Jean Louis SIMON : Une vie au-delà du gardien du Temple

L'histoire retient souvent les figures marquantes, celles qui ont laissé une empreinte indélébile, qu'elle soit positive ou controversée. Parmi elles, le nom de Simon est parfois évoqué en lien avec une période sombre de l'histoire de France et le destin tragique d'un jeune prince. Cependant, il est essentiel de distinguer les personnages et les récits, car l'histoire ne se limite pas à une seule figure. Cet article explore la vie de deux individus portant le nom de Jean Louis Simon, en commençant par le cordonnier Simon, gardien du jeune Louis XVII, avant d'évoquer un certain Monsieur Jean Louis SIMON décédé à 78 ans, offrant ainsi un aperçu plus large de ce nom à travers le temps.

Antoine Simon : Le Cordonnier du Temple et l'Instituteur Contesté de Louis XVII

Le 4 juillet 1793, un événement d'une gravité capitale se produisit : le jeune Louis XVII fut arraché des bras de sa mère pour être confié à un cordonnier nommé Antoine Simon. Ce choix, fait par le Conseil général de la Commune, désignait Simon comme le nouvel instituteur du jeune prince. Cet isolement marqua la fin des liens familiaux directs pour Louis XVII, qui ne devait plus revoir sa mère. Madame Royale fut également séparée de son jeune frère, tandis que Marie-Antoinette fut envoyée à l’échafaud, un sort funeste que la sœur de Louis XVI subit quelques mois plus tard.

Portrait d'Antoine Simon

Amédée de Bast, dans son "Livre Rouge", brosse un portrait sans concession d'Antoine Simon, ce savetier de Paris. Selon de Bast, Simon a méconnu la dignité humaine, dégradé le malheur et distillé, goutte à goutte, dans le cœur d'un pauvre enfant, la corruption la plus crapuleuse. Il aurait, de surcroît, mis aux lèvres de l'orphelin Royal le mensonge et la calomnie, le forçant même à déshonorer sa mère. De Bast ne s'arrête pas là dans sa dénonciation, affirmant que Simon, non content de briser les membres frêles et délicats de cet innocent captif, dont le berceau avait été entouré des pompes du trône et dont la couronne Dauphinale devait se transformer en bonnet rouge dans le donjon du Temple, aurait voulu inoculer à celui dont il était le dérisoire instituteur toutes les bassesses et tous les vices, toutes les hypocrisies et toutes les trahisons.

L'auteur souligne que le savetier a rompu le premier chaînon social : la famille. Il aurait méprisé ce que les nations les plus barbares comme les plus civilisées de tous les temps ont su respecter : l'Enfance. Il aurait été plus atrocement cruel que l'assassin, car si ce dernier n'attaque que le corps et ne supprime que la vie, le savetier parisien, en martyrisant le corps, aurait supprimé l'âme.

Origines et Parcours Social d'Antoine Simon

Antoine Simon est né à Troyes en 1736, de parents fort pauvres qui vivaient péniblement du produit de leur travail et des secours de la paroisse. C'est ce que nous rappelle Amédée de Bast. Envoyé de bonne heure à Paris, Antoine y apprit le métier de cordonnier. Cependant, n'étant pas un ouvrier habile, il se consacra bientôt à la seule restauration des chaussures.

Dans l'ancienne langue, ces sortes de gens étaient appelés "savetiers". Mais avec l'émergence de la vanité démocratique qui commençait alors à germer chez les artisans, les petits marchands et les débitants, Antoine Simon, bien que savetier, s'intitulait cordonnier. C'était une usurpation de titre qui, à l'époque, passait inaperçue et ne tirait pas à conséquence, de la même manière qu'aujourd'hui les cabaretiers se qualifient de marchands de vin, les apothicaires de pharmaciens, ou les barbiers de coiffeurs. Cette évolution du langage et des appellations témoigne d'une certaine ascension sociale, même symbolique, et de la disparition progressive de certaines catégories, comme les garçons épiciers et les courtauds de boutique, au profit de "commis épiciers" et de "commis de nouveautés".

En dépit de l'étiquette clouée sur sa porte, dans la maison qu'il habitait près de celle de Marat, rue des Cordeliers, Simon n'était donc qu'un savetier. Il était décrit comme brusque, mais jovial à ses heures, laborieux et convenable avec ses pratiques ou ses clients, comme disent les avocats du jour. Il était, au surplus, plutôt taillé pour être soldat que pour être un pacifique artisan, toujours placide et toujours assis.

