La gommose, phénomène spectaculaire et souvent inquiétant pour le jardinier, se manifeste par un écoulement visqueux, brillant et collant, apparaissant sur le tronc, les branches ou les zones de taille de divers arbres fruitiers, notamment les espèces appartenant au genre Prunus. Cette maladie, que l'on appelle également gommose, se déclare surtout sur les arbres fruitiers à noyau comme le cerisier, le prunier, l’abricotier ou le pêcher. Elle traduit toujours une attaque au cœur du tronc. La maladie tire son nom du symptôme principal de la maladie, les suintements de résine (la "gomme") le long du tronc. Ceux-ci se produisent au niveau d'une fissure de l'écorce, souvent au point de jonction entre deux branches. C'est l'éclatement de l'écorce qui provoque l'écoulement de gomme et non pas l'inverse. Par temps sec, la gomme sèche et durcit en quelques semaines.

La gommose désigne l’écoulement de sève modifiée, épaisse et gommeuse, par les fissures ou les plaies de l’écorce. Elle résulte d’une réaction immunitaire. En effet, une fois à l’air libre, cette résine végétale s’oxyde pour isoler les tissus, limiter la progression d’un pathogène ou colmater une blessure. Bien qu’elle puisse sembler alarmante, la gommose est donc avant tout un mécanisme de défense de l’arbre face à divers stress ou agressions. Pour autant, une fois installée, elle peut gravement compromettre la production de fruits et affaiblir l’arbre, voire entraîner sa mort si elle n’est pas traitée à temps.
Les origines physiologiques et parasitaires de la gommose
Il est important de différencier deux grandes catégories de gommose pour mieux comprendre le diagnostic. La gommose physiologique est provoquée par un déséquilibre dans les conditions de culture, telles qu'un sol mal drainé, un excès d’eau, le gel, des erreurs de taille ou des carences. Aucun agent pathogène n’est à l’origine de cette forme, mais elle fragilise considérablement l’arbre. Le stress hydrique est l’une des premières sources de gommose : une alternance brutale entre sécheresse prolongée et excès d’eau ou simplement un arrosage irrégulier peut suffire à la déclencher. Les sols lourds et mal drainés ne font qu’aggraver le problème en provoquant l’asphyxie racinaire.
En été, les coups de soleil sont aussi redoutables, en particulier sur les jeunes troncs exposés sans protection. L’écorce surchauffe, se fissure et la gommose apparaît. Les gelées tardives ou les fortes variations de température entre le jour et la nuit peuvent elles aussi provoquer des microfissures dans les tissus internes.
La gommose parasitaire, quant à elle, est causée par des champignons pathogènes, tels que ceux du genre Cytospora, Monilinia ou Botryosphaeria. Ces micro-organismes pénètrent dans l’arbre via des plaies ou des fissures et déclenchent l’apparition de chancres, nécroses et exsudats de gomme. L’attaque responsable de l’écoulement de gomme commence toujours par s'introduire par le biais d'une petite blessure, comme une plaie de taille mal cicatrisée ou encore une fissure de l'écorce consécutive à de fortes gelées. Les bactéries responsables de l'infection se multiplient dans les tissus de l'arbre, sous l'écorce. En réaction, l'arbre cherche à se défendre en épaississant les tissus qui entourent le foyer infectieux, ce qui provoque la rupture de l'écorce puis un écoulement de gomme.
Méthode pour accélérer le recouvrement d’une plaie sur arbre fruitier Assoc. fruitière de Haguenau
Symptômes et diagnostic au verger
Reconnaître les symptômes de la gommose est essentiel pour agir rapidement et limiter les dégâts. Le symptôme principal est un écoulement visqueux, souvent brillant et collant, apparaissant sur le tronc, les branches ou les zones de taille. En séchant, cette gomme peut former une croûte ambrée ou brun foncé. Des zones de nécrose peuvent se former autour des plaies, avec une écorce qui se fissure, noircit ou se détache. Ce sont parfois de véritables chancres qui affaiblissent les tissus et empêchent la bonne circulation de la sève. Lorsque l’infection est avancée, on peut observer un jaunissement, un flétrissement ou une chute prématurée des feuilles, traduisant une souffrance généralisée de l’arbre. Enfin, les fruits peuvent être absents ou de très petite taille.
