L’Invasion des Petites « Mauvaises Herbes » : Comprendre pour Mieux Cultiver

Le jardinier, qu’il soit amateur ou chevronné, se retrouve souvent confronté à une situation qui semble échapper à son contrôle. Du jour au lendemain, une parcelle soigneusement préparée se voit investie par une végétation spontanée. « Rien n'est simple, tout se complique ! » s’exclame souvent celui qui observe son potager ou sa pelouse se transformer. Pourtant, cette invasion de « petites mauvaises herbes » n’est jamais le fruit du hasard. Elle est le langage silencieux d’un sol qui communique ses besoins, ses déséquilibres ou son excellente vitalité.

Schéma illustrant la diversité biologique d'un sol sain et le rôle des adventices comme bio-indicateurs

La dynamique des adventices : au-delà du terme « mauvaise herbe »

Le terme générique de « mauvaise herbe », utilisé en France pour nommer les espèces végétales croissant dans les parcelles cultivées sans y avoir été intentionnellement plantées, est assurément peu adéquat, mais la langue française n'en possède pas encore d'autre. « Adventice » signifie « vient du dehors » en latin ; autrement dit, il s'agit d'une plante introduite. Cependant, l'adventice est plutôt considérée comme une « plante qui croît spontanément dans les milieux modifiés par l'homme ».

Il convient de considérer que la plante appelée mauvaise herbe s'est installée dans un lieu après la mise en place d'une activité humaine et qu'elle est devenue nuisible pour celle-ci de façon directe ou indirecte. De même, toutes les plantes que nous appelons « mauvaises herbes » ne le sont pas forcément. Elles ne le deviennent qu'à partir d'un certain seuil d'infestation car on ne peut considérer qu'une espèce est mauvaise si elle ne nuit pas à la culture dans laquelle elle croît. Lorsqu'une espèce est présente sans provoquer de compétition avec la culture et sans être dommageable, on parle d'espèce mineure.

Lorsque l'espèce empêche le bon développement de la culture par des interactions chimiques et biologiques (nuisance directe) ou bien lorsqu'elle altère la qualité de la récolte ou augmente la pénibilité du travail (nuisance indirecte), elle est considérée comme espèce majeure. Ces plantes sont généralement devenues envahissantes ou gênantes en développant un certain nombre d'adaptations de leur reproduction (nombre de graines, mode de fécondation…) et de leur physiologie (croissance, compétitivité…). D'autre part, il existe certaines plantes adventices qui peuvent avoir une utilité pour l'homme (alimentaire, médicinale, textile…) ou pour la culture (amélioration de la structure du sol, apports d'éléments organiques).

Le sol, un tableau de bord naturel

Jamais une plante n’est là par hasard, mais elle répond au contraire à un besoin (un manque, un excès, un déséquilibre, un blocage, un tassement…). L'objectif est donc d'apprendre à mieux connaître les adventices fréquemment rencontrées au potager naturel. Non pas pour chercher à tout prix à les éradiquer, mais plutôt pour comprendre les raisons de leur présence et mettre en œuvre les actions en découlant ou simplement l'accepter.

Sachant que lorsqu'elles auront rempli leur rôle, les plantes adventices disparaîtront d'elles-mêmes pour, en général, laisser place à une végétation moins gênante pour les cultures.

Le liseron des champs (Convolvulus arvensis)

Le liseron des champs est une plante vivace rampante faisant partie des convolvulacées. C'est sans doute l'une des plantes adventices les plus envahissantes. Il se reproduit par multiplication des rhizomes et essaimage des graines. Il convient donc d'éviter le passage d'engins rotatifs qui auront pour effet de multiplier les bouts de rhizomes. Une culture d'engrais verts (mélange seigle/vesce) semés à l'automne, par son action nettoyante, permet de limiter sa propagation. Mais le liseron témoigne avant tout d'un sous-sol tassé, d'une certaine richesse en azote, mais également d'une carence en silice. En s'implantant, le liseron, de par ses racines profondes, va justement décompacter le sous-sol et libérer de la silice, remédiant ainsi au manque initial.

Le chiendent (Elytrigia repens)

Appartenant à la famille des poacées, le chiendent est une plante adventice aux longs rhizomes témoignant d'un sol fatigué dont il est très difficile de se débarrasser. Tout comme pour le liseron, le passage d'engins rotatifs va multiplier ses rhizomes. Il peut également se reproduire par propagation des graines. La culture d'engrais verts nettoyants limitera sa propagation. On peut également en venir à bout en plaquant au sol une bâche plastique noire pendant plusieurs mois. Dans les terrains pentus, le chiendent prévient les problèmes d'érosion.

La datura commune (Datura stramonium)

Appartenant à la famille des solanacées, la datura apparaît fréquemment dans les sols pauvres en matières organiques, fraîchement retournés. Ainsi, par des apports réguliers de matières organiques, on éliminera peu à peu cette plante de son potager. Le datura peut également indiquer un sol pollué ; capable de fixer des métaux lourds, sa raison d'être est alors de dépolluer le sol. La datura est également réputée attirer les doryphores qui vont y pondre leurs œufs. Les larves, en se nourrissant de ses feuilles, vont alors s'empoisonner. On aura toutefois soin de ne pas laisser le datura monter en graines, sans quoi, l'envahissement risque de se prolonger bien au-delà de la période de « purification ».

La renoncule rampante (Ranunculus repens)

Couramment nommée « bouton d'or », elle signale un sol lourd, humide, souvent argileux et tassé. Une forte colonie de renoncule rampante doit nous inciter à drainer le terrain. Le rumex, quant à lui, témoigne d'un sol compacté, et par conséquent saturé en matières organiques et en eau, avec blocage des oligo-éléments et du phosphore. Dans un potager où le rumex domine, tout apport supplémentaire de matières organiques risque de provoquer des dégâts irréversibles pour le sol.