Physiquement, c'était un homme d'une assez haute stature, aux épaules larges, au dos carré, avec une figure grossière, mais caractérisée. Son apparence était accentuée par l'abondance de cheveux noirs qui ombrageaient son front et par une double broussaille de favoris qui s'avançaient sur ses joues et se rejoignaient par un collier sur un menton de Gépide et un cou de taureau.

Gravure d'époque montrant le quartier des Cordeliers à Paris

La Vie Conjugale et les Influences de la Révolution

Simon épousa, le 20 mai 1788, en la paroisse de Saint-Côme, Marie-Jeanne Aladame, sa cousine. Elle avait été auparavant servante dans un cabaret de la rue des Cordeliers, puis au service d'une vieille femme nommée madame Fourcroy. Cette dame Fourcroy, qui demeurait dans la même maison que Simon, mourut à quatre-vingt-cinq ans et légua, par testament, à sa domestique une somme de 50 écus. Indépendamment de ce legs, madame Sejan, la cabaretière de la rue des Cordeliers, avait constitué une rente viagère de 100 francs à son ancienne servante, en reconnaissance de ses bons soins et services loyaux. Ce petit pécule et cette petite rente séduisirent le futur émule des Cincinnatus et des Caton le Censeur, et, très probablement, le décidèrent à convoler en secondes noces.

L'extrait de son acte de mariage révèle que la doctrine de l'égalité absolue n'avait pas encore pris racine dans l'esprit du savetier à cette époque. Parmi les six témoins choisis par les époux, on remarque un Maître corroyeur, un M. Jacques Le Roy (bourgeois de Paris), un avocat au Parlement (Prieur d'Hostang, ancien chanoine de l'Église royale de Saint-Louis-du-Louvre et professeur en l'université de Paris), et un ancien épicier et marguillier de la paroisse de Saint-Côme. Cette nomenclature exacte démontre que le savetier Simon n'était alors ni l'ennemi des prêtres, ni le contempteur des rois, ni l'adversaire de la bourgeoisie. Le sans-culottisme, en effet, n'était vers 1788 qu'à l'état d'embryon dans les cerveaux populaires, y compris celui du savetier Simon.

Cependant, les quelques coups de canon tirés de la Bastille le 14 juillet 1789 et les conférences démagogiques présidées et dirigées par Marat dans le vaste jardin du couvent des Cordeliers bouleversèrent, dans l'intellect de Simon, toutes les notions du juste et de l'injuste qu'il pouvait posséder, ainsi que le petit nombre de sentiments religieux et moraux que son épaisse carapace d'homme et de chrétien pouvait contenir. En peu de temps, sa conversion radicale au sans-culottisme fut complète, sous les prédications du principal apôtre de l'anarchie. Il arbora, avec une frénétique ardeur et un enthousiasme indicible, le bonnet rouge, et se montra constamment le séide le plus aveuglément dévoué au Mahomet qui s'était si subitement révélé aux populaces de la France et de l'Europe.

Marat regardait Simon comme un de ses adeptes les plus convaincus et un sans-culotte inébranlable. C'est pourquoi Simon fut appelé, lorsqu'il fut question de donner, non un gouverneur, mais un instituteur au fils du Roi-martyr, à l'insigne honneur de républicaniser le Dauphin.

L'enfant de Marie-Antoinette est-il mort à la prison du Temple ?

La Mission de "Républicanisation" du Dauphin

Simon avait été spécialement recommandé par Marat au Conseil général de la Commune, et cette apostille fut suffisante pour réunir tous les suffrages sur la personne du savetier. Il accepta ces fonctions, non sans manifester quelques scrupules, mais, comme le dit l'auteur, "Il ne se fit prier que de la bonne sorte ; Encor que le fardeau fût, dit-il, un peu fort."

Il ne s'agissait donc ni d'être roi, ni d'être pape, mais d'être bourreau et bourreau d'un fils de Roi. Une telle charge, douce et délicieuse à remplir pour un véritable sans-culotte, pour un pédagogue pénétré des saintes maximes révolutionnaires, qui avait à se venger des bienfaits de l'Église (qui avait secouru sa famille et peut-être lui-même) et des bienfaits de ce trône (qui avait donné au peuple plus de libertés en quinze ans, sans convulsions et sans secousses, que la Révolution ne lui en octroya en un pareil nombre d'années, avec ses massacres, ses assassinats, ses proscriptions et ses échafauds).

