
Junko Tabei, née Junko Ishibashi le 22 septembre 1939 à Miharu, dans la préfecture de Fukushima au Japon, est une figure emblématique de l'alpinisme mondial. Sa vie, marquée par une passion indéfectible pour la montagne et un engagement profond pour l'égalité des genres et la protection de l'environnement, a inspiré des générations. Elle est universellement reconnue comme la première femme à avoir conquis le sommet de l'Everest et la première à avoir complété les Sept Sommets, les plus hautes montagnes de chaque continent. Son parcours est un témoignage de détermination face aux défis physiques, sociaux et financiers.
Les Premiers Pas vers les Sommets : Une Vocation Précoce
Le destin de Junko Tabei avec la montagne s'est dessiné dès son plus jeune âge. À l'âge de dix ans, son professeur l'emmène en excursion au sommet du Mont Nasu, une montagne de 1917 mètres au Japon, dans une chaîne volcanique située non loin de sa petite ville natale de Miharu. Cette expédition lui fait une forte impressionnée. Junko Tabei adore cette expérience, expliquant au magazine américain Sports Illustrated en 1996 : « Ce n’était pas comme une compétition. Même si vous allez lentement, vous pouvez atteindre le sommet. » Cette sortie scolaire éveille en elle une passion qui l'animera toute sa vie.
Malgré une constitution jugée frêle dans son enfance - elle ne mesurait que 1,47 m à l'âge adulte - l'appel de la montagne est irrésistible. Cependant, donner suite à cette passion naissante n'était pas chose aisée dans le Japon de l'après-Seconde Guerre mondiale, un pays alors pauvre et meurtri. Pour Junko, cinquième d'une famille de sept enfants, l'heure n'était pas aux loisirs mais à la survie, la priorité étant de « s'inquiéter de ce que nous allions manger » plutôt que de loisirs.
Junko ne renonce cependant pas à sa passion. Au lycée, elle gravit quelques sommets. Puis, elle enchaîne sur des études universitaires de littérature anglo-saxonne à l'université Showa à Tokyo, la seule université du pays où les femmes pouvaient étudier. Son diplôme en poche, en 1962, elle devient éditrice dans une revue scientifique japonaise. En parallèle, elle s'inscrit dans divers clubs d'alpinisme.

Les Défis d'une Femme Alpiniste dans une Société Patriarcale
L'accès à l'alpinisme n'était pas une mince affaire pour Junko Tabei dans la société nippone patriarcale de l'époque. Majoritairement composés d'hommes, les clubs d'alpinisme ne la reçoivent pas toujours bien. Elle se heurte rapidement aux restrictions imposées aux femmes dans un environnement dominé par les hommes. Certains de ses camarades refusent de grimper avec elle parce qu'elle est une femme, et d'autres l'accusent de n'être là que pour trouver un mari. D'autres encore lui expliquent que l'Everest, ce n'est pas pour les femmes. Junko Tabei raconte : « Certains hommes ne voulaient pas grimper avec moi, mais d’autres, un peu plus âgés, me soutenaient davantage. Certains pensaient que je m’étais inscrite pour rencontrer des hommes. » Elle confie également en 2003 à l'Agence France-Presse : « On m’a souvent dit que les femmes ne devaient pas gravir l’Everest. »
Face à ces obstacles, Junko Tabei prend une décision audacieuse. En 1969, après avoir terminé sa formation, elle fonde le Women's Mountaineering Club au Japon, rebaptisé plus tard le Ladies Climbing Club : Japan (LCC), le premier club d'escalade féminin au Japon. Sous la devise « Let’s go on an overseas expedition by ourselves » (partons en expédition à l'étranger par nous-mêmes), elle souhaitait inciter davantage de femmes à s'engager dans l'alpinisme et les pousser à repousser leurs limites.

La création de ce club n'est pas chose aisée, car les sponsors sont frileux. En outre, Junko Tabei travaille beaucoup, entre son emploi dans une revue scientifique, les cours de piano qu'elle donne et ses leçons d'anglais, car les employeurs accordent une quinzaine de jours de congés payés par an seulement et l'argent manque. Elle parvient toutefois à ses fins et peut organiser une première expédition hors de l'archipel nippon, sur l'Annapurna III. En 1970, elle atteint le sommet de l'Annapurna III au Népal, entrant dans l'histoire comme la première femme japonaise à gravir cette montagne de 7 555 mètres d'altitude. C'est là que germe le projet d'ascension de l'Everest.
