Le sol est la partie qui se trouve sous nos pieds juste avant la lithosphère (roche). Elle ne fait en moyenne que 2 mètres de profondeur. Donnée assez étonnante, ce sol est en fait principalement composé de 95 à 98% de minéraux (que l’on appelle argiles, limons, sables en fonction de la granulométrie). Donc seulement 2 à 5% du sol est en fait composé de matière organique (vivante ou en décomposition). Bien que souvent négligé, le sol est un acteur essentiel de notre écosystème, et sa santé est cruciale pour notre survie. En effet, la qualité de l'agriculture repose sur la qualité du sol.

Les fondements de la fertilité en permaculture
La fertilité du sol est la clé de voûte de l’ensemble d’un projet permaculturel. Or, bien souvent, le sol n’est quasiment pas abordé dans les livres sur la permaculture. Les conseils sur sa fertilisation sont souvent très limités voir inadaptés. C’est à ces problématiques que “Le sol en permaculture” répond. Il offre un mode d’emploi de la fertilité en permaculture.
Au cours des 10 000 dernières années, et surtout au cours des soixante dernières années, notre tentative en tant qu'êtres humains de vivre de la terre a rencontré un problème : les cultures puisent les nutriments du sol et, sans une gestion adéquate, la fertilité du sol s'épuise. Saviez-vous qu'il y a plus de micro-organismes dans une cuillerée à café de sol sain que d'êtres humains sur Terre ? Un sol sain regorge de bactéries, de champignons, de vers de terre, de coléoptères. Ces organismes vivants participent à la formation du sol grâce à leurs processus digestifs.
Comprendre la structure physique du sol
Finalement, dans le vocabulaire utilisé au jardin, ce qui fait la différence entre argile, limon et sable, est simplement la granulométrie (diamètre des morceaux de minéraux), et non sa composition (type de matière). Il existe différents types de structures de sols :
- La structure particulaire : Caractéristique des sols majoritairement sableux, elle ne permet pas au sol de retenir l’eau et les nutriments essentiels aux plantes.
- La structure compacte : Caractéristique des sols majoritairement argileux, une structure compacte rend le sol saturé en eau, imperméable à l’air, ce qui crée un milieu asphyxiant pour les plantes et ne permet pas le développement de la vie aérobie qui est la plus importante dans la création de fertilité.
- La structure grumeleuse : C’est la structure idéale, caractéristique d’un sol où sables et limons sont liés entre eux par l’argile et forment des agrégats permettant d’avoir un sol à la fois perméable à l’eau et à l’air pouvant retenir les nutriments et accueillir une belle activité biologique, base d’un sol fertile et vivant.
La texture du sol influence grandement sa capacité à retenir l’eau et les nutriments. Un sol sablonneux est principalement constitué de grosses particules. Les racines des plantes peuvent facilement pénétrer ce type de sol, mais il ne retient pas l’eau ni les nutriments pendant une longue durée. Un sol limoneux est composé de particules de taille moyenne. Il a une bonne capacité à retenir l’eau et les nutriments. Cependant, il peut être facilement érodé ou compacté. Un sol argileux est composé de petites particules. Il a une excellente capacité à retenir l’eau et les nutriments. Toutefois, il devient dur lorsqu'il est sec et fortement compact lorsqu'il est mouillé. Le sol limono-argileux est un mélange de sable, de limon et d'argile, ce qui en fait le meilleur sol.

