Journée de Réflexion sur le Compostage et les Emballages : Perspectives et Enjeux

Introduction : L'Emballage au Cœur des Débats Environnementaux

Le secteur de l'emballage est plus que jamais sous les projecteurs, confronté à des impératifs croissants de durabilité et de réduction de son impact environnemental. Alors que la société s'interroge sur les meilleures pratiques en matière de gestion des déchets, de compostage et de recyclage, il est essentiel de comprendre les dynamiques complexes qui animent ce domaine. Les discussions autour de l'économie circulaire, de la transition écologique, et de la lutte contre le gaspillage alimentaire positionnent l'emballage à l'intersection de préoccupations économiques, technologiques et sociétales.

Schéma de l'économie circulaire appliqué à l'emballage

Décryptages et Veille : Suivre les Évolutions du Secteur

Pour les décideurs industriels, la veille et l'analyse des évolutions du secteur sont cruciales. Des plateformes comme L'Usine Nouvelle et Emballages Magazine offrent un aperçu constant des innovations et des stratégies des acteurs du marché. Le contenu de L’Usine Nouvelle, structuré par enjeux et secteurs, est un outil quotidien pour anticiper les évolutions industrielles et technologiques et réagir efficacement aux mutations de l’industrie. Quant au contenu d'Emballages Magazine sur le site usinenouvelle.com, il permet de suivre l’actualité du secteur, les stratégies des acteurs et les innovations clés de l’emballage.

Ces médias ne se limitent pas à une présence en ligne. Le magazine mensuel de L’Usine Nouvelle, disponible en version papier et digitale, est dédié au décryptage stratégique de l’industrie. De même, le magazine Emballages Magazine, avec 9 numéros par an et un hors-série en versions papier et digitale, offre un recul et un approfondissement sur les enjeux clés du secteur.

L'information se diffuse également via des canaux plus ciblés, tels que les newsletters hebdomadaires et thématiques, incluant une édition spéciale Réglementation. Celles-ci permettent de rester informé des évolutions légales et normatives, notamment sur l’économie circulaire et la transition écologique. Des webinaires semestriels, spécifiquement dédiés aux nouvelles réglementations, avec des focus sur les lois PPWR et autres directives majeures, sont organisés pour aider à comprendre leurs impacts opérationnels.

Le Dilemme de l'Emballage des Publications : Entre Zéro Déchet et Protection

La question de l'emballage se pose avec acuité même pour les publications. Depuis le n°246 (janvier-février 2021), une expérimentation d’envoi à découvert des "4 Saisons" a été menée. Cette approche permettait de se passer complètement d’emballage en imprimant l’adresse sur la 4e de couverture du magazine, séduisant par l’idée du 0 déchet. L’idée que "aucun emballage, c’est toujours mieux qu’un emballage, même le plus écologique possible" était le moteur.

Cependant, cette expérience n'a pas été pleinement concluante. Même si la grande majorité des abonnés recevaient leur magazine en bon état, un nombre trop important de lecteurs le recevaient abîmé. Les boîtes aux lettres sont parfois exposées aux intempéries, et les numéros étaient parfois déchirés durant le transport postal. Certains abonnés, même ceux recevant habituellement leur magazine intact, constataient une détérioration sur certains numéros.

Face à ces retours, le choix a été fait d’emballer le magazine dans un papier thermoscellant. Ce papier est à base de fibres de cellulose certifiées FSC, la certification la plus exigeante en matière d’exploitation de la forêt. Pour permettre la soudure à chaud et la fermeture de l'emballage, une de ses faces est enduite d’une très fine couche de colle acrylique, contenant des particules de plastique. Il est important de noter que tous les produits contenant de la colle peuvent être handicapants pour le recyclage. Néanmoins, ce papier thermoscellant, également appelé “glassine”, a passé tous les tests de recyclabilité mis en place par le Centre technique du papier (CTP).