Si la gommose reste ponctuelle, elle peut être bénigne et se résorber d’elle-même. Mais lorsqu’elle s’étend ou revient d’année en année, la production de gomme mobilise l’énergie vitale de l’arbre, au détriment de sa croissance, de sa floraison et de sa fructification. Sous les coulures, le bois peut lentement se nécroser, laissant la porte ouverte aux champignons de pourriture. Au bout d’un moment, les tissus autour de la plaie se dessèchent, la sève ne parvient plus à circuler dans toutes les parties de l’arbre.
Stratégies de traitement et soins curatifs
Le premier geste consiste à gratter délicatement la gomme avec un couteau propre et désinfecté pour aérer la plaie. Une fois la surface dégagée, appliquez un badigeon cicatrisant. L’argile verte associée à une décoction de prêle forme un mélange idéal, à la fois assainissant et apaisant. À défaut, une bouillie bordelaise très diluée peut être utilisée. La gommose étant consécutive à une attaque de bactéries dans l’arbre, c’est celles-ci qu’il faut combattre. Comme il n’existe pas d’antibiotiques pour les plantes, l’infection se combat avec de la bouillie bordelaise (contenant des sels de cuivre, qui ont une action bactéricide). Vous pouvez en pulvériser la plaie, chaque mois, jusqu’à ce que la situation soit résorbée.

Il est plus efficace d’appliquer un onguent sur la plaie, à savoir un badigeon d’argile verte auquel vous aurez rajouté de la bouillie bordelaise, étalé au pinceau. Renouvelez cette application trois fois dans l’année, jusqu’à guérison. Ne recouvrez jamais la blessure d’un mastic ou d’un pansement étanche : la cicatrisation se fait à l’air libre. En parallèle, soulagez autant que possible votre arbre en limitant les sources de stress. Appliquez un paillage organique pour stabiliser l’humidité et arrosez modérément mais régulièrement en période sèche. De même, évitez toute taille ou manipulation inutile tant que l’arbre n’a pas récupéré sa vigueur.
Il ne faut JAMAIS retirer la gomme, même si elle est fraîche ou qu’elle a tendance à s’écouler à cause du temps pluvieux. Au contraire, aidez-la à sécher. Lorsque la gommose apparaît, retirer délicatement la gomme suffit : aucun traitement spécifique n’est nécessaire. L’arbre retrouve son équilibre dès que la cicatrisation reprend. Effectuez un traitement du prunier au cuivre (bouillie bordelaise) qui s’avère souvent très efficace. En complément, vous pouvez utiliser des macérations de plantes comme l’ail, de la décoction de prêle. Les traitements parallèles aux oligo-éléments fonctionnent bien. En cas de dégâts importants, supprimez les branches dont l’écorce se détache entièrement ou présente des chancres profonds. Coupez en revenant sur du bois sain.
Prévention : la clé d’un verger sain
Au jardin, la prévention est capitale, elle évite bon nombre de problèmes. Prenez soin de vos arbres pendant toute la saison en étant rigoureux sur l’arrosage et en pensant systématiquement au paillage des sols. Protégez les troncs des jeunes arbres du soleil avec un badigeon à base de chaux, une peinture blanche spéciale arboriculture ou même un simple voile d’ombrage. Taillez plutôt en fin d’hiver ou au début du printemps qu’en période de chaleur mais toujours par temps sec. Enfin, encouragez la résistance naturelle de l’arbre en apportant du compost mûr ou une fumure équilibrée, sans excès d’azote.

La meilleure façon de ne pas avoir à combattre une infection bactérienne consiste à bien choisir l’endroit pour planter ses arbres fruitiers. Proscrivez les endroits où la terre reste humide en hiver, et où l’air est toujours moite, par exemple à proximité des fleuves et dans les vallées. Choisissez des variétés naturellement résistantes, parmi celles qui sont habituellement cultivées dans votre région. Enduisez de chaux les troncs de vos arbres fruitiers, en automne et à la fin de l’hiver. Cette méthode préventique diminue les attaques.
Concernant les maladies dues aux parasites, les auxiliaires peuvent vous être très utiles. Par exemple, les coccinelles contre les pucerons, ou les oiseaux contre certaines larves. Au jet d’eau, on essayera de retirer un maximum de nuisibles. Certains pièges sont connus et permettent de surveiller et de réguler la population. Par exemple, les pièges à phéromones pour les carpocapses qui évitent la ponte et donc l’agression sous forme de chenille. Les décoctions de prêle, d’orties, de rhubarbe ou le purin sont aussi largement utilisés en général. Pour cette maladie, il faut surtout faire attention à bien ramasser les feuilles atteintes au sol et les éliminer pour éviter la propagation. Il faut également bien arroser le verger après la récolte.
