
Le scoutisme alpin est une branche spécifique du scoutisme qui s'épanouit dans l'environnement unique de la montagne. Il combine les pratiques traditionnelles du campisme avec des activités montagnardes telles que l'alpinisme, l'escalade, la course en montagne et les marches en raquettes. Cette forme de scoutisme offre un cadre idéal pour l'apprentissage de l'autonomie, du dépassement de soi, de l'entraide, du respect de la nature et des compétences de survie. Cependant, les conditions météorologiques changeantes et les terrains accidentés du milieu montagnard présentent également des défis et des risques.
Les origines du scoutisme alpin en France
L'histoire du scoutisme alpin en France remonte à 1911, lorsque l'Abbé d'Andreis fonde la première troupe scoute catholique de France à Nice. Avec le soutien de Monseigneur Chapon, il crée les Éclaireurs des Alpes, un mouvement de scoutisme catholique au sein de son patronage. La première troupe est formée au premier trimestre 1911 avec un uniforme initialement restreint, composé d'une chemisette avec cravate et d'un béret alpin. Félix Laurenti devient alors le premier chef scout catholique Français.
L'uniforme des débuts n'est pas pleinement scout, mélangeant la chemisette avec cravate héritée des patronages, une culotte noire avec molletières, des souliers forts, une ceinture et la fameuse crêpe alpine. En 1912, sous l'influence de l'uniforme des EUF (Éclaireurs Unionistes de France), le foulard rouge uni remplace la cravate, et un costume kaki uni (culotte, blouse et vareuse) avec chapeau de cow-boy est adopté pour la grande tenue. Chaque scout possède alors son bâton. En 1913, les statuts sont agréés par le Gouvernement, mais la Première Guerre mondiale freine considérablement le développement des Éclaireurs des Alpes.
L'essor des spécialités montagne au sein du scoutisme
Le scoutisme a ensuite pris de l'ampleur et la spécialité montagne a progressivement émergé au sein de différentes associations. Chez les Scouts d'Europe, après les spécialités mer et nautique, la spécialité montagne est créée en 1994. Elle est depuis proposée aux unités pratiquant le scoutisme de manière naturelle en montagne. Aujourd'hui, les troupes montagne sont principalement liées aux Scouts d'Europe.
Plus récemment, la spécialité montagne a été inaugurée chez les SUF (Scouts Unitaires de France) en 2019, avec la 2e Grenoble, suivie par la 9e Lyon et la 1re Grenoble. Chez les SGdF (Scouts et Guides de France), elle a été mise en place en 2020 avec le groupe Grenoble Montagne. En Suisse, les troupes 1re et 7e Genève sont les premières unités à obtenir la spécialisation montagne au début des années 2010, avec le soutien de l'équipe technique nationale montagne du SES Saint Bernard.
Devenir une "Troupe montagne"

Pour qu'une troupe scoute soit qualifiée de "Troupe montagne", elle doit vivre en région montagneuse et, de fait, pratiquer son scoutisme en montagne. La démarche pour obtenir cette qualification implique de demander l'avis à la CDH (Commission Diocésaine d'Hébergement). Si les scouts et la maîtrise approuvent ce choix, il est possible de se lancer dans l'"alpinisation" de la troupe. Cela exige que la troupe vive au minimum un camp d'hiver et un camp d'été en montagne, campe en montagne pendant l'année, utilise les épreuves alpines pour sa progression, et que la maîtrise se forme aux techniques alpines et suive le CEP (Certificat d'État et de Prévention) montagne.
Préparation et équipement pour la randonnée en montagne
Une expédition réussie en montagne commence bien avant le départ. Il est essentiel de bien préparer son itinéraire en étudiant la carte et le dénivelé. Il faut aussi vérifier la météo à l'avance et choisir les équipements en conséquence.
Le sac à dos et son contenu
Le choix du sac à dos est crucial. Un sac à dos étant assez encombrant et lourd, même vide, il est préférable de le choisir correctement. Généralement, un sac à dos de 60L fera l'affaire, mais en optimisant bien, on peut descendre à 40L. Le poids du sac à dos chargé (avec l'eau) ne doit pas dépasser 10kg. Plusieurs facteurs influencent la taille et le contenu du sac :
- La durée de la randonnée (nombre de jours).
- Le lieu où l'on dormira (tente, refuge, etc.).
- Le matériel spécifique à emporter (réchaud, etc.).
- Les denrées transportées : apporterez-vous toute votre nourriture ou allez-vous vous ravitailler ? Mangerez-vous dans des auberges ?
- La météo et l'altitude : plus le temps sera mauvais et froid, plus les vêtements et le matériel de couchage seront encombrants.
- Une couverture de survie est indispensable.
