L’agronomie moderne fait face à un défi constant : assurer la protection des semences contre les pathogènes et les ravageurs tout en naviguant dans un cadre réglementaire européen de plus en plus restrictif. La gestion des semences, qu'il s'agisse de blé en agriculture biologique ou de maïs face aux corvidés, nécessite une approche combinant solutions chimiques homologuées, alternatives agronomiques et innovations technologiques.

La protection des semences de blé : le cas du Copseed en agriculture biologique
En agriculture biologique, la protection de la semence contre la carie du blé est un passage obligé. Si la récolte est contaminée, même de manière infime, elle est vouée au déclassement. « Impossible, dans ces conditions de commercialiser le lot. On se retrouve avec du blé à poules, dans le meilleurs des cas… », prévient Vanessa Denaud, Chef Marché TS chez Certis. Et quand on sait que le champignon pathogène reste dans le sol de longues années et que seule une absence totale de semis de céréales à paille durant 7 à 10 ans sur une même parcelle permet de l’éradiquer, on comprend mieux l’importance de la protection préventive de la semence.
Le traitement de semences Copseed, de la firme Nufarm, est composé de sulfate de cuivre tribasique (190 g/l). Commercialisé par CERTIS BELCHIM, il a vu son autorisation de mise sur le marché (AMM) retirée le 26 septembre 2024. Les délais de grâce accompagnant ce retrait couraient jusqu'en mars 2025 pour la vente des stocks de produit et jusqu'au 25 septembre 2025 pour son utilisation. Toutefois, fin juillet dernier, l’Association Générale des Producteurs de Blé et autres céréales (AGPB) et l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB) ont fait une demande conjointe de dérogation 120 jours d’utilisation du produit auprès du Ministère de l’agriculture. Ce dispositif est permis par le règlement européen n°1107/2009 qui encadre les autorisations de substances actives au niveau européen et l’homologation des produits commerciaux au niveau des états membres. Il permet, à titre exceptionnel, d’accorder une AMM provisoire de 120 jours (article 53).
Cette demande vient d’être acceptée. Cela permet de prolonger l’utilisation de Copseed en France jusqu’au 25/01/2026, pour la protection des semences de blé contre les champignons autres que pythiacées. Il est en particulier utilisable contre la carie transmise par les semences en Agriculture Biologique. Une offre variée répond aux besoins de protection fongicide des semences de céréales.
Efficacité économique et supériorité technique du cuivre
En AB, peu de solutions sont homologuées pour assurer la protection des semences de blé contre la carie. Les agriculteurs ont souvent recours au vinaigre, car cette méthode est perçue comme plus ‘économique’. Pourtant, l’acide acétique qui compose le vinaigre est phytotoxique. Sans compter que la protection au vinaigre est inadaptée en cas de sol contaminé par le champignon. Certis a mis en place des essais plein champs, en collaboration avec un semencier et un distributeur, pour évaluer le comportement du blé traité au vinaigre comparé à celui de blé semés à différentes densité, protégé avec Copseed, son TS à base de cuivre et autorisé en AB.
« Ces résultats ‘terrain’ nous permettent de tordre le cou aux idées reçues. Non, le vinaigre n’est pas une option ‘économique’, se réjouit Vanessa Denaud. A l’achat sans doute, mais parce que la phytotoxicité du vinaigre oblige toujours l’agriculteur à semer son blé à densité plus élevée, pour espérer maintenir son niveau de récolte, la rentabilité du traitement est plus faible que s’il avait utilisé Copseed ». Quelle que soit la modalité, la protection anti-carie des semences de blé avec Copseed reste plus économique que celle avec le vinaigre. Même en semant 150 graines au m² de moins que pour la modalité vinaigre, la rentabilité de la culture est supérieure avec le TS Certis.
Vanessa Denaud détaille : « En moyenne, le coût de production pour 1000 épis fertiles de blé protégés Copseed est inférieur de 0,015 euros par rapport à celui protégé au vinaigre. Le coût supérieur de la protection TS est gommé par son atout sélectivité. » Avec une protection Copseed, les blés tallent davantage, la culture est plus dense. On comptabilise plus de pieds/m², d’où une meilleure couverture du sol. Les essais mettent également en évidence une supériorité au niveau développement racinaire, ce qui est source d’une meilleure vigueur de départ, d’une meilleure résistance au passage de la herse étrille, d’un chevelu racinaire plus dense. Tout cela conjugué offre à la culture une meilleure absorption des minéraux et, au final, de meilleurs rendements (23.3 Qx/ha avec Copseed vs 17.5 pour le vinaigre). Pour cette campagne, Certis compte étendre les essais comparatif Copseed/vinaigre en Bourgogne et en Champagne.
La problématique des ravageurs : le défi des corvidés sur maïs
Alors que la référence Korit 420FS arrive en fin d’approbation européenne le 15 mars 2025, plusieurs innovations appliquées sur semences de maïs ont obtenu en 2023 des résultats qui s’approchent, voire rivalisent avec elle. Ces résultats sont encourageants pour l’avenir de la protection du maïs contre les dégâts de corvidés. Parmi les quatre essais en microparcelles mis en place par Arvalis en 2023, deux ont été suffisamment attaqués pour produire des résultats valides et comparer les modalités entre elles. Dans ces essais, la modalité de référence Korit 420 FS présente une efficacité de 63 à 81 % selon les essais par rapport au témoin non traité.