Malgré le désintéressement de comédie que les coryphées de l'anarchie jouaient à l'envi les uns des autres, le préceptorat du petit Capet (comme on nommait, dans l'argot des clubs et de la Convention nationale, le petit-fils d'Henri IV et de Louis XIV) devait être grassement rétribué. Cinq cents livres par mois, en assignats à la vérité, mais qui conservaient leur valeur effective et légale lorsqu'ils se trouvaient en certaines mains, étaient bien capables de compenser les désagréments de l'emploi. Ces désagréments se réduisaient à trois : la suspension de la liberté (aujourd'hui on dirait suspension de l'habeas corpus, de la liberté individuelle, car l'instituteur-geôlier ne devait, sous aucun prétexte, quitter l'enceinte du Temple ni l'appartement de son prisonnier), le sevrage absolu de la tribune à la société des Jacobins et des Clubs, et la honte permanente, pour un homme libre, de se trouver constamment devant le fils, très inoffensif cependant, d'un ex-tyran.

Simon fit résonner ces tristes conséquences de son acceptation devant le conseil. Mais, dévoré par l'amour du bien public et entièrement au service de la République, il finit par faire le sacrifice de ses jouissances de sans-culotte, de ses goûts de citoyen, et par déposer, sur l'autel de la Patrie et de la Liberté, son acte d'adhésion aux désirs du conseil et d'obéissance au vœu de la République.

L'Arrivée de Louis XVII au Temple et les Méthodes de Simon

Le fils de Louis XVI fut arraché, au milieu de la nuit, des bras de sa mère, de sa sœur et de sa tante. Il fut transporté, endormi, dans la chambre même où le pauvre enfant avait reçu les derniers embrassements de son père et la bénédiction du royal martyr. En ouvrant les yeux, encore alourdis par un sommeil violemment interrompu, il reconnut, en frémissant, la chambre fatale, et se retrouva en présence de l'homme à la figure rébarbative, à la voix de Stentor, que les implacables désorganisateurs de la France lui donnaient pour Mentor, pour instituteur et pour geôlier.

Louis XVII dans sa cellule au Temple

Les larmes du malheureux enfant protestèrent contre cette nouvelle et gratuite barbarie des ignobles ennemis de sa race. Mais trois ou quatre phrases d'encouragement de Simon, assaisonnées de jurons énergiques et prononcées avec des roulements d'yeux et un accent formidable, refoulèrent les pleurs de l'enfant sous ses paupières. Il tremblait de peur, et il acheva, pour la première fois loin du giron maternel, un somme dont le calme fut bien celui de l'innocence, mais dont le réveil devait être bien cruel. Les baisers de sa mère, qu'il ne devait plus revoir dans ce monde, allaient lui manquer à son réveil.

Voilà donc le savetier Simon, infidèle à son alêne et à son tranchet, mais fidèle à ses aspirations démocratiques, installé dans ce vieux palais où Voltaire et Chaulieu, assidus commensaux du grand-prieur du Temple, faisaient assaut d'esprit, de chansons et de verve. Sous ces voûtes, dans ces jardins délicieux, les vers de la Henriade avaient été récités, applaudis, célébrés au milieu des amphores de la Champagne et de la Bourgogne, au bruit des détonations jaillissantes de la tocane et de l'aï.

Quelle différence aujourd'hui ! Un misérable savetier se promène, en maître, dans ces splendides salles où se pressaient les héros de la France, Vendôme, Villars, Gatinat ou Condé. La chambre qu'habitait Voltaire pendant ses longs séjours au palais du Temple est transformée en greffe. Les échos du manoir répètent les hymnes de la fureur populaire : la Carmagnole, Ça ira, le Réveil du peuple et la Marseillaise, au lieu des faciles chansons de l'épicurien abbé de Chaulieu et des magnifiques alexandrins de la Henriade. Pendant ce temps, l'infortuné petit-fils de ce vaillant Roi, de ce bon Roi, de ce grand Roi chanté par Voltaire, expie dans ce palais, devenu une affreuse prison pour sa famille, sous la verge de fer d'un savetier, l'amour que son père portait, comme Henri IV, à un peuple impressionnable et léger, qui se laisse facilement entraîner à l'ingratitude par des méchants et des traîtres.