Comment avoir des indicateurs sur l'état de fonctionnement de son sol ?

Le gazon : une vie foisonnante et méconnue

Le gazon est une version « de poche » appauvrie de la prairie de pâture ou de fauche des campagnes d'autrefois. Si son entretien n'est pas trop intensif, il accueille une petite faune dont la diversité augmente sensiblement quand il est conduit en pelouse fleurie. Le sol du gazon n'est pas travaillé et accueille une vie animale appréciant cette tranquillité. Les vers de terre sont nombreux ; certains sont parfois jugés nuisibles par des jardiniers pointilleux, car ils rejettent à la surface du gazon des tortillons de terre inesthétiques. Le jardinier naturaliste n'y voit que la preuve de la bonne santé du sol.

Beaucoup de larves d'insectes s'attaquent aux racines des herbes. Les vers blancs, larves de hanneton, sont dodus, blanchâtres et recourbés en « U ». Les vers fil de fer, larves de taupin, sont coriaces, brun luisant et allongés. Les larves de tipules sont de gros asticots gris terne sans pattes ni yeux. Vers de terre et larves d'insectes constituent le menu de la taupe qui creuse ses galeries sous la pelouse. Elles participent à une bonne aération et à un bon drainage du sol, avantages à mettre en balance avec la nuisance qu'elles représentent pour la lame de la tondeuse.

Les fluctuations des populations d'insectes

Au-delà des plantes, les jardins subissent parfois des invasions spectaculaires d'insectes. Des petits insectes noirs se sont multipliés dans de nombreux jardins, ces derniers temps. Il s'agit d'altises, des « mini-coléoptères ». Avec leurs pattes sauteuses, elles peuvent disparaître « comme par magie » quand on essaie de les attraper. Souvent, leurs larves se cachent dans des végétaux, ce qui les protège des traitements et peut « compliquer la vie des agriculteurs ».

Comment expliquer cette recrudescence ? Le climat joue en effet un rôle dans les « fluctuations annuelles » d'espèces. Une conjonction de facteurs peut favoriser une espèce ou une autre, comme l'arrivée à maturité de certaines cultures. Une pullulation véritablement exceptionnelle d'insectes pourrait aussi être la conséquence d'une « pression chimique moins importante ». Le chercheur souligne que, dans certains cas, le retour de ces espèces est un indicateur qui marque le retour d'une biodiversité.

Le phénomène des nuées d'insectes

Depuis quelques jours, des petits insectes noirs se multiplient en ville et à la campagne. La chaleur et l'humidité favorisent leur expansion. Noirs et tout petits, ils contiennent des ailes. Il s'agit peut-être de moucherons, de pucerons, de cousins du moustique ou même des miniguêpes. Ces petites bêtes volantes appartiennent à la grande famille des diptères à l'instar des mouches et des moustiques. Les pucerons ailés évoluent en groupe et se collent aux vêtements, à la peau et à tous les objets en mouvement.

Pas d'inquiétude, ils demeurent inoffensifs et ils devraient disparaître au bout de quelques jours après s'être accouplés. Ce phénomène, parfois impressionnant, reste naturel. Les fortes chaleurs ont permis aux insectes de se développer à grande vitesse. Pour les entomologistes, ces petits insectes ont bénéficié de conditions hivernales idéales pour se reproduire : quand les plantes sont abondantes en hiver, les femelles ont plutôt tendance à donner naissance à des pucerons non ailés. Or, quand les ressources manquent, elles produisent plutôt des petits dotés d'ailes afin d'effectuer des vols de dispersion.

Infographie montrant le cycle de vie des pucerons et les facteurs climatiques influençant leur dispersion

Gestion durable et regard naturaliste

Pour les gourmets, certaines « invasions » sont aussi une aubaine. Le mouron des oiseaux est tout à fait comestible ; ses jeunes tiges, douces et croquantes, sont excellentes en salade. La présence dominante du mouron est le signe d'un sol parfaitement équilibré, bien minéralisé, aéré et riche en nutriments. C'est l'indicateur type des excellentes terres de jardin. La stratégie moderne ne consiste plus à éradiquer, mais à gérer. Pour le mouron des oiseaux, l'astuce consiste à le couper au ras du sol et à le laisser se décomposer sur place en guise de paillage.

Si votre jardin est envahi par les pucerons, voici trois solutions naturelles pour s'en débarrasser :

  1. Évitez de vous habiller avec des vêtements jaunes : la couleur jaune leur rappelle les fleurs, qui sont sur les mêmes longueurs d'ondes.
  2. Pour les combattre, vous pouvez pulvériser du savon noir dilué dans l'eau sur les feuilles.
  3. Plantez des gousses d'ail autour de vos plantes ou arrosez-les avec du purin d'orties.

En somme, tirer profit des précieuses indications que vous offrent les plantes adventices permet de mieux connaître le sol de votre jardin. Les adventices vous indiquent un sol tassé ? Cultivez peut-être des engrais verts. Les adventices vous indiquent un sol trop riche, sans doute saturé en matières organiques ? Calmez-vous sur les apports. Les adventices vous indiquent au contraire un sol pauvre ? Apportez alors des matières organiques diverses et variées. Plutôt que de subir ces phénomènes comme des invasions hostiles, le jardinier peut les traiter comme des données essentielles pour affiner ses pratiques, transformer la contrainte en opportunité et favoriser une biodiversité riche et résiliente.

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