Les produits en évaluation ont également fait l’objet de tests de fréquentation. Ces tests consistent à semer une grande quantité de maïs dans des microparcelles protégées par des filets anti-oiseaux juste après le semis. Lorsque le maïs est au stade 2-3 feuilles, les filets sont retirés, ce qui permet aux corvidés de venir fréquenter l’essai. Deux types de notations sont alors réalisées : le nombre de corvidés présents grâce à des photos prises à intervalles réguliers, et le nombre de plantules de maïs encore présentes. Ce dispositif est mis en œuvre dans un environnement propice à de fortes attaques de corvidés (parcelle isolée entourée de grands arbres).
Agriculture : comment lutter contre les corvidés ?
Vers des alternatives au Korit 420FS : état des lieux des recherches
Des sociétés s’activent pour présenter de nouveaux produits de traitement de semences (TS) corvifuges. Actuellement, un seul produit phytosanitaire est autorisé pour cet usage sur maïs, Korit 420FS, à base de zirame. Or, son temps est compté puisque l’approbation de la substance active au niveau européen prend fin le 15 mars 2025. « Après le retrait du thiaclopride et du thirame en 2018 et 2020, l’utilisation de ce produit atteint 25 à 30 % des semences de maïs grain et fourrage actuellement, présente Jean-Baptiste Thibord, responsable du pôle ravageurs chez Arvalis. Plusieurs sociétés proposent de nouvelles solutions à tester. Le défi est de trouver des substances actives répulsives sans tuer les oiseaux. Par ailleurs, l’évaluation des solutions n’est pas toujours simple. »
Le projet I1913 de Bayer, en association avec Redigo M, présente une efficacité d’environ 40 %. Ces résultats sont confirmés dans les tests de fréquentation sur le critère du nombre de corvidés observés (44 % d’efficacité en moyenne pour 4 essais, contre 78 % d’efficacité pour Korit 420FS) et, dans une moindre mesure, sur le critère de la protection des plantes. Quel que soit le dispositif expérimental, les résultats acquis avec ce produit montrent une efficacité intermédiaire entre le témoin non traité et Korit 420FS. L’efficacité de ce produit se caractérise par une grande variabilité.
Par ailleurs, une autre solution appliquée en traitement de semences (projet codé I2309) a obtenu des résultats très encourageants à la fois dans les essais réalisés en microparcelle (67 % d’efficacité, contre 72 % pour Korit 420FS) et dans les tests de fréquentation (83 % d’efficacité sur le critère de fréquentation et 54 % sur la protection des plantes). « Après le retrait de Korit 420FS, il y aura des solutions de substitution et c’est une bonne nouvelle, avec un des projets qui montrent des performances très proches de la protection Korit », conclut le spécialiste d’Arvalis.
Mesures agronomiques et effarouchement : une approche intégrée
Plusieurs mesures agronomiques permettent de réduire le niveau d’exposition des graines et jeunes plants. Arvalis teste la stratégie des zones attractives, détournant les corvidés de la parcelle. « En bordure de parcelle, un peu avant le semis du maïs, l’épandage de grains en surface et l’enfouissement superficiel d’une partie de ces grains qui s’imbibent d'eau semble bien fonctionner pour retenir les corvidés hors des parcelles semées, renseigne Jean-Baptiste Thibord. Nous devons acquérir suffisamment de résultats sur cette technique pour affiner l’efficacité de sa mise en œuvre. »
Par ailleurs, le groupement des semis permet de diluer les attaques d’oiseaux. Une parcelle isolée dans le temps (avec un semis tardif) ou géographiquement se retrouve fortement exposée. La préparation du sol pour aboutir à une ligne de semis bien rappuyée et des conditions de levée rapide contribuera à réduire les attaques. Dans les zones à risques, on pourra privilégier un semis profond du maïs (4-5 cm ou plus) pour rendre les semences moins accessibles, à condition que les conditions de levée soient bonnes.
Les systèmes d’effarouchement font également l’objet d’innovations. Pour Christophe Sausse, de Terres Inovia, « le futur est à l’effarouchement sonore couplé à une détection optique permettant un déclenchement seulement au moment où les oiseaux sont présents, ce qui réduit l’effet d’accoutumance. » Parmi les effaroucheurs classiques, Jean-Baptiste Thibord remarque la bonne efficacité du système Avistop associant le son au mouvement. « Il fonctionne bien, mais sur une surface réduite et son coût est assez élevé », remarque-t-il. L’appareil permet de protéger cinq hectares et produit trois effets : de surprise avec un déclenchement d’effarouchement aléatoire, sonore avec une détonation et visuel avec la propulsion de leurres. De son côté, la société Agriprotech prépare la mise en service d’un rover pouvant rouler dans un champ en émettant des cris de détresse d’oiseaux.

Dispositions de sécurité et bonnes pratiques
Le traitement des semences impose une rigueur absolue dans la manipulation des produits, souvent classés comme toxiques. Le Korit 420 FS, par exemple, est classé Toxique par inhalation (phrase de risque H330). Il est donc indispensable pour votre sécurité de respecter les conseils de bonnes pratiques de semis. Au semis, soyez particulièrement vigilant au contact des semences avec la peau ainsi qu’aux poussières qui peuvent exposer vos voies respiratoires et vos yeux aux produits de protection des semences.
Au chargement du semoir, les recommandations incluent le port de gants en nitrile certifiés, d'une combinaison de travail en polyester/coton avec un grammage adéquat, d'un EPI partiel (tablier ou blouse), de lunettes de protection ou écran facial, et d'une protection respiratoire certifiée. Pour le Copseed, les conseils de prudence rappellent d'éviter le rejet dans l'environnement et d'éliminer le contenu et l'emballage dans un centre de collecte de déchets dangereux. La conformité à ces protocoles, au-delà de l'aspect légal, garantit la pérennité de l'usage de ces outils indispensables à la protection des cultures contre les pathogènes et les ravageurs.
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