L'observation : le premier outil du jardinier
Avant de travailler la terre, une des règles d’or de la permaculture est l’observation qui se réalise tout au long de la création et culture de votre potager. Afin de trouver la nature de votre sol de jardin il est important de regarder et identifier ce qui pousse à sa surface. Cette flore spontanée, dite « bio-indicatrice », vous donne une première idée de la spécificité de votre terre. Par exemple : le pissenlit révèle une bonne richesse organique. Le coquelicot quant à lui démontre un fort contraste hydrique comme une terre gorgé d’eau en hivers et très sèche l’été, votre sol est alors calcaire ou alcalin. Les renoncules ou les boutons d’or poussent grâce à un sol lourd, tassé et acide.
Pour aller plus loin, vous pouvez réaliser le test du bocal :
- Remplissez de 10 cm de terre votre bocal.
- Remplissez d’eau jusqu’en haut, toutefois laisser un peu d’air.
- Remuez fortement pendant 3 min, laissez poser pendant 30 min, remuez à nouveau pendant 3 min.
- Laissez décanter pendant 4 jours, afin que les particules d’argiles puissent se déposer.
Les couches de différentes matières vont se déposer dans l’ordre suivant : eau trouble, argile, limon, sable. Calculez le pourcentage qu’occupe chaque matière dans votre bocal.
Le rôle crucial de la vie souterraine
Le sol est habité par des travailleurs de l'ombre. Les vers de terre sont évidemment les plus faciles à dénombrer et peuvent servir d'indicateur fiable de la biodiversité souterraine. Les vers anéciques vivent là où la température est de 12°C avec un taux d’humidité qui leur va bien. Ce sont eux qui nous intéressent le plus car ils remontent la nuit en surface et creusent alors des galeries entre la surface et les profondeurs. Les vers épigés vivent en surface, ils sont très nombreux et se reproduisent très vites.
Les champignons, à travers le réseau mycorhizien, contribuent aussi à l’absorption de l’azote et autres minéraux (tel le phosphore dont seulement 10% dans le sol sont directement assimilable par les plantes sans l’aide des champignons). Ils sont par exemple les seuls à pouvoir décomposer la lignine du bois ou encore la subérine de l’écorce.
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Stratégies pour entretenir et améliorer son sol
Comment préparer son sol ou son terrain en permaculture ? Que ce soit pour débuter son potager, ou le rituel annuel au jardin, cette partie est certainement la plus importante ! La meilleure manière de débuter un potager est de partir d’une prairie dont le sol sera bien vivant. L’idéal est alors de déposer une bonne couche de foin (20 cm) dès le mois de Novembre. On peut aussi mettre des feuilles mortes et des fougères.
Si vous vous y prenez suffisamment en avance, vous n’aurez alors pas besoin de retourner le sol. En mars/avril, après avoir enlevé à la main les plus gros morceaux non détériorés qu’il pourrait rester, et un léger grattouillage de surface, votre sol sera alors prêt à être ensemencé. C’est pourquoi on recommande très fortement en permaculture de ne pas retourner ou labourer le sol sous peine de briser ce cercle vertueux et de bouleverser l’ensemble de cet équilibre vivant. Une autre raison de ne pas labourer est la préservation des réseaux mycéliens (champignons) dans le sol.
L'apport de matière organique
L’humus est de la matière organique stable à la base de la fertilité d’un sol, créée par la vie du sol à partir de la décomposition de matières organiques fraîches mises à sa disposition. Pour booster la présence des vers de terre, il faut laisser par terre les débris de végétaux frais dont ils raffolent, épandre du BRF (bois raméal fragmenté) ou des feuilles mortes pour chouchouter les champignons et leur magnifique réseau mycorhizien.
Le compost est une ressource majeure. Il est la seule « nourriture » que l’on conseille d’enfouir très superficiellement. Le fumier, notamment de lapin, est une merveille, il faut l'épandre tout frais en surface et il ne brûle jamais les plants. En revanche, le fumier de poule est beaucoup plus « caustique » et concentré.
La gestion du pH
Le pH est une mesure de l’acidité ou de l’alcalinité, allant de 1 (très acide) à 7 (neutre) à 14 (très alcalin). Pour les potagers, un pH entre 6.5 et 7.2 est idéal. Les légumes préfèrent généralement un sol légèrement acide. Si votre sol est trop acide, pour 10m² épandre 0,5 à 1 kg de cendre de bois (+10 à 30 kg de compost et 1 à 3 kg de fientes de volailles). Pour une terre calcaire (alcaline), il est plus dur à acidifier.
Techniques de culture spécifiques
La culture en lasagne est une technique de permaculture efficace dans certains contextes. Les lasagnes, comme leur nom l’indique, sont composées de couches de matériaux variés. Elles permettent de s’affranchir de la qualité du sol (il est même possible grâce aux lasagnes de cultiver sur un sol artificialisé !) et permettent de recycler la plupart des matières organiques que vous pouvez récolter tout au long de l’année.
La culture en butte offre un terrain surélevé pour vos cultures, dans lequel la terre se réchauffe rapidement. La butte est bien drainée et les racines y sont très à l’aise. Elle fait gagner de la place par rapport à une planche à plat. Elle est idéale sur un sol très pauvre, très dégradé, caillouteux et superficiel ou encore engorgé d’eau.

L'importance du drainage et de la couverture
Un bon drainage permet de maintenir un équilibre adéquat entre l’eau et l’air dans le sol, ce qui est crucial pour la croissance des plantes. Le paillage régulier peut aider à améliorer le drainage du sol en réduisant l’évaporation de l’eau et en limitant le ruissellement. Le paillis naturel, tel que l’herbe coupée, le paillis artificiel comme le carton ou un paillis vivant comme le trèfle rouge, peut être appliqué sur la surface du sol.
La nature, en effet, a horreur du vide. C’est pourquoi, en permaculture, on veille à garder le sol toujours couvert grâce à un paillage permanent composé de matériaux divers : paille, BRF, etc. Cette couverture limite le tassement et l’érosion des sols. Elle nourrit le sol qui va nourrir la plante. Il faut donc procéder avec mesure, un peu comme si l’on faisait une cure de probiotiques après une antibiothérapie. Les « probiotiques » du sol ce sont les micro-organismes que l’on trouve principalement dans le compost, le fertilisant traditionnel, le fumier frais et dans d’autres produits tel le Bacteriosol. Une fois le sol « ensemencé » par ces micro-organismes, il faut les nourrir pour qu’ils croissent et se multiplient, exactement comme nos probiotiques ont besoin de fibres prébiotiques pour se développer.
En résumé, préparer le sol en permaculture, c’est tout simplement permettre à celui-ci de vivre sa vie de sol, avec ses spécificités. C’est ne pas le travailler et le laisser couvert en permanence, car où voit-on dans la nature un sol nu, mis à part dans les déserts ? Travailler en harmonie avec la nature est toujours la meilleure approche.
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