Les premières “glassines” ou papiers thermoscellants proposés en 2021, au moment où la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire prévoyait l’arrêt des emballages plastiques, n’avaient pas convaincu. Certains de ces matériaux comportaient jusqu’à 27% de polyéthylène (plastique), soulevant des doutes quant à leur recyclabilité réelle.

Un élément surprenant de cette transition est le coût. L’envoi à découvert des "4 Saisons" était un peu plus cher lorsque la décision de l’adopter a été prise, soit une augmentation de 8% par rapport au film compostable utilisé auparavant. L’économie réalisée sur l’emballage était annulée par l’impression d’une couverture spéciale pour les abonnés et d’autres coûts annexes. Les acteurs du secteur restent attentifs aux évolutions, l’idéal étant que la colle utilisée pour la thermosoudure soit moins impactante. Des pistes techniques sont actuellement à l’étude, comme l'utilisation de résine de bois ou l'enduction d'une petite surface uniquement pour la soudure de fermeture de l’emballage papier.

Comparaison visuelle entre un emballage en papier et un emballage plastique

Emballage et Gaspillage Alimentaire : Un Rôle Controverse

Alors que plus du tiers de l’alimentation mondiale finit à la poubelle, le gaspillage alimentaire a suscité indignation, choc et mobilisation. La sociologue Marie Mourad (Sciences Po) explore dans son ouvrage, « De la poubelle à l’assiette : contre le gaspillage alimentaire », paru fin 2022 aux Éditions L’Harmattan, la manière dont s’est organisée la lutte contre ce phénomène des deux côtés de l’Atlantique.

Dans les systèmes alimentaires états-uniens et français, largement industrialisés, la grande majorité des aliments est conditionnée, transportée et vendue dans un emballage. L’emballage joue un rôle clé dans l’usage (ou le non-usage) des aliments dans la mesure où il permet de les contenir, de les protéger, et d’encadrer leur utilisation, par exemple en divisant en portions ou en facilitant le versement. Il sert également à communiquer, affichant non seulement des informations obligatoires (ingrédients, allergènes, code-barre, date de péremption, consignes de tri), mais aussi des instructions, des labels et de la publicité supplémentaires. L’emballage constitue un dispositif intermédiaire montrant au consommateur des caractéristiques du produit à la fois intrinsèques - telles que sa composition et sa durée d’utilisation - et extrinsèques - telles que la marque et des indications de qualité.

Les Critiques des Associations Environnementales

Depuis les années 1970, des associations environnementales, comme Zero Waste France et l’association californienne Northern California Recycling Association (NCRA), militent pour la prévention des déchets et critiquent les impacts négatifs des emballages, vus comme une source de pollution. Elles dénoncent notamment un « suremballage » source de déchets évitables, prenant l'exemple des biscuits qui disposent d’un emballage individuel dans un second emballage d’ensemble.

Pour des associations comme France Nature Environnement (FNE) ou la NRDC, engagées contre le gaspillage alimentaire durant les années 2010, les emballages représentent un problème non seulement pour leurs propres impacts, mais aussi parce qu’ils peuvent amener les consommateurs à acheter plus que nécessaire ou à jeter des aliments. Dans son premier rapport sur le gaspillage alimentaire publié en 2009, FNE mentionnait, par exemple, les pots de yaourt et autres emballages ne se vidant pas complètement. Cette critique n’est pas nouvelle ; Vance Packard dénonçait déjà en 1960 aux États-Unis des techniques d’emballage sources de gaspillage, comme les tubes empêchant d’extraire toute la crème à l’intérieur.