La taille au bon moment limite les risques : contrairement à une idée répandue, la taille hivernale fragilise ces espèces. L’intervention doit se faire dès l’apparition des bourgeons, en période de végétation, jusqu’avant la chute des feuilles. Cette “taille en vert” favorise une cicatrisation rapide et limite l’apparition de gomme. Les pucerons étant friands des jeunes pousses, ne faites pas de fertilisation trop riche en azote. Si vous séparez les pucerons de leur collaboration avec les fourmis, ils deviennent beaucoup moins résistants à leurs prédateurs (comme les larves de coccinelles). Ramassez et éliminez les fruits véreux et lâchez les poules ! En prévention, les traitements d’hiver sont encore une fois très utiles. Il faut aussi savoir que les variétés plus tardives sont plus susceptibles d’être attaquées. Nous vous conseillons de poser des bandes de glu au printemps. Mais surtout, posez des pièges à phéromones !
Gestion avancée et pérennité du verger
Il est important de noter que la gommose n’est pas une maladie en soi mais le résultat d’un stress ou d’une maladie, recherchez en amont son origine. Vous pouvez en tout cas appliquer du mastic cicatrisant sur les plaies de votre prunier ou frotter un mélange de feuilles d’oseilles, d’acide oxalique ou de vinaigre. Lorsque vous choisissez votre prunier, sachez que plus les variétés sont tardives, plus elles sont sensibles. Ne faites pas d’excès d’azote au niveau de votre fertilisation et favorisez la taille en vert sur vos arbres. Commencez par couper les parties fortement atteintes. En prévention, brossez et chaulez le tronc du prunier. Le traitement d’hiver à l’huile blanche est aussi conseillé.
Un autre moyen naturel pour se débarrasser des nuisibles est de veiller à ne pas perturber les auxiliaires naturels. Dans ce cas, les chrysopes, syrphes, coccinelles, mésanges, fauvettes… Pour cela, veillez à laisser des zones non fauchées et des haies à proximité. En prévention, effectuez une taille régulière d’éclaircie, et préférez la taille en vert pour les arbres vigoureux. Le bacille de Thuringe n’a pas d’effet sur la chenille qui n’ingère pas de matière végétale avant de pénétrer dans le fruit. Pour une lutte biologique, utilisez Opius Concolor qui est un insecte entomophage. Ils n’aiment pas les environnements humides, pulvérisez donc de l’eau non calcaire. Ce phénomène, lié à des blessures mal cicatrisées, peut favoriser des maladies. Un simple ajustement du calendrier de taille permet de préserver la santé du verger. La gommose fragilise les fruitiers à noyaux : comprendre son origine et adapter la taille permet d’éviter champignons et dégâts durables.
La gommose révèle une blessure de l’arbre : cette réaction intervient après des micro-blessures ou des tailles réalisées hors période favorable. L’arbre tente alors de cicatriser en produisant cette gomme. Problème : au contact de l’humidité, cette matière devient un terrain propice au développement de champignons, source de maladies. Si malgré tous ces bons soins, les coulées se multiplient, des fissures profondes apparaissent ou les rameaux supérieurs commencent à dépérir, il est malheureusement probable que l’arbre soit atteint en profondeur.

Il est primordial de maintenir un équilibre nutritif : un excès d’engrais azotés stimule la croissance de tissus jeunes et tendres, plus vulnérables aux attaques. Il n’existe pas de remède miracle, mais une série de gestes ciblés permettent de stopper la maladie et d’aider l’arbre à se rétablir. Nettoyer les zones atteintes à l’aide d’un outil propre et désinfecté, gratter les parties atteintes jusqu’à atteindre du bois sain, supprimer toute gomme et les tissus nécrosés. Désinfecter naturellement : pulvériser une solution de bouillie bordelaise ou un mélange à base de cuivre sur les zones blessées. Vous pouvez ensuite appliquer un mastic cicatrisant bio (à base de propolis, argile, ou huiles essentielles) pour protéger la plaie.