Les vêtements techniques : le système des trois couches
Il est important de choisir ses habits de randonnée avec soin, en privilégiant le système des trois couches :
- La couche de base : Au contact de la peau, elle doit être respirante pour évacuer efficacement la transpiration, afin de garder la peau au sec et d'éviter de prendre froid. Il faut privilégier les tissus « techniques » plutôt que le coton, qui retient l’humidité et sèche lentement. Ces vêtements sont disponibles dans des magasins spécialisés, proposant des premiers prix techniques de bonne qualité.
- La couche intermédiaire : Son rôle est d'isoler en retenant la chaleur du corps en emprisonnant l’air. Des matériaux de type polaire ou duvet sont recommandés, car ils évacuent bien l’humidité.
- La couche externe : Elle protège du vent, de l’humidité ambiante, des branchages, etc.
Le matériel de couchage et de cuisine
Lors de longues randonnées en montagne, on peut dormir dans un refuge ou établir son campement pour passer la nuit. Il est crucial de se renseigner sur la réglementation concernant le bivouac, car il n’est pas autorisé partout.
Pour la tente, il faut oublier les modèles lourds et encombrants. Il est préférable de choisir un modèle solide, qui résiste au vent, à la pluie et au froid. Le duvet doit être adapté aux températures minimales de la montagne, qui peuvent chuter très bas la nuit. La compressibilité et le poids du duvet sont également des critères importants pour minimiser l'encombrement dans le sac.
En ce qui concerne la nourriture et l'eau, il faut prévoir des quantités adaptées à la durée de l'expédition. Pour les pâtes, il est judicieux de choisir celles qui cuisent le plus vite afin d'économiser le gaz du réchaud. Comme le feu n’est pas autorisé partout, il est essentiel d'emporter un réchaud, une recharge de gaz et un briquet. Il est également recommandé d'acheter des biscuits hyper calorifiques. Enfin, il faut se renseigner sur les points d’eau potable pour pouvoir se ravitailler en eau tout au long de la randonnée.
Apprentissage et dépassement de soi en milieu montagnard
12 conseils de survie qui pourraient vous sauver la vie
La randonnée en montagne est une activité emblématique du scoutisme, car elle incarne pleinement les valeurs de l'autonomie, du dépassement de soi, de l'entraide, du respect de la nature et de la survie. Les enfants scouts développent dès leur plus jeune âge des compétences de survie et travaillent leur autonomie.
Orientation et gestion de l'égarement
Il est facile de se perdre en montagne, surtout par temps de brouillard, pluvieux ou neigeux. Les scouts, y compris les plus jeunes, ont des techniques éprouvées pour éviter ce genre d’imprévu. Ils privilégient les cartes et les boussoles aux appareils technologiques comme les GPS, qui peuvent tomber en panne ou perdre leur signal.
Si l'égarement survient, il est primordial de garder son calme et d’évaluer la situation. La méthode STOP (S’arrêter, Trouver un point de repère, Observer, Planifier) est un outil précieux pour ne pas prendre de décisions hâtives. Dans la mesure du possible, la meilleure solution en cas d’égarement est de revenir sur ses pas jusqu’au dernier point connu.
Faire face aux intempéries et construire un abri
Lorsque l'on s'aventure dans la nature, surtout en altitude, le temps peut être imprévisible. Un ciel bleu dégagé peut rapidement laisser place à une tempête ou une chute soudaine des températures. Habitués à camper en plein air, les scouts sont conscients qu’il faut toujours se tenir prêt à s’abriter et à gérer l’hypothermie en cas de froid extrême.
Les scouts utilisent souvent des branches, des pierres et une simple bâche pour se protéger du vent et de la pluie. S’il neige, ils peuvent creuser un trou dans la glace ou fabriquer un igloo pour bénéficier d’une meilleure isolation thermique. Un abri peut aussi être utilisé pour se reposer tranquillement la nuit, quel que soit le temps qu’il fait.
Gestes de premiers secours en montagne

Il vaut toujours mieux anticiper les accidents en montagne, qui peuvent aller d’une simple entorse à une blessure plus grave. Pour soulager une entorse, les scouts réalisent une attelle de fortune faite à l’aide de bâtons et d’un bandage afin d’immobiliser l’articulation touchée. En cas de coupure, il faut immédiatement nettoyer la plaie avec de l’eau propre et la désinfecter. Si la situation devient critique, il faut appeler les secours dès que possible. En montagne, il est conseillé de toujours avoir un sifflet sur soi. Trois coups de sifflet longs constituent un signal international de détresse.