L'Industrie de l'Emballage comme Solution au Gaspillage

Face à ces critiques, les industries qui produisent et utilisent des emballages ont mobilisé la lutte contre le gaspillage alimentaire pour pérenniser, voire renforcer, leur recours aux emballages. Au fil des années 2010, elles ont présenté l’emballage lui-même comme un outil de lutte. Le Conseil national de l’emballage, association française rassemblant des professionnels et acteurs de ce secteur depuis 1997, a publié un premier rapport dès 2011 sur le rôle de l’emballage dans la réduction du gaspillage. Ce rapport mettait en avant des solutions telles que les sachets refermables pour prolonger la durée de vie des produits, les portions adaptées, les étiquettes qui changent de couleur à l’approche de la date de péremption, voire des pots de yaourt garantissant une plus grande « cuillerabilité » (capacité à extraire le contenu avec une cuillère). Une nouvelle édition du rapport en 2018 présente de « bonnes pratiques » similaires pour limiter le gaspillage.

Aux États-Unis, lors d’une conférence organisée par l’EPA et l’Alliance contre le gaspillage en 2015, le responsable du développement durable d’une enseigne de distribution a présenté l’emballage comme un moyen ingénieux de réduire le gaspillage alimentaire grâce à la vente de fruits et légumes précoupés et prélavés, répondant ainsi à une demande croissante des consommateurs pour des aliments prêts à être consommés. Des représentants d’organisations professionnelles spécialisées dans l’emballage ont progressivement mis en avant sa valeur environnementale, issue de la réduction du gaspillage alimentaire.

Jérôme, spécialiste des matériaux plastiques au sein d’un centre d’études techniques sur les emballages et la conservation des aliments, a mené une étude exploratoire dès 2013 pour le ministère de l’Industrie français sur les emballages « innovants » et leur rôle dans le gaspillage. Il expliquait : « Même si l’emballage représente 20 % au lieu de 15 % de l’impact total du produit, si je réduis même de 10 % ou a fortiori très drastiquement l’impact de l’aliment potentiellement jeté, c’est tout gagné. On peut se permettre de faire des emballages très perfectionnés, s’ils ont un impact fort sur le gaspillage alimentaire. […] Moi-même étant spécialiste de l’emballage, avant, je me représentais des proportions beaucoup plus importantes. Après c’est une moyenne, si j’emballe de l’eau, ce n’est plus vrai ! »

Ces études mettent en lumière des données parfois surprenantes. Il est ainsi important de noter que le paquet représente seulement environ 7 % du poids total du produit et de l’emballage. Pour les salades en sachets, le paquet représente seulement 5 % du poids total. Par des calculs issus des méthodes d’analyse de cycle de vie en sciences de l’environnement, de telles études, soutenues par des administrations publiques, quantifient les impacts et tendent à légitimer, produit par produit, l’utilisation renforcée des emballages. Ces derniers sont d’autant plus favorisés que la mesure de l’impact environnemental se fait en fonction des émissions de gaz à effet de serre, et laisse de côté par exemple les effets des fuites de plastique sur la biodiversité.

Infographie sur l'impact environnemental des emballages versus le gaspillage alimentaire

Un argument économique s’ajoute de surcroît aux arguments environnementaux, à savoir que les emballages sont sources d’activité, de compétitivité et de création d’emplois. Jérôme soulignait en 2014 que les emballages représentaient 150 000 emplois et le sixième secteur économique français avec 25 milliards de chiffre d’affaires, à égalité avec l’aéronautique.

L'Influence des Données et des Études sur la Perception de l'Emballage

Les firmes qui fabriquent, commercialisent et utilisent des emballages, fortes de leur poids économique, ont cependant fourni et influencé les principales connaissances sur le sujet. Les chiffres relatifs aux impacts environnementaux de l’emballage ont souvent été établis par des cabinets de conseil financés par les organisations professionnelles du secteur de l’emballage (plasturgie, cartonnerie, métaux) elles-mêmes.

Anis, professeur de l’école de commerce de l’université de Californie à Berkeley, a produit en 2015 une étude sur le rôle de l’emballage dans la réduction du gaspillage alimentaire. Celle-ci établissait que l’emballage représentait seulement 10 % de l’utilisation d’énergie dans l’impact total des produits, et pourrait protéger 10 fois son poids de nourriture. L’impact négatif du gaspillage alimentaire y était présenté comme significativement plus élevé que celui du renforcement de l’emballage.