L'Ascension Historique de l'Everest : Un Parcours Semé d'Embûches
Après le succès de l'Annapurna III, Junko Tabei et son équipe du Ladies Climbing Club rêvent de s'attaquer au sommet des sommets, l'Everest. L'année suivante, en 1971, elle demande un permis au gouvernement népalais. Impossible à obtenir avant 1975, après quatre ans d'attente pour obtenir les autorisations nécessaires. La Japonaise en profite pour chercher des sponsors, toujours aussi réticents. Elles ont également dû faire face à la pression sociale à une époque où la capacité des femmes à prendre de tels risques était remise en question. On leur a même dit que la meilleure chose à faire était de "rester à la maison et de s'occuper de leurs enfants".
Le PROGRAMME qui a transformé INOXTAG pour l’EVEREST !
Finalement, le journal Yomiyuri Shimbun et Nihon Television décident d’organiser une expédition entièrement féminine vers le sommet de l’Everest. Avec créativité et ingéniosité, l'équipe fabrique son propre équipement à partir de matériaux recyclés - sacs et gants imperméables à partir de sièges de voiture, plumes d'oie achetées en Chine pour fabriquer les sacs - et obtient des parrainages importants de ces deux médias nippons. Junko Tabei fait partie des quinze femmes sélectionnées parmi de nombreuses candidates.
En dépit de ces deux soutiens, chaque participante de l’expédition doit s’acquitter d’une somme importante pour boucler le budget. En outre, le matériel est réuni avec le plus grand souci d’économie. Le départ est cependant finalement possible. L’expédition compte 15 alpinistes et 9 guides Sherpa. Le groupe se lance dans l’ascension de l’Everest en mai 1975.
Le 4 mai, alors qu’ils campent à 6300 mètres d’altitude, une épreuve terrible survient. Il est minuit et demi, et un bruit assourdissant résonne. Une avalanche ensevelit leur campement, emportant la tente de Junko Tabei, où dorment quatre autres alpinistes. Tous les alpinistes et leurs guides se retrouvent enterrés sous la neige, mais ils parviennent à s’en extraire. Junko Tabei, ensevelie sous la neige, pense à sa fille, Noriko, âgée de 2 ans et demi, en train de jouer devant sa maison, non loin de Tokyo, son mari, Masanobu Tabei, s’occupant d’elle au Japon. Elle perd connaissance pendant six minutes angoissantes. Quand elle rouvre ses yeux, Junko Tabei est à l’air libre. Elle est sauvée par un des guides du groupe qui l'a tirée hors de la neige par les chevilles. Les six sherpas qui accompagnent l'expédition l'ont sortie in extremis. Tout le monde est sain et sauf, mais des bouteilles d’oxygène ont été emportées : une seule personne peut désormais poursuivre l’ascension. Le groupe choisit Tabei pour atteindre le sommet.

Douze jours plus tard, le 16 mai 1975, à 36 ans, Junko Tabei, déterminée à poursuivre, prend la tête du groupe et, accompagnée de son sherpa Ang Tsering, elle est la première femme à atteindre le sommet de l'Everest. Elle contemple le vaste monde depuis le point culminant de la planète. Juste après cet exploit monumental, elle prononce ces mots : « J’étais tellement tendue que je pensais que j’allais devenir folle. » Elle ajoute : « J’ai beaucoup souffert physiquement et psychologiquement, mais dans cet état de souffrance, je savais qu’en continuant ainsi, pas à pas, j’arriverais au sommet. »
Le 16 mai marque le 50e anniversaire de cette ascension monumentale, son nom brille plus que jamais. À l'heure où les femmes commencent enfin à figurer sur les listes des expéditions, des ultras et des défis sportifs, se souvenir de Junko Tabei, c'est reconnaître une pionnière qui a joué un rôle moteur non seulement dans le domaine sportif et physique, mais aussi sur le plan culturel et symbolique.
Au-delà de l'Everest : La Conquête des Sept Sommets et l'Engagement Environnemental
Quand elle redescend de l'Everest, Junko Tabei est entrée dans une autre dimension. Le roi du Népal félicite les alpinistes. Le gouvernement japonais aussi. À la télévision japonaise, une mini-série raconte l’expédition. Le nom de Junko Tabei s’étale dans les journaux japonais. Avec son héritage, Tabei continue d'être une source d'inspiration non seulement dans le domaine de l'alpinisme, mais aussi dans la lutte constante pour l'égalité et la liberté.