Gestion de l'eau en milieu naturel
Pour une randonnée prolongée, l’eau devient une ressource vitale qu'il faut savoir trouver dans la nature. Les scouts sont capables d’identifier les sources d’eau potable et de les purifier pour éviter toute contamination. Il est important de filtrer l’eau de rivière ou l’eau de source avec du sable, du charbon ou un tissu propre pour éliminer les impuretés. Si l'on dispose de feu, il est même préférable de faire bouillir l’eau pendant au moins une minute pour l’assainir complètement avant de la boire.
Les activités en autonomie : explorer la nature et développer les compétences
Les activités en autonomie se déroulent toutes dans la nature. En explorant leur environnement, plus ou moins connu, les scouts et guides s’autonomisent peu à peu au fil des découvertes. Grâce aux temps nature vécus à chaque rencontre, les scouts et guides ont acquis des connaissances.
L'excursion : une demi-journée d'autonomie
L’excursion est l’occasion d’expérimenter les connaissances acquises et d’apprendre à se débrouiller. Cette activité en autonomie dure une demi-journée et est centrée sur une activité nature choisie par les jeunes de l’équipe. L’enjeu est de leur permettre d’identifier une activité qu’ils ont envie de mener et de se donner les moyens de l’organiser en pleine nature. L’équipe peut choisir de faire une randonnée, en forêt ou en pleine campagne, avec le défi d’éviter les routes principales. Les jeunes peuvent, sur le trajet, souhaiter rencontrer des personnes du territoire engagées en faveur de la nature, un apiculteur, une maraîchère, un gardien de parc (des partenaires des temps nature, par exemple).
Une fois sur leur lieu de camp, les scouts et guides s’installent pour la soirée et la nuit. C’est l’occasion de mettre en application les connaissances acquises lors des temps nature et de s’organiser en fonction des rôles et des savoir-faire de chaque membre. Après la nuit, la communauté se retrouve pour une relecture de cette activité, qui marque une nouvelle étape dans l'autonomie.
L'exploration : l'immersion totale de 24 heures
L’exploration, c’est le grand frisson chez les scouts-guides ! Pendant cette activité en autonomie de 24 heures, en équipe, l’immersion dans la nature est totale. Les jeunes choisissent leur itinéraire et le projet qu’ils souhaitent vivre pendant ces deux journées. La marche est au cœur de l’exploration, un déplacement privilégié pour observer et découvrir la nature. Par la randonnée en pleine nature, les scouts et guides apprennent à se dépasser et à appréhender leurs limites physiques.
Le tracé de l’itinéraire peut se faire selon les lieux naturels remarquables, les sites protégés ou les lieux d’intérêt à observer. Le parcours est choisi en fonction du projet de l’équipe. Les jeunes peuvent vouloir rencontrer des personnes sur leur trajet pour un échange ou une activité. Ils peuvent aussi choisir de documenter leur exploration au travers d’un herbier, de photographies ou de prises de son. Pendant 24 heures, les scouts et guides sont immergés en pleine nature, ce qui permet une observation approfondie et un apprentissage des techniques pour prédire la météo sur quelques heures.
La découverte des écosystèmes marins et aquatiques
Durant les trois années au sein de la communauté, les mousses ont l’occasion de vivre des odyssées à terre ou en mer qui leur permettent de découvrir et de mieux comprendre l'écosystème marin particulier. Ils peuvent notamment découvrir la flore et la faune, comprendre les phénomènes physiques et naturels, visiter une criée, rencontrer des pêcheurs professionnels ou des bénévoles à la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer). La connaissance et la compréhension des marées, des courants et de la météorologie sont des compétences qui seront développées à travers diverses activités.
Et si la communauté ne se trouve pas en bord de mer ? L’environnement marin ne se limite pas aux littoraux. Les lacs et les cours d’eau présents dans les villes et les campagnes sont les points de départ des mers et des océans. Ces environnements offrent également des opportunités d'exploration et d'apprentissage des particularités des écosystèmes aquatiques.
Méthodes pédagogiques et développement personnel
Les activités proposées sont en lien avec la nature et favorisent la vie en petit groupe afin de développer la sociabilité et l'implication dans les activités quotidiennes. La méthode scoute, ainsi que l'héritage de l'éducation populaire, ont conduit à travailler avec les enfants en utilisant des leviers ludiques. La coéducation permet la transmission du savoir.
Un programme typique peut inclure des matinées dédiées à la vie quotidienne et à des ateliers créatifs (couture, mosaïque, constructions bois…). Cependant, il est à noter que le programme est souvent enrichi par les enfants eux-mêmes, qui réservent des activités pendant les camps de vacances, telles que l'escalade, la visite de sites, la randonnée en petit train jaune ou des activités de cirque. Cette approche permet aux jeunes de s'approprier leurs activités et de développer leurs centres d'intérêt.