Des firmes tirant profit des emballages se sont ainsi réapproprié des objectifs environnementaux et la lutte contre le gaspillage pour valoriser leurs produits. Construisant les principales données sur le sujet, elles n’en ouvrent pas facilement l’accès aux associations environnementales luttant contre le gaspillage alimentaire. Celles-ci n’ont pas les ressources nécessaires pour contrôler ou valider les résultats relatifs aux divers impacts des emballages. En 2018, plusieurs associations environnementales ont dénoncé les insuffisances des analyses, et en particulier des analyses de cycle de vie, sur les liens entre emballages et gaspillage.

Innovations et Tendances en Matière d'Emballage Anti-Gaspillage

Des fabricants d’emballages aux États-Unis et en France ont développé depuis les années 2000 des procédés techniques tels que l’emballage « actif », dont les composants chimiques réagissent avec l’alimentation, pour conserver des produits plus longtemps. Leurs innovations portent en priorité sur des aliments dont la valeur économique est haute et la durée de vie courte, comme la viande, les fruits de mer ou des fruits découpés.

Des recherches menées à l’Université de Berkeley en Californie en 2015 donnaient l’exemple de pellicules protectrices sur la peau des fruits pour les protéger des moisissures et les conserver au fil des saisons, ou encore des cellules absorbantes pouvant rallonger de 10 jours la durée d’un fruit coupé dans une boîte en plastique. Il est intéressant de noter que cette dernière solution technique n’était pas comparée à la durée de vie du fruit entier, dans sa peau constituant un emballage naturel. Le rapport d’étude encourageait les synergies entre de grandes firmes alimentaires en quête d’innovation et d’opportunités marchandes et les nombreuses start-up développant de tels procédés techniques d’emballage.

Depuis 2015, certains procédés ont été commercialisés avec succès, comme la peau protectrice Apeel adoptée par une trentaine de producteurs d’avocats et d’agrumes nord-américains en 2022.

Insignia Embedded Colour Changing Labels

Visions Antagonistes : Technologie Contre Approche Naturelle

À la différence des entrepreneurs et des industriels promouvant ces dispositifs techniques, des membres d’associations environnementales et des agriculteurs ont défendu au contraire une relation à l’alimentation plus directe, fondée sur la connaissance du produit, de son origine et de sa fabrication. Ils font souvent référence à des caractéristiques de qualité intangibles comme la notion de « naturel » ou « authentique », par opposition à l’industrialisation de l’alimentation.

Leur recherche d’une alimentation locale et de saison s’oppose aux technologies anti-gaspillage, comme la peau invisible et sans goût qui proposait littéralement, selon le site Internet de la start-up Apeel en 2015, d’« éliminer le concept d’être de saison ».

Les avancées technologiques peuvent parfois susciter des réactions mitigées. Un exemple frappant est cet outil qui « sent » pour nous. Un utilisateur s'est exclamé : « J’ai vu ce truc aujourd’hui, j’ai twitté à propos de ça. C’est cet outil qui « sent » pour nous ! On le met à côté de la nourriture et il capture les odeurs. Ensuite il calcule tout et envoie les résultats à l’application sur notre téléphone. C’est de la folie, c’est totalement dingue ! »

L'Emballage, un Structurant des Circuits Alimentaires

En permettant de fabriquer et de transporter les aliments d’une certaine façon et à une certaine échelle, l’emballage structure l’organisation des circuits de production et de distribution alimentaires, en plus de l’acte de consommation. Les logiques antagonistes des acteurs engagés dans la lutte contre le gaspillage vis-à-vis de l’emballage révèlent plusieurs visions de l’alimentation, qui s’opposent sur le degré d’industrialisation de la production et d’intermédiation de la consommation. Ces débats soulignent la complexité de trouver un équilibre entre praticité, conservation, impact environnemental et la perception des consommateurs quant à ce qui constitue une alimentation "naturelle" ou "authentique".

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