Après ce succès retentissant, Junko Tabei poursuit son activité d’alpiniste à travers toute la planète. Elle enchaîne une liste impressionnante de sommets, partout dans le monde. En 1980, elle gravit le Kilimanjaro en Tanzanie, le plus haut sommet d’Afrique. En 1987, le mont Aconcagua en Argentine, culminant à 6 962 mètres d’altitude. En 1988, le mont McKinley, aujourd’hui Denali, aux États-Unis, 6 190 mètres d’altitude. En 1989, l’Elbrouz, en Russie, 5 642 mètres d’altitude. En 1991, le mont Vinson, en Antarctique, 4 892 mètres d’altitude. L’année suivante, le Puncak Jaya en Indonésie, 4 884 mètres d’altitude. Sans compter le mont Blanc dans les Alpes, l’Annapurna au Népal…
En 1992, 17 ans après son exploit sur l'Everest, elle atteint littéralement des sommets en devenant une nouvelle fois la première femme à gravir les sept plus hautes montagnes de chaque continent (Seven Summits). Là encore, elle est la première femme à réussir cet exploit. Le Cho Oyu, le Shishapangma ou encore trois 7 000 d’URSS s’ajoutent aussi à son palmarès. Elle a atteint les points culminants de tous les continents, et de 70 pays du monde différents.

En parallèle de ses exploits d'alpiniste, Junko Tabei écrit des livres et donne des conférences. Toute sa vie, elle a aussi « combattu les normes sociales », relevait le quotidien américain The Washington Post en 2016. « La plupart des hommes japonais de ma génération attendaient d’une femme qu’elle reste chez elle et nettoie la maison », disait-elle en 1991 à l’agence de presse américaine Associated Press.
Outre l'alpinisme, Junko Tabei s'est également engagée en faveur de l'environnement. Très sensible aux questions environnementales, elle a consacré une part importante de sa vie à la protection des montagnes. Elle a abordé le problème des déchets dans l'Himalaya, participant à de nombreuses expéditions de nettoyage visant à ramasser les déchets laissés derrière eux par des alpinistes, dans l’Himalaya ou au Japon. Elle était aussi très critique de la surfréquentation de l’Everest, un débat particulièrement d'actualité aujourd'hui, alors que les alpinistes n’ont jamais été aussi nombreux à s’élancer en direction du toit du monde.
Un Héritage Durable
Malgré un cancer diagnostiqué en 2012, Junko Tabei a continué à grimper, faisant preuve d'une résilience extraordinaire. Elle a ainsi atteint les plus hauts sommets du Niger, du Benelux et d'Oman, prouvant que rien ne pouvait éteindre sa flamme pour l'aventure. Junko Tabei est décédée le 20 octobre 2016 à Kawagoe, près de Tokyo, à l'âge de 77 ans, des suites de cette maladie.
Son héritage est indélébile. Sa vie a non seulement ouvert la voie aux futures générations d'alpinistes, en particulier les femmes, mais elle a également remis en question et transformé les normes sociales sur le rôle des femmes. En 2019, Google a rendu hommage à la vie de cette femme en lançant une campagne d'information sur le thème de l'alpinisme, avec un Doodle animé la représentant gravissant plusieurs sommets enneigés. De nombreux explorateurs ont précédé la génération actuelle d'expatriés. Ils ont voyagé dans des endroits inconnus et ont découvert de nouvelles régions, de nouveaux peuples et de nouveaux trésors. Leurs idées surprenantes ont inspiré des générations entières. Nous pensons que les expatriés d'aujourd'hui poursuivent l'héritage des grands voyageurs, dans leur propre aventure vers l'inconnu. Junko Tabei incarne cet esprit d'aventure et de dépassement.
À l'occasion de la Journée internationale de la femme, nous mettons la Japonaise Junko Tabei à l'honneur. Cette aventurière a été la première femme à réussir l'ascension du Mont Everest. Son histoire va au-delà des prouesses humaines et sportives. Elle continue d'être une source d'inspiration pour tous ceux qui osent rêver grand et repousser les limites, non seulement dans le domaine sportif et physique, mais aussi sur le plan culturel et symbolique.