somnole, puis il présente des difficultés à se déplacer, il convulse, se paralyse puis tombe dans le coma avant de mourir.
Le lierre, avec ses feuilles et ses fruits, est toxique et provoque des irritations cutanées et des troubles digestifs, l’animal présentant un caractère excité avant de tomber dans le coma. Le muguet, souvent ramassé pour orner l’intérieur des maisons, est très toxique pour l’homme comme pour les lapins et cochons d’Inde. Enfin, les baies du sureau peuvent être toxiques lorsqu’elles ne sont pas encore mûres. De manière générale, il est conseillé de laisser tous les végétaux, plantes et fleurs, de votre intérieur hors de portée de votre animal. En extérieur, ne laissez pas votre animal sortir sans surveillance.
10 PLANTES TOXIQUES pour CHIENS et leurs effets 🐶 ❌ 🌷
Espèces végétales sous haute surveillance à La Réunion
À La Réunion, certaines plantes vendues dans les pépinières ou les marchés sont loin d'être inoffensives. En apparence jolies, certaines espèces courantes peuvent donner de graves réactions allergiques, voire des intoxications, d'après une enquête publiée par The Conversation. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) tire la sonnette d'alarme et appelle à mieux informer la population sur les risques.
Cette richesse végétale s'accompagne aussi de plantes potentiellement dangereuses pour la santé humaine, surtout dans un contexte où le commerce de végétaux exotiques est en plein essor. En cas de contact cutané, on observe des rougeurs, brûlures et cloques. En cas de projection dans l’œil, cela provoque des douleurs, gonflements et une atteinte de la cornée. En cas d’ingestion, les symptômes incluent vomissements, diarrhées, salivation excessive et douleurs abdominales, parfois graves chez l’enfant.
Focus sur trois espèces problématiques
L’agave d’Amérique (Agave americana), très présente dans les jardins réunionnais, contient une sève irritante qui peut provoquer de graves brûlures, des lésions oculaires et des troubles digestifs en cas d’ingestion. Le pignon d’Inde (Jatropha curcas) renferme des esters de phorbol très toxiques dans ses graines ; sa consommation entraîne vomissements, diarrhées et des risques de déshydratation sévère, tandis que le contact cutané est également irritant. La fleur de corail, baobab nain ou "ti baobab" (Jatropha podagrica), très décorative, est entièrement toxique (feuilles, fleurs, graines et racines) ; une simple exposition peut suffire à provoquer brûlures et gonflements.
L’ANSES établit plusieurs recommandations : ne pas planter ces espèces dans les zones fréquentées par des enfants, s’informer avant tout achat, demander conseil aux pépiniéristes et sensibiliser son entourage aux risques. L’ANSES appelle également à inscrire ces trois plantes dans la liste officielle des espèces à risque, au même titre que le laurier-rose ou la belladone, déjà encadrées dans l’Hexagone.

L’œnanthe safranée : un danger mortel dans les prés
L’œnanthe safranée (Oenanthe crocata) est une plante herbacée vivace de la famille des Ombellifères ou Apiacées (Apiaceae) comme la carotte sauvage, plante courante généralement bien connue du grand public, ou encore la berce du Caucase, la férule et la ciguë. Elle est parfois aussi appelée « pansacre », « pimpin » ou encore « navet du diable ». Cette plante d’assez grande taille, au port érigé, mesure de 1 à 1,5 mètres de haut. Pour un public peu averti, ces racines peuvent facilement être confondues avec un navet ou une racine de carotte sauvage, à l’origine d’intoxications alimentaires à l’issue souvent mortelle.
L’œnanthe safranée renferme une toxine appelée « œnanthotoxine », dont la concentration est maximale dans les racines, particulièrement en hiver et au début du printemps. Les tiges, les feuilles et les fleurs en contiennent elles aussi, et peuvent donc s’avérer toxiques, mais dans une moindre mesure. Les intoxications chez les herbivores (surtout les bovins, mais aussi les équins) font majoritairement suite à l’ingestion de tubercules remontés en surface au pâturage, notamment lors de travaux de curage des fossés ou de drainage des prés, ou encore d'épandage des crues.
La gravité des signes cliniques dépend de la quantité de substances toxiques ingérée, mais l’intoxication est très souvent mortelle. Lors de réalisation de chantiers de curage des fossés et/ou de drainage des prés, en bordure et/ou au sein de parcelles où pâturent des chevaux, veillez à retirer tous les tubercules d’œnanthe qui ont été déterrés. Ne pas les laisser en surface, à la portée directe des animaux.
Gestion et prévention des risques végétaux
De manière générale, l’œnanthe safranée ne devrait pas faire partie de l’environnement des chevaux. L’espèce étant envahissante, il faut proscrire la plantation d’œnanthe safranée dans ou à proximité d’infrastructures équestres. Éliminez l’œnanthe safranée là où elle est présente. S’il n’y a pas beaucoup de pieds, l’arrachage manuel est envisageable. Quand la plante a déjà bien colonisé le milieu, la coupe des tiges avant montée en graines permet de limiter la production de semences. Il s’agit toutefois d’une solution à court terme, car d’autres tiges ne tarderont pas à repousser avec de nouvelles inflorescences.
En cas d’invasion, il est parfois nécessaire d’avoir recours à la lutte chimique. Il s'agit alors de désherber le milieu en appliquant un traitement herbicide localisé « anti-dicotylédones ». En limitant l'usage des désherbants uniquement sur les zones ou plantes à traiter, le traitement localisé « plante par plante » est la meilleure technique, plus raisonnée. L'utilisation de produits phytosanitaires doit être réalisée par des personnes habilitées et dans des conditions de température, de vent et d'hygrométrie favorables.
Il est important de noter que de nombreuses autres espèces peuvent être toxiques en cas d’ingestion, citons notamment : l’aconit (Aconitum), la petite ciguë (Aethusa cynapium), la belladone (Atropa belladonna), le brugmansia, le colchique (Colchicum autumnale), la grande ciguë (Conium maculatum), le daphné (Daphne laureola), le pied d’alouette (Delphinium), la digitale pourpre (Digitalis purpurea), le laurier-rose (Nerium oleander), le lupin (Lupinus L.), le ricin (Ricinus communis) et l’if (Taxus baccata). Truffaut vous conseille également une grande prudence avec certaines plantes dont l'ingestion d'une partie ou de toutes les parties est dangereuse, comme l'amaryllis, l'ancolie, l'azalée, le buis, le muguet, l'aubépine, le cyclamen, le perce-neige, le lierre, le houx, le chèvrefeuille, les renoncules et le thuya.

En cas de signes de détresse vitale, comme des difficultés respiratoires ou une perte de conscience, appelez immédiatement le 15 ou le 112. Pour les personnes sourdes ou malentendantes, composez le 114. Si un enfant a mis des feuilles ou des graines dans sa bouche, rincez l’intérieur de la bouche avec un linge humide, lavez-lui les mains et appelez un centre antipoison ou consultez un médecin sans attendre les premiers symptômes. Enfin, gardez à l'esprit que la prévention passe par une identification rigoureuse des espèces présentes dans vos espaces de vie et par une surveillance accrue des zones fréquentées par les plus vulnérables.