Le Kangourou Arboricole : Un Étonnant Acrobate des Cimes

Kangourou arboricole dans les arbres

Le dendrolague, plus communément appelé kangourou arboricole, est un mammifère marsupial qui surprend par son mode de vie perché, bien loin de l'image habituelle de ses cousins terrestres bondissant dans les plaines. Ce macropodidé, dont le nom vient du grec ancien dendron (« arbre ») et lagôs (« lièvre »), est le plus gros mammifère arboricole d'Australie. Il appartient à une famille comptant 14 espèces, toutes endémiques de l'Océanie, se partageant un vaste territoire entre la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Nord de l'Australie. Ces créatures fascinantes ont développé des adaptations uniques qui leur permettent de prospérer dans les forêts tropicales et de montagne.

Une Morphologie Adaptée à la Vie Arboricole

À l'inverse des kangourous terrestres, comme les célèbres kangourous roux ou les wallabies, les dendrolagues ont des membres antérieurs et postérieurs de longueur à peu près égale. Cette particularité morphologique est cruciale pour leur mode de vie. Leurs pattes avant courtes et munies de grandes griffes recourbées leur permettent une meilleure prise sur les troncs et les branches, facilitant ainsi leur escalade. Leurs pattes postérieures, bien que massives, sont dotées de pieds longs et étroits garnis de coussinets plantaires pour une adhérence optimale. La puissance de leurs membres postérieurs les autorise à effectuer des bonds impressionnants de près de neuf mètres d'arbre en arbre. Ils sont même capables de se laisser tomber au sol d'une hauteur de 18 mètres sans se blesser.

Une autre adaptation clé est leur longue queue, qu'ils utilisent comme un balancier. Cette queue leur permet de s'équilibrer avec agilité, à la manière des primates, de se rattraper et de passer d'arbre en arbre sans tomber. Alexia Marécaux, soigneuse au secteur panda-koala du ZooParc de Beauval, souligne que cette espèce vit complètement dans les arbres et s'y déplace avec aisance. Contrairement aux autres kangourous, les dendrolagues peuvent avancer chaque patte arrière alternativement, ce qui leur permet de marcher en plus de sauter, une capacité essentielle pour grimper et naviguer dans la canopée.

Leur denture est également adaptée à leur régime alimentaire arboricole, davantage conçue pour la dilacération des feuilles que pour la tonte de l'herbe. Avec une longue queue-balancier, des griffes puissantes et quatre pattes musclées, le dendrolague est un arboricole parfait, capable de sauter plusieurs mètres d’un arbre à l’autre.

Le Dendrolague de Goodfellow : Un Ambassadeur Menacé

Carte de répartition du dendrolague de Goodfellow en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Parmi les 12 espèces de dendrolagues aujourd'hui recensées, le dendrolague de Goodfellow (Dendrolagus goodfellowi) est l'une des plus connues. Son nom lui a été donné en l'honneur de Walter Goodfellow (1866-1953), un Britannique qui a parcouru l'Amérique centrale et du Sud, les Philippines, la Nouvelle-Guinée et le nord de l'Australie afin de collecter des animaux pour les muséums. Ce petit kangourou arboricole ne se rencontre que dans la chaîne montagneuse du centre de la Nouvelle-Guinée, dans les forêts tropicales et de montagnes en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où il mène une vie totalement arboricole.

Son pelage arbore des teintes douces, allant du marron clair au beige. Quand il naît, il est très clair, puis son pelage fonce avec l'âge, une robe qui le camoufle parfaitement dans la canopée, loin du regard des prédateurs. Plus petit que son célèbre cousin australien, pesant entre 9 et 11 kilogrammes, il a développé des adaptations uniques à son environnement.