Améliorer les conditions de culture est une étape essentielle : vérifier le sol, car il doit être bien drainé. Si votre arbre est en pot, changez le substrat si besoin. Réduire les arrosages excessifs et privilégier les apports de compost mûr ou de fumier bien décomposé. Éliminer les branches très atteintes. En cas de dégâts importants, supprimez les branches dont l’écorce se détache entièrement ou présente des chancres profonds. Coupez en revenant sur du bois sain. Comme souvent en jardinage, la prévention reste la meilleure défense contre la gommose. Pour les maladies fongiques, des méthodes préventives à base de prêle et d’ortie seront efficaces. Elles permettront de renforcer les défenses de votre arbre fruitier.
Vigilance et entretien au fil des saisons
Un auditeur s’inquiète de voir des champignons sur son arbre. Pour un expert, c’est souvent le signe d’une atteinte interne irréversible. Quelques gestes simples permettent toutefois d’éviter cette contamination. Une branche de prunier peut se casser sous le poids des fruits ou avec les conditions météorologiques. Faut-il intervenir en septembre ? Un spécialiste détaille les bons réflexes pour protéger l’arbre. Arbres : pourquoi supprimer les pousses sur le tronc dès leur apparition ? Des pousses apparaissent sur vos arbres ? Ce signe courant nécessite une action rapide. Supprimer ces rejets permet de préserver la variété et la vigueur de l’arbre tout en évitant des interventions plus lourdes.
Le saule crevette ne se taille pas pendant l'été. Quand faut-il s'y mettre pour avoir de belles couleurs ? Pour répondre, notre jardinier explique quelle est la meilleure période pour cette taille et pourquoi il est préférable de s’y prendre à un moment précis de l’année. La gommose peut être exacerbée par des blessures mécaniques (taille trop sévère, écorçage, choc d’outil) qui ouvrent directement la voie aux pathogènes et fragilisent la structure du végétal. Les chocs mécaniques (greffage, tuteurage, récolte brutale…) sont aussi des points d’entrée fréquents.

Pour les jardiniers amateurs, l'observation est le meilleur outil. Une inspection régulière de l’état de l’écorce, surtout après des épisodes de gel intense ou des tempêtes, permet de détecter les fissures avant qu'elles ne deviennent le foyer d'une infection bactérienne. En cas de doute, la désinfection immédiate des outils avec de l'alcool à 70° avant chaque coupe est une pratique qui devrait devenir systématique dans tout le verger. Cette rigueur évite la transmission croisée des agents pathogènes entre les différents arbres fruitiers à noyau de votre jardin.
L'apport de compost mûr ou de fumier bien décomposé aide à structurer le sol. Un sol vivant et riche en micro-organismes bénéfiques aide l’arbre à mieux gérer ses propres défenses immunitaires. En hiver, le chaulage des troncs, en plus de son effet bactéricide, permet de limiter l'amplitude thermique sur l'écorce, réduisant ainsi le risque de micro-fissures dues au gel, qui sont autant de portes d'entrée pour la gommose.
En résumé, la lutte contre la gommose ne repose pas sur une action unique, mais sur une combinaison de bonnes pratiques culturales. C'est l'attention portée aux détails - la désinfection des outils, le choix du moment de la taille, la gestion de l'arrosage - qui garantit la santé à long terme de vos pruniers. La nature offre des solutions, comme les macérations de plantes, qui, lorsqu'elles sont utilisées avec constance, permettent de soutenir l'arbre sans altérer l'écosystème du verger. La patience et l'observation restent les alliées les plus fidèles du jardinier amateur souhaitant préserver ses récoltes.
La gestion de l'azote est un point souvent négligé. Un surplus d'azote favorise une croissance rapide mais "molle" des rameaux, rendant les tissus plus tendres et plus accessibles aux bactéries et champignons. Un apport équilibré, tourné vers la potasse et le phosphore, favorise une lignification plus robuste et une meilleure résistance globale du bois. Le paillage organique, en plus de conserver l'humidité, protège les racines contre les variations brutales de température, un facteur de stress hydrique que nous avons identifié comme un déclencheur majeur de la gommose.
Enfin, ne sous-estimez jamais l'importance de la biodiversité. Un jardin où cohabitent des auxiliaires est un jardin qui s'auto-régule. Les haies, les bandes enherbées et les zones refuges ne sont pas seulement décoratives ; elles sont les infrastructures de votre défense phytosanitaire. En encourageant la présence de prédateurs naturels, vous diminuez la pression des ravageurs qui, par leurs piqûres, créent les blessures initiales dont la gommose profite ensuite pour s'installer durablement. La gestion du verger est une discipline de longue haleine qui récompense celui qui sait lire les signes que la nature, et particulièrement ses arbres fruitiers, lui envoie au quotidien.