D'après les versions les plus accréditées, le savetier-précepteur, imbu des principes de la démagogie la plus exaltée et lecteur assidu de l’"Émile" de Rousseau, ne se borna pas à inculquer, dans l'esprit de son élève, ces beaux aphorismes philosophiques qui ont eu une si grande influence, depuis un siècle, sur les destinées de la France. Il s'appliqua à faire de l'enfant, non un ouvrier laborieux, mais un valet obéissant, ou mieux encore, un esclave.

Simon, le savetier Simon, se faisait servir par le Dauphin de France, et savourait, avec béatitude, le plaisir de voir un enfant de la race des Rois s'acquitter des détails les plus infimes, les plus dégoûtants et les plus vils d'un ménage qui n'était, après tout, qu'un ménage de savetier. Il le battait à la moindre faute, et ces châtiments, la plupart du temps immérités, étaient accompagnés de blasphèmes, de jurements grossiers et d'épithètes infâmes, adressées, la pipe et l'écume à la bouche, à son malheureux élève : « Louveteau, fils de… ou Louis le Raccourci, vipère, serpent, crapaud, etc. »

À ce déluge d'outrages et d'injures, ramassés sur le carreau des halles, le pauvre enfant n'opposait que le silence et les larmes. Mais ce silence et ces larmes tournaient encore contre lui, et lorsque l'affreux précepteur, surexcité par la colère ou par l'ivresse (parfois les deux ensemble), s'imaginait que le jeune captif trahissait par un geste, un regard, un léger mouvement d'épaule, une pensée hostile à son bourreau, la fureur de Simon ne connaissait plus de limites. Il s'élançait sur l'enfant, le saisissait par la ceinture de la culotte et l'envoyait rouler à dix pas sur le parquet. Tant pis si, dans ce court trajet, l'enfant rencontrait un meuble ou un obstacle quelconque : sa tête, ses bras et ses jambes étaient meurtris, et le sang jaillissait de ses blessures, ou de larges taches noires constellaient sa peau fine et blanche.

On reprochait aussi à Simon un crime plus grand encore : torturer le corps de son élève, c'était lâche, c'était bas, c'était atroce ; mais enfin il était payé pour cela, et il fallait bien qu'il gagnât son argent. Mais pervertir son cœur, empoisonner son âme, traîner cette intelligence, naguère si pure, dans les méandres du vice le plus abject, des voluptés les plus immondes, initier un enfant de dix ans aux obscénités les plus révoltantes, lui imposer le mensonge et pousser la dégradation morale jusqu'à rendre cet enfant l'accusateur de sa mère !

Jean Louis SIMON : Un Hommage Contemporain

Bien loin des tumultes de la Révolution française et des controverses entourant le cordonnier Simon, un avis de décès récent nous informe de la disparition de Monsieur Jean Louis SIMON, survenu à l'âge de 78 ans. Cet homme, dont la vie s'est déroulée dans un contexte bien différent, laisse derrière lui une famille endeuillée et un héritage de souvenirs.

Fleurs et symbole de deuil

Son épouse, Marie Josée, née Sparfel, ses enfants Régis et Virginie Montarou, Agnès et Arnaud Baron, Philippe et Delphine Perron, Pascal et Solène Montarou, ainsi que ses douze petits-enfants : Héloïse, Youenn, Noëlla, Orlane et Titouan, Typhaine, Seiya, Eiji, May, Elina, Kélyan, Arya et Callie, pleurent sa perte. Sa sœur Léonie et son frère François, ses belles-sœurs et beaux-frères, ses neveux et nièces, ses filleules Anne-Louise (†) et Nathalie, ainsi que toute la famille, sont également touchés par ce deuil. Jean Louis SIMON reposait à l'EHPAD Saint Roch de Plouvorn.

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L'enfant de Marie-Antoinette est-il mort à la prison du Temple ?

Ce Jean Louis SIMON contemporain représente une vie vécue dans la discrétion, loin des projecteurs de l'histoire, mais riche en liens familiaux et en affections. Son parcours, comme celui de nombreux individus, est une illustration de la diversité des existences et des héritages laissés par ceux qui portent un même nom, parfois lourd d'histoire, parfois simplement porteur d'une vie familiale.

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