Mode de Vie et Régime Alimentaire

Le dendrolague de Goodfellow est un animal généralement solitaire. Il peut néanmoins être observé en petits groupes familiaux constitués d'une femelle, de son petit et d'un mâle. Il évolue principalement dans les arbres et est actif la journée. Son régime alimentaire se compose essentiellement de feuilles, de la sève, de l’écorce et des fleurs du Flindersia pimenteliana, un arbre que l'on ne trouve que dans le Queensland (Australie) et en Nouvelle-Guinée. Il se nourrit également de mousses et même de fleurs. Cette alimentation, très pauvre en nutriments, le rend très peu actif, l’obligeant à passer la majeure partie de son temps à chercher de la nourriture ou à se reposer. Si besoin, ils peuvent descendre de leurs perchoirs pour récupérer quelques aliments tombés au sol, tels que des fruits, des céréales, voire des insectes, mais ils y sont lents et maladroits.

Comme chez tous les kangourous, son gros estomac est une véritable chambre de fermentation, contenant des millions de bactéries qui décomposent les matières végétales. Les mâles ont de vastes territoires qui chevauchent ceux, plus petits, des femelles.

Reproduction et Développement des Petits

Le dendrolague, le kangourou des arbres

Le dendrolague est un marsupial : la femelle possède une poche ventrale, appelée marsupium, dans laquelle le petit poursuit son développement en toute sécurité après sa naissance. Après une gestation d'environ 44 jours, la femelle met au monde un fœtus minuscule, d'environ 1 gramme. Ce nouveau-né, à peine deux centimètres, doit alors escalader le ventre de sa mère pour entrer dans la poche et trouver les mamelles. La naissance est presque invisible aux yeux des visiteurs des parcs zoologiques. C'est là qu'il passera la majorité de sa croissance, protégé et nourri.

Les soigneurs repèrent les futures naissances grâce à des signes précis : à partir de deux ou trois mois, on observe une petite boule au niveau de la poche, et les femelles se mettent à la lécher régulièrement. Le petit quittera définitivement la poche maternelle 8 à 10 mois plus tard, et pour le dendrolague de Goodfellow, il continuera de téter le lait maternel pendant encore quelques semaines avant de goûter aux légumes et feuillages qui constitueront son alimentation une fois adulte. Il restera avec sa mère jusqu'à son sevrage vers le 13ème mois. Le dendrolague atteint sa maturité sexuelle aux alentours de deux ans et peut ensuite se reproduire toute l'année. Généralement, la femelle kangourou arboricole met bas d'un seul petit à la fois, au terme d'une gestation de 45 jours.

Dans le courant de l’année 2022, Kau Kau, la femelle dendrolague de Goodfellow de la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, a donné naissance à un nouveau petit. En mère expérimentée, elle qui a déjà mis au monde trois autres petits au cours de sa vie, elle s’occupe à merveille de son nouveau-né. Il a fallu de nombreuses semaines aux équipes animalières de la Ménagerie pour affirmer avec certitude qu’un petit avait vu le jour. Pour l'instant, le nouveau-né reste la majeure partie de son temps dans sa poche maternelle mais commence à en sortir la tête pour observer son environnement. D'ici quelques semaines, il commencera à effectuer des petites sorties de courtes durées, à l'extérieur de la poche, mais toujours à proximité de sa mère.

Un Animal Menacé : Les Efforts de Conservation

Infographie sur les menaces pesant sur les dendrolagues

Malheureusement, le dendrolague de Goodfellow est un animal menacé. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) classe l’espèce dans la catégorie « En danger d’extinction » (EN) sur la liste rouge des espèces menacées. Les populations de dendrolagues ont réduit de moitié en à peine trente ans. Cette déclin est principalement due à la chasse pour sa viande par les communautés indigènes, ainsi qu'à la perte et la dégradation de son habitat naturel. Son territoire est de plus en plus réduit au profit des cultures de café, de riz ou de blé et par l'industrie forestière.

S'il est très commun de rencontrer des kangourous dans les zoos et parcs animaliers en France, le dendrolague de Goodfellow est lui beaucoup plus rare. Il fait l'objet d'un Programme Européen pour les Espèces menacées (EEP), mené par le Zoo de Krefeld en Allemagne. Cette espèce n'est représentée que par une vingtaine d'individus dans les zoos européens pour seulement une cinquantaine en captivité à travers le monde. Seuls 11 établissements zoologiques en Europe présentent des dendrolagues de Goodfellow, dont deux en France : la Ménagerie du Jardin des Plantes et le ZooParc de Beauval.

Les naissances de petits dendrolagues, au nombre de 6 en 2022 dans le monde, sont d'excellentes nouvelles pour la conservation de l'espèce, mais également pour la population de dendrolagues de Goodfellow dans les parcs zoologiques. La Ménagerie du Jardin des Plantes héberge aujourd'hui un couple de cette espèce composé de Kau Kau, une femelle née en 2016 au Zoo de Belfast en Irlande, et de Saleb, un mâle de 8 ans né au Zoo de Krefeld. Depuis 2015, le parc a créé un espace qui répond aux besoins spécifiques des dendrolagues avec des structures 3D en bois et une brumisation pour leur confort respiratoire. Après une phase d'acclimatation de l'espèce, le zoo a reçu l'accord de l'EEP en 2017 pour débuter la reproduction. Plusieurs tentatives ont été nécessaires pour former le couple reproducteur actuel et quelques naissances ont depuis été enregistrées.

Le ZooParc de Beauval héberge actuellement deux couples de dendrolagues, déjà parents par le passé. Une nouvelle mise en contact est prévue pour favoriser la reproduction. Les visiteurs pourraient ainsi avoir la chance de voir un bébé, encore blotti dans la poche, lors d’une future balade dans la serre australienne d'ici 2026. L'objectif du WWF est qu'à l'horizon 2060, toutes les espèces de macropodes existants (kangourous, wallabies, pétrogales, dendrogales, thylogales, etc.) aient plusieurs populations en bon état et que les 39 espèces sur les 72 qui sont menacées voient leur statut s'améliorer. La sauvegarde des espèces et des espaces menacés ne se fera pas sans l'aide de tous. Le WWF œuvre à la conservation des espèces menacées sur tous les continents. Chacun d’entre nous peut se mobiliser et agir au côté du WWF pour faire face au plus grand défi de notre siècle.

Le Rôle des Parcs Zoologiques dans la Conservation

Les parcs zoologiques jouent un rôle crucial dans la conservation des espèces menacées comme le dendrolague de Goodfellow. Au-delà de la présentation au public, ils participent activement à des programmes d'élevage coordonnés à l'échelle internationale, tels que les Programmes Européens pour les Espèces menacées (EEP). Ces programmes visent à maintenir des populations saines et génétiquement diverses en captivité, servant de "réservoirs génétiques" en cas de déclin drastique des populations sauvages.

Les naissances en captivité sont des événements majeurs, non seulement pour la viabilité de l'espèce en zoo, mais aussi pour sensibiliser le public à la fragilité de ces animaux et à l'importance de leur protection. Les équipes animalières, comme celles de la Ménagerie du Jardin des Plantes et du ZooParc de Beauval, travaillent avec dévouement pour offrir des environnements adaptés aux besoins spécifiques des dendrolagues, incluant des structures 3D en bois pour l'escalade et des systèmes de brumisation pour le confort respiratoire. La surveillance attentive des femelles et la gestion des reproductions sont des éléments clés de ces efforts.

Les parcs zoologiques offrent également une opportunité unique d'éducation. En observant ces animaux de près, les visiteurs, des élèves de 5ème aux professionnels, peuvent en apprendre davantage sur leur biologie, leur comportement et les menaces auxquelles ils sont confrontés. Des initiatives comme les immersions uniques au cœur d'espaces habituellement fermés au public, où les soigneurs et spécialistes partagent des récits passionnants, révèlent leur engagement et leur savoir-faire au service des animaux. Ces expériences permettent de redécouvrir toute la richesse et la beauté de ces lieux exceptionnels et de sensibiliser à la biodiversité.

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